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Accueil du site > Actualités > Médias > Le projet FREENET : Internet et le droit d’auteur à la veille (...)

Le projet FREENET : Internet et le droit d’auteur à la veille d’un tremblement de terre ?

Les débats publics qui se sont déroulés au cours des deux dernières semaines à l’Assemblée sur le sujet des droits d’auteur se sont donc achevés par ce que l’on pourrait qualifier de victoire totale pour les majors de la musique.

Ce texte donne en effet un cadre légal aux DRM et MTP dont il interdit le contournement et impose leur présence dans tout logiciel « susceptible de faciliter la violation des droits d’auteurs ». Sale temps pour le P2P, qui est au passage interdit, et pour le logiciel libre en général qui, selon toute évidence, ressort affaibli de cette épreuve.

Cependant, en incitant le gouvernement à légiférer aussi durement contre une technologie et ses utilisateurs, les majors du disque ont probablement assuré à moyen terme l’effondrement de l’industrie culturelle dans son ensemble, la mort du droit d’auteur, voire la destruction de l’idée même de propriété intellectuelle.

En effet, la méconnaissance des initiateurs de ce projet de loi vis-à-vis d’Internet les a empêchés de voir dans le P2P les prémices d’une révolution qui aura pour beaucoup l’effet d’un tremblement de terre.

Un nouvel Internet s’apprête à surgir des cendres de celui que ce projet de loi vise à détruire, et il va nous falloir apprendre à vivre avec... Pour le pire et pour le meilleur.

C’en est apparemment terminé en France du P2P tel qu’il existe depuis Napster, et dont Emule est actuellement le premier représentant. Le temps de la tolérance et du consensus est révolu, et celui de la traque et de la répression est arrivé : victoire totale pour les majors de l’industrie culturelle et de l’industrie du logiciel propriétaire.

Tout du moins en apparence, car un certain grain de sable, qui a apparemment échappé à leur analyse, risque fort de les prendre au dépourvu et de réduire à néant les efforts qu’ils ont déployés avant même que la loi DADVSI ne paraisse au Journal officiel : Le projet « FREENET » (1) de Ian Clarke (2).

« Qu’est-ce que c’est que cette bête bizarre ? », vous allez me demander...

Tout simplement le fer de lance de la prochaine génération de logiciels d’échange de pair à pair, celle des logiciels anonymes. Ces derniers - par leur architecture décentralisée, le fait qu’ils organisent des échanges d’informations cryptées et qu’ils utilisent des transmissions indirectes pas « nodes » intermédiaires - assurent l’impossibilité totale de déterminer ce qui est échangé et quels sont ceux qui partagent des données.

L’utilisation de clefs de cryptage numériques, pouvant aller jusqu’à 4096 bits pour certains systèmes, garantit le fait que même la NSA ne pourra intercepter puis analyser les informations transitant par ces réseaux.
Mais c’est là la moindre des choses que FREENET est capable de faire, car ce logiciel possède un potentiel qui risque fort de faire vaciller les fondations d’Internet dans son ensemble.

En effet, là où Internet met en communication des ordinateurs individuels avec des serveurs qui sont les réceptacles du contenu du réseau, FREENET propose à chaque utilisateur de faire de son ordinateur un serveur indépendant, en partageant une fraction de son disque dur avec les autres utilisateurs. Cet espace contiendra alors des fragments de données cryptées pouvant être redistribués aux autres utilisateurs grâce aux clefs de cryptage qui leur sont associées.

Chaque ordinateur connecté à FREENET est à ce réseau ce qu’un neurone est à un cerveau : le fragment d’un tout, dont la puissance cumulée croit de manière exponentielle avec le nombre de participants.

FREENET ne permet donc pas seulement d’échanger des fichiers, mais a permis également la création d’un véritable « Internet parallèle » dont les « FREE-pages » sont stockées, là aussi de manière cryptée, dans la mémoire cache de chaque machine. Il ne s’agit pas d’un projet nouveau, mais il semble retrouver une seconde jeunesse ces derniers temps...

