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Accueil du site > Actualités > Médias > Journalisme professionnel/citoyen : la grande confusion

Journalisme professionnel/citoyen : la grande confusion

Contrairement à ce qui semble aux yeux de beaucoup, il y a encore de grandes différences entre journalisme professionnel et journalisme citoyen. Je ne parlerai pas ici de différences de qualité (il y a des bons et des mauvais partout) mais de différences entre les démarches.

Lors des 1res Rencontres du 5e pouvoir organisées samedi 24 mars par Agoravox, il a souvent été question de journalisme professionnel et de journalisme citoyen et du rapport entre les deux. Il a même été affirmé que, grâce au développement des blogs et des sites tels qu’Agoravox, il n’y a plus tellement de différences entre les deux modes.

Je voudrais à ce propos préciser quelques points qui me semblent ne pas être bien perçus.

On peut diviser le journalisme en au moins trois grandes classes :

- le journalisme d’information brute : dans cette classe, le journaliste s’efforce d’être essentiellement factuel, de retranscrire un fait brut en évitant au maximum les biais d’interprétation (dépêches d’agence, brèves, “filets”, etc.) ;

- le journalisme d’investigation : ce sont les enquêtes, les reportages, les scoops, l’approfondissement d’un ou de plusieurs faits selon un angle choisi par le rédacteur ;

- le journalisme d’opinion : ce sont les tribunes, les analyses, les commentaires, les prises de position, les alertes, les dénonciations, le journalisme satirique, etc.

Ces trois genres sont empruntés largement par les journalistes professionnels, avec une tendance à l’accroissement du recours au troisième genre, c’est-à-dire à l’opinion. D’où, dans l’esprit de beaucoup, une réduction du travail journalistique à ce troisième genre.

Dans le cas du journalisme citoyen, comme on peut l’observer en lisant les “posts” publiés notamment par Agoravox, il s’agit, la plupart du temps, de points de vue et d’analyses, non de scoops ni de révélations de faits bruts. Donc aussi d’articles du troisième genre.

C’est pourquoi il y a facilement confusion avec le journalisme professionnel, qui investigue malheureusement de moins en moins (ça coûte cher, c’est risqué, etc.). Mais le journalisme professionnel est encore largement fournisseur d’informations factuelles, beaucoup plus que dans le journalisme citoyen.

Il faut donc faire la part des choses entre journalisme d’information et journalisme d’opinion. Aujourd’hui, en attendant d’éventuelles évolutions, et si l’on excepte les sites militants engagés très spécifiquement dans un secteur précis, le journalisme citoyen est essentiellement un journalisme d’opinion, assez peu d’information.

Je ne place aucun jugement de valeur dans cette comparaison entre journalisme professionnel et journalisme citoyen, d’autant moins d’ailleurs que je participe des deux... Il me semblait seulement important de préciser ces distinctions pour éclairer le débat.

 

N.B. L’ensemble des autres compte-rendu de cette journée sont disponibles à partir de cet article de Carlo Revelli.


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3 réactions à cet article    


  • Tristan Valmour 27 mars 2007 11:53

    Vous avez raison sur toute la ligne. D’ailleurs, une analyse de l’énonciation comme de l’emploi des différentes fonctions du langage permettent de différencier ces trois formes de journalisme.

    Je suis conduit à préparer des étudiants au concours de journalisme dans l’une des deux écoles pour lesquelles je travaille, et je constate que les étudiants ont une propension naturelle à privilégier la troisième forme.

    C’est donc le journalisme d’opinion qui triomphe effectivement, au détriment des deux premières formes. Mais comment faire autrement, lorsque les journaux sont à la merci des annonceurs (dixit un collègue prof dans un IUT de journalisme, et journaliste lui-même). L’indépendance face au pouvoir politique est à peu près maintenu ; pas face au pouvoir économique.

    Bien à vous


    • (---.---.70.4) 29 mars 2007 20:11

      « le journalisme citoyen est essentiellement un journalisme d’opinion, assez peu d’information. »

      Bien d’accord avec l’ensemble de votre analyse. Cependant, le journalisme citoyen est tout de même plus libre de ton que le journalisme professionnel, ce qui constitue une réponse à l’auto-censure de ce dernier.


      • Bertrand C. Bellaigue Bertrand C. Bellaigue 21 août 2007 13:26

        Cher confrère, j’ai lu par hasard votre article. Il est raisonnable. Il conviendrait probablement d’ajouter un quatrième genre à votre liste des trois autres connus et de créer deux sous-catégories :

        1 - Celle dans laquelle la faute d’orthographe est une pratique courante, le « bon usage » du Francais ignoré.

        2 - Il y aussi celle les « clônes », sous-produits des écoles techniques, professionnelles , uniformisatrices, normalisatrices, « suffisants et induffisants » avec leur impertinence -substitut d’indépendance d’esprit - leurs petites recettes et leurs « petites phrases » , leurs « dépeches - ou reportages prêts à porter »... et à plaire.

        3 - Sans oublier un « quatrième genre » , celui des femmes reporters, ou correspondantes de guerre, de plus en plus nombreuses et compétentes, infatigables, rigoureuses et sans « états d’âmes », peu sensibles - au moins jusqu’à présent - à l’attrait des lambris dorés de la République. Cordialement

        Bertrand C. Bellaigue

        Rédacteur en chef à l’AFP et chef de bureaux à l’étrangers pour cette agence. (1951-1991) - (e.r.)

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