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L’information demain, c’est vous !

C’est aujourd’hui une banalité de dire qu’Internet est en train de bouleverser la manière dont nous appréhendons l’information. Mais qu’allons-nous en faire ?

La lecture attentive de l’intéressant article publié par AgoraVox à propos du comportement des Français vis-à-vis d’Internet, la tenue, depuis maintenant six mois, d’un petit blog d’informations locales à Paris, et une contribution régulière à AgoraVox m’incitent à vous donner un point de vue sans prétention sur la question. Il ne s’agit pas de trancher définitivement, mais plutôt de se poser des questions.

D’abord, faisons un constat. Le taux d’équipement des ménages en informatique, l’explosion des abonnements aux connexions ADSL, le foisonnement des blogs, le temps croissant passé par nos compatriotes devant leur ordinateur, le commerce en ligne, etc., tout nous montre qu’Internet est bel et bien entré dans nos vies, et qu’il est en train de changer nos comportements. Effet de nouveauté, ou phénomène durable ?

En ce qui concerne l’information, rien n’est encore bien clair.

Les grands médias existants ont certes multiplié les projets et développé des sites souvent très bien faits et très visités, comme celui du Monde, mais ceux-ci ne sont qu’un moyen supplémentaire de diffusion de leurs informations.

Des formes plus "artisanales" de diffusion de l’information ont vu le jour, allant des sites web traditionnels sur des sujets particuliers, aux blogs gérés individuellement ou de manière collective, en passant par des initiatives plus ambitieuses comme celle qui a été lancée récemment à Paris d’une agence d’informations pour l’Île-de-France. Ces dernières formes font d’ailleurs l’objet de débats animés, les médias en place y voyant une concurrence jugée dangereuse.

Constatons aussi que nos concitoyens partagent une réelle soif d’information, d’une information différente, le traitement réservé à celle-ci par le journalisme traditionnel ne semblant plus leur convenir. Le succès d’audience croissant des blogs d’information locale, et l’augmentation non moins croissante de leur quantité, semblent le démontrer. On peut citer aussi, sans excès de louanges, la nouveauté que constitue un site comme AgoraVox.

Disons aussi, pour être honnête, que cette analyse n’est pas partagée par les journalistes. Au cours d’une récente conférence à propos de l’histoire des médias dans le 9e arrondissement de Paris, Patrick EVENO, maître de conférences en histoire contemporaine, Université de Paris I Sorbonne, l’a clairement contestée. Pour lui, et son avis est sans doute représentatif de la profession, c’est la question économique qui est motrice dans la désaffection des lecteurs, le journal quotidien français étant trop cher. Par ailleurs, les médias voient dans la création des blogs d’information un phénomène lié à la technologie. Tout comme nous avons assisté à une explosion des radios locales, dans le milieu des années 1980, à la suite de la libéralisation des ondes et grâce à la possibilité technique de créer sa propre radio, la presse n’est pas loin de penser que l’apparition des blogs est un phénomène ponctuel, qui ne résistera pas au temps. Il y a sans doute du vrai dans ce dernier point.

La question est de savoir comment nous allons répondre à cette demande d’information traitée différemment. Des exemples intéressants de ce qui se passe dans d’autres pays peuvent nous servir de repères. Le cyclone Katrina aux USA a été l’occasion d’un traitement différent de l’information, par le récit même de ceux qui le vivaient. Beaucoup de blogs racontent des aventures, des parcours individuels très riches en informations sur ce qui se passe loin de chez nous.

C’est donc plus à une espèce de révolution dans la manière dont nous faisons de l’information que dans sa seule réception que nous allons peut être assister. La prise en mains des événements par chacun d’entre nous, là où il vit, là où il se déplace, peut nous permettre de partager l’information avec d’autres.

Cette prise en mains est largement facilitée par la technologie moderne, mais se heurte à de nombreux obstacles :

  • les médias existants, n’y revenons pas
  • la qualité, la pertinence des informations diffusées. C’est là un sujet très sérieux
  • la volonté, mais aussi et surtout, le passage à l’acte dans cette prise en mains de l’information par nos concitoyens. Si beaucoup de personnes se plaignent de la manière dont est faite l’information, assez peu en vérité sont disposées à agir.

C’est sur ce dernier point que je souhaiterais insister plus particulièrement. Tout comme il paraît clair que la France traverse une crise politique grave, en raison du fossé qui s’est creusé entre les citoyens et leurs représentants, et que seul le développement d’une démocratie plus participative peut résoudre, il semble que la défiance vis-à-vis des médias en place, même si elle est contestée par la profession, ne peut être traitée que par une action collective de réappropriation de l’information par chacun d’entre nous. La chose n’est pas gagnée d’avance. L’expérience du blog d’information locale me montre que si beaucoup de gens sont lecteurs, et lecteurs fidèles, très peu sont prêts à participer, même de manière ponctuelle, au projet. Pas de critique dans ce propos, mais il y là un paradoxe dont il faudra bien se sortir un jour.

