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La liberté d’expression est en danger (IV/IV)

A l’occasion de la proposition de loi sur les délais de prescription des injures et diffamations discutée au sénat le 7 février dernier, nos sénateurs ont passé en revue divers arguments à l’encontre de la liberté d’expression telle qu’elle est aujourd’hui protégée et correctement appliquée sur Internet . Encore une fois, la France tente, à travers ses représentants, à la traîne il faut bien le dire sur la question numérique, d’imposer au monde sa vision étroite et archaïque, faussement juridique, d’un réseau universel libre pour tout citoyen lambda, qu’elle ne voudrait peut-être pas si libre, si universel, non pas pour mieux le réprimer, mais pour le censurer.

Plusieurs sénateurs mettent tout d’abord en cause le caractère universel d’Internet.

C’est avec un étonnement agacé que l’on peut les voir regretter le caractère mondial d’Internet, ouvrant les frontières entre les peuples, les continents, et permettant une interaction plus rapide entre les individus d’un Etat à un autre grâce à une plateforme accessible depuis n’importe quel point de la planète.

Cela se lit entre les lignes de leur débat.

Mme Esther Benbassa, sénatrice du Val-de-Marne, déclare ainsi  : « Internet a cette faculté de transcender les frontières et de défier les lois, de nous ramener à la fragilité de notre pouvoir, avec cette superbe insolente que lui confèrent son « immortalité » et son universalité ». Comme si Internet n’existait que pour remettre en question la souveraineté de la France ! Un regard aussi nombriliste sur un réseau international libre démontre une peur irrationnelle où la France devrait et serait la seule à pouvoir s’opposer aux diverses infractions que son droit a établi comme telles, afin de civiliser ce réseau, du moins dans ses rangs, avec un nouveau dispositif plus contraignant qui dominerait son caractère universel.

Le raisonnement des sénateurs serait le suivant : « Nous avons des lois, des infractions, mais Internet nous empêche de les poursuivre et de les sanctionner, alors nous devons imposer nos lois au monde pour que tout Internet respecte notre souveraineté ».

Nous pouvons constater cette pensée à travers les mots de Monsieur Jean-Pierre Sueur, sénateur du Loiret (Centre) : « Il nous faut mener une réflexion sur la régulation d’Internet, mais en gardant à l’esprit qu’il ne peut y avoir sur ce sujet de conception réaliste autre qu’internationale. A cet égard, l’Europe peut peser au niveau international. Certes, il est impensable qu’Internet soit un espace exempt de droit, qu’il s’agisse de la diffamation, du droit d’auteur, de la propriété intellectuelle ou tout simplement de l’honnêteté, mais il faut des règles qui s’imposent partout  ».

J’ai déjà examiné l’erreur d’une partie de ce raisonnement  : Non, Internet n’est pas une zone de non droit, nous avons tout le dispositif nécessaire en France pour poursuivre un ressortissant ou un site français, malgré des difficultés purement techniques et non juridiques, qu’il nous faut prendre en compte pour le respect des droits fondamentaux.

Ensuite, le sénateur souhaite réguler Internet à travers l’honnêteté : mais de quoi parle-t-il ? Il a déjà évoqué la diffamation, et si d’autres infractions de la loi de 1881 répriment diverses sortes de mensonge (comme le délit de fausses nouvelles, art. 27 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse), l’honnêteté à elle seule ne suffit pas juridiquement, par son manque de précision ou son caractère trop social et déontologique, pour instaurer tout un régime contraignant à l’égard du Net.

 

Mais surtout, ce qui est « impensable », c’est de croire comme semble le faire Monsieur Jean-Pierre Sueur, que l’Europe peut peser au niveau international pour imposer sa vision du droit numérique. Pourquoi ?

- Tout d’abord parce que l’Europe elle-même n’a pas un droit unique concernant Internet. Certes, les directives sur le commerce électronique du 8 juin 2000 et vie privée et communications électroniques du 12 juillet 2002, à l’origine de notre LCEN , harmonisent dans une certaine mesure les 27 Etats membres de l’Union Européenne sur Internet, mais les infractions diffèrent entre chaque Etat. Par exemple, la vie privée est bien moins protégée au Royaume-Uni qu’en France, et cet autre village gaulois risque de ne pas apprécier que la France veuille imposer son droit de la presse à d’autres Etats, Internet ou pas. Aussi, l’Europe ne pourrait pas « s’imposer au niveau international » avec autant de divergences internes qui ne risquent pas de disparaître. Il n’y pas de raison de penser que le R.U. veuille moins protéger son droit que nos sénateurs ne le souhaitent eux-mêmes.

