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Accueil du site > Actualités > Médias > La violence des images : une continuité historique

La violence des images : une continuité historique

Il semblerait qu’il existe une constante, depuis la fin de l’Antiquité, de représentations violentes propres à effrayer le spectateur qui pourtant en redemande. A l’heure où l’on dénonce les excès de barbarie au cinéma et à la télévision, il y a lieu de s’interroger sur ce qui motive le public et sur les raisons du succès de la violence.

La violence est un des sujets majeurs de l’art depuis l’époque chrétienne. Quand l’Antiquité s’y référait en évitant de la représenter (théâtre), le christianisme, en la montrant, cherche à faire partager la souffrance et l’élève au statut de vertu, et même de raison d’être, préalable à la libération paradisiaque.


«  La violence habite l’histoire de la peinture, de la sculpture. (...) Faut-il rappeler que la civilisation chrétienne s’enracine dans la représentation d’un supplicié ? Et quel supplice ! Que penser aujourd’hui de cette image de torture offerte à tous les regards depuis vingt siècles à travers l’Occident chrétien ? » John Ford : La Violence et la loi (Jean Collet - Ed. Michalon, 2004)

«  Sans oublier ce goût prononcé pour le martyre, les corps démembrés, l’obsession du cadavre, de la charogne, de la pourriture dans un certain art chrétien, l’accent mis sur la nature excrémentielle du corps, et enfin l’esthétique du supplice et du sang chez les mystiques. Peu de religion ont insisté comme celle-ci sur l’ordure humaine, ont manifesté un tel sadisme de la piété ». L’Euphorie perpétuelle (Pascal Bruckner - Ed. Grasset, 2000)

L’entrée de l’image cinématographique et télévisuelle correspond à la déchristianisation de l’Occident. Très rapidement, cet attrait indéniable du spectateur pour la violence se trouve comblé par le cinéma. La représentation de la violence devient incontournable aujourd’hui et fait partie des ingrédients obligatoires d’une grande production internationale. Elle prend même toute la place dans un créneau (peur, horreur, thriller) dont le public ne se lasse pas.

Y a-t-il des raisons d’inquiétude, des justifications de censure ? L’homme serait-il par essence masochiste pour s’imposer ainsi autant d’images qui le perturbent ?

Nous devons d’abord constater que l’image de la vertu ne rend pas vertueux et que celle du crime ne rend pas criminel. Ensuite que le spectateur entretient de curieux rapports évolutifs entre l’image et la réalité. Le numérique, et toutes les transformations inhérentes à cette technique, enlève aujourd’hui à l’image son crédit de vérité. Dans le cas d’une image violente, la sensation devient aujourd’hui indépendante de la projection du spectateur dans un univers tangible. En clair, on souffrira à la vue d’un supplice, sans pour autant croire que quelqu’un l’ait jamais subi. Le risque de cette évolution demeure qu’un doute généralisé s’installe quant à la preuve par l’image, que toute image devienne synonyme de fiction et que toute représentation iconique soit prise pour virtuelle.

Pour M.-J. Mondzain, le risque se situe dans la réduction du spectateur au silence. On a ainsi remarqué que les images violentes provoquent davantage de sensations que des images neutres, mais aussi que ces images faisaient réagir ceux qui y sont confrontés, en particulier les adolescents, leur fait même développer de véritables stratégies d’adaptation. Le seuil à ne pas dépasser, selon elle, serait donc celui de l’absence de réaction, de l’inertie qui enlèverait à l’individu toute possibilité de choisir.

Quant aux raisons de cet attrait pour la violence, on peut avancer les hypothèses suivantes :

«  Par rapport à toutes les images par lesquelles nous pouvons nous sentir violentés parce que nous perdons nos repères, nous installons le désir de fabriquer des images dont nous soyons les maîtres et dont nous sachions pertinemment là où elles commencent et là où elles finissent, et de quelle façon elles reflètent ou non le réel. Je crois que la question de la violence des images est inséparable de ce pouvoir des images de se donner pour être le vrai, et les êtres civilisés que nous sommes ne sont jamais à l’écart de cette tentation. Il n’existe pas un moment où l’être humain aurait fini avec cette tentation. » Serge Tisseron : Violence des images, images violentes- 27/02/2001

Concernant le dernier point, la généralisation des représentations de synthèse implique que l’image devienne de moins en moins violente, puisque assimilée globalement à du mensonge. Là prend sa source le risque d’une dérive. La violence, à travers ses représentations, tendrait à se banaliser et le processus pourrait alors s’inverser : le « tout est vrai » évoluerait en « tout est factice ». Le spectateur en viendrait à ne plus prendre conscience du réel, à ne plus séparer le virtuel des images du monde qui l’entoure. C’est une caractéristique de la pensée schizophrène. Tout est faux, le camarade qu’on frappe dans la cour de récréation ne souffre pas vraiment, le civil qu’on tue à la guerre ne meurt pas vraiment. Les victimes sont comme ces images qu’on peut fabriquer artificiellement avec des pixels et des modèles préconçus.