La force de ce système est qu’il interdit en raison de son fonctionnement même toute censure et tout contrôle... Nul ne peut empêcher la diffusion d’informations sur FREENET ni en retrouver les auteurs... Du pain béni pour les dissidents politiques chinois et d’autres régimes totalitaires qui se sont emparés de cet outil pour communiquer et partager leurs idées sous le regard impuissant d’un gouvernement central qui s’arrache les cheveux à essayer de trouver une parade qui n’existe pas.

Bien entendu, le système a ses dérives, et les anarchistes de tous poils y ont également trouvé un havre de tranquillité pour y exprimer leurs revendications et partager leur expérience de la guérilla sans crainte d’être retrouvés.

Mais dans l’ensemble, FREENET ressuscite cette liberté et cette insouciance qui existait au tout début d’Internet, et beaucoup de ses membres y trouvent un défouloir pour exprimer en public leur malaise de la société.
Ici, chacun est libre de balancer des «  Sarko facho » ou de traiter nos dirigeants et ministres de « buses », si tel est son désir... Nul ne pourra l’arrêter, si ce n’est au travers d’un argumentaire solidement construit, ce que les freenautes manquent rarement de faire, tant dans l’ensemble ils ont appris à élever au rang d’art noble la discussion contradictoire.

FREENET est donc l’outil ultime permettant aux individus de s’exprimer. Des informations que l’on ne trouve nulle part ailleurs peuvent y être dénichées, et il impose donc à celui qui y navigue de garder un bon esprit critique vis-à-vis des données qui lui parviennent, car il est rare que leurs auteurs soient clairement indentifiables, à moins qu’ils le désirent.

Mais de ce fait, le contrôle censorial de ce réseau est impossible, et il peut permettre à certain d’accéder à des nouvelles que le gouvernement ne souhaite pas voir diffuser, ou à des connaissances que certains groupes d’influence aimeraient mieux voir disparaître.

Pour résumer, FREENET rend à chaque citoyen sa pleine souveraineté dans son accès et son partage de l’information.

Le potentiel est rapide à imaginer :
-Des journaux citoyens qu’aucun ministre ne pourrait espérer pouvoir censurer ou influencer (3)
-Des discographies et des filmographies entières disponibles à la première FREE-page venue
-Le partage sans restriction d’information copyrightées, brevetées ou protégées par un quelconque droit d’auteur
-La création de FREE-radios et de FREE-TV impossibles à censurer et torpillant le pouvoir d’influence des médias traditionnels
-La possibilité pour chaque citoyen d’exprimer sans restriction son point de vue sur l’actualité et la politique, ainsi que son avis sur une personne, qu’il s’agisse d’une célébrité, d’un artiste, d’un homme politique, ou d’un simple anonyme
-Etc.

Toute information ou oeuvre diffusée auprès du public tombe donc, de fait, dans le domaine public, et est pleinement et librement accessible grâce à ce réseau.

FREENET est donc un cauchemar pour tout gouvernement, entreprise, ou groupe d’influence fondant son pouvoir sur le contrôle de l’information, car il permet à celle-ci d’être diffusée sans restriction.(3)

En échange de cette liberté promise, FREENET n’impose que deux choses à ses utilisateurs :
-La tolérance vis-à-vis du point de vue des autres
-Le développement d’un certain esprit critique face aux informations qui leur parviennent.

Mais il s’agit là de deux qualités que chaque citoyen responsable doit s’efforcer d’avoir, après tout...

En définitive, Renaud Donnedieu de Vabre risque fort d’entrer dans l’histoire comme étant le ministre qui, avec sa loi DADVSI et sa volonté de contrôle d’Internet, aura réussi à convaincre les P2Pistes français de migrer vers le seul réseau garantissant aujourd’hui la pleine liberté d’expression et de partage des connaissances.

Ian Clarke n’espérait certainement pas un tel soutien...

