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L’information citoyenne face aux journalistes professionnels

L’information est présente dans la nature, la matière, le cosmos et elle nous entoure. L’homme a comme particularité d’être un animal qui a développé des systèmes de communications utilisant des signes avec un système de sémantisation assuré par cet organe qu’est le cerveau. Grâce à ce système de signes et d’interprétation, l’homme peut réaliser des finalités qui dépassent de loin celles poursuivies par les autres espèces animales. Une transition majeure est arrivée à l’ère des transmissions par voie électrique ou électromagnétique. L’information n’est plus exprimée et reçue avec les limites matérielles. Par exemple lors d’une rencontre, en se parlant, en échangeant des livres ou des missives. A l’ère technumérique, les informations franchissent les limites matérielles et chaque foyer peut accéder à un ensemble d’images et de récits provenant du monde entier. L’époque où les nouvelles d’Amérique mettaient plusieurs semaines à arriver est révolue.

La relation entre l’individu et le flux d’information s’est transformée radicalement ces dernières décennies. On oublie souvent un élément important. L’information s’échange moyennant une transaction entre celui qui produit l’information, celui qui la diffuse et celui qui la reçoit. Le média est par définition en position de médiation, d’intermédiaire. On devrait employer le néologisme « intermédia ». Il y a un siècle, l’individu voulant être informé accomplissait l’effort d’aller chez le vendeur de journaux pour être satisfait. En 2015, l’individu peut recevoir toutes les informations ou presque en restant dans son domicile, avec un téléviseur et un ordinateur. Le problème n’est plus vraiment d’aller chercher l’information que de réduire, sélectionner, couper l’information, notamment pour se préserver d’une submersion pouvant altérer le processus de sémantisation du réel.

L’information dans le sens anthropologique est un outil permettant aux individu de connaître indirectement le monde ainsi que d’acquérir des savoirs utiles à la conduite de l’existence ainsi que des discours permettant de forger la pensée et de s’orienter dans les champs idéologique, politique et axiologique en appréciant les valeurs et en hiérarchisant les contenus s’il y a lieu.

Cette remarque nous conduit à interroger la production et la diffusion de l’information. Avec en premier lieu un constat. Toute information qui concerne la vie humaine se présente sous forme d’un récit. Avec du langage parlé ou écrit, puis des images, statiques ou en mouvement, accompagnées d’un complément sonore au pas. A l’ère technumérique, les images sont omniprésentes ainsi que les récits peu ou prou simplistes façonnés comme storytelling avec parfois des usages à des fin politiques. L’information produit un effet sur les sujets et leurs représentations du monde. La propagande est un vieux procédé qui a pris un tournant plus efficace et plus vaste à notre ère technumérique.

Les médias de masse sont bousculés par l’arrivée des journaux en ligne avec un impact assez modeste provenant des sites alternatifs et des médias citoyens comme peut l’être Agoravox. Par expérience, je sais comment et pourquoi l’information citoyenne est assez différente de l’information professionnelle. Le chroniqueur indépendant rédige ses textes en choisissant ses thèmes librement tout en développant ses idées, récits et thèses avec une vision très subjective qui peut s’avérer plus impartiale que celle des médias de masse. Le chroniqueur indépendant donne de sa personne et parfois, ses écrits résonnent avec plus d’authenticité que ceux des rédacteurs en chefs et des journalistes encartés publiant dans les grands médias.

L’information produite dans les médias de masse obéit à deux objectifs, le plus décisif étant l’adéquation entre l’information et le récepteur de l’information car les enjeux économiques sont importants. Un journal qui ne se vend pas disparaît. L’autre enjeu que poursuit le rédacteur à travers son journal, c’est de diffuser sa pensée et la ligne idéologique de sa vision sociétale. Il n’obéit pas aux ordres, il est en personne l’ordre idéologique, avec les connivences que l’on sait avec d’autres ordres et pouvoirs. Le journaliste professionnel face au marché de l’information se situe comme le pouvoir du marché et le marché du pouvoir. Que dire de plus. Sinon que le journaliste citoyen est affranchi de ces deux puissances et peut s’exprimer sans pression. Sauf la pression qu’il se met pour élaborer des informations de qualité. C’est un souci partagé par une partie des chroniqueurs indépendants. Une partie qui ne sera pas évaluée car ce n’est pas évaluable.

Et notre journaliste professionnel, comment le situer ? On peut le voir à l’image d’un agent immobilier servant d’intermédiaire entre des personnes qui ont une information à diffuser et des gens en nombre qui sont en attente de la recevoir parce qu’ils ont été conditionnés pour la capter. Les gens sont excités par le dernier album de Rihanna, ce qui prouve que les médias ont bien joué leur rôle en rendant les gens addicts à cette artiste qui n’a rien d’exceptionnelle, comme du reste les gens qui l’écoutent. On pourrait multiplier les exemples. Le journalisme est devenu une affaire de transaction sur le marché de l’information. Le journaliste se moque de ce qu’il diffuse. Son seul objectif c’est de prélever une commission, comme l’agent immobilier, une commission pour vendre l’information et se vendre lui-même.