Pour conclure, si les images violentes, comme cela semble probable, sont nécessaires à l’individu pour conjurer ses peurs et se construire lui-même, le phénomène n’est pas nouveau et date des débuts du christianisme. Quant à l’avenir, il serait déstabilisant de ne plus du tout croire en la véracité des images tout simplement parce que cette incrédulité leur enlèverait toute leurs vertus thérapeutiques et même émotionnelles. Les images nous touchent parce que nous les rapportons à nous-mêmes et à des épisodes de notre vécu, bref à des morceaux de réalité. Il paraît essentiel de conserver ce rapport entre les représentations et une matérialité possible.

« L’image n’a pas d’existence en dehors de la relation que le spectateur noue avec elle. » Serge Tisseron

Illustration  : Artemisia Gentileschi, Judith décapitant Holopherne (haut), Image du film « Scream » (bas)


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22 réactions à cet article    


  • Gazi BORAT 18 mai 2007 11:11

    « Représentation de la violence ».

    Le sujet est éternel..

    A l’époque de la grande peur des « classes dangereuses » à la fin du XIX et au début du XX° siècle, tous les grands journaux disposaient d’un supplément illustré où s’étalaient régulièrement des reconstitutions effrayantes et en couleur de crimes commis dans les quartiers de « barrières » (nos quartiers sensibles d’aujourd’hui) et des attentats sanglants commis par des anarchistes...

    ..histoire de souder les Bourgeois dans la peur des Prolétaires..

    Dans ce genre : « Le Petit Journal Illustré » excella là où aujourd’hui prospèrent les « Droit de Savoir » et autres « Envoyé Spécial ».

    gAZi bORAt


    • La Taverne des Poètes 18 mai 2007 11:48

      Il y a la violence édifiante ou éducative : à l’époque du christiannsime triomphant : l’Enfer, les martyrs. Aujourd’hui, les spots de la Sécurité routière. Et il y a la violence dite « gratuite » c’est-à-dire incompréhensible (votre article tombe à pic la télé vient de rediffuser hier « Orange mécanique » du génial Kubrick). On ne traite pas ces deux formes de violence d’une manière identique. Pour ma part, je trouve anormal que les jeux vidéos autorisés aux enfants permettent la violence gratuite. Exemples : le jeu de guerre Halo dans lequel le joueur peut se mettre en « mode assassin » et tuer ses camarades de combat. Le jeu « Driver » où le personnage peut s’en prendre violemment aux automobiistes pour leur voler leur véhicule mais aussi s’acharner sur leurs victimes à terre jusqu’au sang et tuer n’importe quel piéton. De même qu’il est anormal que des enfants aient facilement accès à la vidéo d’otages décapités par le HAMAS ou à d’autres actes de barbarie. (ils se passent le lien Intenret de bouche à oreille, comme un jeu)

      De manière générale, j’ai l’impression que les films et téléfilms américains mettent moins en scène la violence en action et davantage sur les conséquences de la violence : corps mutilés, ou corps disséqués par le médecin légiste. Il y a là un réalisme rendu possible grâce aux effets spéciaux mais qui tounre trop au voyeurisme actuellement. C’est devenu une recette de succès.


      • Cris Wilkinson Cris Wilkinson 18 mai 2007 12:48

        Si GWB lit votre article, il va nous sortir qu’il y a des fusillades dans les lycées à cause des tableaux de la renaissance et qu’il faudrait armer les gardiens de musées pour qu’il empêche tous jeunes « limites » de les approchés.


        • Luciole Luciole 18 mai 2007 13:24

          Il me semble que la violence dans le monde est réelle. Ce n’est pas une invention d’esprits névrosés.

          La montrer, c’est aussi dire la vérité.

          C’était les nazis qui voulaient absolument cacher les violences qu’ils commettaient.

          Dans le christiannisme, à ma connaissance, la violence n’est pas exaltée. Elle est montrée comme ayant été généralement exercée sur des victimes innocentes.