- Ensuite, parce que le jour où l’Europe arrivera à imposer sa vision juridique d’Internet au géants américains n’arrivera jamais.

- Et enfin, même remarque avec la Chine, la Russie, ou l’Erythrée. Leur imposer nos propres restrictions ne devrait pas poser de problèmes. Mais si le sénateur souhaite que les règles soient les mêmes partout, alors il faudra aller jusqu’au bout et imposer nos libertés à la Chine, et ne pas s’arrêter à la simple répression des abus. Nos sénateurs peuvent-ils nous assurer qu’ils y parviendront ? Non.

 

On se demande alors pourquoi nos sénateurs reviennent aujourd’hui à la charge avec une question qui apparaît bien plus rhétorique que pertinente, pour ne pas dire complètement inutile et dangereuse  : «  Quelle régulation d’Internet faut-il mettre en place ? Quelle loi doit s’appliquer, et comment la rendre crédible, dés lors que la « toile » se joue des frontières ?  » (Jean-Yves Leconte, sénateur représentant les français établis hors de France).

On a envie de lui répondre d’aller ouvrir un livre de droit…Cette question a été posée il y a longtemps, et elle est déjà résolue. Oui, Internet offre une mosaïque juridique complexe. Mais complexe ne signifie pas compliqué ou impossible à mettre en œuvre, contrairement à ce que dit Monsieur Pierre Charon, sénateur de Paris (Ile-de-France) : «  le caractère transfrontalier et anonyme des sources rend parfois compliquée l’identification des auteurs, notamment sur Internet  ». Outre le fait que le caractère anonyme est un problème indépendant du caractère universel d’Internet, mais licite, on voit cependant bien que ce qui gêne toujours, c’est la poursuite des auteurs, leur identification et leur sanction. Mme Benbassa confirme : «  le caractère universel du réseau faisant également obstacle à ce que des poursuites soient efficacement engagées contre des personnes installées à l’étranger ou agissant par le biais de sites eux-mêmes hébergés à l’étranger  ».

Qu’en est-il donc exactement des règles « internationales » à Internet ?

- Chaque Etat applique son droit à ses ressortissants (individus ou sites hébergés dans cet Etat) s’ils se sont rendus coupables d’un contenu interdit par la loi de cet Etat.

- Que ce contenu soit publié sur la toile ou pas

- Chaque Etat applique son droit aux contenus accessibles depuis son territoire, qu'ils soient publiés par un français ou pas, sur un site hébergé en France, ou pas. Mais ici, il ne s’agit pas tant du droit de la presse ou du droit numérique, que du simple droit international privé ! Comme le disent par exemple nos articles du Code pénal (art 113-2, 113-5 et 113-6). 

- De même, si l’infraction cause un dommage à un intérêt français ou à une victime française, alors notre droit s’y applique (art 113-7 du Code pénal). Les contenus interdits par la loi de 1881 sont des infractions, donc le Code pénal s’y applique, que ces infractions soient commises par des mots sur Internet ou pas, en somme. Il n’y a donc pas lieu pour les sénateurs de chercher à faire mieux !

Oui, ce n’est pas facile d’aller poursuivre un site hébergé à l’étranger ou un internaute français installé à l’étranger, ou qui utilise différents proxys. Mais le droit français a déjà tout prévu, il est donc inutile de vouloir le modifier. Et face à cette difficulté d’identification ou de poursuite, si le législateur ne souhaite pas que tel contenu considéré comme répréhensible par nos mœurs soit accessible en France, le juge peut toujours ordonner un blocage DNS ou URL à nos FAI. Cherche-t-on alors à poursuivre les internautes du monde entier coûte que coûte en dépit des obstacles techniques auxquels nous ne pouvons malheureusement rien faire ou cherche-t-on à empêcher qu’un contenu dangereux circule librement chez nous ? Quel objectif devrait prévaloir dans l’optique d’une liberté d’expression exercée avec intelligence et modération, pour la paix sociale et au regard du fonctionnement universel d’Internet et des bonnes relations entre Etats ?

