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L’image vérité II : l’envolée de la presse « people »

Appelons-la comme on veut, la presse à scandale, à sensation, « people », ces publications hebdomadaires sont lues par 20 millions de Français. « Paris-Match » imprime deux fois plus d’exemplaires que « Le Monde ». On constate que le public, n’ayons pas peur de le dire, est féminin à 75 %, tous niveaux sociaux confondus. Ensuite qu’il est, en rapport à la pyramide des âges, presque représentatif de la population française. « Voici » pour les plus jeunes (51,5 % moins de 25 ans), « Point de vue » pour les plus âgés (57 % plus de 50 ans). Bref, cette presse est lue par toutes et tous.

La presse "people" ne se conçoit pas sans image fixe et n’est pas encore trop concurrencée par la télévision qui, pour des raisons historiques de service public, ne s’intéresse encore pas trop à ce créneau-là. Tous les photographes d’agences le disent clairement : « le people, il n’y a que ça qui paie ». Toutefois les ventes de ces hebdomadaires ne sont pas stables et varient presque du simple au double en fonction du titre de couverture (Paris-Match : « Mazarine sur le pont Neuf » 616 000 ex., « Pilotes français prisonniers des Serbes » 383 000 ex.).

Parmi les sujets traités, deux retiennent l’attention par leur succès inaltérable et leur étonnante récurrence : la famille d’Angleterre et la famille de Monaco. A elles deux, elles font une couverture de Paris-Match sur cinq en moyenne, avec des pointes les années fastes (17 couvertures sur 52, une sur trois en 1992). Avec cette presse, on peut parler d’un véritable phénomène social de la fin du XXe siècle.
Le pourquoi de ce soudain engouement pour les vies princières est à chercher dans plusieurs directions :
- les stars nous sont proches et nous les aimons. « A travers elles, auxquelles nous nous sommes identifiés, nous menons une vie... que nous n’avons pas les moyens de vivre. Il nous manque la beauté, l’argent, la gloire, la force, le talent. Avec elles, nous vivons par procuration une vie interdite, le luxe, le libertinage, le cosmopolitisme, la fête, l’exploit sexuel », Albert du Roy Le Carnaval des hypocrites - Seuil 1997 ;
- s’accommoder d’un manque : « Les médias contribueraient à combler le fossé toujours plus profond entre la multiplication des besoins et la possibilité de les satisfaire », Francis Balle, Médias et sociétés - Montchrestien 1990 ;
- certains parlent même de thérapie : « Les craintes et les humiliations, l’agressivité inemployée, la sexualité refoulée y trouvent des occasions toujours nouvelles d’une évasion sans risque, aussi savoureuse que la fiction, mais possédant un attrait supplémentaire dans son authenticité [...] Toutes les frustrations sociales peuvent être transférées grâce à l’alibi du journal » ; Bernard Voyenne La Presse dans la société contemporaine
- Armand Colin 1966, ou encore : « Elle (la presse people) opère ainsi à la libération de nos propres tendances ; elle nous permet de projeter notre culpabilité sur d’autres. Surtout, elle limite les impulsions agressives » ; Roland Cayrol, Les Médias - PUF 1991.

Au premier abord, il semble que la photographie, sans laquelle ces journaux n’existeraient pas, apporte son statut de vérité à des histoires qu’on pourrait croire inventées de toutes pièces. Mais on demeure surpris, en creusant le sujet, de constater que si les images de ces stars se vendent si cher, le public n’a que faire de la véracité des textes qu’on leur adjoint : « Demande-t-il (le public) la vérité ? L’expérience montre qu’il ne s’en soucie guère. Les journaux à sensation sont plein d’extravagances, d’élucubrations, de divagations, de contradictions et ils n’en pâtissent pas. » Albert du Roy, ibid. En clair, peu importe que les frasques princières soient avérées, l’important reste que celle qui s’est identifiée à Stéphanie les vive par procuration et que les images simplement suggèrent un monde que la lectrice se construira toute seule.
Comme si l’image jouait un simple rôle d’identification du lecteur (... rice), mais qu’ensuite l’histoire pouvait devenir pure fiction, verser dans le conte de fées le plus générateur d’illusions, comme si l’imaginaire né à partir des représentations satisfaisait à lui seul une demande d’idolâtrie... comme si, contrairement au slogan de Paris-Match, les mots n’avaient plus vraiment d’importance et que, comme avec les enfants, les images suffisaient pour faire rêver.