          Vous préférez les petites fleurs et les angelots ? Cela vous paraît moins névrosants ???


          • Philippakos Philippakos 18 mai 2007 18:37

            Pour répondre à Luciole, je ne préfère ni les angelots ni les petites fleurs. J’ai même insisté sur la faculté des images violentes à se construire soi-même et à évacuer ses peurs. Partant du constat qu’il y a continuité de la violence dans les images, il est bon de s’interroger sur le phénomène sans prendre parti ou encore se situer pour ou contre.


            • Luciole Luciole 18 mai 2007 19:07

              Merci pour votre réponse.

              Comment analysez-vous le fait que ce soit à partir du christiannisme que l’on ait pu représenter la violence dans l’art, alors qu’elle était auparavant tabou, idéalisée (victoire de Samothrace) ou transfigurée (maques africains) ?

              Faites-vous la différence entre l’appêtit de voir le juste châtiment de coupables par le public (films policier, etc) et le fait de représenter la violence en insistant sur la tristesse et la douleur (piéta, crucifixion) ?


            • Philippakos Philippakos 19 mai 2007 05:05

              Il semblerait que les représentations de violence soient extrêmement rares, pour ne pas dire absentes, dans l’Antiquité, ce qui ne veut pas dire que l’Antiquité ne soit pas violente pour autant. La Victoire de Samothrace, comme son nom l’indique, est une célébration de victoire, vraisemblablement de Démétrios Poliorcète au cours d’une bataille navale, en aucun cas une apologie de la « violence triomphante ». La violence est extrême dans la tragédie grecque mais elle n’est jamais représentée sur scène. Si le Christianisme la montre autant c’est parce que la souffrance et donc le martyre et donc le corps violenté constituent une des bases de l’idéologie dominante. C’est ce que je crois avoir dit dans l’introduction de cet article. Je ne connais rien à l’art africain et donc m’abstiendrai d’une interprétation des masques. Si quelqu’un a des idées sur le sujet, welcome. Pour répondre à la deuxième question, oui, j’y vois une différence sensible. La première correspond à un appétit de vengeance ou de justice du public (éliminer par la violence ceux qui dérangent ou ne respectent pas les lois),la seconde donne à la souffrance, en la glorifiant, un véritable sens qui ne se comprend pas sans la notion d’une vie de félicité dans l’au-delà. Toutefois, remarquez que dans les deux cas il s’agit de violence positive.


            • jc durbant 19 mai 2007 05:25

              « Faut-il rappeler que la civilisation chrétienne s’enracine dans la représentation d’un supplicié ? Et quel supplice ! Que penser aujourd’hui de cette image de torture offerte à tous les regards depuis vingt siècles à travers l’Occident chrétien ? »

              Beau contresens de Ford apparemment (contexte ?) sur le fait, central et décisif pour nos sociétés occidentales, du dévoilement de la violence que, comme l’a montré René Girard, seul produit le judéo-christianisme alors que le mythe lui la maquille toujours.

              De même que, contre le point de vue des persécuteurs du mythe, seul le judéo-christianisme prend systmatiquement le parti des victimes.

              Ce qui, bien sûr, n’exclut pas par la suite des dérives de ce dévoilement originel ...

              Voir la réponse de Michel Serres à René Girard :

              "la première vraie nouvelle vint d’Abraham, notre ancêtre, au moins adoptif, qui, appelé par l’ange du Seigneur (Genèse, XXII, 10-13), arrêta son poing au moment où il allait égorger Isaac, son fils. Cela montre, mieux encore, qu’Agamemnon et Jephté avaient sacrifié leur fille de gaieté de coeur et cachaient cette abomination sous le prétexte du hasard et du premier venu, comme d’autres ailleurs, le dissimulaient dans la nuit, à l’occasion d’un orage. La pitié, la piété monothéistes consistent, nouvellement, en l’arrêt du sacrifice humain, remplacé par la vicariance d’une victime animale. L’éclair de la violence bifurque et, miséricordieusement, épargne l’enfant.

              La deuxième vint de la Passion de Jésus-Christ ; à l’agonie, celui-ci dit : Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. Ici, la bonne nouvelle porte sur l’innocence de la victime, l’horreur du sacrifice et le dessillement des bourreaux aveugles.