Le deuxième, à mon avis.

On invoque souvent les Etats-Unis et leur impunité totale de tout propos…Mais pour eux, nos lois sont des atteintes à la liberté d’expression. Prenons un autre exemple : En Chine, le gouvernement estime sans aucun doute que nos lois sont trop laxistes et que les propos d’un site français accessible en Chine sont une atteinte illégitime aux intérêts privés et aux personnes, et qu’à ce titre, il faut non seulement les bloquer, mais aussi poursuivre leurs auteurs, ce qui doit s’avérer pour eux tout aussi difficile que cela l’est pour nous de poursuivre un étranger !

L’exemple est peut-être excessif, il ne fait aucun doute que la Chine a un comportement dictatorial vis-à-vis de la liberté d’expression, mais cela souligne le caractère relatif des lois en la matière et le fait qu’un Etat plus libéral que nous puisse nous trouver liberticide. L’idée a été évacuée depuis longtemps : si chaque site devait respecter toutes les législations nationales, il ne pourrait plus rien dire, alors un peu de bon sens Messieurs les Sénateurs ! Cela ne relève pas de la liberté d’expression, mais du droit international, et si le gouvernement français veut faire sa loi dans le monde, nous lui souhaitons bien du plaisir.

 

On oppose ainsi souvent la France et les Etats-Unis sur le terrain de la liberté d’expression.

Mme Benbassa déclare : « Nous ne sommes pas élevés de la même façon qu’aux États-Unis. On n’a pas la même société, on n’a pas la même vision. Nos enfants ne sont pas éduqués dans cette liberté d’expression. Nous n’avons pas su la domestiquer comme les Américains l'ont fait. C’est pour cela que nous avons besoin de légiférer. »

C’est tout à fait vrai, nous ne sommes pas éduqués de la même manière, et nous n’avons pas la même vision de la liberté d’expression.

En Europe, la liberté d’expression n’est pas absolue, elle est encadrée par des limites, comme toute liberté, ayant pour but d’empêcher que l’exercice d’une liberté n’empiète sur une autre ou ne porte atteinte à autrui. C’est normal et cela n’a pas à être remis en question, il s’agit de bon sens, de savoir vivre ensemble, pour le bien de tous. Mais en matière de liberté d’expression, cet équilibre se justifie par les considérations suivantes :

- L’individu n’est pas capable de s’auto limiter lui-même et de se discipliner pour s’empêcher de porter atteinte à autrui, que cela soit par une injure ou une diffamation.

- Il n’en est pas capable de manière générale parce que tout le monde n’a pas reçu le même degré d’éducation, et tout le monde n’a pas les mêmes capacités de langage

- L’Etat doit protéger l’individu contre les fausses nouvelles, les mensonges parce que ce dernier n’est pas en mesure de connaître toute la vérité sur ce qu’il entend, d’où qu’il soit

- L’Etat doit protéger l’individu contre les discours discriminants parce que si l’on veut lutter contre les discriminations, il ne faut pas laisser à la parole le droit de les banaliser au point de les faire accepter par tant de vulgarisation.

- Donc oui, il devient nécessaire de légiférer en Europe pour limiter tout cela.

Mais il faut reconnaître que c’est une vision très paternaliste du citoyen, considéré comme un enfant encore incapable d’exercer correctement sa liberté de parole, encore incapable de départager ce qu’il lit ou entend avec suffisamment de jugeote. C’est une vision aussi très paternaliste de la liberté d’expression, qui a pour but de limiter son pouvoir de persuasion, de rassemblement, d’ouverture d’esprit. Aujourd’hui, on le justifie principalement par le fait qu’une parole trop libre a permis les excès de langage menant à la deuxième guerre mondiale : racisme, antisémitisme, homophobie, et le souvenir de ces horreurs est encore proche, très vivant car elles ont eu lieu sur notre sol.

