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La dictature selon un chien de garde

24 juillet 2012 – 7 heures 45 : Alexandre Adler explique au peuple ébahi qu’un pays dirigé par un parti unique et où il n’existe pas d’élections libres n’est pas une dictature …. Ou comment un état totalitaire est blanchi par le maillot du libéralisme économique.

En 1932, Paul Nizan publiait Les Chiens de garde, un pamphlet dirigé contre les philosophes et écrivains de l’époque qui s’imposaient en gardiens de l’ordre établi.
 En 1997, Serge Halimi a publié Les Nouveaux chiens de garde. Il reprenait le propos de Nizan et dénonçait les journalistes, éditorialistes et experts qui monopolisent les médias et sont les gardiens de l’ordre social. En janvier 2012, le film Les Nouveaux chiens de garde est sorti en salles et démontre de manière quasi scientifique comment une poignée d’hommes tient l’opinion et comment tout avis remettant en cause l’ordre libéral établi est marginalisé et exclu des médias dominants.

http://www.lesnouveauxchiensdegarde.com/spip.php?page=sommaire

Parmi ces chiens de garde figure en bonne place Alexandre Adler. Il pourrait même passer pour le prototype du bon chien de garde. Depuis 30 ans, il hante les rédactions des grands journaux (Libération, L’Express, le Point, Le Figaro, Le Monde, Courrier international…), occupe les antennes (RTL, Europe 1 ..) et les écrans (ARTE, TV5 Monde, Direct 8 ..). Partout donc on peut s’instruire des analyses de ce « spécialiste des relations internationales » membre habituel du diner du Siècle.

Le matin, l’auditeur d’Europe 1 a le privilège d’entendre la parole du maître qui analyse la situation internationale se focalisant sur les événements marquant d’un pays qui fait l’actualité.

Comme tout chien de garde qui se respecte, ses analyses ne remettent jamais en question l’ordre économique néolibéral et stigmatisent aussi souvent que possible les gouvernements qui se risqueraient à envisager une autre voie. Son analyse de l’annonce de la nationalisation du pétrole argentin par la Présidente Cristina Kirchner fut, à cet égard, un modèle du genre. Dans sa chronique du 18 avril 2012, Alexandre Adler fulmine et encourage l’Union Européenne à soutenir la société espagnole expropriée quitte à sanctionner économiquement un pays qui ose nationaliser ses ressources aux dépens d’une entreprise qui a distribué à ses actionnaires 90 % des profits qu’elle a réalisés et qui est responsable, du fait du défaut d’investissements, d’une baisse de la production nationale de 20 % depuis 2004.

http://www.monde-diplomatique.fr/2012/05/HALIMI/47654

http://www.dailymotion.com/video/xq7ccu_coup-de-tonnerre-argentin_news

Adler conclut son réquisitoire par un magnifique « L’Argentine nous fait le coup « un autre monde est possible » ». L’auditeur attentif à ce qui a précédé aura compris qu’il n’en est bien évidemment rien. Aucun autre monde que libéral n’est possible.

Depuis quelques semaines, Europe 1 propose une nouvelle rubrique le matin intitulé « Les cahiers de vacances ». Il s’agit pour un journaliste ou un « expert » de répondre à une question que peut se poser l’auditeur moyen. Le sujet commence par un petit tour sur le trottoir parisien où des passants sont invités à répondre à la question du jour.

Ce matin, la question était : où trouve-t-on encore des dictatures dans le monde d’aujourd’hui ? Les personnes interrogées citent la Corée du Nord, l’Iran, certains Etats africains, la Russie de Poutine …

Puis on passe la parole à Alexandre Adler qui va nous éclairer. On pouvait tout d’abord s’attendre à ce que soit défini ce qu’est une dictature. Et bien non. On passe directement à la liste de maître Adler et vous allez vite comprendre pourquoi il n’est pas question de définir la dictature.

Alexandre Adler s’en passe mais avouez que cette définition n’est pas inutile. Sans entrer dans un débat passionnant mais fort long, on dira que la dictature est un régime politique dans lequel tous les pouvoirs sont détenus par une personne ou un groupe de personnes, ces pouvoirs n’étant ni partagés (pas de séparation des pouvoirs) ni contrôlés (pas d’élections libres). La dictature s’oppose à la démocratie dont le principe peut être résumé par la formule d'Abraham Lincoln : « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ».

Et voilà ce que nous dit Alexandre Adler : « Hors concours, on trouve la Corée du Nord ». Jusque-là rien à dire. Puis Adler nous dit que « le terme de dictature est devenu trompeur dans la mesure où les dictatures ont mué et dans les deux sens. Par exemple, peut-on dire que la Chine qui est dirigée par un parti communiste unique est une dictature ? A bien des égards elle ne l’est plus pour la grande majorité des chinois qui jouissent d’un tout nouveau degré de libertés sociales. Et inversement, vous avez des pays dans lesquels des élections se tiennent et où des formes de dictature très tenaces et perverses sont à l’œuvre. Je pense au Venezuela de Chavez par exemple ou au Pakistan qui est très largement gouverné par sa propre armée ».

http://www.europe1.fr/MediaCenter/Emissions/Europe-1-matin-Bruce-Toussaint/Sons/Europe-1-matin-Benjamin-Petrover-24-07-12-1180057/

(vers 50’)

Vous aurez observé, tout d’abord, qu’Adler ne se prononce pas sur la Russie de Poutine. Pas un mot non plus sur les dictatures africaines.