              Vous dites aussi que le dévoilement du mécanisme victimaire en a usé le remède. De fait, nous ne disposons plus de rituels pour tuer des hommes. Sauf sur nos écrans, tous les jours ; sauf sur nos routes, souvent ; sauf dans nos stades et nos rings de boxe, quelquefois. Mais, j’y pense, cette loi souveraine qui nous fit passer du meurtre à la boucherie, cette loi, dis-je, qui dérive notre fureur de la victime humaine à la bête, notre violence ne la dérive-t-elle pas, aujourd’hui, sur ces objets dont je viens de dire qu’ils sortent, justement, de nos corps, par un processus copié de votre mimétisme ? Voici quelques semaines, nous connûmes en France, pour la seconde fois, des révoltes sans morts, des violences déchaînées sans victimes humaines. (...) la violence collective passa, jadis, de l’homme à l’animal et, maintenant, de la bête, absente de nos villes, à des objets techniques. Parmi ces révoltes fument des chevaux-vapeur."

              http://jcdurbant.blog.lemonde.fr/2005/12/25/2005_12_ren_girard_un_n/


              • Luciole Luciole 19 mai 2007 08:29

                Entièrement d’accord avec JC Durbant.

                Permettez-moi de faire une disgression pour réagir à l’une des expression de l’auteur de l’article.

                La stigmatisation systématique du christiannisme comme « idéologie dominante » me paraît également avoir quelque chose d’assez sacrificiel.

                Le christiannisme était à l’origine une religion de provinciaux (les galiléens) puis d’esclaves et de femmes. Lorsqu’il est devenu incontournable parce qu’il empêchait les religions sacrificielles de fonctionner correctement, il a bien évidemment été repris dans les discours des « dominants » d’abord impériaux, puis féodaux et enfin bourgeois.

                Le christiannisme a proposé la séparation du religieux et du politique (rendre à César...) mais cela allait fondamentalement à l’encontre de l’essence du politique, qui est fondamentalement religieuse et sacrificielle (il vaut mieux qu’un seul homme meurt...).

                C’est pourquoi il a fallu tant de siècles pour parvenir à cette séparation qui paraissait initialement utopique.

                L’Eglise elle-même a entravé cette séparation (ce qui prouve qu’elle ne lit pas assez les Evangiles) parce qu’elle est un groupe et que comme tout groupe elle ne finit par ne plus viser que le but de sa propre pérennité et de l’accroissement de son pouvoir. Mais cela est vrai pour n’importe quel groupe ou institution, aussi généreux soit-il dans son principe.

                Le christiannisme n’est souvent qu’un maquillage dans les discours « dominants » qui ne sont pas pressés d’en appliquer les presciptions morales (donne toute ta fortune aux pauvres et suis-moi...).


              • jc durbant 19 mai 2007 06:00

                Tisseron insiste aussi sur l’effet de vulnérabilisation accrue des enfants ou adolescents par rapport aux chefs de bande et aux comportements d’imitation entrainé par l’exposition répétée à des images violentes ...

                http://jcdurbant.blog.lemonde.fr/2006/11/07/la-violence-des-images-prepare-a-la-violence-des-groupes/


                • Philippakos Philippakos 19 mai 2007 17:59

                  Le contresens, si contresens il y a, n’est pas de Ford mais de Jean Collet, critique et (ancien) professeur de cinéma à Paris VII. « John Ford : La violence et la loi » est le titre de l’ouvrage (en italique dans le texte). Quant au contresens je ne le comprends pas : Le judeo christianisme qui produit la violence ? Non, qui la montre alors que l’Antiquité la masque. L’article porte sur les représentations de la violence et pas sur la violence elle-même. Le tout étant de connaître la dose de crédit qu’on accorde aux représentations violentes. Je n’ai pas dit qu’en dévoilant le mécanisme victimaire on en use le remède, bien au contraire je pense que ce dévoilement est bénéfique tant qu’on peut encore y croire, c’est-à-dire croire aux représentations proposées... et il semblerait que l’image perde aujourd’hui le lien qui la relie à une réalité et devienne ainsi un produit qui perd sa valeur symbolique. Les images se réfèrent à elles-mêmes et à plus rien d’autre. Quand à la séparation de l’église et l’Etat, elle signait la fin de la divinisation du pouvoir qui lui donnait un statut d’infaillibilité et évitait qu’on le remette en question. Seul le Pape est infaillible aujourd’hui, mais le pouvoir est récusable à tout moment (dans une démocratie du moins). Elle signait aussi la fin de l’influence de l’Eglise sur le politique et donc, par conséquent, la fin de son pouvoir. Mais on est loin du sujet de l’article qui concerne l’image, je le rappelle.


