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L’UDF, les médias, leurs actionnaires et la loi

Le projet de loi déposé par l’UDF vendredi a pour objectif "d’empêcher les groupes industriels dont l’activité dépend des commandes de l’Etat à plus de 20% de leur chiffre d’affaires, de détenir directement ou indirectement plus de 3% du capital d’un média".

Sont évidemment visés Bouygues (TF1), Dassault (Socpresse -> Le Figaro) et Lagardère (Hachette -> Europe 1, Paris Match, JDD...).

La difficulté d’avoir un débat sur le sujet de l’actionnariat des médias tient naturellement à la censure médiatique qui l’entoure... José nous invite à relayer l’information puisque les médias se font étrangement discrets sur le sujet... Dont acte.

Les blogueurs pourraient aider à "produire" du bruit, à leur niveau. Mais pour cela il faut qu’ils «  s’organisent », et pas seulement qu’ils se fassent l’écho de ce qu’ils voient dans les médias... C’est donc loin d’être gagné.

Sur le fond, on se félicitera d’abord de ce que l’UDF transforme les sujets qu’il aborde en propositions. Le pavé dans la mare jeté par François Bayrou (rejoint sur un terrain proche par Laurent Fabius au cours de la primaire socialiste) il y a quelques semaines ne reste pas lettre morte (cf. également l’article d’AgoraVox : François Bayrou, le candidat qui ne plaît pas aux médias, a-t-il une chance de s’imposer ?).

Certains essaient donc de faire vivre le sujet, un sujet qui dérange. On attend aussi les réactions des spécialistes de l’observation médiatique, Acrimed par exemple.

Sur la proposition de loi en elle-même, on note donc que l’UDF propose que ce soient les liens entre l’actionnaire et l’Etat qui déterminent la limite à ne pas franchir. Autrement dit, si vous êtes un groupe industriel, vous choisissez entre les commandes de l’Etat et la participation aux médias.

On comprend la logique : si l’Etat vous fait vivre, vous êtes susceptible de faire pression sur les médias que vous détenez pour ne pas nuire à la réputation de votre client, ou plus généralement pour ne pas produire de l’information ou de l’opinion qui nuise à l’Etat. Et si vous ne faites pas pression vous-même sur les rédactions, pas de problème : l’autocensure veille.

Le problème serait donc le traitement de l’Etat par la presse. Mais n’est-il pas beaucoup plus complexe ? On peut opposer certaines critiques à la vision des choses induites par l’UDF :

  • les médias visés ne sont pas systématiquement à la botte de l’Etat - pour prendre l’exemple de TF1, il se fait un malin plaisir de parler «  d’argent public gaspillé ».
  • Les relations avec l’Etat devraient-elles être le seul critère ? Quid de LVMH qui détient La Tribune, mais ne dépend pas de l’Etat ? Dans le projet de loi UDF, LVMH n’est pas inquiété... Pourtant, sa relation à La Tribune est susceptible de faire de La Tribune un journal « juge et partie » sur certains sujets... et pas exempt de caviardages, d’ailleurs.
  • Comment la presse, dont, faut-il le rappeler, la santé financière est souvent fragile, fait-elle pour vivre sans le soutien de groupes industriels, même si seuls ceux qui dépendent de l’Etat sont visés dans ce projet de loi ?
  • Comme me le fait remarquer un lecteur de mon blog, faut-il en déduire que l’Etat doit céder ses participations dans les médias, donc, par exemple, dans France Télévisions ?

A gauche de l’UDF, on objectera sans doute qu’il faut aller plus loin et rendre leur liberté aux médias (voir la déclaration adoptée à la suite des premiers Etats généraux pour le pluralisme médiatique). A droite, on dira qu’il faut être réaliste et permettre aux médias de gagner leur vie pour garantir leur pérennité, ou qu’il s’agit d’un faux problème.

