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Accueil du site > Actualités > Médias > Le baromètre des unes de presse en novembre

Le baromètre des unes de presse en novembre

Troisième édition du baromètre des unes de presse, l’instrument qui mesure la couverture de l’actualité par la presse quotidienne au travers de ses choix de unes.

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Disons-le tout net : il va être bien difficile de comparer novembre à septembre et octobre. Autant septembre et octobre avaient été marqués par une grande diversité de sujets traités, autant novembre a été cannibalisé par les « événements des banlieues ». 49 des unes de presse étudiées (voir méthodologie dans la suite du post, demain, ou dans les précédentes éditions de septembre et octobre) leur ont été consacrées.

Il ne s’agit pas ici de porter un jugement sur cette couverture (trop ? pas assez ? juste ? injuste ?), mais de constater. Ce chiffre omet d’ailleurs les unes de la fin octobre, sur ce qu’on appelait alors les « événements de Clichy ». À titre de comparaison, les précédents événements les plus couverts avaient réuni... huit unes de presse (Katrina en septembre, les manifestations d’octobre).

49 unes, c’est plus de la moitié (53%) de ce qui a été proposé par la presse en novembre. Il serait intéressant, à titre de comparaison, de savoir combien de unes avaient été consacrées au premier événement médiatique majeur du siècle : les attentats du 11 septembre 2001.

Il serait aussi intéressant de savoir si ces unes ont permis à la presse quotidienne, si malmenée en ce moment, de se refaire une santé. Comment arrive-t-on à 49 unes  ? En variant les angles : les émeutes elles-mêmes, les portraits d’émeutiers, la réaction des politiques, des raisons d’espérer, de s’inquiéter...

La succession de ces unes a ainsi soufflé le chaud et le froid, les médias étant sans doute eux-mêmes constamment surpris par la durée et l’ampleur des événements. Petit florilège des expressions associées à ces événements :

« Retour de bâton ; guerre (des politiques) ; tension ; espérer  ; couver ; flamber ; affronter : colère ; ras-le-bol ; appel ; accusation ; ordre ; nasse ; tranquillité ; contagion ; violence ; vigilance ; couvre-feu... ». Le mot utilisé pour désigner les lieux concernés est quasi systématiquement « banlieues ».

Le traitement exceptionnel de ces événements a deux conséquences sur les indicateurs « habituellement » observés dans ce baromètre :

- un recentrage sur l’information française au détriment de l’international (Le Monde, fidèle à son nom, ayant clairement fait des efforts de mise en avant de l’actualité internationale avec sa nouvelle formule)

- une actualité « négative » primant encore plus nettement, par rapport à l’actualité des « bonnes nouvelles ». Aujourd’hui - Le Parisien, spécialiste de la « une des bonnes nouvelles », a moins cherché à remonter le moral des Français qu’à l’habitude.


Événements du mois : les banlieues, et puis rien

Les événements des banlieues ont donc cannibalisé plus de la moitié de l’actualité de novembre. Loin derrière, on trouve le congrès du Parti socialiste, les grèves à la SNCF, la cohabitation allemande, et la situation irakienne. "L’autre" moitié de l’actualité est donc finalement assez dispersée.

Les angles de traitement : la politique étrangère surnage

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On voit des évolutions très sensibles des équilibres entre les grands angles de traitement de l’actualité. Là où septembre et octobre avaient montré un intérêt des médias pour les catastrophes, la chose économique, la vie pratique, la politique étrangère, la santé, et globalement pour une grande variété d’angles différents, on constate un recentrage sur cinq angles : le social, la politique intérieure, la politique politicienne, la sécurité, et la politique étrangère.

Les autres angles n’ont quasiment pas existé en novembre : pas de vie pratique, très peu d’économie, très peu de santé... On a toutefois vu quelques sujets environnementaux (trois exactement), à la une de la presse quotidienne.

