Cette brève interview est le pendant de l’article sur le procès en discrimination envers les femmes que subit Wal-Mart. Or, les réponses de l’économiste sont fort édifiantes. Tout d’abord, il désigne comme ennemi n°1 du progrès les syndicats :

Le souci des syndicats n’est pas l’intérêt général, le pouvoir d’achat de l’Américain moyen ou de permettre au pauvre Chinois ou Indonésien de vivre un peu plus décemment en travaillant pour un sous-traitant de Wal-Mart.

Le "pauvre Chinois ou Indonésien" appréciera sûrement l’inquiétude de l’économiste plus que l’article du Monde diplomatique Petites Mains du Sud pour firme du Nord.

Mais la logique de Thomas DiLorenzo est implacable :

Les prix de vente de l’épicerie chez Wal-Mart sont inférieurs de 30 % en moyenne à ceux des magasins syndicalisés. C’est considérable pour le consommateur, notamment quand il a peu de moyens.

Le "pauvre" Américain appréciera aussi qu’on se soucie de son pouvoir d’achat. Mais le bon sens de DiLorenzo se mord la queue, puisque quelques instants plus tard, il déclare :

(Wal Mart) est le seul groupe qui est capable d’aller voir des multinationales comme Procter et Gamble ou Coca-Cola et de leur dire "Je vous passe une énorme commande mais à condition que vous baissiez vos prix de 30 % ou 40 %".

Bien sûr, comment Procter et Gamble ou Coca-Cola vont-il procéder pour rentrer dans leurs frais ? En diminuant les salaires.

Car c’est ici l’idée la plus forte de DiLorenzo :

Wal-Mart a aussi sans doute fait plus aux Etats-Unis pour les plus démunis que les programmes sociaux car la hausse des prix affecte surtout les plus pauvres.

Pour que les plus pauvres puissent consommer pas cher, rendons les pauvres encore plus pauvres...

Ceci étant dit, jusqu’ici tout va bien. Le Monde nous avait habitué à donner la parole à des néolibéraux. De toute façon, la présentation de l’expert nous a donné la couleur... A moins que. Il semblerait que le quotidien du soir ait oublié quelques lignes sur le CV de Thomas DiLorenzo. Il s’agit effectivement d’un économiste néolibéral, disciple de l’Autrichien Friedrich von Hayek et membre du Ludwig von Mises Institute. Mais il est aussi affilié au League of the South Institute, une association sécessioniste, antiféministe (pro-Life, contre l’avortement), antifédérale, opposée à l’Income Tax (l’impôt sur le revenu) et à la taxe foncière, aux banques centrales, aux mariages interraciaux, à l’immigration non blanche, etc... Le président de cette honorable association a même déclaré (je traduis) :

Qu’on ne renonce jamais (pour faire plaisir aux implacables marxistes culturels) à ce que nous, les descendants des Européens chrétiens et blancs, soyons le noyau d’un mouvement destiné à préserver et à faire avancer une civilisation particulière, un héritage culturel et une position du point de vue du physique. (J. Michael Hill, “Southern Unity").

On se demande bien comment la rédaction du Monde a eu l’idée de donner la parole à une telle personne pour mettre en perspective un procès de discrimination contre les femmes.