Le projet de loi UDF a des avantages et des inconvénients, mais devrait servir de base de discussion. Pour bien couvrir la question, il conviendrait de répondre à deux questions :

  • dans quelle mesure constate-t-on un biais de couverture de l’information, de la part des médias dont l’actionnaire dépend de l’Etat et par rapport aux médias qui n’en dépendent pas ?
  • Comment ces médias pourraient-ils gagner leur vie sans cet actionnariat industriel ?

Je n’ai de réponse ni à l’une, ni à l’autre. Sachant qu’on peut aussi balayer la première de ces deux questions en répondant que ce n’est pas ce qu’on veut de toute façon...

L’équilibre entre la liberté et l’économie est bien fragile. Et il ne faudra pas oublier que la question à laquelle on devra principalement répondre est de savoir comment le système médiatique, dans son ensemble, peut permettre d’éclairer les citoyens sur le monde qui les entoure.

Des billets sur des sujets voisins :

La polémique Schönberg
L’avenir de la presse quotidienne en question
Le pire et le meilleur
Annonceurs et médias : un peu de grain à moudre
Annonce tous risques

Crédit images : Le Plan B (zoom disponible de la carte de la presse sur ce site)

Documents joints à cet article

L'UDF, les médias, leurs actionnaires et la loi



par Adam Kesher (son site) lundi 20 novembre 2006 - 82 réactions
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  • Par parisien18 (---.---.---.106) 20 novembre 2006 15:08

    Faux : la BBC est publique et elle informe bien mieux que TF1 (elle divertit moins, certes). Idem avec l’AFP, qui est publique et française, et qui est pourtant mondialement respectée pour la qualité de ses dépèches.

    Divertir, dévier. Ne pas dire que Dassault est sénateur encarté UMP et qu’il détient le magasine le Point. Parler d’autre chose, du temps, du loto, de sarko-ségo et des blancs manteaux. Pendant ce temps l’argent l’argent l’argent (s’accumule).

    Indépendance des grands médias : voilà un beau sujet pour la campagne 2007.

  • Par (---.---.---.253) 20 novembre 2006 14:42

    S’ils en sont à cacher ce dernier commentaire, c’est que toute cette militance politique devient n’importe quoi.

    Passons-leur donc cet article diffusé par Indymédia :

    http://paris.indymedia.org/article....

    Les adhérents des partis représentent un centième de la population

    L’élection de Ségolène Royal en tant que candidate du Parti Socialiste Français aux présidentielles de 2007 a donné lieu à un grand nombre de dépêches, dont certaines rappellent le nombre total des adhérents de ce parti : un peu plus de deux cents mille. De son côté, l’UMP revendique un chiffre légèrement en dessous de trois cents mille. Globalement, le nombre total d’adhérents de l’ensemble des partis politiques français représente un centième de la population du pays. Pourtant, à l’approche des élections présidentielles et législatives, les campagnes d’adhésions organisées par ces partis n’ont pas manqué... Dans les débats sur la Toile, des internautes ont soulevé une simple question : quelle est, dans ces conditions, la représentativité d’un monde politique qui détient, par le biais des exigences de signatures d’élus et des investitures de candidats, un réel monopole de la vie politique et administrative française ? Et combien, parmi ce centième de la population, disposent de moyens et d’informations permettant de participer vraiment à des prises de décision politiques ? Que peuvent attendre les citoyens d’une telle « représentation » ?

    Les adhérents des partis politiques français représentent un centième de la population

    En quoi consiste vraiment la tant vantée « démocratie française » ?

    219.000 adhérents le Parti Socialiste, 290.000 l’UMP, 140.000 le Parti Communiste, 35.000 l’UDF... Pour l’ensemble des partis, on arrive globalement à un chiffre d’environ sept cents mille adhérents, alors que d’après l’INSEE la population française se situe autour de soixante-trois millions d’habitants. La politique de la France est donc faite par un centième de sa population et encore, au sein de ce centième, c’est une petite minorité qui dispose d’un pouvoir réel et d’un véritable accès aux dossiers et informations indispensables à une participation effective à la prise de décisions.