Quatre de ces cinq angles sont principalement liés à la crise des banlieues et illustrent la façon dont elle a été abordée par les médias. On peut grosso modo dire que cette crise a été traitée à 35% via l’angle social (qui intègre l’intégration) ; à 25% via l’angle "politique intérieure" (recherche de solutions, prise de décisions politiques...) ; à 20% sous l’angle de la politique politicienne, et à 20% sous l’angle sécuritaire. Le graphique ci-dessus inclut le congrès du P.S. dans la politique politicienne, ce qui la place plus haut qu’elle ne l’a jamais été dans ce baromètre.

Autrement dit, la crise des banlieues a signalé le retour de la politique politicienne dans les médias.

Négative attitude, sans surprise

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La crise marque un revirement vers des unes donnant un sentiment de malaise, dont le pourcentage s’établit à plus de 50%, après avoir baissé en octobre. Les unes "positives" ne représentent que 7% du total, contre 18% en septembre et 10% en octobre.

Certes, les émeutes ont beaucoup contribué à cette "négative attitude", mais les autres actualités y ont participé : désordre au P.S., en Allemagne, procès d’Outreau, sommet de la désinformation à Tunis, alerte sur la pollution en Chine...

France ou international ? A votre avis...

Dans la même logique, les médias se sont recentrés sur l’actualité française au détriment de l’actualité internationale : la proportion est de 80% contre environ 65% en septembre et octobre. Mais la politique étrangère est l’angle qui a été choisi le plus souvent quand les unes n’étaient pas consacrées aux banlieues.

Conclusions : septembre et octobre avaient peut-être été des mois assez "tranquilles" pour les médias, permettant de varier les angles, de positiver les unes, de parler de l’étranger, etc.

En novembre, les choix éditoriaux ont été cannibalisés par les banlieues, traitées de toutes les façons possibles, mais sous l’angle"social" plus que "sécuritaire", ce qui est peut-être déjà un choix courageux, car s’il s’agissait de donner au peuple ce qu’il attend, l’angle sécuritaire aurait primé.

Elles renforcent le sentiment de morosité et ont amené l’étranger à s’intéresser à la France plutôt que l’inverse.

Un petit jeu pour finir : laquelle de ces deux unes revêt le plus d’importance pour le futur de l’humanité ?


Précisions méthodologiques

Les supports étudiés sont ceux dont la une est mise en ligne sur www.imedia.biz : Le Monde, Le Figaro, Aujourd’hui en France, Libération.

Par « une », je retiens le sujet qui constitue la plus grosse accroche du journal sur sa première page (dans l’ordre de sélection : l’information qui bénéficie des caractères les plus gros ; d’une illustration ; la première à partir du haut). Cela ne veut pas forcément dire l’occupation d’une pleine page.

Par « événement », je ne retiens qu’un événement unique. Le vote pour la constitution en Irak et le procès de Saddam Hussein, en octobre, étaient deux événements différents.

En ce qui concerne les angles, un même sujet peut être traité de plusieurs façons différentes : la crise des banlieues en est le meilleur exemple.

Dans « l’impression dégagée », je considère que toutes les unes qui font passer un message de peur, évoquent des problèmes, scandales ou autres, donnent un « sentiment de malaise ». Certaines unes font au contraire clairement passer un message positif.

Enfin, dans « France » ou « International », il est parfois difficile de faire la distinction. Un événement international peut avoir des répercussions en France. J’essaie de faire le classement en prenant en compte l’angle : le sujet est-il principalement traité pour ses conséquences en France, ou pas ?

C’est une affaire de choix, il y a une part de subjectivité. Si certains choix vous étonnent, vous choquent, dites-le moi.

Enfin, un sujet de société qui est susceptible de provoquer des unes en fin de mois et début de mois suivant est « désavantagé » par ce système. C’est pourquoi je ferai un cumul, sans doute trimestriel, et pourquoi pas annuel (on a le temps de voir venir) ?


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