Aux Etats-Unis, c’est l’inverse, ils n’ont absolument pas domestiqué la liberté d’expression, contrairement à ce que dit Mme Benbassa. Ils l’ont laissé absolument libre de toutes contraintes, du moins à première vue. C’est l’idée selon laquelle

- Même si l’individu n’est pas suffisamment éduqué ou policé, la liberté d’expression doit permettre à tous de s’exprimer, quand bien même il n’aurait pas les mêmes capacités de langage qu’un autre. Si untel ne sait s’exprimer qu’avec un vocabulaire pauvre, plein de fautes d’orthographe et de vulgarités choquantes et malpropres, eh bien tant pis, ce n’est pas une raison pour le sanctionner, sinon il ne pourrait plus s’exprimer.

- Même si son langage est ordurier, il apprendra en l’exerçant à s’autodiscipliner, au contact des autres notamment, mais surtout par le rejet des autres, de ses semblables sur le forum public.

- La liberté d’expression permet l’émulation de tous vers une meilleure expression, par une sorte d’égalisation par le haut.

- Si des mensonges ou diffamations sont proférées, le meilleur moyen de les contrer n’est pas la sanction, mais « more speech », le débat contradictoire sur l’espace public. De l’échange verbal émergera la vérité.

Cependant, le 1er amendement si connu du Bill Of Rights des U.S.A. ne dit pas tant que la liberté est absolue, mais que le gouvernement ne peut la limiter. Cela peut sembler être une tautologie, mais cette nuance a son importance, car elle démontre en réalité une méfiance du peuple à l’égard de son gouvernement, qui est ainsi limité à ne pas intervenir dans les libertés fondamentales, parce qu’il ne serait pas suffisamment bien placé pour savoir ce qui blesse, ce qu’il faut tolérer ou pas.

Il est donc a priori permis de tout dire aux Etats-Unis, la loi n’interdit rien : les propos racistes ne sont pas interdits ; par exemple, des sites vendaient des produis à l’effigie nazie, c’est la fameuse affaire Yahoo ! du début des années 2000 (où l’on voit bien le juge américain rappeler la raison, à savoir la deuxième guerre mondiale sur le sol européen, aux limites françaises à de telles expressions, là où le 1er amendement ne l’interdit pas), les manifestations nazies ont déjà vu le soleil sans condamnation,…bref c’est un cauchemar pour le législateur français et le citoyen européen.

Les limites juridiques existent malgré tout, mais elles proviennent du juge et sont alors acceptées au cas par cas pour ne pas permettre à n’importe qui de crier au feu alors qu’il n’y en a pas. Elles sont moins nombreuses qu’en France, et surtout plus étroitement définies. Par exemple, l’insulte n’est constituée que par ce que les juges américains appellent les « fighting words », autrement dit les gros mots comme « Fuck, asswhole, bitch… », et uniquement en ce qu’elle cause un dommage matériel (empêchant l’exercice d’une autre liberté) ou si elle est porteuse de menace physique (arrêt de la Cour Suprême des Etats-Unis, Gooding Vs Wilson, 405 U.S. 518 (1972)). Toute autre insulte employant des mots plus alambiqués ne constituerait pas une insulte en droit états-unien, mais en constituerait une en droit français.

A la lumière de cette comparaison, il est donc évident que Mme Benbassa a tort lorsqu’elle dit dans son article sur le Huffington Post ou lors des débats au Sénat : « Un article publié en mai 2011 par l’Université de Montréal nous apprend qu’en France, 49% des décisions judiciaires liées à Internet sont rendues pour diffamation, contre 15% aux Etats-Unis et au Canada. Comment expliquer ce décalage ? Les Français seraient-ils moins que d’autres capables d’autocontrôle ? Internet aurait-il ouvert chez nous plus qu’ailleurs un espace échappant définitivement à tout cadrage ? Ces chiffres sont éloquents  ».

Ce n’est pas parce que les français se contrôlent moins bien sur Internet par rapport aux américains que les français ont plus de condamnations au titre de l’injure et de la diffamation ! C’est parce que le juge américain sanctionne bien moins souvent ces infractions qu’en France, et parce qu’elles sont plus étroitement définies. Il y a donc aux Etats-Unis moins de constitution d’infractions au regard de leur loi, mais sûrement tout autant de gros mots et de mensonges proférés sur la toile que chez nous au regard de notre loi ! Mais sans doute n’a-t-elle pas assez surfé sur le net et les sites/forums et réseaux sociaux américains pour le savoir. Ces chiffres ne sont donc pas à avancer de cette manière, et ne démontrent en rien une plus mauvaise utilisation d’Internet par les français, mais simplement une sévérité juridique à son encontre plus accrue de notre côté de l’Atlantique.