                  • Luciole Luciole 19 mai 2007 21:50

                    @ l’auteur

                    Vous avez raison de dire que je me suis éloignée un peu du sujet. La question que vous soulevez est l’impact psychologique d’une représentation de la violence. Il est évident que si la violence est très peu représentée dans l’Antiquité, c’est parce qu’elle est contagieuse. Voir la violence est de nature à déclencher la violence. Les anciens en étaient absolument convaincus.

                    Or, dès lors que la violence n’est pas canalisée vers un ennemi ou un « monstre », elle est susceptible de détruire le groupe entier par contagion, vengeance et vendetta (voir simplement ce qu’il se passe en Irak).

                    Les anciens étaient donc extrêment prudents dans la représentation de la violence, qui devait se produire lors de cérémonies religieuses très encadrées (sacrifices humains, animal, jeux du cirque...).

                    Lorsqu’elle est mise en image, c’est pour être totalement justifiée, afin que jamais l’image ne déclenche de sentiment d’injustice ou de désir de vengeance. le groupe doit rester unanime dans la violence.

                    Ainsi le pauvre Polyphème tué par Ulysse et ses compagnons n’est-il plus un pauvre berger borgne qui a refusé de laisser les grecs piller sa bergerie, mais un horrible cyclope anthropophage.

                    La Bible hébraïque rompt avec ce tabou en présentant la violence de façon beaucoup plus crue et peu idéalisée. Lorsque Moise et les lévites font massacrer un homme sur dix par tribus après l’épisode du veau d’or, le lecteur peut rester sceptique sur la justification d’une telle tuerie. Elle n’est ni justifiée ni idéalisée par le texte.

                    A l’origine, le meurtre de Caïn n’est pas voilé. La Bible ne fait pas d’Abel un horrible cyclope, mais Dieu demande à Caïn « qu’as-tu fait de ton frère ? ».

                    Avec la croix, la violence est totalement dévoilée et totalement condamnée. Elle est dénoncée comme s’exerçant de façon arbitraire jusque sur les plus innocents. C’est ce message terrible que rappelle chaque crucfix et qui « travaille » en profondeur notre perception de la violence.

                    Le cinéma moderne reste fortement archaïque et sacrificiel dans le sens où le film passe deux heures à nous convaincre de la culpabilité de la victime qui est tuée à la fin. Ainsi, ce n’est pas une pauvre paysanne que les sept nains de Walt Disney précipitent d’une falaise, mais une abominable sorcière...

                    Pourtant, cette justification marche de moins en moins bien, parce que nous doutons toujours de la culpabilité des victimes. C’est pourquoi les films d’horreur fabrique des monstres plus terrifiants, sadiques et monstrueux les uns que les autres, afin que le public ne puisse recommencer à respirer qu’avec la mort du « méchant ».

                    Le cinéma plus évolué et intellectuel essaye au contraire de nous faire réfléchir sur la culpabilité.

                    Ainsi quand le petit Kirikou demande à sa mère « Pourquoi Karaba est-elle méchante ? » sa mère lui répond « il n’y a pas qu’elle qui soit méchante... »


                  • Captain Cap 20 mai 2007 07:46

                    « La violence est un des sujets majeurs de l’art depuis l’époque chrétienne. »

                    Je dirai même plus : depuis le précambrien.

                    En effet, la violence est un des sujets majeurs de l’art aztèque et maya. Depuis l’époque chrétienne ? Tirez sur l’autre jambe, vieux garçon, il y a des clochettes dessus, comme disent les anglophones en face de chez nous.

                    Insistez à prétendre que peinture de la violence égale époque chrétienne, et je vous offre un poste de contortionniste au cirque que je compte créer bientôt. Avec la quantité de crétins prêts à payer pour vos élucubrations contortionnistes je me contenterai d’un modeste 5% de commission, cela me suffira largement pour vivre sur un grand pied smiley

                    En attendant d’aller applaudir les clowns de ce cirque, et donc, vous-même, allez donc contemplez les arts aztèque et maya. Ah, bien sûr, si ces braves gens n’avaient de cesse que de torturer leurs prisonniers de guerre, c’était la faute à l’ère chrétienne, vu que le sommet de leurs « civilisations » date de bien après.