    Par exemple, qui peut vraiment savoir ce qui a été dit, fait et décidé à l’Elysée dans la période 1982-88, lorsque Ségolène Royal était chargée de mission de François Mitterrand « pour les questions de santé, d’environnement et de jeunesse » ? Une fonction dont l’exercice même comporte, par définition, un certain nombre de secrets d’Etat. Or, 1982-88, c’est une période comprenant la campagne de promotion du Front National, l’attentat contre le Rainbow Warrior, l’accident de Tchernobyl, un certain nombre de désinformations d’Etat sur cet accident et sur les essais nucléaires... Lorsque Ségolène Royal a récemment répandu, avec l’aide très peu critique des grands médias, des déclarations affirmant même qu’en 1985 elle était opposée aux essais nucléaires français et favorable à l’action de Greenpeace, qui est en mesure de vérifier ses dires ? Tout ce que peut faire le citoyen ou le militant, c’est constater la parfaite incompatibilité entre ces prétendues prises de position et la cohérence de l’exercice de la fonction de chargée de mission de la Présidence de la République. Or, après l’attentat contre le Rainbow Warrior, l’intéressée est encore restée en poste pendant trois ans avant d’être parachutée par François Mitterrand dans les Deux-Sèvres en 1988 et nommée ministre en 1992.

    Même des informations plus ou moins publiques, que l’on peut trouver par une recherche patiente, ne sont pas forcément connues des adhérents des partis. Par exemple, combien de militants du Parti Socialiste sont au courant de l’appartenance de Dominique Strauss-Kahn au Siècle, ou de Laurent Fabius à la Trilatérale ? Il ne semble pas que les infos du PS en parlent guère... Pareil pour d’autres partis (UMP, UDF...), dont les dirigeants fréquentent également toutes sortes de cercles d’influence et de réseaux. Et combien, parmi les adhérents du PS, avaient connu en temps utile les déclarations de janvier dernier de Ségolène Royal sur les horaires des enseignants ?

    Il reste qu’un centième de la population représente, vu par le système, le pourcentage idéal pour rendre possible la conduite de la politique française en cercle fermé par une petite « élite », avec l’aide d’un nombre restreint de militants dont une partie significative jouit d’une position sociale aisée et dont beaucoup peuvent trouver un intérêt de carrière direct aux éventuelles réussites électorales. Au sein d’organisations de cette taille, les représentants directs du patronat, de professions devenues de plus en plus ses auxiliaires, de l’appareil d’Etat, de l’ « élite » gestionnaire, des hiérarchies des administrations... détiendront nécessairement un poids décisif dans la plupart des cas. Ce n’est pas un contexte qui puisse encourager à se poser trop de questions à l’intérieur des « grands partis ». Encore moins, à faire preuve d’une réelle transparence devant la majorité des citoyens qui, submergée par une véritable avalanche de problèmes immédiats graves, peut difficilement consacrer du temps à une réelle action politique. A fortiori, compte tenu des rudes déceptions des deux dernières décennies.

    Doit-on s’étonner si, même après des affaires comme celles du Rainbow Warrior ou d’Outreau, ou après l’accablant rapport sur les prisons françaises du commissaire européen Alvaro Gil-Robles, et bien d’autres signes de profonds dysfonctionnements, aucun parti ne propose une réelle réforme des institutions ? Si, malgré la généralisation des situations de détresse, quasiment personne dans le monde politique ne met vraiment en cause les délocalisations, les privatisations, la généralisation de la précarité et de la misère, l’évolution constante vers une justice de plus en plus expéditive et sommaire ou vers un fonctionnement de plus en plus brutal de l’ensemble des administrations à l’égard des « petits administrés »... ? Et pourquoi les institutions ayant pour mission le contrôle de l’action du gouvernement et des administrations (Conseil d’Etat, tribunaux administratifs...) restent particulièrement intouchables ? Tout comme l’Ecole Nationale d’Administration, devenue un véritable centre unique de formation des « décideurs » et de l’appareil du pouvoir, et source naturelle d’une vaste confusion d’intérêts dans la gestion publique. Ou l’administration fiscale, dont les méthodes à l’égard des « petits contribuables » en difficulté ne cessent de ce durcir. Etc...