C’est donc une espèce d’appel à contributions que nous pouvons faire. Que ce soit pour un modeste blog comme Paris Neuvième, ou pour des projets plus ambitieux comme AgoraVox, la participation de chacun sera un élément déterminant dans la manière dont nous inventerons, tous ensemble, cette nouvelle manière de traiter l’information.



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Réactions à cet article

  • Par jm deant (---.---.---.109) 5 décembre 2005 11:54

    Article trés judicieux et ô combien d’actualité qui a le mérite de poser la bonne question. En réalité, personnellement, je pense que nous n’en sommes qu’à la préhistoire de cette évolution non seulement de l’information en tant que telle mais plus généralement du « savoir », de l’information stratégique qui, détectée ou non, possède d’ores et déjà une forte valeur ajoutée porteuse d’évolutions économiques majeures. Alors, ramenée aux individus, l’information brute sera t elle également porteuse d’évolution de leurs états d’esprit vers une plus grande ouverture puis compréhension du monde ou les dits individus s’empareront ils eux mêmes de cette information pour la « modeler » à leur convenance, voire la diffuser ensuite avec le risque de dérive inévitable que cette démarche comportera ?

  • Par borneo (---.---.---.156) 6 décembre 2005 07:09

    Les blogs et sites collaboratifs comme agoravox participent grandement à la diffusion de l’information. Un aspect des plus intéréssants est la fonction d’archivage de l’information et le complément d’enquéte qu’ils apportent. D’autant plus qu’un blogueur n’hésite pas à placer des liens multiples en relation avec ses centres d’intéréts. Par opposition les organes de presse en ligne bloquent l’accés a leurs archives suite à un accord avec les syndicats de journalistes et mentionnent rarement des commentaires citoyens issus des blogs ou de sites collaboratifs

  • Par (---.---.---.15) 6 décembre 2005 09:22

    Une petite anecdote. Je gère un petit journal web sur la vie locale de mon quartier. A l’occasion d’un événement pouvant avoir à terme des conséquences très fâcheuses, j’ai rédigé une page sur ce sujet et je l’ai signalée au quotidien régional. Pas de réaction. A l’occasion d’une mise à jour, je leur ait écrit à nouveau en incluant dans mon courrier le complément. Le quotidien l’a publié dans le courrier des lecteurs, sans signaler le site.

    Je considère donc qu’il y a un black-out de ce journal pour ne pas inviter ses lecteurs à aller chercher des informations locales sur la Toile.

    Maintenant je le sais. La prochaine fois que je rédigerai une telle page, j’en enverrai le contenu à la rédaction du journal sans même signaler l’existence de la page Web, cela augmentera sensiblement mes chances d’être publié.

    L’intervenant précédant a tout a fait raison d’insister sur l’aspect « historique ». C’est ce qui distingue les « vrais organes d’information de la génération Internet » - ceux qui gardent leurs historiques disponibles - et les autres qui sont venus sur Internet à reculons.

    Ceci étant dit, la critique est facile, mais il y a des paramètres économiques... Ne sont-ils pas contournables ? Plutôt que de se retrancher dans un bunker comme le fait l’industrie du disque, ne vaut-il pas mieux ouvrir les vannes et vivre différemment ?

    Am.

  • Par Didier (---.---.---.252) 6 décembre 2005 09:33
    Didier Vincent

    > Am : pouvez vous nous donner l’URL de votre blog ? Merci

  • Par nico (---.---.---.233) 6 décembre 2005 11:43

    Didier, Epic, cela te dit quelque chose ?

    > http://www.broom.org/epic/ols-master.swf

  • Par HKac (---.---.---.109) 6 décembre 2005 12:43
    HKac

    Votre article me fait penser que « oui » les processus d’information évoluent radicalement. Avec les médias traditionnels, on avait un émetteur et un récepteur. Aujourd’hui, avec Internet, et en particulier les weblogs, chacun est tour à tour émetteur et récepteur. C’est une nouvelle donne à prendre en compte par les journalistes car le temps de diffusion change radicalement avec les systèmes d’information « populaires » par rapport au journalisme classique. Les nouveaux supports n’ont pas d’étapes de validation aussi strictes. Là où le journalisme avait pour mission de produire du contenu de « référence », les weblogs fournissent un flux continu de points de vue, d’avis et d’humeur certains contenant du fond et d’autre du « pathos ». Ces nouveaux canaux sont beaucoup plus réactifs.

    Ma vision des choses est que le journalisme « quotidien » devra partager le marché avec les informations spontanées et de proximité issues des bloggeurs. La conséquence potentielle est que le journalisme devra davantage se refocaliser sur un journalisme de fond type hebdomadaire et mensuel.

    En somme, pour l’information rapide on aura : les gratuits, les blogs et les fils d’actus (Reuters, AFP...) et pour l’info de fond on aura toujours le journalisme classique mais de moins en moins quotidien. Ceci dit je ne suis pas un gourou alors attendons et voyons.

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