                    • dom y loulou dom 20 mai 2007 13:10

                      @captain cap

                      bien, vous nous parlez des mayas et des aztèques... et puis tous les peuples ont été violents par moments dans leur histoire ou par goût de conquêtes ou pour se protéger, mais l’art maya, par exemple, montre des dieux violents avec les hommes un peu comme shiva en Inde mange les guerriers indésireux de servir l’amour, ils se battent sans le savoir contre l’aspect terrifiant de la déité, mais ce genre de représentations ne sont pas de la violence inter-humaine, l’auteur nous rend attentif aux représentations sacrificielles et de la douleur dans la chrétienté comme un « must » dirait-on aujourd’hui, pour gagner le paradis mérité par le martyr, ce genre de représentations ont apporté leur lot de mystification chez les islamistes dans l’exacte même lignée.

                      Et puis vous traitez l’auteur de clown que vous voudriez voir dans un cirque ? voici aussi l’expression d’une violence tout à fait gratuite qui vous autoriserait à faire de l’autre (l’auteur ici) n’importe quoi qui vous sied, plus que de l’ingérence dans sa personne : un jugement quasi-définitif sur un homme dont vous n’avez que lu des textes et qui ne sont pas l’entier de son être et simplement parce que vous êtes en désaccord vous vous permettez de le transposer sous une lumière ridicule qui vous sied. Celà s’appelle du totalitarisme car au lieu de vous pencher sur vous-même vous voulez vous persuader que vous pouvez décider ce qui est bon pour l’autre et quelle devrait être sa place. Voici donc un bel exemple d’hyper-violence là où elle commence,dans notre mental et là où elle s’imagine. Car oui, jamais une civilisation comme la tradition du livre n’a mis en exergue pareillement le culte du martyr en chassant toute idée d’appartenance au jardin d’eden pour un paradis outre-tombe, celà aussi constitue une violence extrême vis-à-vis des enfants par exemple qui à peine sont-ils nés on leur explique que cette vie ne vaut rien, qu’ils doivent accepter de souffrir pour complaire aux puissants et que le royaume des morts sera leur terrain de jeux... quel est l’enfant qui ne fut pas traumatisé par la vue du crucifié dans l’église qui le montre dans son unique moment impossible : sa mort. Alors que tout le culte parle de vie et de résuréction. Etrange manière de le représenter.Oui, car Cristos, la conscience solaire ne peut pas mourir, il est la part éternelle de l’homme, c’est ce que s’échinait à faire comprendre Jesus à ceux qui allaient le persécuter pour celà. Alors vient le souvenir de l’innocence martyrisée... et qui nous nettoya du péché... mais ce n’est pas exactement ce que l’église en fit, ayant plutôt eu tendance à enfoncer les esprits dans la culpabilité, même celle d’Adam et d’Eve doit nous coller à la peau et justifier les souffrances établies par ceux qui se veulent supérieurs. La violence est inhérente à cette manière de fonctioner ou les chefs utilisent les porteurs de sagesse, les entremetteurs de l’esprit, pour déformer et saboter les enseignements vis-à-vis du vivant pour en faire des dogmes mortifères qui servent bien leurs intérêts, ainsi la notion-même du royaume des cieux fut pervertie par des gens qui prétendent toujours à l’autre de devoir se jeter dans la pauvreté pour vivre l’évangile, le rendant presque impossible à vivre pisque dès lors on est sdf sans droit de parole, un moins que rien de l’establishment luxuriant qui s’est toujours gargarisé de cette torture imposée aux éveillés. Si vous regardez la vie de st.François d’assise on voit bien que l’église a récupéré le saint qui nepouvait faire autre chose que de créer un nouvel ordre de moines... mais le Christ n’a jamais dit que le vatican était le royaume des cieux hein et qu’on y fommentait des enjeux de pouvoir terrestres. Subtile violence faites aux éveillés, les privant de tout droit civique et reconnaissance s’ils préféraient user dignement de leurs avoirs dans des projets constructifs, dans le partage et pour le bien d’autrui. Trop souvent l’église chrétienne a-t-elle opéré des simplifications à utrance dans la mystification plutôt que de s’atteler à la compréhension simple des enseignements du Christ. « Heureux les simples d’esprits, le royaume des cieux leur appartient » ne veut certainement pas dire heureux les gogols qui disent n’importe quoi parce que c’est leur droit, mais heureux ceux qui réfléchissent simplement. Dans l’humilité le monde devient bien plus riche et intéressant... pas vraiment au goût de la société du spectacle.

