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Laurent Joffrin : “Défendre l’idée d’une presse engagée mais honnête intellectuellement”

L’atelier des Médias nantais a repris son cycle de conférences. Aujourd’hui, j’étais invité à écouter Laurent Joffrin, directeur de publication de Libération. Et on peut dire que l’atelier est réactif. Déjà en ligne, une vidéo, discussion entre Laurent Joffrin et Jean-Claude Charrier, qui dirige ces ateliers.

Laurent Joffrin a évoqué la crise des médias, et notamment celle de la PQN. Un retard “relatif à la France” selon lui. “L’Espagne a été le premier pays ou les quotidiens proposaient des biens culturels avec leurs éditions” explique-t-il. Le journal en lui-même, son contenu, et aussi son prix qui revient vite sur le devant de la scène. “Je ne peux pas baisser le prix de mon journal”. Au centre, le syndicat du livre, accusé (à raison) de verrouiller les phases de diffusion / impression. Notre presse est deux fois plus chère qu’outre-Manche.

Les médias, un système manipulateur ?

Laurent Joffrin a ensuite mené un exposé assez intéressant lié à la perception que nous avons des médias. “Les gens ont à l’esprit qu’il s’agit d’un système manipulateur”. Et là, c’est l’expérience, les références historiques récentes qui constituent le propos. Il est question des partis politiques qui critiquent les médias.

  • Les années 80 où le FN accuse les médias de ne pas être patriotes, mais d’être “mondialistes, cosmopolites”. Le FN ne faisait pas partie de l’establishment, voilà la rhétorique du FN de l’époque (qui a évolué au fil des ans).
  • Les années 90 où cette rhétorique est relayée par l’extrême gauche. C’est la critique des grands groupes industriels qui possèdent la presse, les médias sont des comploteurs qui “diffusent une idéologie dominante et imposent un conformisme politique”.

Voilà qui m’évoque le livre de Pierre Rimbert : Libération de Sartre à Rothschild. Critique à l’égard de Libération, journal accusé de “dissimuler son conformisme économique derrière un rideau d’audaces culturelles”. J’y ai pensé à cette phrase de Pierre Rimbert lorsque Laurent Joffrin parlait, et j’ai entendu : “Le journal où on fume des pétards et où on lève le poing, ce Libération-là s’est arrêté en 1981. Depuis, Libération défend une idée de gauche réaliste” explique Laurent Joffrin.

Une approche des nouveaux médias pragmatique

Je l’avoue, je l’ai aimé ce Laurent Joffrin. Visage peu expressif, une “gueule” comme on dit, mais il m’a séduit dans son pragmatisme, surtout lorsqu’il faut évoquer l’avenir des médias.

  • Le journalisme est une profession qui n’a pas maîtrisé les changements techniques et économiques.
    • Depuis 20 ans, les conditions d’exécution du métier ont évolué (grâce au web notamment).
  • Ce retard a entaché le crédit des médias.

Et c’est pourquoi Laurent Joffrin parle souvent du web. Du glissement des investissements publicitaires vers ce support (qui assèche donc la presse), mais aussi le glissement du lectorat. Partant de ce constat de glissement, il est logique que les journalistes aussi mutent. “A l’avenir un journaliste doit être capable de faire de la photo, des interviews sonores, de la vidéo.” Réalisme. J’apprécie. “Libération est un atelier de création, nous faisons des podcasts, de la vidéo...

Belle conférence, dont, si je devais ne retenir qu’une phrase, j’extrairai : “A Libération, nous devons défendre l’idée d’une presse engagée mais honnête intellectuellement.” Une beau verbatim, un brin racoleur jugeront certains. Mais ce Laurent Joffrin-là, on en redemande.


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10 réactions à cet article    


  • Black Ader 17 décembre 2007 13:06

    « “A Libération, nous devons défendre l’idée d’une presse engagée mais honnête intellectuellement“ »

    Oui, oui, oui, et puis il doit aussi exister des journalistes NAZI engagé, mais honnête intellectuellement qui vont vous pondre des article honnête intellectuellement sur les Juifs, on y croit tous.. Et pourquoi pas des journalistes MARXISTES mais honnêtes intellectuellements qui vont écrirent honnêtement intellectuellement sur les Riches ?

    Enfin bref, quand on est engagé, donc payé (par qui ?) et aux ordres, et qu’on le revendique, on ne prétend pas être honnête intellectuellement en plus !


    • tvargentine.com lerma 17 décembre 2007 13:50

      Rien de pire que de recevoir des leçons de gens qui ont toujours été à coté de la plaque.

      Joffrin est comme ses collégues ,donneurs de leçons,qui n’a pas retenu les leçons de son propre passé qui n’est quand même pas folichon ! et qui prétend nous dire l’avenir.

