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La coterie d’ici ..

Le charme discret de l'histoire

La forteresse de la tradition

Orléans, ville séculaire, engoncée à jamais dans le culte de son héroïne, verrouillée par une tradition qui s'impose à tous comme le sésame pour être de cette ville. Les bûchers continuent de se dresser ici où ils furent à l'honneur dès 1022. La tradition a du bon quand il s'agit de repousser ceux qui n'adhèrent pas, qui parlent d'une voix discordante, qui vont sur d'autres chemins et, pire encore, qui viennent d'ailleurs …

Malheur à celui qui n'a jamais défilé derrière l'avatar annuel de la Pucelle. Malheur à qui n'est pas recueilli à la remise de l'étendard et de la sainte épée. Malheur à qui ose dénoncer une commémoration qui depuis 1905 s'est clairement mise au service d'une idéologie réactionnaire. Il sera l'objet du rejet, on lui tournera le dos, il ne sera pas des leurs : ces chiens d'Orléans si réputés pour aboyer quand des caravanes passent sous leurs murs.

Les rumeurs ont trouvé un formidable terreau de prédilection : cette cité figée dans son passé, sa croyance ancienne et sa dévotion à une illusion, fabriquée de toutes pièces pour défendre une certaine idée du pouvoir. Devient vite un paria celui qui est étranger, différent, celle qui ne pense pas comme il convient de le faire, ceux qui ne marchent pas au pas derrière l'héroïne qui parade. L'ostracisme les menace, l'exclusion n'est pas loin, le mépris et le silence leur seront réservés.

Les années passent et demeure pourtant ce que nous pensions être le résultat d'une vieille culture locale qui allait finir par s'évanouir au fil du temps. Il y a certes des évolutions, des changements sensibles de mentalité, mais la matrice demeure, puissante, inexorable, impitoyable pour ceux qu'elle laisse à l'écart du culte obligé.

Les médias étrangement, participent consciemment ou inconsciemment à ce processus qui vise à repousser les voix discordantes, les libres penseurs, les agitateurs et les incontournables renégats. Ici, point de place pour la cacophonie des opinions. Il ne faut voir qu'une seule tête dans les processions comme dans les allées de la cathédrale, cœur de la ville millénaire.

Ceux-là tendent leurs micros, stylos et caméras pour ceux qui sont de la coterie : la vieille et indéboulonnable bourgeoisie locale, les héritiers des fortunes nées dans le commerce triangulaire, l'essor du XVII° siècle et l'industrie du XVIII°. Bien sûr, il y a désormais place pour les nouveaux venus, à condition qu'ils adhèrent à la liturgie du lieu …

À moins que nos glorieux valets de la communication respectable ne tendent leurs porte-voix à ceux qui ont brillé ailleurs, qui sont déjà reconnus, dont on parle à la télévision. C'est la dictature de la notoriété : aimables envers les puissants, impitoyables pour les plus humbles. Et si dans le lot, surgissent des esprits libres, rebelles, imprévisibles, autant refuser de leur ouvrir la porte plutôt que d'encourir le risque du courroux du Prince. Étrangement, même le journaliste qui fut mis au ban par ce grand personnage, finit par manquer, lui aussi, malgré sa promesse : preuve qu'il se soumet, comme ses collègues, aux injonctions implicites.

Ainsi donc, point n'est besoin de s'étonner de l'absence de tous ces sujets quand il faudra faire écho à la sortie d'un livre, à la possibilité d'une manifestation, à l'expression d'une pensée qui sort du cadre. Les fidèles vassaux ignorent les sujets à risque, ne se déplacent pas pour couvrir l'information différente. Ils l'ont fait la fois précédente parce que l'événement avait lieu chez un sympathique notable reconnu. C'est à lui qu'allait leur visite.

Les papiers n'étaient que publicité déguisée pour celui qui apparaît chaque semaine dans les médias. Son comparse d'alors n'était que prétexte à une nouvelle glorification de celui qui, force est de le constater, symbolise à lui seul la Loire en sa bonne ville. Malheur à qui s'éloigne de la liturgie niaiseuse du consensus obséquieux ! L'impétrant se trouve irrémédiablement plongé dans l'ombre, repoussé loin des feux de la rampe médiatique ! Les médias locaux sont des chambres d'amplification des situations acquises. N'espérez pas d'eux qu'ils fassent émerger une autre sensibilité.

Ainsi va la vie dans la cité johannique. Toutes les citadelles ont été investies ; la bourgeoisie tient la place, régule tout ce qui s'y passe en veillant soigneusement à laisser bien loin de son pré carré les fortes têtes. À m'être bercé d'illusion, je pensais être capable de percer l'armure : je m'y suis brûlé les doigts ; encore heureux que tous ces bien-pensants n'aient pas dressé de nouveaux bûchers !

Ostracisment leur.


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2 réactions à cet article    


  • Paulo/chon 25 juin 2015 17:13

    @Nabum
    Les doigts d’or mais je crains qu’il ne se fabrique que des moufles ignifugées, dans les aciéries bien sur. Ça a du être dur pour vous lorsque les équivalences ont été légalisées comme pour tous les Professionnels d’ailleurs.
    Remerciements, salutations.

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