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Accueil du site > Actualités > Médias > La fin de la pub sur France Télévision : ils en parlaient avant, ils (...)

La fin de la pub sur France Télévision : ils en parlaient avant, ils s’y opposent maintenant

Ces derniers temps, l’actualité a buzzé plus d’une fois sur la suppression de la publicité sur les chaînes publiques. Ce grand débat aura été l’occasion pour plusieurs personnalités politiques nationales, de droite comme de gauche, de changer d’avis en pleine course. Alors sans préjuger du fonds des discours de chacun, cet inventaire des revirements de tout bord nous instruit certainement sur le poids du contexte en politique… Petit relevé des virages opportuns…

Il y a quelques jours sur le blog du député de Saône-et-Loire, Didier Mathus, on pouvait lire cette déclaration sur la suppression de la publicité : « Cette réforme consiste à capter les ressources publicitaires de France Télévisions, soit 800 millions d’euros, et à les transférer aux chaînes privées, c’est-à-dire à affaiblir lourdement la télévision publique. » 

Après un rapide voyage dans les archives de Google, on tombe pourtant sur une de ces déclarations sur le site de l’Assemblée Nationale en 2000 : « Depuis des années, les sondages indiquent qu’environ les deux tiers des Français estiment qu’il y a trop de publicité à la télévision et notamment sur les chaînes publiques. Depuis des années, tous les experts expliquent qu’une trop forte proportion de publicité conduit nécessairement les programmes du service public à ressembler à ceux des chaînes privées. (…)
Le projet de loi met fin à cette logique de facilité, destinée à masquer le désengagement de l’Etat dans le financement de l’audiovisuel public et affirme désormais une spécificité constitutive du secteur public dans le volume horaire consacré sur ses antennes à la publicité.
(…)
Cette dérive dans les modalités de financement explique semble-t-il assez largement les dérives dans la programmation évoquées précédemment. Pour parvenir à réaliser les objectifs de recettes publicitaires inscrits en loi de finances, France 2 et France 3 ont dû en effet satisfaire aux exigences des annonceurs et calibrer leur programmation, notamment de début de soirée et de soirée, en fonction des « cibles » visées. Maintenir ou accroître le niveau d’audience pour boucler le budget : telle est, depuis plusieurs années, la contradiction majeure de chaînes censées s’illustrer par l’exigence et l’excellence de leur programmation, ce qui, on le sait, n’est pas systématiquement - et en tout cas pas immédiatement - compatible avec des gains de parts de marché. »


Alors, publicité ou pas publicitaire pour le Député Mathus ? Changement de cap… et ce n’est pas le seul. Le député Noël Mamère déclarait déjà en 1999 (toujours à l’Assemblée Nationale) :
« Au moins apportons-nous un peu d’oxygène au service public audiovisuel, qui en a besoin. France 2 doit pouvoir renoncer à la culture de l’Audimat. Le Gouvernement avait raison quand, dans la première version du projet, il souhaitait réduire de 12 à 5 minutes la durée horaire de publicité. On a finalement préféré une durée de 8 minutes. France 2 restera donc soumise aux aléas et aux impératifs du marché. »

Aujourd’hui, ses propos ont quelque peu évolué  : « On fait ainsi d’une pierre deux coups : on parle de l’accessoire, la nomination d’un Président, pour cacher l’essentiel : la destruction programmée du service public, en supprimant une partie de son financement, sans compensation réelle et pérenne. Demain, le Président de cette nouvelle « voix de la France », nommé sur ordre de l’Elysée, ne sera à la tête que d’un ersatz de service public réduit à la portion congrue et devenu un grand corps malade. »


Le Député Yves Cochet déclarait également en 2000 : « Les effets de cette dépendance sur la ligne éditoriale des chaînes publiques sont nocifs puisqu’ils génèrent une excessive sensibilité à l’audience globale et aux segments d’audience qui intéressent plus particulièrement les annonceurs (notamment les ménagères de moins de 50 ans) et interdisent donc des prises de risque telles que la diffusion d’émissions plus exigeantes en prime time. La remontée dans la grille en fin de soirée des émissions culturelles et littéraires de France 2 en est un indice parmi d’autres. »

Où est donc passé cette volonté de faire des programmes sans cette « culture de l’audimat », des programmes dignes de la télévision publique ?