      Il appartient déjà au passé d’une presse creuse,sans lecteur,incapable de faire une vrai critique


      • TSS 17 décembre 2007 14:13

        j’etais abonné au « nouvel obs » en 2005 quand joffrin et ses copains serinaient à longueur de page que ceux qui allaient voter NON etaient des « c..s » je me suis desabonné et ai reçu une superbe lettre de joffrin m’expliquant pourquoi j’etais un abruti de voter non et un locquedu de me desabonner,c’etait beau comme l’antique !!! je lui ai simplement repondu que je le touchai au point sensible « le tiroir caisse » et un an après il etait à liberation !! alors Joffrin..bof !!!


        • jo 17 décembre 2007 16:57

          C’est beau comme de l’antique cette phrase : une approche des nouveaux médias pragmatiques. Donc un journaliste doit savoir tout faire, écrire, faire les photos, travailler sur le net, filmer, prendre le son, interviewer honnêtement mais avec conviction, mettre en page, décider des limites à ne pas dépasser, faire tourner l’imprimerie, gérer l’internet et distribuer le journal, tout en surveillant les droits de copyright. Mais aussi démarcher une nouvelle clientèle, convaincre les actionnaires, gérer la publicité, nettoyer les locaux du sol au plafond...

          Quel talents ces nouveaux journalistes, quels bosseurs, mais avec de tels personnes ça ne laisse que peu de place aux autres, ou est-ce une manière déguisé de supprimer des postes et de faire des économies ?


          • Eurénis Eurénis 18 décembre 2007 00:48

            Je me situe à gauche, et je n’ai jamais voté pour Gaudin. Je combats de toute ma force ses options politiques. Pourtant je suis d’accord avec ce qu’il a dit à l’encontre des journalistes de Libération, paroles professées dans un cercle privé, sans langue de bois. Propos à prendre du reste dans un sens métaphorique. Oui, les journalistes de Libération sont des crasseux qui nous obligent à renifler leur pestilence. Ces gens-là ne sont pas engagés dans un combat d’idées, d’ailleurs il n’y a pas d’idées chez eux. La plupart de leur reportage sont soit bidonnés (grands reportages en Afrique réalisés entièrement à partir du bureau parisien), soit bâclés. Les faits ne les intéressent pas, ce qui compte pour eux c’est eux-mêmes et l’affichage de leur propre autosatisfaction. En lisant attentivement Libération que découvre-t-on ? D’abord leur credo est toujours le même taper sur les plus faibles. Regardez comment ils parlent des pauvres et des Rmistes comme des bêtes curieuses de zoo. Regardez comment ils parlent des questions sociales, toujours prêts à justifier le discours dominant pour le peu qu’il soit servi avec des paillettes et du champagne. Regardez comment ils évoquent par exemple, une idée révolutionnaire comme la décroissance, ils déforment, salissent, caricaturent mais jamais n’engagent un véritable débat argumenté. Regardez les pages culture, en art contemporain par exemple, toujours disposé à justifier la fumisterie et ses dérives mercantilistes. Libération a appauvrit la vigueur du débat intellectuel en France. Libération c’est la Pravda des bofs, satisfaits d’être ce qu’ils sont. C’est la Pravda des gens paresseux qui ont un avis sur tout pour le peu qu’ils se dispensent de trop réfléchir et de trop travailler pour précisément d’avoir une approche éclairée. Gaudin a parfaitement raison rien n’est plus répugnant qu’un journaliste de Libération.


            • Asp Explorer Asp Explorer 18 décembre 2007 07:43

              Rédaction :

              Expliquez et illustrez les béantes scissions idéologiques divisant Libération, le Monde et le Figaro sur des sujets tels que la mondialisation ou le libéralisme.

              4h

              Euh...


              • JL JL 18 décembre 2007 08:51

                Asp, le Monde, Libé et le Figaro diffusent la pensée unique à des lecteurs différents. formulé autrement, le sujet de la rédac devient : « Expliquez la différence entre un lecteur du Monde, de Libé et du Figaro ». Et là, y a pas besoin de 4 heures.


              • TSS 18 décembre 2007 10:07

                pourquoi accorder une importance disproportionnée aux propos de Gaudin !! IL EST LIQUIDE !!!


                • Nometon Nometon 18 décembre 2007 14:09

                  Pour ne pas moisir dans la célébration bienveillante (le mal de l’année 2007), je conseille ce petit papier plein d’humour sur les prises de position « engagées », « honnêtes » et « réalistes » de Laurent joffrin :

                  http://vivelefeu.blog.20minutes.fr/archive/2007/09/25/laurent-joffrin-et-le-trou-sans-fin.html


                  • jide 30 décembre 2007 20:08

                    Je préfère une presse honnête intellectuellement qu’une presse engagée. Malheureusement, actuellement la presse (y compris Libe) n’est ni engagée, ni honnête intellectuellement. L’engagement doit être réel, et non feint, et l’honnêteté se marie guère avec le mensonge par omission, pratique active des médias « de gauche » (le Canard et quelques autres seulement ne sont pas visés).

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