Ces idées mériteraient d’être développées mais il n’est pas certain que le grand public soit disposé à entendre un discours le présentant comme le dindon de la farce médiatique. C’est d’ailleurs ce qui fait la force des médias de masse. Et des idiots utiles qui les renforcent et qui sont les théoriciens du complot.


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27 réactions à cet article    


  • sarcastelle 29 janvier 09:14

    « citoyen » n’est pas un adjectif. Cette manie est à bannir, a fortiori dans un titre.


    Il faut laisser les comportements citoyens, les initiatives citoyennes et le livret citoyen aux esprits de second ordre (je suis peut-être un esprit de troisième ordre, mais je sais que je ne progresserai pas en me gargarisant d’un vocabulaire ronflant et moutonnier). 

    • Jeussey de Sourcesûre M de Sourcessure 29 janvier 09:21

      @sarcastelle

      Je vous plusse.
      Cette mode est plus qu’énervante : elle est la marque d’un glissement sémantique,
      une nostalgie mal digérée des bommets phrygiens et des sans-culottes.

    • JL JL 29 janvier 09:34

      @sacarstelle,


      il faut relativiser : Chomsky parle de médias industriels. Dans le même esprit, je pense que médias citoyens n’est pas une expression à rejeter.

      Les médias industriels sont les médias de masse dont le but n’est ni d’informer ni d’éduquer mais de faire du profit, en distrayant, et seulement en distrayant. « N’importe quoi sauf la vérité, il n’y a que ça qui ne se vende pas », disait Boris Vian.

      Accessoirement, ils leur arrive de faire de la désinformation et du formatage. Certaines chaînes d’info sont spécialisées.


    • roman_garev 29 janvier 10:21

      @sarcastelle
      Je vous plusse aussi. Négliger sa langue maternelle en la laissant dévier dans tous les sens est impardonnable.

      Mais je me demande toujours, pourquoi dans la carte d’identité française on voit « Nationalité » exprimer en fait la notion « Citoyenneté »... Ou bien ce dernier mot n’existe que dans les dictionnaires ?
      À propos, savez-vous que dans la langue russe la seule nationalité ayant la forme d’adjectif est justement « Russe » (Русский) ?

    • roman_garev 29 janvier 10:35

      @JL

      « il faut relativiser : Chomsky parle de médias industriels. Dans le même esprit, je pense que médias citoyens n’est pas une expression à rejeter. »

      Quoique Chomsky parle plutôt en anglais, donc ce serait une traduction, rien d’étonnant pour ce mot qui est présent aux dictionnaires soit comme adjectif (industriel-industrielle), soit comme un nom (industriel) :

      Tandis que « citoyen-citoyenne », on ne les trouve qu’en catégorie de noms :


      De sorte que des justifications du type « de même esprit » ne valent pas grand-chose contre les dictionnaires.

    • JL JL 29 janvier 10:43

      @roman_garev
       

      Comportement citoyen, devoir citoyen, ça ne vous parle pas ?

      Le français n’est pas une langue morte : 

      média citoyen par oppositionpuisque vous n’aimez pas mon expression même esprit - à médias de masse - puisque vous n’aimez pas média industriels - c’est encore ce qui nous parle le mieux, non ?

    • roman_garev 29 janvier 13:30

      @JL

      Aucun cas d’emploi du nom « citoyen » en tant qu’adjectif ne me parle.
      Une langue vivante jouit d’autres acquisitions que d’écorcher des mots déjà existants, ce qui provient plutôt d’analphabétisme accidentel ou voulu.
      Mais vous avez raison : une fois le nombre d’écorcheurs dépassant celui des puristes, le mot nouveau est créé. C’est pour cette raison que l’on discute.

      Pourquoi pas « média de citoyens » par opposition au « média de masse » ? Qu’est-ci qui ne vout plaît pas ici ? Deux lettres « de plus » ?
      Et qui vous dit que je n’aime pas « média industriel » ? Si, je l’aime, car l’adjectif « industriel » existe bel et bien, contrairement à l’adjectif inexistant « citoyen ».
       

    • roman_garev 29 janvier 13:36

      @sarcastelle

      « Cette manie est à bannir, a fortiori dans un titre »

      À regarder un peu plus haut que le titre : « AgoraVox, Le média citoyen » smiley

    • JL JL 29 janvier 14:00

      @roman_garev,


      citoyen ne serait pas le premier substantif à être adjectivé.

      Et d’ailleurs si le verbe adjectiver existe ce n’est pas pour rien. 