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11 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 5 octobre 2007 10:46

    comment espérer gagner à attention à la marche ou à gagner des millions si on ne sait pas le nom des mioches adoptés par Angélina Jolie ou le nom du dernier flirt de Britney Spears ! smiley


    • tvargentine.com lerma 5 octobre 2007 11:00

      Chez les coiffeurs,les dentistes,les medecins,voir les sevices d’attente,nous retrouvons cette presse « passe partout » et insipide.

      Ce sont donc des centaines de milliers d’artisans,d’indépendants qui proposent ce type de revue à leurs clienteles en attente.

      Mais en aucun cas,c’est une démarche d’aller acheter cette revue toutes les semaines par ces lecteurs de salle d’attente.

      Il semble donc exister ici un marché potentiel pour une presse passe partout,comme il existe déjà des romans de gare


      • Philippakos Philippakos 5 octobre 2007 19:35

        Bien sûr, Paris Match se trouve souvent chez les médecins et les dentistes qui l’achètent et qu’ils déduisent de leurs impôts, mais ce n’est pas le cas de « Voici » ou de « Closer ».

        Quand on voit les chiffres de vente de l’ensemble de cette presse-là, on est bien au-delà des salles d’attente.


      • Tetsuko Yorimasa Tetsuko Yorimasa 5 octobre 2007 12:49

        Pour laver les cerveaux récalcitrants, il faut une lessive puissante, mais qui n’est pas sans poser de problèmes pour l’environnement


        • Fares 5 octobre 2007 13:43

          A mon avis, si la « presse people » rencontre plus de succès que la « presse standard », c’est tout simplement parce qu’ils font mieux leur boulot.

          Entendons-nous bien : les journalistes de la presse à scandale font de la merde, évidemment ! Mais c’est leur boulot, et ils le font bien.

          Si la presse standard passait moins d’informations sous silence, et nous aidait à avoir une vision plus objective du monde qui nous entoure (en somme, s’ils défendaient nos intérêts et qu’ils nous donnaient les moyens de comprendre ce qui se passe autour de nous), ils décupleraient leurs ventes. C’est une évidence, même moi je me remettrais à les acheter smiley

          Et hop : http://souk.zeblog.com/214077-chomsky-les-deux-cibles-de-la-propagan


          • LE CHAT LE CHAT 5 octobre 2007 14:01

            ça fait quand même longtemps qu’on a pas eu de nouvelles de Paris Hilton sur Avox ! qui a un scoop ? smiley


            • Vilain petit canard Vilain petit canard 5 octobre 2007 15:49

              Il y a trois mille ans, les Grecs qui s’embêtaient le soir se racontaient comment Zeus avait séduit Europe, Io, ou Ganymède. Si on avait épuisé le sujet, on passait aux Héros : Achille, Ulysse... ces histoires qui ont encore cours de nos jours. Mais aujourd’hui, pour nous occuper, on nous raconte les histoires de fesse des Grimaldi, et si on manque de copie, des fesses sans histoires de Britney Spears.

              Visiblement, on est descendu d’un cran.


              • pixel pixel 5 octobre 2007 22:43

                @canard Dommage la chute de votre commentaire,votre jugement de valeur gomme l’analogie que vous faites avec la mythologie grec.


              • ddacoudre ddacoudre 6 octobre 2007 10:46

                Bonjour philipakos.

                Intéressant ton article. Je m’étais penché sur le sujet comme tant d’autre avant moi, je te joins mes commentaires de l’époque. La situation a du légèrement évolué, sur le comportement des français je te conseille un excellent ouvrage d’un sociologue Gérard Mermet qui édite tous les deux ans un livre qui se nomme Francoscopie. Il est bien évidant que ce type de lecture induit un certain nombre d’analyses qui se retrouvent dans tous les débats et nous pouvons même voir les politiques s’y soumettre.

