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Accueil du site > Actualités > Médias > La web-fiction sur le train de Corse n’aime pas les cheminots

La web-fiction sur le train de Corse n’aime pas les cheminots

L’histoire d’un scénario est toujours l’histoire d’une série de compromis. Mais avec le feuilleton concernant le chemin de fer de la Corse, les virages du concept frisent l’erreur d’aiguillage et la web-fiction prend des allures de SF.

L’histoire commence en juillet 2008 lorsque le producteur Antoine Disle, soucieux d’éviter les écueils et les poncifs de la pagnolade du Ferry Boat, intitulée FB One, qu’il vient de vendre aux Marseillais prend le large en direction d’Ajaccio et sollicite deux auteurs insulaires, Jean-Paul Ceccaldi et Ugo Pandolfi, pour définir le concept d’une série de 24 épisodes loin des clichés et des caricatures. Le projet U Trinnichellu voit le jour  avec 2 N et 7 personnages récurrents dont 5 cheminots. Striana Production édite alors une plaquette de présentation dont les notes d’intention vont permettre aux producteurs de démarcher leurs partenaires en Corse : Corse-Matin du groupe Hersant, la collectivité territoriale de Corse dont les aides à la production audiovisuelle peuvent être déterminantes, l’université de Corte et la télévision de service public France 3 Corse-Via Stella dont l’apport en industrie est loin d’être négligeable.

Pour Antoine Disle qui produit également de temps en temps des vidéos pour l’excellente curiosphère.tv, il s’agit alors de ne pas mélanger les genres de ses productions et de se démarquer discrètement de cette nouvelle spécialité dans les feuilletons pour Internet destinés aux sites web des quotidiens régionaux. Le bébé corse de Striana-Corsen est alors confié à Emmanuel Schwartzenberg, auteur de Spéciale dernière, pour qui la mort de la presse écrite française ne s’explique que par les avantages,  exorbitants et immérités (sic), du grand satanique Syndicat du Livre CGT. Le projet Trinnichellu vire illico à l’erreur de casting dès que s’engagent les premiers tours de table du montage financier avec les deux principaux partenaires insulaires : la collectivité territoriale de Corse et le groupe Hersant Media qui contrôle Corse-Matin. 

De la fiction à la science-fiction et de la politique à la propagande

En avril 2009, les premiers concepteurs de la série sont invités à descendre de la rame et les cheminots sont priés de rester sur le quai. Les personnages récurrents sont récurés. Les travailleurs du rail ne sont pas les seuls à tomber du train en marche : le personnage d’une jeune femme, universitaire, issue de l’immigration, passe aussi à la trappe. Exit aussi l’usager étudiant qui n’a que le train pour se rendre à la fac de Corte. Le nouveau concept s’appelle Le train corse : Articulée autour de cinq personnages récurrents, cette série mettra en exergue ce qu’il est convenu d’appeler « le génie corse », c’est-à-dire l’aptitude pour les Corses de s’adapter à toutes les situations, d’occuper des postes clés dans différentes professions et de surmonter les plus grands défis.(sic) Les métiers exercés par les différents personnages sont représentatifs de l’économie comme de la culture corse : étudiant, directeur d’agence bancaire, chef d’entreprise, avocat, guide de canyoning.(re-sic) Ce qui unit nos cinq personnages, tous d’âge différent, c’est le jeu. Le temps du trajet en train, ils jouent (peut-être aux cartes, mais le choix du jeu n’est pas encore arrêté et devra être corse). Ainsi ils pourront parler, tout en jouant, des problèmes qui leur tiennent à cœur...(re-re-sic)

En novembre dernier, le producteur Emmanuel Schwarzenberg lève enfin le voile sur la grande originalité de la série : Cinq acteurs, tous originaires de l’île, représentant une partie de la société corse se retrouvent dans le train et débattent de l’actualité insulaire diffusée par Corse-Matin et France 3 Corse Via Stella. Tous ont des avis différents et échangent avec passion...C’est aussi un moyen de mettre en avant ces médias tout en valorisant leurs lignes éditoriales. C’est cela la véritable originalité.

Chez les professionnels du web 2.0 comme chez les étudiants de la filière Services et Réseaux de Communication de l’université de Corte, l’audace d’une telle trouvaille amuse. A l’arrivée en gare, la web-fiction prend des allures d’au-delà du réel : il est assez rare en effet de trouver un quarteron d’hyper-actifs emblématiques de la société civile corse adopter, pour se rendre d’Ajaccio à Bastia, un moyen de transport qui met près de 4 heures pour faire 150 kilomètres ! Et si en plus cette élite du "génie corse" passe son temps à lire le journal et taper le carton à l’aller comme au retour, il risque d’y avoir des mauvaises langues pour dire qu’il y a des insulaires qui sont payés à ne rien faire pendant au moins 8 heures par jour. Bienvenue chez les feignasses n’est certainement pas la finalité attendue par la communication de la Collectivité territoriale de Corse en faveur d’un train modernisé, facteur de mixité sociale et d’un mieux vivre ensemble.

No comment et acqua in bocca ! C’est au public de juger. Pas à nous se contentent de commenter charitablement Ugo Pandolfi et Jean-Paul Ceccaldi.

Le nouveau projet corse ressemble à s’y méprendre aux Niouzes of Marseille également pilotées par Corsen et diffusées en juin dernier sur le site de La Provence.com. Le tournage en Corse doit débuter en décembre assure Emmanuel Schwarzenberg dans les colonnes de Corse-Matin qui préfère l’appeler Manuel, histoire sans doute de le mettre sur les rails ! Corsen, selon le magazine Stratégie.fr, est en discussion avec d’autres membres de la PQR (presse quotidienne régionale) dans le Midi et en Bretagne.

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3 réactions à cet article    


  • WEBLOOKER 28 novembre 2009 18:02

    Il n’est pas etonnant que les producteurs soient à l’ouest lorsqu’il s’agit de la Corse. Le nom de Corsen n’a aucun lien avec la Corse et ses Chemins de fer. En fait de rail, le Cross Corsen est chargé principalement de surveiller celui d’Ouessant et de coordonner le sauvetage en mer entre le Mont Saint Michel et la pointe de Penmarch. J’ai vu les exploits de ces mercenaires de la Web fiction lors de leur passage non remrqué à Marseille. Affligeant !


    • Janus 29 novembre 2009 18:51

      Voilà une idée qu’elle était bonne... au départ. Il semble hélas, si j’en crois les échos qui me parviennent, que les louables intentions initiales n’aient été que des oripeaux vite abandonnés à la première gare. Ce train-là paraît désormais s’être engagé sur une voie désertée à la fois par la pertinence et l’impertinence. Après les premiers concepteurs et les cheminots, c’est le public qui risque d’être pris pour une valise... 


      • Diaspora 29 novembre 2009 19:30

        Si j’ai bien compris votre article, il apparaît clairement que les producteurs parisiens de cette web-fiction exploitent une idée dont ils ne sont pas les auteurs et qu’ils la dévoient... Leur seule idée personnelle est sans doute qu’ils viennent en Corse pour gagner quelques subventions ! Ils ont déjà sévi à Marseille et leurs web-fictions, notamment la dernière, n’ont réussi qu’à gâcher lamentablement les sujets proposés par les Marseillais...

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