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L’affiche des « Premières rencontres du 5ème pouvoir » : les métamorphoses de la souris

C’est fou comme ce petit boîtier qu’on fait glisser sur son tapis et presse pour piloter son ordinateur, inspirent les publicitaires ! Il faut dire que sa forme s’y prête.

Déjà, par intericonicité, son profil bombé de muridé ramassé sur lui-même avec un fil au bout, a imposé une image sans rivale : et du coup le mot « souris » a gagné un nouveau sens figuré, un précédent, très ancien, désignant le manchon de viande qui tient l’os nu d’un gigot.

En lisant de haut en bas

L’affiche publicitaire des « Premières rencontres du 5ème pouvoir », diffusée par AGORAVOX, pouvait difficilement éviter de mettre la souris en scène, et même, 5ème pouvoir oblige, en cinq exemplaires. Elle contient en elle-même de si belles métonymies. Comme une partie représentant un tout, elle renvoie bien sûr à l’ordinateur et au réseau Internet auquel il est connecté ; du coup, elle évoque au-delà du contenant matériel le contenu : les échanges par millions. Lue de haut en bas, l’affiche présente les souris prêtes à l’emploi à une foule dispersée sur des gradins. L’image d’un fondu enchaîné, allant de cette foule aux souris offertes, est celle d’ une symbiose entre elles que rend désormais possible le réseau Internet. Grâce à ce miracle de technologie, les individus dispersés entrent en relation comme le confirme l’image des fils qui s’entrecroisent. Le slogan, pastichant « la Marseillaise », « À vos blogs citoyens ! », appelle d’ailleurs chacun à rejoindre ce vaste champ d’échanges étendu aux quatre coins du monde qu’est devenue cette petite place publique au pied de l’acropole d’Athènes, qu’on appelait, il a 25 siècles, « agora ».

En lisant de bas en haut

Mais il semble que la couleur bleu-mauve choisie invite à ne pas confondre l’azur du rêve avec la réalité. Cet échange universel auquel l’affiche invite, reste encore balbutiant, voire incertain. Ce sont ces mêmes diablesses de souris qui, par une autre intericonicité, conduisent à ne pas prendre ses rêves pour des réalités. En lisant, cette fois, l’affiche de bas en haut, on découvre, en effet, une image lourde de menaces : avec leur taille disproportionnée par rapport à la foule, ces souris prennent des allures de gros engins-scarabées extra-terrestres qui, embusqués dans la brume du fondu-enchaîné au dessus d’une foule insouciante, la guettent avant de fondre sur elle. C’est que la puissance d’Internet est ambivalente : elle peut être mise au service du bonheur de l’humanité comme de son malheur. Inutile d’épiloguer ! Qu’on songe seulement à ce qui serait arrivé si, au lieu de fiches cartonnées pour opérer leurs rafles, les régimes tyranniques du 20ème siècle avaient pu disposer de cette puissance informatique qui trie et classe en un millième de seconde, sans même laisser place à l’erreur.

Mais avant AGORAVOX, la souris s’était prêtée à des métamorphoses plus inattendues. Au jeu de l’intericonicité qui consiste à faire reconnaître dans une image inconnue une image déjà vue et mémorisée, tout est affaire de cadre de référence. Ainsi, un site d’enchères sur Internet a-t-il fait forcément monter les enchères - sur une idée d’Euro RSCG -, en voyant dans les souris prêtes à renchérir sur le lot unique convoité, la course folle à laquelle se livrent les spermatozoïdes vers l’ovule unique qui ne se donnera qu’à un seul. Le leurre d’appel sexuel qui capte l’attention d’une manière sans égale, est, en effet, d’une plasticité à la mesure de l’inventivité cérébrale phénoménale de la sexualité humaine. Qu’on en juge par cette autre métamorphose de la souris, due cette fois à Publicis pour le site internet néerlandais de « Play Boy » ! L’intericonicité, bien sûr, n’est ici lisible que des spécialistes. Mais qui ne l’est pas en la matière ? Si le génie consiste à dire beaucoup avec une économie de moyens, l’auteur de cette trouvaille en est un, d’autant que la souris retrouve par un détour inattendu un autre de ses sens figurés, mais très sexiste celui-là comme il convient à un pareil site. Paul VILLACH

N.B. L’ensemble des autres compte-rendu de cette journée sont disponibles à partir de cet article de Carlo Revelli.