                Ainsi, sur une courte période de quelque 30 ans, la qualité du savoir-faire délivré par les revues spécialisées d’informations et autres sur le bricolage a évolué. Le bricolage est devenu une activité de loisir et de « faire soi-même », incité en cela, par la disparition de certaines tâches non rentables des métiers de la réparation ou par simple souci d’économie (voire de certain métier qui se sont raréfiés), en même temps que par l’individualisation et l’aménagement de l’habitat, et la production de biens de séries et du jetable, ainsi que des productions de masse réalisé dans des États pauvres. Aujourd’hui, il y a 60% des français qui bricolent, contre 45% en 1969. Dans ce seul secteur, la dépense par personne atteint 244 Euros (1600 f), le jardinage 213,50 Euros (1400 f), et le bricolage automobile 396 Euros (2600 f) par ménage motorisé. Ces quelques chiffres montrent à l’évidence que le marché du loisir se porte bien.

                Mais qu’en est-il du marché de la Connaissance et du Savoir, le marché de la culture.

                20 - Le savoir se vend mal sauf parmi ceux qui le possèdent, mais la culture populaire enrichit leurs protagonistes. Elle est l’objet de débats, dans lesquels il faut un décodeur qui existe en kit et en pièces détachées dans le magasin de la méconnaissance

                Le savoir se vend mal sauf parmi ceux qui le possèdent...

                Si on regarde à partir de l’exemple ci-dessus, le développement de l’enseignement complémentaire auxquels actuellement les adultes s’adonnent, cet enseignement, mis en parallèle à celui du loisir, en est au stade embryonnaire du bricolage. Cela, parce que chacun se cultive à sa convenance dans le « marché » de la culture existant, et que la part correspondant à un apport de Savoir, dans ce marché, est minime.

                Cet apport de savoir complémentaire se fait essentiellement au travers de la lecture. Il faut donc à la fois examiner et trier la part qui conduit à une accumulation de savoir, ceci par rapport à la culture ludique, quand les deux ne sont pas cumulés comme beaucoup d’ouvrages, ou le ludique permet de réaliser la vulgarisation de sciences dures, ou qu’il vient en complément pédagogique de l’enseignement traditionnel.

                Je ne veux pas dire par-là que j’écarte l’activité ludique comme moyen d’enseignement, ni l’utilité des ouvrages purement « récréatifs », (s’ils existent c’est que leur usage correspond à un désir exprimé) ; mais je ne les retiens pas comme constituant un apport de connaissances correspondant à une acquisition de savoir. Je reconnais par ailleurs que mon analyse est arbitraire, car des ouvrages « récréatifs » sont parfois des supports à un enseignement, et j’ai à l’esprit des ouvrages de romans ou de sciences-fictions, comme tout un chacun peut en avoir, qui sont conseillés parfois comme référence à lire à l’occasion d’un enseignement littéraire.

                Globalement ce sont les gens les plus instruits qui s’adonnent à la lecture, et les achats sont comme je l’indiquais « récréatif ».

                En effet, les diplômés de l’enseignement supérieur ont représenté en 1998, 24% de la totalité des achats pour ne représenter que 9% de la population. Les femmes ont effectué 57% de ces achats.

                Par ailleurs 51% du total de ces achats sont des ouvrages de littérature générale, pour l’essentiel des romans. Les livres des sciences humaines ne représentent que 5% des achats, les ouvrages de sciences et techniques 3%. Si je peux, à tort ou à raison, considérer que les livres de sciences sont vecteurs de savoir , parce qu’ils permettent d’accéder aux mécanismes du savoir, ils représentent seulement 6,2% des achats pour 9553 titres vendus à 25476 exemplaires, les livres scolaires 17,3% pour 7274 titres vendus à 71209 exemplaires, les livres pour la jeunesse 7697 titres vendus à 70470 exemplaires (chiffres donné par le syndicat national de l’édition en 1999). Néanmoins, les livres sont présents dans 91% des foyers, et les écarts entre catégories sociales demeurent. Les ouvriers et employés ont trois fois moins de livres que les cadres et professions libérales. La dépense par personne toutes catégories confondues représentent 38,1 Euros (250 f) . Nous sommes donc loin des sommes consacrées aux loisirs (858,65 Euros, 5600 f).

                Pourtant il y a un autre « marché » celui de la culture populaire, mais le but n’est pas d’éduquer.

                ... mais la culture populaire enrichit leurs protagonistes...

