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Le premier pouvoir : inventaire après liquidation, Elisabeth Lévy

medium_2081200686_01_SCLZZZZZZZ_V24320688_AA240_.jpegPendant deux ans Elisabeth Lévy sur France Culture a animé " Le Premier Pouvoir ", une émission hebdomadaire critique sur " la société des médias " dont elle était aussi la productrice. David Kessler, directeur de France Culture et ancien conseiller de Lionel Jospin, a supprimé cette émission pourtant une des plus écoutées avec celle d’Alain Finkielkraut d’ailleurs confirmé par un sondage détaillé commandé à Médiamétrie par France-Culture. Manque de chance pour la direction de France Culture, les raisons de cette évicton ne peuvent être le manque d’audience. Comme je le soulignais dans un commentaire suite à un précédent article sur cette éviction, ces sujets étaient trop sensibles car elle dénonçait la nouvelle censure, l’inculpation du passé, le climat de délation, la hantise de la vigilance, le manichéisme accusateur, la diabolisation des dissidences, la propagande spectacle et ,comme le regretté Muray, dont on lui avait " interdit d’évoquer la mémoire à l’antenne ", la festivité permanente, toutes ces valeurs défendues par la gauche bien-pensante qui domine cette chaîne. "L’ordre subversif y règne".

On peut critiquer les médias si on dénonce la dépendance économique mais, comme Elisabeth Lévy le précise,cette dépendance "s’est révélée moins pesante que la tutelle idéologique exercée par des pouvoirs avertis du fait que le pluralisme était leur pire ennemi." C’est d’ailleurs sur les radios publiques que les informations sont les moins objectives. Seul Du grain à moudre sur France Culture dont je fais souvent la publicité sur mon blog résiste à cette pensée unique en proposant des débats avec des personnes venant d’horizons très divers. C’est souvent ce manque de pluralisme qui me détourne des médias publics.

"Sois rebelle et tais-toi - ainsi est gouvernée France Culture."

"Personne ne se serait offusqué qu’un journaliste se fût indigné auprès de Martine Aubry parce que, selon lui, les socialistes avaient été trop timides en matière de régularisations. On imagine le tollé déclenché par l’imprudent qui lui eût adressé le reproche inverse."

"On attend des journalistes qu’ils confirment l’analyse énoncée a priori (...) Un journaliste à qui il est demandé d’enquêter sur les électeurs du Front national écartera spontanément ceux qui n’entrent pas dans le cadre défini." Les jounalistes n’ont même pas remarqué qu’ils sont ainsi contre-productifs.

Les faux rebelles y sont aussi attaqués. Karl Zéro ne "cachait pas avoir (provisoirement) sauvé sa tête grâce à l’appui conjugué de Laurent Fabius et de Nicolas sarkozy - hommage du vice politique à la vertu médiatique qui témoignait sans doute de l’impertinence de l’animateur".

Certains chroniqueurs potentiels figurent sur une liste noire comme Philippe Lançon, Henri Maler, l’un des animateurs d’Acrimed, site dédié à "la critique radicale" des médias.

Maintenant l’activité médiatique est orientée sur l’émotion. Le spectacle offert par les Don Quichotte et les sans-abri du canal Saint-Martin en est un exemple.

Suit un florilège de "conducteurs" (documents préparatoires définissant les principaux axes de la discussion) écrits avant chacune de ces émissions et je crois qu’ils étaient disponibles sur le site de FC.

Elisabeth Lévy a insisté sur le fait que la presse française est dénigrée, qu’on ne la croit plus. C’est pour cela , entre autres autres, que le Traité constitutionnel européen a été rejeté. La presse française ferait bien mieux de se remettre en question et écrire pour ses lecteurs. Elle ose demander une aide financière de l’Etat alors qu’elle bénéficie déjà des subventions de l’Etat La presse a conquis sa liberté en devenant indépendante vis-à-vis des pouvoirs en place. L’ indépendance passe d’abord par un financement privé, principalement par ses lecteurs.

Elisabeth Lévy comme nombre de journalistes est très critique vis-à-vis des gratuits mais "en parcourant ceux-ci notamment 20 Minutes je trouve des infos que l’on ne lit pas ailleurs comme aujourd’hui où j’apprends que le FN a été mis en cause trop rapidement." Par contre Elisabeth Lévy met bien en évidence les liens du capital avec l’Humanité "puisque Lagardère et Bouygues sont, au nom du pluralisme, entrés dans le tour de table du quotidien."

C’est un petit livre assez personnel puisqu’elle relate son expérience sur France Culture qui ne fait que confirmer tout ce que j’ai constaté et relaté dans Le grain de sable et aussi sur mon blog.

par Fabrice Trochet (son site) jeudi 12 avril 2007 - 4 réactions
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