Pour preuve encore, les déclarations du Député Patrick Bloche, en 2000 :

« Vous avez raison d’estimer que les missions de service public ne sont pas remplies et qu’elles le sont parfois - par défaut - par les chaînes du privé et que, de ce fait, le service public a un problème d’identification. Il est vrai aussi que la publicité est trop présente sur les chaînes de télévision publique, ce qui est dommageable à la qualité des programmes.
(…)
S’il y a trop de publicité - et si, en conséquence, le Gouvernement et sa majorité parlementaire souhaitent réduire le temps qui lui est consacré de douze à huit minutes par heure -, c’est bien parce qu’il y a eu un désengagement financier de l’Etat actionnaire quand vous étiez aux responsabilités. »
En novembre de cette année, il ne parle plus de cette mission de services publiques ni de la présence trop intensive de la publicité sur les chaînes publiques : « C’est, en effet, une erreur « historique » de penser qu’une bonne télévision doit nécessairement se faire sans publicité. Il y a, nous le savons, une très bonne télévision qui se fait avec de la publicité, de même qu’il existe une très mauvaise télévision qui se fait sans publicité. La suppression de la publicité n’est, en matière de programmes, en aucun cas une garantie de qualité ! »

A la lecture des arguments avant et après de certains dirigeants politiques, il est manifeste que les circonstances passionnées radicalisent, quand elles n’altèrent pas franchement la nature des jugements. C’est bien humain : qui, sous le feu de l’excitation, ne s’est jamais contredit ?… Mais, alors, raisonnablement, la fin de la pub, poison ou opportunité pour le service public ? « Cadeau » aux chaînes privées, dont TF1, ou simple évolution logique prévue de longue date y compris par l’actuelle opposition ? Séisme ou reconfiguration des modes de financement, comme on l’aura vu sous d’autres latitudes ?

Dans ce type de débat, il faut bien se garder des déclarations hâtives qui brocardent, accusent, et oublient finalement les positions initiales, fondée sur la raison, pour n’être plus qu’une posture.


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11 réactions à cet article    


  • spartacus1 spartacus1 23 décembre 2008 14:30

    Je pense effectivement que la suppression de la pub est une bonne chose.

    Mais il y a la façon de le faire. C’est insupportable de constater que, dans le cas présent, il ne s’agit que de faire un cadeau aux amis du président. Aucune garantie n’est donnée quant au financement des chaînes publiques, bien au contraire, on diminue encore la part que devrait rétrocéder les chaînes mercantiles : c’est vraiment un cadeau de luxe.

    Mais il y a pire dans cette loi, c’est le fait de nommer le président de France télévision par le président. C’est la garantie pour Sarko d’avoir un ami dans la place.

    Mais, pire encore, c’est la possibilité pour le président Sarko de destituer le président de France télévision. C’est de nouveau une garantie que si le président de France télévision, quoique ami de Sarko, s’avisait de bouger le quart d’une demi oreille dans un sens contraire à Sarko, il serait immédiatement viré. Magnifique épée de Damoclès sur sa tête.

    France télévision sera pieds et poings liés et livrée sans aucun restriction à tous les caprices du roi Sarko. Même dans la Russie de Poutine il existe des télévision plus ou moins indépendantes du pouvoir. c’est dire à quel niveau de déni de la démocratie Sarko ramene la France !


    • Romain Desbois 23 décembre 2008 23:01

      Entre la pub et la propagande, je crains plus la seconde (qui peut se cacher aussi derrière le voile de la pub).
      Il est cocasse de voir les artistes défiler dans les émissions pour vendre leur soupe (qui peut-être bonne d’ailleurs) et se répandre sur le sujet de la suppression de la pub.

