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Accueil du site > Actualités > Médias > Journalisme : à la recherche d’une ligne claire

Journalisme : à la recherche d’une ligne claire

Nicolas Sarkozy et ses conseillers ont placé la presse dans une situation difficile : soit elle relaie et commente à l’envi les histoires fabriquées de toutes pièces par les « storytellers » élyséens, et alors elle est moutonnière. Soit elle les ignore et prend alors le risque de manquer à ses devoirs : informer, tenir l’opinion en éveil. Une telle attitude reviendrait à observer sans réagir les piliers de la République - laïcité, égalité, liberté individuelle - vaciller sous les coups de boutoir du « super président ». Intenable.

Un SMS énamouré par-ci, une descente bravache chez des marins-pêcheurs du Guilvinec par-là, une visite pour le moins cavalière chez le pape Benoît XVI, le tout entrecoupé de déclarations inquiétantes sur la religion, ce phénomène d’enchaînement des histoires livrées au compte-gouttes à l’opinion est brillamment décrit par Christian Salmon dans son livre Storytelling (1). Que dit-il ? Que la réussite d’une politique « ne consiste plus à résoudre des problèmes économiques, politiques ou militaires, mais (...) repose sur sa capacité à fabriquer l’opinion ». D’où ce sentiment de vivre au rythme d’une campagne électorale permanente.

Ainsi, on comprend que cette forme de communication n’est pas une nouveauté, et que les sarkoboys et sarkogirls n’ont rien inventé. Non, le père de cette communication qui joue sur l’émotionnel, assois ses succès électoraux sur la mise en lumière de destins individuels plus que sur des théories économiques et politiques, c’est Ronald Reagan. Pur produit d’Hollywood, il avait introduit dans l’ovalité de son bureau de la Maison-Blanche une escouade de scénaristes dont les talentueux disciples tricotent aujourd’hui les épisodes de 24 heures chrono et Prison Break. Chaque jour, une nouvelle histoire.

La suite, on la connaît. Bush junior a trouvé dans les attentats du 11-Septembre les éléments d’un scénario qui allait amener, contre toute attente, les Américains à le réélire en 2004 en dépit du désastre irakien. Souvenez-vous : son secrétaire d’Etat Colin Powell, dont on ne sait s’il était sincère ou lui-même manipulé, brandissant devant le Conseil de sécurité de l’ONU un petit tube censé contenir un poison par lequel l’affreux Saddam Hussein allait tous nous anéantir. En fait, de la poudre de perlimpinpin. Voila comment se forge le destin du monde. Voila comment un enchaînement de petites histoires finit par écrire l’Histoire.

Revenons en France. Après les épisodes cités plus haut, la journée du 19 février 2008 fut consacrée aux sectes. Ou plutôt à la négation de leur existence, puisque c’était le « fondement » de l’histoire que nous contait ce matin-là la directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, Emmanuelle Mignon. La scientologie ? Une vue de notre esprit tordu. Proposons un jeu sur ce site : il consisterait à deviner le thème de la prochaine histoire élyséenne. Nous voterions électroniquement. Puis nous attendrions la réponse, qui ne tarderait pas à venir, à envahir les ondes, à barrer les couvertures des magazines, à alimenter les débats dans les studios de télé les plus courus autant que dans les salles arrière des bistrots de campagne. Oubliés le chômage, les SDF, le pouvoir d’achat, toutes ces préoccupations vulgaires qui assombrissent l’horizon populaire.

Il est un autre penseur du XXe siècle qui à sa manière - et en une seule phrase, comme à son habitude - a bien théorisé ce phénomène : c’est Pierre Desproges : il avait ce conseil à l’adresse des femmes soucieuses de leur apparence : « Si vous avez les seins qui tombent, faites-vous refaire le nez, ça détourne l’attention ».

Les journalistes aujourd’hui en sont réduits à se refaire le nez, pour ne pas assister à leur encerclement par les blogs et au rachat de leurs titres par les géants de la finance. Il est loin le temps où le mot « investigation » était systématiquement associé à celui de « presse ». Aujourd’hui, il est remplacé par le vocable anglo-saxon « people ». Comment la presse peut-elle sortir du piège tendu par les raconteurs d’histoires et trouver sa ligne claire ? Probablement en revenant aux fondamentaux du métier, qui s’appellent enquête, vérification des faits, témoignages indiscutables, croisement des sources.

(1) Editions La Découverte


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6 réactions à cet article    


  • tvargentine.com lerma 26 février 2008 13:21

    Vous écrivez "

    Nicolas Sarkozy et ses conseillers ont placé la presse dans une situation difficile"

    Pas d’accord,nous avons toujours eu une très mauvais presse qui n’a presque jamais fait d’investigation à l’exception du canard et voici tres longtemp,le journal Le Monde.

    Cette presse française est un journalisme de dépêches d’agence et ne fait qu’interpréter les informations en fonction d’un pré-formattage qui à explosé avec la politique d’ouverture du Président Nicolas Sarkozy.