Mme Benbassa rajoute cependant que cette pseudo autodiscipline des internautes américains seraient le fruit d’une longue éducation à la liberté d’expression : « Cet amendement à la Constitution des États-Unis est entré dans les mœurs américaines, ainsi que l’éducation qui va avec et qui s’est ensuivie au fil des siècles. Bien entendu, les Américains ne sont pas pour autant des citoyens parfaits, mais on peut penser ou espérer que la pédagogie qui en a découlé a permis d’encadrer plus ou moins une liberté en principe totale ». Et Mme Nathalie Goulet, sénatrice de l’Orne (Basse-Normandie), de rajouter : « C’est surtout que les indemnités à verser en cas de condamnations sont élevées…  », toujours aussi passionnée par la condamnation pécuniaire plus que par les principes juridiques. Mais en réalité, et pour une fois, Mme Goulet n’a pas complètement tort : les condamnations pécuniaires élevées ont en partie fait diminuer les infractions, mais pas uniquement sur Internet ! : dans tous les domaines de la liberté d’expression (art, publicité..) comme partout ailleurs en droit états-unien ou les condamnations pécuniaires sont très élevées, ce qui caractérise toutes les procédures américaines, indépendemment de notre sujet. Mais la troisième grande raison de ce peu de condamnations, c’est l’autocensure. En fonction des sujets, les américains vont très peu enfreindre les tabous de la société : religion, sexe, guerre, président… Moins ils en parlent, pour ne pas choquer une grande partie de la population américaine fondamentalement puritaine, religieuse ou extrêmement patriotique, et moins il y a de risque d’infractions. Ce sont là des sujets sacrés. Par exemple, les journalistes américains admettent ne plus supporter les revendications religieuses de groupes les menaçant de poursuites, s’agissant pour eux de pressions illégitimes sur leur travail, et poussant à une grande timidité et réticence à parler du fait religieux, état de peur dominant l’ensemble des médias américains (S.M. Hoover, « Religion in the news, faith and journalism in american public discourse  », London, Sage Publications, 1998, p.33, 83, 88 et 219).

Est-ce ce climat d’autocensure que nos sénateurs souhaitent en France, le pays des Droits de l’Homme et des Lumières, de la critique, de la raison ?

 

Pour conclure, je terminerai par deux extraits de ces débats, encore. Mme Benbassa dit : Ces chiffres « nous interpellent sur les conditions requises pour un apprentissage responsable de cet outil nouveau qu’est Internet  »… Nouveau ? Cela fait 15 ans qu’on s’en sert au quotidien ! Il n’est plus si nouveau que cela, sauf peut-être pour nos vieux sénateurs ! Ce décalage par rapport à la réalité est consternant…

Elle rajoute : « dans le contexte français, il semble pour le moins peu judicieux, quand bien même on le regretterait, de se prévaloir de l’exemple nord-américain pour laisser impunis les discours racistes, homophobes, sexistes ou autres, qui envahissent la « toile ».  » Je suis d’accord. Mais autant la vision américaine de la liberté d’expression pêche par un peu trop de naïveté et de confiance dans le jeu des échanges verbaux, autant la vision européenne pêche par trop de paternalisme. Tout ne doit pas être dit, injures et diffamation sont à bannir et à sanctionner, mais en respectant le principe répressif de notre régime de libertés et les garanties des droits fondamentaux sans avancer des arguments archaïques et faux à l’encontre d’Internet pour y exercer plus de répression ou plus précisément, de censure. Car nier son caractère universel et vouloir imposer ses lois au monde entier, en modifiant son propre droit de la liberté d’expression en raison d’un support transfontalier ne mènera à rien d’autre que la censure de la liberté d’expression sur le Net.