Documents joints à cet article

L'affiche des « Premières rencontres du 5ème pouvoir » : les métamorphoses de la souris L'affiche des « Premières rencontres du 5ème pouvoir » : les métamorphoses de la souris

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22 réactions à cet article    


  • Pascal Cohet 30 mars 2007 01:00

    « son profil bombé de muridé ramassé sur lui-même avec un fil au bout, a imposé une image sans rivale : et du coup le mot « souris » a gagné un nouveau sens figuré, un précédent, très ancien, désignant le manchon de viande qui tient l’os nu d’un gigot. »

    Merci Mr Villach pour cette perspective intéressante, voire jubilatoire. C’est donc sans surprise qu’on apprend en inspectant les articles que vous avez commis ici, la présence de bouquins en provenance des éditions du Rocher dans vos étagères...Mais peu importe : Voilà en tous cas de quoi compléter cette histoire de souris et de gigot.

    A vrai dire, l’idée ne m’est pas venue par hasard. Ayant passé quelques années d’une vie antérieure à scotcher des électrodes sur des muscles divers et variés de sujet(te)s (humain(e)s, s’entend), et étant d’une insatiable curiosité, je m’étais à l’époque intéressé autant à l’étymologie du mot muscle, qu’aux signaux électromyographiques qui pouvaient sortir desdites électrodes...

    Or donc : Une souris en latin, c’est sorex ou mus. Et le diminutif d’une souris en latin, c’est musculus :la petite souris. Mais musculus désigne aussi la coquille d’une moule, et le muscle, tous deux ayant en commun avec cette petite souris une forme oblongue. Musculus a donc donné en français mousle, puis moule (rien à voir avec un moule, qui lui se rattache plutôt à module, de modulus... une autre curiosité) et, plus directement : muscle. D’où, inévitablement, le gigot. L’évolution des mots est parfois particulièrement oecuménique.

    En grec le mot désigne aussi une souris, et un muscle : On a donc myographie, examen descriptif du muscle. D’où électromyographie, étude du fonctionnement des muscles par l’enregistrement de leur activité électrique. Une référence potache prévient à toutes fins utiles que si myographie est l’examen descriptif du muscle, la dactylographie n’est pas l’examen du doigt.

    Cette dernière affirmation me plonge dans des abîmes de perplexité... Mon côté suspicieux, sans doute.


    • roOl (---.---.248.177) 30 mars 2007 02:41

       smiley passionnant...


      • minijack minijack 30 mars 2007 05:42

        Merci cher auteur de cet éclairage hyper signifiant.

        Derrière l’utilisation de ma souris pour satisfaire à mon intense besoin de communication vous m’avez fait découvrir toute une symbolique érotique.

        C’était donc de l’onanisme queue, comme Monsieur Jourdain, je pratiquais sans le savoir ?

         smiley


        • ch (---.---.211.20) 30 mars 2007 13:56

          en dépit de la photo, ca n est pas nécessaire d etre vulgaire


        • Argo Argo 30 mars 2007 08:46

          Je vois dans votre contribution anti-platonicienne un éloge des artifices, la victoire de l’illusion sur les apparences, et du plaisir sur la dignité morale et métaphysique.

          En mettant le doigt sur un point crucial, vous réconciliez les extrêmes et contredisez les dictons... Avec vous les souris continuent à danser en présence du chat.


          • herbé (---.---.192.91) 30 mars 2007 09:49

            Tout çà est passionnant, mais quoi, une souris est une souris est une souris.

            La mienne est une logitech MX1000Laser, toute noire, bienque bleue sur la photo du mode d’emploi, genre « très chère pour ce que c’est », dont personne ne comprend pourquoi elle est affectée de deux jeux de pilotes différents sous Windows et, ce qui m’angoisse très fort c’est qu’un des voyants verts s’allume quelquefois au rouge sans que j’en aie jamais pu trouver la raison.

            Est-ce que quelqu’un aurait une explication ? (rationnelle ou non)

            Grand merci.


            • Paradisial (---.---.37.204) 30 mars 2007 11:37

              Certains feraient mieux de bien observer la photo incarnant la métamorphose de la souris (présente au sommet de la page), avant d’avoir à commenter l’article (dont ils n’ont pas compris la teneur).

              Ouvrez les yeux, vous comprendrez la nuance du troisième paragraphe.


              • Argo Argo 30 mars 2007 13:14

                Cher paradisial, votre perspicacité n’a d’égale que votre bienveillance à l’égard des « certains qui n’ont pas bien compris la teneur de l’article », brefs des abrutis. Veuillez en conséquence corriger la dernière partie de mon commentaire pour y faire figurer la femelle de l’animal que je cite.

                Bien intericoniquement


              • Paradisial (---.---.134.171) 30 mars 2007 13:44

                Pardon, j’ai vu. Je ne faisais forcément pas allusion à votre personne.