      La seule révolution à faire était de de recréer la SFP et arrêter de payer des fortunes les animateurs/producteurs.

      De plus offrir un tiers de temps de pub en plus pour le privé et leur faire payer une taxe pour financer le public, c’est typique des machines à gaz à la française (type malus censé financer le bonus).
      Du coup celà veux dire que pour que le public touche beaucoup, il faut pas trop concurrencer le privé sinon les recettes vont baissées vu qu’avec ce système c’est le succès du privé qui va payer le public.
      Machiavélique tel que Sarko sait faire.


    • BeunWatt 8 janvier 2009 12:18

      Je pense qu’on ne peut parler de propagande, étant donné l’évolution de notre société.
      En effet, le fait que Mr Sarkozy désigne le président de France Télévision peut faire penser
      que si ce dernier ne va pas dans son sens, il sera directement assis sur le siège éjectable.

      Mais comment pouvons nous juger quelque chose qui ne s’est pas encore produit ? Nous critiquons beaucoup ce nouveau président, mais nous ne pouvons pas lui enlever le fait qu’il essaye de nouvelles choses afin de faire évoluer le pays.

      Concernant la suppression de la publicité à la TV publique c’est une bonne chose, c’était venu à un point que l’on avait l’impression d’être forcé à la regarder. Ce qui est bon pour notre confort ne l’est pas forcement pour l’économie en effet, mais si le système de malus des chaines privées peuvent financer les chaines publiques et que les animateurs soit moins payés, je pense qu’une télévision sans publicité peut être très bénéfique, surtout si elle parvient à trouver un style identitaire afin de se faire plus de fidèles.

      J’ai le vague souvenir d’une époque où les chaines publiques étaient là pour assurer la transmission de la culture à la société, pourquoi ne pas revenir à ce système-ci au lieu de se sentir obligé de consommer en permanance à causes de publicités diffusées en profusion lors de nos programmes préférés ?


    • katalizeur 23 décembre 2008 14:53

       moi je m’en tape :

      de la pub de franstelecon et des merdias en generale, qu’ils fassent leurs salades entre eux et pour eux.

      je continurai a n’informer temps qu’il y aura des medias citoyens credibles sinon se sera lecture et discussion entre potes

      nos discussions ne portent pas sur la politique mais plus sur comment obvier aux chimies quelles soient medicales ou alimentaires ; pour nous et proteger nos enfants.

      le reste on s’en fout comme de l’an quarante


      • NîmoisNiToi 23 décembre 2008 16:14

        En ces temps de baisse du pouvoir d’achat, ce serait bien que france Television soit financée par les abonnements plutôt que par la redevance,avec un décodeur pour les heureux abonnés.
        Ah mais je suis bête, personne ne voudrait payer pour voir ça ....


        • gorio 23 décembre 2008 16:43

          et oui on manque de mémoire en matière de déclaration. Toutes les personnalités que vous citez quand ils étaient aux affaires, semblent avoir changer d’avis ou du moins avoir affiné leurs propositions. pour compléter votre travail d’investigation je propose ici deux déclarations aprés la loi sur l’audovisuel en 2000
          Renaud Muselier : "on refabrique l’ORTF ... un système rigide et peu ou mal financé ... un échec ..."

          Nicolas Sarkozy, à la question :- Quelles ressources financières nouvelles est-il nécessaire de mettre en oeuvre pour un service audiovisuel de masse, de qualité et diversifié ?
          répondait :
          Je veux retrouver une conception exigeante du service public audiovisuel en
          renforçant les obligations culturelles et éducatives qui pèsent sur les chaînes. Pour disposer
          des ressources nécessaires, je ne propose pas une augmentation de la redevance alors qu’il y a
          déjà trop de prélèvements obligatoires dans notre pays. Je souhaite plutôt augmenter les
          ressources publicitaires de l’audiovisuel public.

          http://www.snac.fr/pdf/reponsesarkozy.pdf


          comme quoi le processus de pensée chez les hommes politiques est très étrange


          • thomthom 23 décembre 2008 19:04

            Bien sur que le principe de suppression de la pub sur la TV publique est bon.