Enfin, Monsieur Jean-Yves Leconte rappelle avec sagesse : «  La nature même d’Internet, de ses potentialités, mais également de ses risques, doit nous amener à réfléchir sur l’intérêt de l’approche américaine, beaucoup plus pédagogique que la nôtre et qui requiert éducation et expérience. Il faut faire confiance à la capacité de chacun de confirmer cette célèbre parole de Marat : « La liberté de tout dire n’a d’ennemis que ceux qui veulent se réserver la liberté de tout faire. Quand il est permis de tout dire, la vérité parle d’elle-même et son triomphe est assuré ».  ». 

Battons-nous pour que nos sénateurs, clairement ignorants du droit numérique, cessent de mettre en danger notre liberté d'expression pour des raisons sans rapport avec Internet. 

 

Photo logo : Lkratz, Flickr (CC)
 


Moyenne des avis sur cet article :  4.16/5   (19 votes)




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14 réactions à cet article    


  • Anaxandre Anaxandre 18 mars 2013 14:44

      Cet article est tout à fait paradoxal, voire hypocrite et manipulateur : quand le titre semble nous promettre une défense de la liberté d’expression, on a en fait droit à une pseudo analyse des différente traitements de cette « liberté » dans le monde, de la Chine aux USA en passant par la France ; tout ce discours creux pour conclure que, bien évidemment, il faut censurer certains propos racistes, homophobes... ET AUTRES !


      Que l’auteur ne soit pas trop inquiet : les Pouvoirs Publics (!), les technocrates de l’UE et les lobbies qui les ont placés et les dirigent s’occupent activement de ce sujet : juriciarisation des propos déviants de l’orthodoxie post 45, projet INDECT de l’UE, auto-censure des grands médias et des sites internet (difficile de régler de grosses amendes à la LICRA et autre MRAP quand on est un petit site indépendant...).

    • Isabelle F. 20 mars 2013 11:17

      Ce que vous appelez une pseudo analyse n’est en réalité qu’une analyse juridique de la liberté d’expression. Décrire ce qui est de manière neutre, n’est pas « pseudo », « hypocrite » ou « manipulateur ». Ce n’est que décrire. 


      Ensuite, on peut être d’accord ou pas avec l’état actuel du droit et son degré de protection de la liberté d’expression, mon principal propos est qu’aujourd’hui, en France, il est inutile de vouloir en rajouter encore plus comme le souhaite les sénateurs. C’est inutile et extrêmement dangereux, et c’est contre ce que veulent les sénateurs que je veux me battre. Parce que notre droit français a déjà tout ce qu’il faut pour poursuivre les buts qu’ils prétendent rechercher. Faire plus comme ils le veulent, n’aboutirait pas à la réalisation de ces objectifs, et serait attentatoire à la liberté d’expression. 

      J’en arrive donc à une conclusion nécessaire : battons nous pour que les sénateurs n’aillent pas pour loin, plutôt que de nous battre entre nous, ce qui est une perte de temps et qui en plus viendrait prouver les dires des sénateurs ! Au contraire, battons nous pour ce que nous avons déjà, pour le préserver, avant même d’aller plus loin. Il nous faut des bases solides avant de mener le combat plus loin. 

      Enfin, sur l’état actuel du droit, et je sais que vous n’êtes pas d’accord, eh bien oui je le défends. Pour plusieurs raisons, mais en pas entièrement non plus. 
      Je défends certaines limites à la liberté d’expression parce que effectivement, certains abus peuvent nuire à autrui. Or, si je défends la liberté d’expression, comme toute autre liberté, je défends aussi le droit de ne pas être atteint dans sa vie privée par exemple. Mettons que quelqu’un vous prenne vous en photo, nu, sur les toilettes, ou dans un rapport sexuel, à votre insu, sans que vous le sachiez, sans vous demander votre accord et poste cette photo partout sur internet en mettant votre nom, je suppose que cela ne vous plairait pas trop, je ne pense pas que vous puissiez dire le contraire ! Et vous seriez alors bien heureux d’avoir les moyens de poursuivre cette personne et de la voir sanctionner pour vous avoir porté une telle atteinte. 
      De même que si je vous insultais, cela ne vous plairait pas et vous choquerez, et vous auriez alors le droit de me poursuivre. De votre point de vue alors, ne pensez vous pas normal de pouvoir vous défendre pour de bon ? Parce que oui, vous pouvez répondre à ces attaques, mais c’est sans fin si le juge n’intervient pas ? Et vous pouvez passer des années à contre attaquer et à subir des violations de votre privée ou à subir des insultes...le juge a pour fonction justement d’apaiser ces relations vindicatives et sans fin en intervenant, même pour des mots. 
      Ce que je ne défends pas au contraire, ce sont des peines disproportionnées et des délais de prescription trop longs, car justement, ce ne sont que des mots. 