                      Finalement je dirais qu’on nous a tellement éloigné du Christ que beaucoup se permettent en plus de le placer ailleurs que dans l’amour et en font un grand pontife punisseur qui un jour punira les méchants idôlatres et les barbares... mais dans le bain d’amour de la parousie il n’y aura aucune punition, seulement bien des consciences qui ne seront pas en adéquation ni en habitude de cet amour infini. Leurs propres souvenirs les feront se sentir indignes de cette lumière. Ca me rappelle quelque chose... mais le seigneur est si grand et si plein de miséricorde que s’en est incompréhensible à la raison raisonante, l’homme doit l’expérimenter et vivre dans la crainte de cette inadéquation, elle lui donnera la mesure pour ne pas dégénérer en animal aussi, parce que l’évolution s’est faite par l’intrusion de plus en plus de douceur pour arriver à une créature qui n’a plus aucune arme physique (griffes et grandes dents...) et est en celà l’expression-même de la divinité accomplie. Bien sûr, quelqu’un qui a envie de frapper son voisin ne peut percevoir le cadeau qui lui est fait d’être un être humain et d’avoir accès dans sa conscience à toutes les énergies de l’univers, aussi peu que quelqu’un qui voudrait se persuader d’être supérieur ou qui aurait ce souci en permanence, l’empêchant de voir la beauté des enfants de l’amour et respecter toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, expression la plus accomplie de la loi divine qui permet la vie.

                      Qu’on soit d’accord ou pas n’y change rien, c’est là où est la limite posée dans ce que les hommes peuvent décider, ils ne décident pas des composantes du vivant, même s’ils le voulaient et ils ne peuvent changer l’autre, ils peuvent changer eux-mêmes, voilà la présence aussi de la divinté constructrice et de sa bienveillance. beaucoup arguent que Dieu devrait empêcher les hommes de commettre des barbaries... voulant encore se déresponsabiliser et mettre sur le dos d’un autre leurs propres manquements, mais c’est l’expression de sa bonté qui nous laisse libre d’expérimenter. Ceux qui s’adonnent au mal le payent jusqu’à ce qu’ils comprennent le déséquilibre qu’ils se donnent à eux-mêmes, mais c’est un regard bienveillant qui souffre avec nous quand nous souffrons, qui ne nous demande pas de souffrir, mais d’apprendre comment nous pouvons souffrir moins en servant les autres, apprendre qui nous sommes par l’autre plutôt que de vouloir imposer à l’autre de correspondre à nos vues sur lui. L’autre est déjà la divinité (même s’il ne le sait pas et que son expression va beaucoup varier par rapport à la bonté, dans la guerre il n’y a plus trace de la divinité mais des egos qui s’entremêlent dans le même besoin de s’oublier) Mais s’oublier dans le service à l’autre est non-seulement plus facile, mais tellement plus constructif et il y a mille et une manières de procéder comme il y a mille et une manières d’aimer, pourquoi croirait-on qu’il n’y ait que l’expression sacrificielle qui porte l’amour ? Aberrant, faire des enfants est une composante absolue du vivant par exemple. .. le concile de constantinople n’aura pu gommer toutes les traces de l’humanité profonde de celui qui se nommait lui-même le fils de l’homme : - Le fruit de vos entrailles sera votre trésor au ciel. Mais déjà de son temps les hommes affabulaient pour devenir des dieux et ne lui pardonnaient pas son humanité et le traitaient d’unique fils de Dieu... pauvre seigneur, que tu as souffert pour nous ouvrir les yeux sur la nature profonde du créateur. smiley


                    • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 20 mai 2007 16:16

                      « Faut-il rappeler que la civilisation chrétienne s’enracine dans la représentation d’un supplicié ? » Il semble que oui, puisque les commentateurs ne semblent pas faire consensus. Je suis toujours un peu étonné, quand le jupon des croyances dépasse sous la robe des analyses.

                      Personne ne prétend que le christianisme ait apporté la violence, ni qu’il se soit approprié le monopole de la cruauté. Il semble d’autre part assez évident que de lier la rédemption non pas à la seule mort - bien d’autres religions l’ont fait - mais à la SOUFFRANCE, ne puisse qu’encourager sa représentation.

                      Comme de lier démesurémment la nudité dans l’art à la représentation du martyre, tout en imposant des tabous sexuels stricts, ne peut qu’encourager les tendances sado-maso. La « Vie illustrée des saints » étant la seule collection de nus disponible, les collégiens de jadis ont été allumés par les seins de Sainte Cecile avant ceux de Marylin...