    Pour survivre,cette presse qui fut toujours en déficit se transforme maintenant en machine à faire de l’argent à l’image de "ENTREVUE" et fera tout pour créér des scandales et des attaques basiques afin d’inciter les lecteurs à acheter leur papier

     


    • RilaX RilaX 26 février 2008 14:26

      C’est marrant, vous avez toujours une excuse pour soutenir notre président et son gouvernement.

       

      Sur agoravox et sur internet en génral, c’est un repère de gauchiste qui n’ont rien d’autre a faire que de critiquer ce bon président élu démocratiquement.

      La presse, ne critique que pour vendre du papier a cette populace de moutons de panurge qui font rien qu’a croire ce que la presse lui dit.

       

      Oh ... vraiment la vie est mal faite.

       

      Mais rappelez vous ces 2 choses :

      - Internet est ouvert a tout le monde

      - les citoyens ne croient pas toujours la presse (referendum de 2005)


    • Black Ader 26 février 2008 14:32

      Personne ne demande leur avis aux journalistes, qui ne sont d’ailleur le plus souvent que des médiocres ayant ratés des vrais études, et en tous cas ne sachant pas du tout de quoi ils parlent.

      Le Peuple est assez grand pour se débrouiller comme un grand.

      Si les journalistes veulent faire de la politique, ils n’ont qu’a se présenter aux suffrage du Peuple.

       

       

      "Colin Powell, dont on ne sait s’il était sincère ou lui-même manipulé, brandissant devant le Conseil de sécurité de l’ONU un petit tube sensé contenir un poison"

      Il n’a évidement pas du tout manipulé devant des centaines de personne une fiole de neurotoxique. Encore une fois, le journalisme français dans toute sa splendeur !


      • adryan barlet 26 février 2008 19:10

        Le politiquement correct a tué la presse plus surement que le manque d’investigations. Oui, si vous voulez les nouvelles qui sortent dans les journaux, contentez-vous de Reuters.com !

        L’ennui c’est que personne ne semble être capable de faire d’une nouvelle brute quelque chose d’intelligible, quelque chose qui replace le contribuable-électeur-père de famille devant un choix de citoyen. Et ce n’est pas AV dont la ligne éditoriale est de plus en plus floue qui va nous offrir une alternative.

        Les indignations fébriles font chier ! Ouvrez les fenêtres, offrez des perspectives, mieux vaut un point de vue clair sur une décharge, qu’un regard humide sur une ombre floue. Le retour à une presse d’opinion me semble souhaitable.


        • Lucrezia 27 février 2008 08:04

          Les Journalistes n’ont que ce qu’ils méritent !

          En effet, ils sont en avant poste pour voir à quelle vitesse la société se restructure ...

          Ce sont les permiers pour dire aux Français qu’il faut que la France se restructure, que la Politique change, que l’économie se dynamise ... Bref, ils n’arrêtent pas à longueur d’année de donner des "leçons" à toutes les classes : Patronales, Ouvrières, Politiques etc. D’autant qu’ils critiquent tant la prise de paole des conseillers élyséens, mais eux quel est donc leur légitimité ? L’expérience du lynchage médiatique ? La dénonciation sur la place publique de faits non vérifiés, L’Irresponsabilité de leurs écrits ? La course aux Tirages via des "UNES" de plus en plus à la va-vite, des analyses uniquement à charge ou à décharge, mais JAMAIS à charge et à décharge !

          Mais eux pensent-ils continuer à être à l’abri des changements ? Seraient-ils les seuls à se dispenser d’une auto-remise en question ? Ils oublient un peu vite que ceux qui auront le dernier mot, ne seront pas leurs amis Politiques, mais leur LECTORAT !

          Peut-être le TON absoluement AGRESSIF que l’on peut observer de manière générale dans la Presse Française est-il la manifestation d’un début de fin de règne de cette Presse Française qui se croyait AU DESSUS des Français et des lois ...et un autre modèle économique à inventer ...


          • stephanemot stephanemot 27 février 2008 09:06

            La ligne parait très claire :

            - lorsque Le Figaro mentionne la Scientologie (23/2/2008), il le fait avec le label "Eglise de Scientologie" revendiqué par la secte et ne fait parler que la directrice de la communication de ce qu’il évite de qualifier de secte mais au contraire d’entité cultuelle classique.

            - lorsque L’Express évoque Sarkozy et la laïcité (14/2/2008), il compare ses réformes avec les nombreux toilettages passés de la Loi de 1905 et il présente les attaques de ses adversaires d’une façon totalement mensongère et diffamatoire digne de Goebbels : "en revanche, à gauche et au centre les critiques fusent, des francs-maçons à l’ex-candidat à l’élection présidentielle, François Bayrou - catholique pratiquant, qui, marchant dans les pas de Karl Marx, reproche à Nicolas Sarkozy d’user de la religion comme d’un "opium du peuple"."

            J’ai l’impression de lire la presse ultraconservatrice US des années 2002-2005.

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