    • Anaxandre Anaxandre 18 mars 2013 15:51

       Tout-à fait d’accord. Quant à l’auteure, elle limite elle-même sa liberté d’expression en ne répondant pas à la critique, se limitant au « moinssage » immédiat de nos avis (on échappe tout juste à la « suppression ») !
        smiley smiley smiley


    • doctorix doctorix 18 mars 2013 16:17

      L’auteure (je suppose) dans sa frénésie à moinsser qui la contredit, moinsse même les errata...

      Je n’irai pas prendre des leçons de liberté dans ses cours...

    • Anaxandre Anaxandre 18 mars 2013 16:31

       Son « combat » ? Sembler critiquer les minables petits débats français pour mieux nous imposer une censure plus globale (gageons néanmoins qu’on lit assez peu sa série d’articles sur la liberté d’expression aux USA !...), toujours au nom de la désormais sacro-sainte défense des minorités opprimées en occident ! Laissez-moi rire (les occasions deviennent si rares...) !


    • Isabelle F. 20 mars 2013 10:37

      Désolée, je n’ai pas eu le temps depuis lundi de répondre à tous les commentaires (à cause de mon emploi), je ne les ai vu que ce matin, il ne s’agit donc pas de ne pas se soumettre à la critique, bien au contraire, sinon je n’aurais pas fait ces articles ! mais je vais tenter aujourd’hui de répondre à la plupart des remarques, si je trouve le temps smiley 


    • Isabelle F. 20 mars 2013 10:48

      Voici un article, que je trouve très bon, qui va dans le sens de ce que vous dîtes : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/797932-liberte-d-expression-sur-le-web-la-reglementer-c-est-la-detruire.html


    • doctorix doctorix 18 mars 2013 16:00

      Pourquoi voulez-vous qu’il y ait une liberté d’expression où que ce soit, puisqu’il n’y en a même pas ici, sur ce site ?

      J’essaye désepérément de publier des articles sur les vaccins, le soi-disant réchauffement climatique, le traitement du cancer et le sida, mais une véritable armée de chiens de garde, qui se sont infiltrés sur ce site en temps que pseudo-rédacteurs, se mettent en quatre pour m’en empêcher. Petit, et facile.
      Je ne suis pas surpris, si je faisais partie des lobbies concernés, je ferais de même.
      Mais s’il y avait quelques rédacteurs pour me plusser et contrer ces larbins, vous apprendriez des choses qui vous passionneraient (au lieu des nombreuses conneries qu’on laisse passer pour mieux vous abrutir).
      De temps en temps, j’arrive à publier un article sans aucun intérêt, comme celui sur Bouvard, histoire de vérifier que ce n’est pas mon nom qui est censuré. Mais non, du moment que c’est très con et que ça ne mange pas de pain, ça passe toujours.
      Alors, les rédacteurs, faites un effort, on a beaucoup mieux à lire ici, en dehors du consensus mou...

      • Bary Shnikov 18 mars 2013 16:59

         Pas sûr que la posture du martyre-censuré vous apporte beaucoup de voix... Surtout quand s’y ajoute la prétention de détenir la vérité (sur le réchauffement climatique, le sida, le cancer, etc), alors que les autres ne seraient bons qu’à dire des conneries... Sur des sujets aussi complexes, l’humilité d’un auteur serait certainement plus appréciée que sa suffisance...
         


      • doctorix doctorix 18 mars 2013 17:14

        Et comment sauriez-vous que mes articles reflètent ma fatuité si vous ne pouvez pas les lire ?

        Comment sauriez-vous que la vérité officielle est la bonne si on ne vous en propose pas une autre, alternative ?
        Je constate que la censure vous compte au nombre de ses adeptes, ce qui prouve qu’au fond, il n’y a peut-être pas tellement de monde pour la combattre, et qu’elle compte bon nombre d’adorateurs.
        Je n’ai jamais prétendu être un martyr, j’affirme seulement que je suis muselé : ce qu’on n’aurait pas à faire si je n’étais pas dangereux, parce que révolutionnaire au vrai sens du terme. Et surtout parce qu’informé, ce qui tient du délit, sans doute.          