    Ségolène Royal a même pu se permettre de parler d’un « encadrement militaire » et de « camps humanitaires » à l’égard de certains jeunes, alors qu’elle était candidate à l’investiture de son parti pour les présidentielles de 2007. C’est la voie ouverte à des pratiques extrêmement dangereuses dont la généralisation peut devenir incontrôlable, mais aussi la preuve que la « classe politique » sait très bien que rien ne va s’améliorer et que la débâcle sociale de la France ne fera que s’accélérer. Le développement de nouvelles filières répressives est devenu un sujet d’actualité, faute de la moindre intention de s’attaquer à la source sociale du problème. Le silence des politiques sur les causes économiques et sociales évidentes de la montée des infanticides maternels présumés, relève de la même stratégie. Ce n’est pas la souffrance des pauvres qui infléchira l’implacabilité des super-riches qui tirent les ficelles de la grande majorité du monde politique.

    En réalité, dans cette « démocratie » de façade, une petite minorité sous contrôle a pris en otage l’ensemble de la population sur le plan politique et électoral. On a ainsi verrouillé de facto la représentation, déjà fort théorique, des citoyens. Phénomène générateur de dangers sans précédent depuis l’après-guerre, et qui appelle de toute urgence une prise de conscience, une dénonciation de la mascarade, une réaction conséquente... de la part de la véritable majorité qui souffre au quotidien des agissements de ce système pervers.

  • Par T.B. (---.---.---.162) 20 novembre 2006 20:56
    T.B.

    Merci Francis, je l’avais pas vu en 1ère lecture. Très instructif et très éclairant.

    On dirait que ça gène beaucoup d’agoravoxiens (vu les votes -) les infos super bien structurées qui en disent long sur les coulisses du monde politique et de sa collusion avec les grands groupes. Je dis bien collusion et non soumission à ... car beaucoup de députés et de ministres (de gauche à droite UMPS principalement) sont partie prenantes vu qu’ils sont aussi membres de grands Conseils d’Administration. Exemple depuis 2002 et 2005 : l’épouse de Gaymard au CA du groupe EDF tout en étant conseillère référendaire à la Cours des Comptes. Mais tout ça n’intéresse pas les français. Eux, ce qu’ils veulent c’est continuer à bouffer du TF1 ou du France2. Là c’est bon, ya pas à réfléchir, ya juste à se faire sodomiser profond quotidiennement sans vouloir savoir où vont leurs impôts directs et indirects : ils aiment bien ça les français, en majorité j’entends. Se faire tondre et ils en redemandent tous les 7 ou 5 ans. Démocratie directe ? Référendums d’INITIATIVES citoyennes ? Oulala trop compliquée cette histoire.

    On a des « moins » en pagailles là où ça devient intéressant et des « plus » là où l’on se vautre à plaisir dans la soupe populiste et, parait-il, « représentative ». Et on est pourtant sur le web, sur un site où l’on a envie, en principe, de sortir du paf (paysage audiovisuel français). Plusieurs étapes citoyennes ont été franchies, pas évident pour le blaireau de base. Alors imagine le néant absolu qui règne dans la tronche du français (99 % des électeurs à mon avis) qui n’a pas son ordi relié à l’ADSL !!! Quelle misère !

  • Par Forest Ent (---.---.---.205) 20 novembre 2006 14:27
    Forest Ent

    Cette proposition n’est certes pas suffisante, mais a le mérite d’exister publiquement et d’ouvrir, je l’espère, un débat sur un vrai problème.

    Je profite de l’occasion pour rappeler aux lecteurs qu’ils peuvent s’ils le souhaitent consulter la structure détaillée de l’actionnariat des médias sur mon site « la forêt des médias » :

    http://forestent.free.fr/

    Gratuit et sans publicité. smiley

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