                Certains continuent à ne voir qu’une souris smiley.


              • LE RETIF (---.---.78.237) 30 mars 2007 11:44

                Article étonnant et très inspiré. Cela nous cause d’autant plus de plaisir à la lecture que l’on vole ici très au-dessus de nos petites paquerettes. So long Mr VILLACH ; c’est un plaisir de vous lire


                • Kelsaltan Kelsaltan 30 mars 2007 13:17

                  Euh... en fait, cette affiche m’a instantanément fait penser à... quelque chose de... très sensuel.

                  Il faut peut-être que j’aille consulter, s’il s’avère que je suis le seul !


                  • Paul Villach Paul Villach 30 mars 2007 13:25

                    Quelle affiche ? Celle d’Agoravox ? Pouvez-vous expliquer ? Paul Villach


                  • Jojo2 (---.---.158.64) 30 mars 2007 13:35

                  • Kelsaltan Kelsaltan 30 mars 2007 13:39

                    Eh bien... la photo bleue/rose m’a tout de suite fait penser à un sexe féminin et une invitation au voyage suggérée par les doigts.

                    Je ne me pensais pas avoir l’esprit particulièrement tordu avant votre question... perturbante.


                  • (---.---.17.187) 30 mars 2007 13:51

                    bzzzzzzzzzzzzzzzzz...

                    y’avait des moustiques furtifs le 24 ? du genre reflextogrey... ça c’est la pire des especes

                    .... bzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz

                    tu en parles dans ton article DW ?


                  • Kelsaltan Kelsaltan 30 mars 2007 13:58

                    Paul Villach,

                    Perdu entre les seconds-degrés et les sous-entendus, je regrette maintenant d’avoir posé des mots trop clairs sur ce qui aurait du rester finement suggéré.

                    Désolé,


                  • aztl (---.---.203.7) 30 mars 2007 14:39

                    oui enfin a force de suggerer des suggestions on perd le fil


                  • Claude (---.---.33.254) 30 mars 2007 15:54

                    Kelsaltan,

                    T’as pensé à un clito... ?

                    T’es pas le seul !

                     smiley


                  • quent1 (---.---.173.192) 30 mars 2007 13:58

                    Des souris et des hommes ou Les raisins et raisons de la colère c’est beaucoup plus cognitif.

                    Quand on est sourd pourtant la toile a ses adeptes et j’en suis.

                    Pour appeler aux urgences de rassemblements et manifestations la toile est plus qu’un véhicule utilitaire et prioritaire.

                    Pour retrouver des souvenirs enfouis ou enfuis, la toile est une affaire et Une histoire sans fin.

                    Mais de grâce, de grâce, monnsieur le professeur,je sais tout cela par coeur (une vieille chanson dont la toile ne parvient pas me trouver qui la chantait ?) de grâce le 5ème pouvoir ne se situe pas là.

                    Chacun derrière son écran blanc par les nuits noires reste un plaisir solitaire. hors sujet de l’image : 30.03.2007

                    "Recensement des châteaux forts allemands Encyclopédie des châteaux forts en préparation..."


                    • Le Panda Le Panda 30 mars 2007 15:07

                      @ l’auteur et autres commentateurs,

                      ne pas tourner au sourire un tel papier manque total de savoir accepter ce que nous sommes, des souris ou des « hommes » je fais partie des hommes avec sa souris....

                      Ce billet plein d’humour trouvera l’écho que mérite la situation que la communication France femme passe en ces moments. De la à faitre croire qu’il y a des compétents et des nulles j’ose franchir le pas en disant : Non, nous sommes ce que nous sommes alors fonctionnons avec, et avec l’état d’âme que chacun porte en soi et ce quelque que soit son pouvoir, nous sommes tous réduits au pouvoir des souris.... smileysauf peut-être D.W. ? qu’en pensez-vous ?


                      • Mario (---.---.203.173) 30 mars 2007 15:54

                        En résumé : « Des souris et des hommes » de John Malkovich... !


                        • clairette (---.---.37.254) 1er avril 2007 14:32

                          @ l’auteur : j’arrive avec un peu de retard sur cet article... ce qui ne m’empêche pas de l’apprécier !

                          @ Kelsaltan : ne vous inquiétez pas sur votre interprétation de cette ... souris... si joliment titillée, J’y ai vu (comme tout un chacun)la même métaphore que vous ! (et que l’on ne me targue pas de machisme primaire !)

                          Pardon Paul pour ce petit clin d’oeil (pas du tout irrespectueux envers votre prose) mais bon...on peut se détendre le 1er avril !

                          Cordialement.

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