      • Bary Shnikov 18 mars 2013 21:17

        Le discours tenu dans vos articles ne doit pas être très éloigné de celui tenu dans vos commentaires...

        C’est une très bonne chose d’avoir des sons de cloche différents. Mais bon, à force de lire toujours les mêmes rengaines venant de x ou y, forcément génial, forcément détenteur de la vérité, et forcément muselé parce que « dangereux » et « révolutionnaire », pfffffffffff !
        A un moment donné il faut reprendre contact avec le sol, arrêter de voir partout des conspirations contre sa petite personne (« une véritable armée de chiens de garde »), et la communication devrait mieux passer...


      • doctorix doctorix 18 mars 2013 17:00

        Ceci dit, c’est quand même un bon article. Il insiste juste un peu lourdement sur ce que la censure pourrait avoir de légitime, c’est tout ce qu’on peut lui reprocher.

        En mettant en avant l’insulte et le racisme, on a l’impression qu’il profite de ces délits pour tenter de mettre des limites à un droit qui doit rester absolu, en donnant une légitimité aux censeurs.
        Mais selon ce qu’on peut lire de façon quotidienne, les injures et les propos racistes sont sévèrement taclés par les commentateurs eux-mêmes. Alors est-il besoin de légiférer la-dessus ? Nous sommes assez grands pour faire le ménage, et nous le faisons chaque jour, en renvoyant les insulteurs dans les cordes : qu’on nous foute la paix, nous sommes ici chez nous.
        Non, la vraie censure n’est pas là. Elle ne vise pas les insultes, ni le racisme, mais les délits d’opinion, tout ce qui n’est pas consensuel, et là, pas besoin non plus de légiférer, elle est effective, et vient de taupes infiltrées.
        C’est celle-là qui est véritablement dangereuse et toxique.
        Ce n’est ni une censure d’Etat, ni une auto-censure. Mais c’est une censure organisée par de puissants lobbies. Redoutablement efficace, et soigneusement cachée. 
        C’est d’elle qu’il faut débattre. C’est là qu’il faut dératiser.
        --------------------------------------------------------------------------------------------------------

        • leypanou 18 mars 2013 18:49

          Vous auriez pu rajouter : par exemple P Cohen versus F Taddéï pour éclairer le lecteur.

          Ou encore mieux, en fréquentant le site acrimed ou en lisant N Chomsky (exemple Manufacturing Consent)


        • Isabelle F. 20 mars 2013 10:58

          @doctorix : 

          Il est vrai que je mets en avant l’insulte, mais pas particulièrement le racisme si vous lisez bien : il est question dans mes articles de tous les mobiles discriminatoires que la loi de 1881 vise (homophobie, « handiphobie », sexisme, etc). 
          je mets aussi en avant la diffamation. Pourquoi ? eh bien tout simplement parce que c’est le sujet d’actualité dont je parle et qui était discuté au sénat. Pour contrer les arguments des sénateurs, il faut donc bien rester sur leurs terrains. 

          J’ai en effet mis un exemple particulier de racisme aux Etats-Unis, pour illustrer la différence la plus flagrante entre nos deux droits, et le sujet le plus houleux en Europe, en tout cas en France. 

          Votre vision de la liberté d’expression se rapproche en effet de la vision américaine, « absolutiste ». Mais mêmes les professeurs de droit américains, les avocats et juristes et docteur en droit américain reconnaissent que la liberté d’expression n’est pas absolue aux Etats-Unis. Les différences avec la France est que 1/ les limites sont toutes édictées par le juge et non par la loi : la diffamation existe aussi ; 2/elles sont moins nombreuses et plus étroitement définies. Donc la liberté d’expression américaine est plus grande qu’en France et les juges américains disent bien que cette différence est due à nos Histoires différentes. 
          Et comme je le dis, il y a également une très forte autocensure des médias aux USA, mais aussi des artistes, en raison des pressions qu’ils subissent de tout le monde, des pressions non juridiques, mais sociales

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Isabelle F.


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