                Si je fais cette distinction, et si j’ai mis entre guillemet le mot marché, c’est parce que nous vivons dans une société où se développe une culture populaire « commercialiste » universaliste qui va du fast-food aux séries télévisées, et films américains (je les cite symboliquement parce que se sont eux qui sont en position hégémonique, ce serait vrai pour tous ceux qui voudraient les supplanter). Cette culture populaire passe également par les multitudes de magazines à caractère informatif, et passera demain par les multimédias interactifs. Elle constitue un espace commercial qui favorise l’acculturation, mais qui ne constitue pas un objet propre au développement du savoir. Cette acculturation nous pouvons soit, la vivre malgré nous au travers de notre culture populaire publicitaire, soit l’accompagner par plus de connaissances didactiques, pour ne pas la subir, parce que nous le comprenons et la comprenons. La culture populaire a toujours était un espace commercial, il n’y a aucune nouveauté en cela. Ce qui l’est, c’est que ce marché dépend de plus en plus de groupes oligarchiques idéologiques anonymes (actionnariat), dont le but est certes de faire de l’argent, mais aussi de maintenir les conditions socio-économiques qui leur sont favorables. Ainsi, la diffusion de masse de la culture populaire devient à tort ou à raison « le fait majoritaire », voire s’universalise par recherche d’extension de son marché. Cela n’a donc rien à voir avec le savoir et la connaissance didactique, bien que dans la culture populaire se trouve l’activité artistique résultant d’un enseignement didactique ou autodidacte. Ce que je veux dire par-là, c’est que si toute la population était mélomane, ces groupes vendraient des mélodies, et ferait tout pour conserver cet esprit mélomane parce qu’il lui rapporte des profits ; si la population est ignorante ils vendront ce qui satisfait cette ignorance. Vendre du loisir ce n’est pas enseigné. Ainsi, même dans la culture populaire se rencontre le problème de la concentration et de son incidence sur le développement de la culture. Également, ce que nous appelons culture sous-entend aussi la possibilité d’élever ses connaissances, de se cultiver, or la culture populaire consiste à fournir une culture qui ne demande aucun effort de compréhension pour ne pas réduire la capacité de commercialisation espérée du produit mis sur le marché correspondant à l’image de la culture qu’il représente. La culture populaire est toujours en rapport avec le niveau de connaissance de la population concernée en fonction de sa propre culture, et ne contient aucun but d’émancipation. J’ai souligné ce passage, et que je le laisse tel quel, car il illustre parfaitement l’ambiguïté des mots aux sens multiples, dont il faudra se départir, quand il s’agira de faire l’usage des découvertes du génome ou celles neurologiques qui ne supporteront aucune ambiguïté. Car il y aura toujours quelqu’un pour nous vendre de la culture populaire pour de la culture didactique.

                La culture populaire, c’est aussi apprendre seul chez soi sans aide pédagogique, un marché qui va devenir exponentiel avec Internet, et qui est déjà l’objet de débats autour d’intérêts financiers.


                • pixel pixel 7 octobre 2007 00:31

                  C’est la mythologie l’objet votre article.Quel est son rôle dans les sociétés. Il y a des mythologies selon les classes sociales et celles de l’article traite des classes populaires. Pourquoi ne pas parler de celle des classes moyennes : l’écologie nouvelle pensée totalitaire basée comme le marxisme en son temps sur des bases speudo scientifiques.


                  • Philippakos Philippakos 7 octobre 2007 09:49

                    Remarque très judicieuse de Pixel mais qui pourtant bute sur un écueil : cette presse est de plus en plus lue alors que la classe populaire diminue au profit de la classe moyenne. D’autre part, les études sociologiques de la presse montrent que cette presse people est lue par « toutes les classes sociales » (je connais personnellement des profs d’Université qui lisent Gala, eh oui... Peut-être les profs de fac sont-ils devenus populaires ?)

                    Sur la mode écologique, bien d’accord, avec toutefois une particularité morale concernant l’écologie : la conviction de faire le bien... Cela dit, et outre les phénomènes médiatiques et commerciaux qui en résultent, du positif à penser que la terre est à préserver, même si cela doit entraîner quelques débordements parfois risibles. Merci à DW pour ses commentaires toujours élogieux. Déçu de ne plus lire son article quotidien. Un de ses derniers, sur le rôle de l’artiste, m’avait fort intéressé et j’y ai puisé des éléments (je dois l’avouer) pour un essai de réflexion sur les fonctions de l’artiste. A paraître dans deux semaines, promis...

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