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Accueil du site > Actualités > Médias > Le 5e pouvoir est-il vraiment différent du 4e ?

Le 5e pouvoir est-il vraiment différent du 4e ?

Devant l’émergence des médias participatifs sur Internet, une question essentielle se pose : ce 5e pouvoir va-t-il cultiver sa différence et pérenniser son modèle ou se fondre à terme dans une structure éditoriale proche de celle des médias traditionnels ?

Je me suis rendu samedi à L’Usine à Saint-Denis, à côté du grand stade, pour assister aux premières rencontres du 5e pouvoir organisées par Agoravox. Beaucoup de monde, essentiellement des blogueurs et des rédacteurs d’Agoravox. Quelques journalistes "professionnels" en fond de salle. Ambiance sympathique, discours assez libre. Je regrette cependant que les échanges avec le public n’aient pas été plus variés mais il est vrai que l’emploi du temps était déjà très chargé.

Première constatation, le 5e pouvoir est encore racinaire mais il s’organise ; deuxième constatation, il ressemble beaucoup au 4e mais est structuré différemment. Ce point me semble être le plus délicat : une nouvelle structure médiatique d’organisation non pyramidale peut-elle se pérenniser ou va-t-elle peu à peu se transformer en structure médiatique classique ? Pour le formuler autrement : l’apparition de nouvelles technologies d’information et de communication permet-elle l’émergence de nouveaux acteurs médiatiques venus concurrencer les médias traditionnels sur leur terrain ou annonce-t-elle l’apparition de nouveaux médias fondamentalement différents des anciens ?

Si l’on y regarde de prés, la frontière est ténue, la limite délicate, entre ces deux inclinations. Celle de batailler pour se créer sa propre différence, et celle de profiter de l’opportunité pour s’assurer une place au soleil auprès de ceux qui y sont déjà. Car la tendance naturelle de l’homme est toujours de s’approprier le pouvoir pour étendre le champ de son influence, et par là même générer de la reconnaissance à son égard et flatter son ego. Or, ce phénomène est forcément défavorable au progrès du plus grand nombre puisqu’il a pour conséquence l’inhibition communicationnelle d’une grande partie de la masse pensante (je n’aborderai pas ici son rôle social historique de rempart contre les situations chaotiques). Pour aller contre cette tendance (sans tomber dans le chaos), il faut donc créer des règles strictes qui contraignent le système à obéir à une logique plus collaborative et participative, ce qui correspond à une organisation "à tendance" réticulaire. Or, c’est bien cela l’objectif des médias participatifs ou même collectifs : donner la parole à tous ceux qui ont quelque chose à dire, et pas seulement aux individus « autorisés à communiquer » par leur statut professionnel ou par leur réputation.

Pour cela, des règles strictes sont donc nécessaires. Il faut aussi qu’elles soient pérennes et ne puissent avec le temps être récupérées à l’avantage des uns et des autres. Agoravox propose bien un modèle basé sur ce schéma. Mais, comme l’ont montré les questions sur les modérateurs lors des débats de samedi, le système manque de clarté. Il n’est pas facile, pour un simple rédacteur, de savoir précisément comment fonctionne le comité de modération entre les rédacteurs volontaires, les salariés de Cybion et la "tête pensante" de l’organisation, représentée par Joël de Rosnay et Carlo Revelli. Pourtant, d’avantage de clarté constituerait selon moi un gage de fiabilité à long terme ainsi qu’un gage de stabilité : une règle clairement établie et appliqué au grand jour est moins à même d’être réorientée dans un sens ou dans un autre lors d’un conflit d’intérêt. Cela permettrait aussi de désarmer les critiques qui ne manqueront pas de fuser vis-à-vis d’un site « citoyen » qui demeure la création d’une société dont le statut est commercial. Je vote donc pour une application publique du processus de modération, à l’image de ce qui est fait sur Wikipedia (les débats des administrateurs à propos des articles sont consultables). Le nombre de votes en faveur ou en défaveur d’un article pourrait être comptabilisé sur une page spéciale qui pourrait même répertorier les articles refusés.

Bien sûr, cela pourrait dans un premier temps sembler compliquer les choses, mais cela pourrait aussi s’avérer très utile par la suite, particulièrement si Agoravox continue sa formidable croissance. De plus, cela renforcerait à mon avis l’identité d’Agoravox et sa différence vis-à-vis des médias traditionnels.

N.B. L’ensemble des autres compte-rendu de cette journée sont disponibles à partir de cet article de Carlo Revelli.


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3 réactions à cet article    


  • selim (---.---.98.98) 27 mars 2007 16:18

    Pas suffisamment branché pour deviner ce qu’est une organisation à tendance réticulaire (!) Sur le fond, je vois bien la cohérence de la proposition concernant la procédure de sélection des papiers avec le projet d’un journalisme citoyen ouvert autant que faire se peut à toutes les bonnes volontés rédactionnelles et placé sous le contrôle des citoyens ( qu’ils soient lecteurs ou/et rédacteurs).

    Aux maître d’oeuvre d’Agoravox de présenter leurs objections, s’ils en ont.


    • Lionel Barbe 28 mars 2007 14:56

      Bonjour,

      par réticulaire, je veux simplement dire « en réseau », c’est à dire sans centre, ni haut, ni bas (donc pas comme une pyramide, inversée ou non). Je parle de tendance car à mon avis, cela n’est jamais complètement réticulaire, comme pour Agoravox ou subsiste une structure hiérarchisée (tête pensante, modérateurs, rédacteurs identifiés, anonymes) d’ailleurs nécessaire.

      LB


    • Laurent Bervas Laurent Bervas 27 mars 2007 19:46

      En quoi le 5ème pouvoir est t’il différent des autres pouvoirs ? Pourquoi le serait t’il car ce sont aussi des hommes qui sont derrière ?

      Comme le souligne l’article, les frontières semble s’estomper.

      LOGICIEL LIBRE / LOGICIEL PROPRIETAIRE

      Les débats qui ont lieux me rappellent les début du logiciel libre ou certains n’hésitaient pas à annoncer la mort du logiciel propriétaire. Finalement, après quelques années, on est arrivé à un compromis ou la plupart des acteurs du logiciel propriétaire ont fini par intégrer une dose de (logiciel) libre dans leur offre.

      ON VA VERS PLUS DE PROFESSIONNALISME.

      Si l’on reprend le mouvement du logiciel libre, on va certainement vers plus de profesionnalisme. Les équipes qui sont à la tête de projets comme FireFox (ou autres) sont avant tout des profesionnels du logiciels qui ont pour la plupart fait leurs armes dans le logiciel propriétaire.

      Ne voit t’on pas la même chose émerger en ce qui concerne le 5ème pouvoir :
      - de « vrais » politiciens (comme François Barou) commencent à intégrer un dose de participacitif dans leur démarche.
      - de « vrais » journalistes qui ouvrent un blog comme de vrai blogueurs qui font du travail de qualité et se rapprochent des « vrais » journalistes.

      La nature choisira finalement le meilleur modèle ...

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