                      Il serait intéressant de comparer la fréquence des incidents sadomasochistes dans les populations chrétiennes, musulmanes, bouddhistes... évidemment, ce genre d’études serait tout aussi occulté que tout ce qui établit un corrélation entre ethnies et résultats aux tests d’intelligence. « Cachez ce jupon, que je ne saurais voir... »

                      Pierre JC Allard http://www.nouvellesociete.org


                      • Luciole Luciole 20 mai 2007 18:39

                        @ M. Allard

                        Votre discours sur la souffrance me fait de la peine pour les résistants qui ont préféré mourir sous la torture que dénoncer leurs amis...

                        Vous pensez que c’était des sado-maso ?


                      • Senatus populusque (Courouve) Courouve 20 mai 2007 16:35

                        « le phénomène n’est pas nouveau et date des débuts du christianisme »

                        Et la tragédie grecque ?


                        • Senatus populusque (Courouve) Courouve 20 mai 2007 16:38

                          Les combats de gladiateurs chez les Romains, etc.


                        • Philippakos Philippakos 20 mai 2007 21:19

                          Pour répondre à Courouve, « et la tragédie grecque ? », et bien oui la tragédie grecque parle beaucoup de violence et ne la montre jamais, il faut le savoir, il n’y a pas de crime sur la scène. Encore une fois j’ai parlé de représentation de la violence... pas de la violence en soi. Pour Luciole, non la société grecque ne se méfie pas de la violence. La loi en vigueur était celle du talion (y a-t-il plus bel exemple de la violence qui entraîne la violence ?) et les guerriers des cités n’arrêtaient pas de s’entretuer. Seulement, à ma connaissance, et en dehors de scènes mythologiques dans lesquelles la violence est largement montrée, je ne vois nulle part de représentations de violence entre humains. Ou je donne raison à Courouve, c’est pour le cirque romain (fin de l’Antiquité et début de l’époque chrétienne). J’ai tendance en parlant de l’Antiquité à penser Grèce et pas fin de l’Empire Romain. Et le cirque est incontestablement une représentation. Je rappelle au Capitaine qu’il n’y a pas, jusqu’au XVème siècle de relation entre l’occident et les Aztèques ou autres Mayas, que l’extrême Orient a dû certainement connaître aussi des représentations de violence, mais que mon propos n’était pas là et tout le monde avait compris que je parlais du monde occidental. Merci à Dom de prendre ma défense, mais était-ce la peine de relever une agressivité aussi inutile que déplacée et pas même correctement argumentée... enfin, si ça peut soulager celui qui la profère, grand bien lui fasse. Bonne soirée à tous.


                          • 1984 1984 21 mai 2007 03:17

                            Je m’étonne de ne pas voir mentionné l’effet de Catharsis dans ce texte. Cela devrait en être, selon moi, une pierre angulaire smiley

                            Cependant, bonne synthèse des effets pervers de la banalisation, dommage que cela ne soit pas plus creusé.


                            • 1984 1984 21 mai 2007 03:19

                              Je m’étonne de ne pas voir mentionné l’effet de Catharsis dans ce texte. Cela devrait en être, selon moi, une pierre angulaire smiley

                              Cependant, bonne synthèse des effets pervers de la banalisation, dommage que cela ne soit pas plus creusé.


                              • Luciole Luciole 3 juin 2007 21:34

                                « La pierre qu’on rejeté ceux qui bâtissaient est devenue la principale de l’angle ». La catharsis est en effet le sujet principal de la violence. La catharsis est la violence qui arrête la violence, la « pharmacie » de la violence, puisque l’être humain ou l’animal sacrifié s’appelle en grec le « pharmacos ».

                                La représentation de la violence vise un effet de catharsis, mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un exercice délicat, qui peut déraper et se retourner contre lui-même.

                                La représentation chrétienne de la violence ne vise pas, en principe, un effet de catharsis, même si elle peut souvent être interprétée comme telle, y compris par le dogme catholique lui-même.

                                En faisant de Jésus, l’agneau qui lave nos péchés, l’église cherche à créer un pharmacos de tragédie grecque. Elle ne saisit pas souvent à quel point la crucifixion a au contraire pour effet de supprimer la logique de la catharsis, pour que la violence ne trouve plus sa pharmacie.

                                Si la violence ne peut plus enrayer la violence, les sociétés sont condamnées à s’entretuer ou à renoncer totalement à la violence. C’est le dilemne de la guerre froide, l’équilibre de la terreur de puissances surarmées et capable de s’anéantir.

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