            Seulement, vu l’état actuel des finances publiques, on peut sérieusement se demander si c’est vraiment le bon moment pour se permettre ce genre de "luxe"

            Ensuite, tout dépend aussi de la facon dont c’est fait... et là je rejoins le premier commentaire.... on est dans le grand n’importe quoi.... enfin plutot on s’achemine vers quelque chose de très clair : une dérive autocratique via une main-mise directe du président sur la TV publique : via la nomination et l’élimination à volonté de son dirigeant, et via l’occtroi d’un budget annuel qui ne sera en rien garanti.

            D’autre part, on peut aussi discuter de la cohérence et de l’acceptablilité de taxer les fournisseurs d’accès interent pour financer la TV publique. pouvez-vous m’expliquer le lien entre internet et la TV ?

            Les services triple play ? Et bien il suffirait d’assujetir les utilisateurs de ces services à la redevance TV, ce qui ne serait que justice.... ais pourquoi taxer aveuglément les FAI, et au travers d’eux l’intégralité de leurs client, pour ca ? Ca s’apparente plus à du racket qu’autre chose. Comme si on n’avait pas déjà assez de taxes diverses et variées dans ce pays.....


            • chmoll chmoll 24 décembre 2008 08:57

              pour les quelques millions de français branchés sur l’net

              votre abon’ment internet vas bétot grimper


              • Fergus fergus 25 décembre 2008 10:39

                Votre article est très partisan et d’une évidente mauvaise foi car si beaucoup de personnages de gauche se montrent hostiles au projet de loi sur l’audiovisuel, ce n’est pas par reniement mais uniquement parce que les solutions proposées en matière de financement sont peu sûres, opaques et placent les chaînes publiques en dépendance du chef de l’Etat et de son bon vouloir.

                Tous restent, comme moi, favorables à une éventuelle suppression de la publicité, mais compensée par un financement clair, soit sur fonds gouvernementaux planifiés par contrat sur une longue période (exemple de la BBC), soit par une augmentation significative de la redevance (exemple allemand).


                • louyeti louyeti 26 décembre 2008 07:57

                     -Agoravox sed lex du compteur de visites-

                   

                   

                  Alors vous allez faire comme tous les autres medias ?

                   

                  Devenir insipides et ternes pour ne pas rebuter le consultant moyen, pour qu’il continue de croire qu’avoir des lunettes suffit pour savoir lire ?

                   

                  Vous allez faire comme le Monde où les journalistes pissent de la ligne terne comme le gendre dont rêvaient les belle- mères ? Ils attendent la retraite en faisant bien comme il faut, ils ont cette application attendrissante des enfants qui apprennent à lire.

                   

                  Où vous êtes ?

                   

                  Déjà la télé nous a échappé. Elle fait la roue devant les moutons blancs qui en redemandent, abonde en fadaises et en niaiseries, déshabille et rit grassement.

                   

                  Qu’est ce qu’on fait, nous les moutons noirs pendant les journaux télévisés ?

                   

                  On a le malheur de ne pas être dupes...

                   

                  On joue à la belote ?

                   

                  Vous avez bien une rubrique people ?

                   

                  Pas encore ?

                   

                  Dommage, vous feriez des entrées supplémentaires...

                  Allez, Bonne Année quand même, l’histoire va s’en écrire sans vous.

                   

                  Tant pis.

                   

                  Cordialement,

                   

                  Louyeti.


                  • Yves Loiseau Yves Loiseau 8 janvier 2009 16:19

                    Rappelons juste qu’en 2000 -date citée dans cet article-, c’était la gauche était au pouvoir.
                    Et pour la petite histoire Didier Mathus siégeait au Conseil d’administration de France Télévisions.
                    Jean Pierre Jouyet y siégeait également.
                    On oublie vite !

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