Vous aurez également appris que la Chine n’est plus une dictature bien qu’un seul parti soit autorisé et qu’aucune élection libre ne se tienne pour désigner les gouvernants. Vous aurez également appris, ou au moins on vous l’aura rappelé si vous l’ignoriez, que Hugo Chavez est un effroyable dictateur bien qu’il soit reconduit à la tête de son pays depuis 1998 par des élections libres.

Comme moi, vous vous interrogez. Comment un « spécialiste » comme Alexandre Adler peut-il inverser à ce point les choses. Là où la Président est élu et réélu par le peuple dans le cadre d’élections libres, on est face à une dictature et là où le peuple ne participe pas à la désignation de ses dirigeants, ce n’est pas une dictature !?

Je dois vous avouer que je n’ai pas été surpris. Dès que j’ai entendu la question du jour et que j’ai appris qu’Alexandre Adler allait y répondre, j’ai su qu’on allait parler du Venezuela de Chavez. Un chien de garde digne de ce nom ne pouvait laisser passer l’occasion.

A bien écouter Adler, le critère de la dictature n’est plus le pouvoir sans partage et l’absence d’élections libres. Le critère de la dictature est le refus de l’ordre néolibéral.

Voilà pourquoi des pays comme la Chine, où il n’y pas d’élections, ou la Russie où les élections sont truquées, se voient sortis de l’infamante liste des dictatures. Ces pays ont renoncé au communisme et se sont engagés sur la respectable voie du capitalisme. Ils ne sauraient donc être des dictatures.

Par contre, un pays qui dit ouvertement non à l’ordre économique ultralibéral, et ce en vertu d’un mandat reçu du peuple au travers d’élections libres, se voit qualifié de dictature.

Le critère est donc bien économique et non plus politique. Ce tour de passe-passe n’est qu’un exemple parmi d’autres du travail des chiens de garde qui ont pour missions de former l’opinion publique et de distiller chaque jour l’idée que seule la voie économique libérale est possible et que tout autre choix serait une profonde erreur.

Rappelez-vous ce que disait Adler à propos de Cristina Kirchner : L’Argentine nous fait le coup « un autre monde est possible ». Encore un effort et l’Argentine prendra place en tête de liste des dictatures….




par Les Bulles mardi 24 juillet 2012 - 45 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Al West (---.---.---.219) 24 juillet 2012 14:52

    Entre la Russie, la Chine et les Etats-Unis, on se demande qui est la plus grande dictature.

    Les deux premiers ne sont peut-être pas parfaits (bien que je ne vais pas repartir dans le débat de l’absurdité des trucages électoraux en Russie, débat déjà tenu sur l’article concernant Pussy Riot), mais aux Etats-Unis rien n’est mieux, c’est simplement plus discret. C’est simple, il y a deux partis aux Etats-Unis, financés par les mêmes. Où est la démocratie ?

    En France, ça n’est guère mieux puisque bien qu’il y ait une pluralité politique certaine, le pouvoir informatif dont la portée est immense est entre les mains de la finance. On pourrait espérer voir émerger une contradiction des médias publics mais même eux sont désormais des laquais.

    Donc avant de tirer sur la Chine et la Russie, occupons-nous de nos problèmes.

  • Par CHIMERE (---.---.---.94) 24 juillet 2012 16:49

    Et surtout,n’oublions pas la France,et son référendum de 2005 avec 54% de votes contre la « constitution » Européenne...


    Suivie par la HAUTE TRAHISON des députés « socialistes »,UMP et « écologistes »....qui,réunis en congrès,ont voté conte les électeurs Français.




    L’UE est une dictature banquaire et financière.

    Mais de cela,pas de commentaires chez les chiens de garde...
  • Par Alexandre (---.---.---.67) 24 juillet 2012 15:51

    C’est à ce genre de choses qu’on mesure l’efficacité de la propagande dans nos pays « démocratiques ». La palme revenant incontestablement à la Grand-Bretagne où la presse de caniveau de Murdoch fait le vainqueur des élections

    La majorité des Français est persuadée que l’élection présidentielle russe a été « entachée de fraudes massives », pour reprendre l’expression martelée par les médias de propagande, et que Poutine ne doit son élection qu’à ces fraudes alors que d’une part le nombre de plaintes déposées a été minime et que ces fraudes si elles étaient avérées auraient pu déplacer 0,1% des voix sur les 64% obtenues par Poutine et que d’autre part les sondages préélectoraux et sortie des urnes, qui n’ont pas été contestés par l’opposition financée par les USA, annonçaient la victoire de Poutine avec au maximum 3% de marge.

    Mais la grosse caisse de la propagande qui dénonçait les fraudes dès avant l’élection a réussi à persuader les esprits faibles qui peuplent majoritairement notre pays.

  • Par Serpico (---.---.---.206) 24 juillet 2012 16:12
    Serpico

    Le critère n’est même pas économique. Adler a des opinions synchronisées à l’attitude US.

    Plus ses « analyses » basées exclusivement sur des idées préconçues et les préjugés les plus crados.

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