    • roman_garev 29 janvier 15:38

      @JL

      Okay, j’admets que votre point de vue est plus défendable.
      Faudrait refléchir aussi sur « citoyennisme » et « citoyenniste » déjà existants, ainsi que sur « citoyenner », « décitoyenner » er surtout sur la « décitoyennisation » pratiquée de nos jours à l’Ukraine presqu’europunienne smiley

    • JL JL 29 janvier 15:51

      @roman_garev,,

       
      pas de soucis, sauf que ... vous avez un peu salopé mon com. Je l’aimais bien.

       smiley

    • roman_garev 29 janvier 17:01

      @JL

      Salopé ? Tout au contraire, je vous ai offert la possibilité d’argumenter, sinon d’embellir votre com et surtout je l’ai mis en évidence smiley

    • JL JL 29 janvier 19:14

      @roman_garev,


      avez vous remarqué que le message que je voulais faire passer était celui-ci :

      Les médias industriels sont les médias de masse dont le but n’est ni d’informer ni d’éduquer mais de faire du profit, en distrayant, et seulement en distrayant. 

      « N’importe quoi sauf la vérité, il n’y a que ça qui ne se vende pas », disait Boris Vian.

      Accessoirement, ils leur arrive de faire de la désinformation et du formatage. Certaines chaînes d’info sont spécialisées.

    • Verdi Verdi 29 janvier 09:48

      Je partage cette analyse, très « scientifique » de la place de l’info et des vecteurs qui la font circuler dans nos sociétés. 

      Permettez-moi seulement de défendre les quelques dizaines de journalistes français, sur environ 35 000 encartés officiels, qui se sont affranchis de la tutelle des médias inféodés, soit aux politiciens, soit aux financiers qui détiennent le vrai pouvoir médiatique.

      Il y aurait beaucoup à dire sur les conditions d’attribution de la carte de journaliste. En particulier, sur le fait que sa délivrance n’est pas nécessairement liée à la compétence du titulaire, mais à l’argent que son activité lui rapporte. 

      Eh ! oui ! Un fieffé idiot peut très bien se retrouver journaliste, dès lors qu’il en tire un salaire ou des piges suffisantes, qui est la condition sine qua non.


      • L'enfoiré L’enfoiré 29 janvier 10:09

        ReSalut Bernard,


         Ton sujet je viens de le traiter.
        « L’influence des médias et des réseaux sociaux »
        Deux heures d’écoute par une conférence d’un professionnel que j’ai traduit et résumé en mots avec quelques conclusions.

        • JL JL 29 janvier 10:57

          @L’enfoiré bonjour,
           

          très bon article, et toujours avec des illustrations qui valent le détour. 
           
          ps. je n’ai pas encore tout consulté, mais il me semble à la lecture des premières lignes, que ça va dans le sens de mon com de 9:27 ci-dessus.
           
          Cela me rappelle cette célèbre phrase de feu Paul Villach, je cite de mémoire donc à peu près : ’’Nul ne délivrera jamais une info qui le desservirait.’’

        • L'enfoiré L’enfoiré 29 janvier 12:36

          @JL bonjour,


           J’ai été voir en effet.
           Le besoin de ce putain d’argent pourrit tout.
           Tout le monde se tient par la barbichette.
           Tu le donnes ceci et je te donne cela en échange.
           Ce n’est pas de la corruption, bien sûr, mais en poussant le bouchon un peu plus loin, on y arrive vite.
           J’ai demandé évidemment à l’auteur de la conférence si je n’avais pas dévié son message dans mon résumé.
           Apparemment, il acquiesçait.
           J.J.Jespers est quelqu’un que tout le monde a connu, il y a quelques bonnes années quand il présentait le JT.
           Il a quitté la RTBF en 2003 si je me souviens bien.
           De Paul, je me souviens bien. Nous avons communiqué par courrier mais j’ai un peu refroidi mon contact avec lui quand il se targuait de défendre Agoravox devant Fogiel alors que c’était à Carlo de le faire.
           Il n’avait pas compris qu’il s’était fait descendre par Fogiel de manière efficace et imparable à la seule question qu’il lui posait : « Qu’est-ce que les médias citoyens apportent de plus ? ». 
           Cela rappelle des souvenirs, non ?
           smiley

        • JL JL 29 janvier 14:01

          @L’enfoiré,


          souvenirs souvenirs. Oui, bien triste histoire cette mésaventure avec Fogiel.

        • astus astus 30 janvier 09:06

          Merci Bernard pour cet article « citoyen » qui permet de mieux comprendre cet enjeu de l’information et son pouvoir sur les « citoyens ». L’information est bien l’énergie du monde, la pulsation de l’univers. 


          • julius 1ER 30 janvier 09:51

            . Le journalisme est devenu une affaire de transaction sur le marché de l’information. Le journaliste se moque de ce qu’il diffuse. Son seul objectif c’est de prélever une commission, comme l’agent immobilier, une commission pour vendre l’information et se vendre lui-même

            @l’auteur,

            cela ne s’appelle-t-il pas la propagande ???????

            • zygzornifle zygzornifle 30 janvier 13:41

              le journaliste est bien souvent a la solde du gouvernement .... autrement il se fait dézinguer rapidement et bannis des médias ....

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