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Information : dépendance et indépendance

Trois petits détails dans les quinze derniers jours m’amènent à écrire ce petit billet sur l’information.

Trois petits détails dans les quinze derniers jours m’amènent à écrire ce petit billet sur l’information.

  • Il y a d’abord la confirmation de la vente des Echos à Bernard Arnaud.
  • Il y a ensuite la pétition envoyée par le SNJ/CFDT/FO etc. en intersyndicale pour un projet de presse indépendante (il y avait un bon débat sur France 5 à ce sujet samedi soir) et pour le maintien que je soutiens personnellement des deux mains de la protection des sources (malgré le risque toujours réel de dérapage, mais isolé, d’un journaliste).
  • Il y a enfin mon petit ego qui s’est vu refuser un billet par Agoravox, parce qu’il contenait des propos à risques diffamatoires, l’article concerné "Hervé Morin Margouilleur en Chef" est publié ici et sur yannriche.lejdd.fr.

Le blog et internet ont révolutionné l’information qui reste dominée par le média de masse télévisuel et son leader absolu TF1 (8 millions de personnes devant le JT de TF1 chaque soir). La presse écrite, par sa situation de dépendance vis-à-vis des Nouvelles Messageries qui est en situation de monopole, ne peut pas se développer. Coup de chance, la menace internet se transforme en opportunité pour les quotidiens nationaux qui peuvent s’affranchir pour leur publication web de ce monopole.

Malgré la concurrence et peut-être grâce à la concurrence des blogs et autres sites "citoyens" (je n’aime pas le caractère journaliste-citoyen qui dénigre de fait le journaliste à deux titres : le premier c’est qu’il ne serait pas citoyen, le deuxième c’est que cela dévalorise la formation journalistique et les valeurs qui accompagnent le journalisme), les sites d’information, lemonde.fr, latribune.fr, lefigaro.fr (mes excuses pour tous les autres) voient leur fréquentation augmenter et deviennent à mon sens des références de l’information que des sites tels Rue89 ne peuvent pas concurrencer.

Cependant, très vite nous nous apercevons que tout s’écrit sur "internet" qui est ressenti comme la source la moins fiable d’information par les Français, c’est vrai que c’est un petit paradis de rumeurs. Mon expérience sur Agoravox et sur mes blogs me montre la limite de ce genre d’exercice. D’abord, écrire demande du temps, du temps pour rédiger, mais aussi du temps pour se documenter, du temps pour choisir ses sujets, du temps pour sentir l’air du temps. Car à quoi bon écrire si l’on n’est pas lu ? Ensuite, pourquoi écrire sans être rémunéré ? C’est vrai, je n’ai certainement pas tout le talent pour écrire dans un journal, ou cela ne correspond pas à mon métier premier. Mais si l’on juge mon article bon et qu’il est publié sur Agoravox, ou bien s’il est mis en avant par exemple dans la newsletter du JDD, pourquoi ne serait-il pas symboliquement récompensé (le fameux travailler plus pour gagner plus) ?

La réponse est peut-être dans le fait que je ne suis pas journaliste, pas reconnu en tant que tel, et que donc mon intégrité à traiter l’information n’est pas vérifiée.
La réponse est aussi dans le fait que je viens exprimer mon opinion, à la différence des journalistes (hors éditorialistes) et que rien que cela flatte un peu mon ego.
La réponse est enfin que personne ne me lit. Je m’entends, quand je fais 100 visites par jour c’est que ça va pas mal, quand mon article est publié sur Agoravox (900 000 visiteurs uniques / mois, soit environ 30 000 visiteurs / jour) j’ai déjà un bon score et une bonne visibilité, mais c’est temporaire.

Mais pourquoi Bernard Arnault achète-t-il les Echos ? Pourquoi les journalistes se sentent-ils menacés ?

A la première question je n’ai pas de réponse (n’ayant pas eu l’intéressé en ligne récemment).

A la deuxième question j’ai ma réponse d’expérience. Je crois qu’à mon travail personne ne sait que j’écris le soir en cachette devant ma télé. Mais ce que personne ne sait, c’est que par mon travail j’ai évidemment accès à de nombreuses informations et de nombreux sujets que je pourrais reprendre (sans que ces sujets soient confidentiels). Mais cela me pose un petit problème alors je me censure. Pour éviter tout problème, j’évite les sujets qui pourraient me revenir en boomerang. Et surtout je n’évoque pas les sujets locaux (ou seulement en bien avec des photos sur mon blog photo).

Pour les journalistes qui sont détenus par un groupe, il est évident que quand ils traitent de certaines sociétés ils ont en tête cette pression. Cependant eux sont journalistes et arrivent il me semble à dépasser ce petit blocage. Car malgré tout la presse est indépendante. Non, le principal reproche qui est fait est de considérer que l’information est un produit ou service comme un autre, alors qu’elle est et demeure un élément essentiel de la démocratie (liberté de la presse et pluralisme).

Mais la presse est aussi dépendante, elle l’est de ses lecteurs, de ses revenus publicitaires. Elle l’est maintenant en France de groupes industriels. Spécialités de la France et de l’Italie : pas de groupes de presse indépendants, seulement des groupes de presse dépendants d’industriels. Et comme l’industrie française est très concentrée et très proche par centralisme étatique du pouvoir politique, le doute est toujours permis...

Pour terminer ce billet, j’aimerais enfin évoqué le dernier point qui me semble essentiel : c’est celui de la communication et de la presse. La presse ne vit que parce qu’elle parle de ce qui se passe à côté de chez nous. Par mon travail et mes activités j’ai vite vu, comme tous ceux qui s’intéressent ou travaillent avec la presse, que pour intéresser la presse il faut formater son communiqué au mieux. Ainsi, celui qui abreuve le plus la presse est celui qui est le plus mis en avant jusqu’à ce que le lectorat ou le public se lasse. Cela pose le problème de la source. Car les journalistes le savent bien, certaines informations sont distillées dans un but précis, de la déstabilisation à la fausse "fuite", pour tester la réaction de l’opinion. Bref, l’information est là pour alimenter un jeu un peu pervers où se mêlent exclusivité et réactivité au détriment souvent du fond.
Ce qui manque le plus, mais c’est moins vendeur et plus coûteux, ce sont les reportages de fond avec des photos, mais vraiment c’est seulement une question de goût.

En fait internet et les nouveaux médias (ainsi que la gestion de l’information par l’outil informatique) permettent de mieux compléter l’information et de monter le niveau général de l’information ce qui est un indéniable progrès.

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2 réactions à cet article    


  • tvargentine.com lerma 14 novembre 2007 14:44

    Les reportages de fonds n’existent pas dans les journaux que cela soit « le parisien » ou « les echos »

    Seul « le canard enchainé » pratique l’investigation

    Quand au net (AGORAVOX) libre a chacun de faire un journal d’investigation autour de chez lui (politique,drogue,violence.....)

    C’est juste une question de volonté


    • Forest Ent Forest Ent 14 novembre 2007 16:19

      Encore ce vaste sujet ...

      La presse est libre, mais pas indépendante. Vous en trouverez la démonstration dans « la forêt des médias » :

      http://forestent.free.fr/

      Et elle ment tous les jours à tours de bras et de plus en plus. C’est affolant et affligeant.

      Il y a un risque qu’internet dégrade encore la situation. L’info coûte cher, et sur le net elle risque d’être à 100% financée par la pub. Ce sera Direct-Soir universel.

      La principale opportunité positive du net est de tuer TF1 en diffusant directement l’entertainment. Il est pour cela nécessaire et vital d’abroger la DADVSI.

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