Talion

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(1) Plus de renseignements sur ce projet sont consultables sur le site de la "team" francophone de Freenet ( http://www.freenet-fr.info/ ) ou sur le site officiel du projet ( http://freenet.sourceforge.net/ ).
Les liens suivants sont également intéressants à consulter pour mieux comprendre la révolution qu’est "Freenet"
http://www.intellitamper.com/freenet-france/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Freenet
http://freenet.new.fr/

(2) Pour plus de renseignements sur cet impressionnant petit génie, vous pouvez consulter l’encyclopédie Wikipedia ( http://en.wikipedia.org/wiki/Ian_Clarke ) ou encore consulter son blog ( http://locut.us/blog/ )

(3) Je vous renvoie pour plus de détails à l’excellent article de Guillaume Champeau intitulé "Après le P2P, le journalisme citoyen dans le collimateur du ministre ?" et disponible sur le lien suivant :
http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=7919

(4) Je vous invite à consulter ce très intéressant article datant de 2000 sur Freenet et ses implications :
http://www.freescape.eu.org/biblio/article...3?id_article=25


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110 réactions à cet article

    • Sam (Paris) (---.---.---.229) 22 mars 2006 11:13

      C’était crypté ton commentaire car je n’ai rien compris, c’est quoi la clé de cryptage que tu utilises ?

    • Alain T. (---.---.---.9) 22 mars 2006 14:09

      Cher M. West,

      Vous semblez maîtriser suffisement la langue française pour la rendre incompréhensible au commun des Français.

      Faites un effort de simplification, vos arguments seront alors mieux compris et profiterons certainement au débat (ce qui n’est pas le cas actuellement).
      —  AlainT

    • Goldy (---.---.---.215) 22 mars 2006 14:37
      Goldy

      Il a dit pourquoi, je cite :

      « vos arguments seront alors mieux compris et profiterons certainement au débat (ce qui n’est pas le cas actuellement) »

      À vous de voir si vous voulez écrire pour ne rien dire ou si vous souhaitez que vos paroles aient un sens pour les autres. Si je puis me permettre, vous me tapez un peu sur le système avec votre style fortement suranné.

    • Alain T. (---.---.---.9) 22 mars 2006 14:39

      « Pourquoi voudriez-vous que j’écrive selon votre goût ? »

      Si vous aviez lu et compris mon commentaire, vous ne poseriez pas cette question. Visiblement nous ne parlons pas le même langage, ce qui ne va pas faciliter la communication.

      « Où auriez-vous trouvé que je pourrais être votre féal ? »

      Je n’ai pas compris le mot « féal », ceci illustre le propos de mon premier commentaire.

      Ne faite pas semblant d’être plus idiot que vous l’êtes.

    • D.A. (---.---.---.173) 22 mars 2006 14:53

      un féal, expliqué au travers d’une méthaphore, c’est un peu comme Mr D. de Vabre vis à vis des éditeurs. Il est fidèle a leurs lois.

    • wintreg (---.---.---.211) 22 mars 2006 17:29

      bonjour,

      Surtout que vous spamer agoravox cher demian, avec vos postes...

      mais ça c’est votre droit...

    • (---.---.---.128) 22 mars 2006 17:57

      Les tournures ampoulées du sieur West ne sont là que pour cacher la vacuité de ses propos.

    • wintreg (---.---.---.211) 22 mars 2006 18:00

      analyse à laquelle j’adhère... lol ! smiley

    • wintreg (---.---.---.211) 22 mars 2006 18:10

      et une perle de plus !lol ! smiley))

    • Tanvalacruchalo (---.---.---.45) 23 mars 2006 09:36

      C’est étonnant cette nouvelle forme de sado-masochisme électronique que l’on retrouve sur agoravox, ratatium, odebi etc., un peu du genre « fesses-moi avec un clavier ! ».

    • perlin (---.---.---.186) 25 mars 2006 03:48

      « Je n’écris jamais pour ne rien dire. Et votre argument frappant vous déshonore. »

      C’est précisément ce qui s’appelle écrire pour ne rien dire !

      Je partage l’avis de tous ceux qui trouvent à redire sur votre style empoulé et verbeux. Je comprends aussi pourquoi ils sont si nombreux à réagir : c’est énervant de constater que l’on perd son temps à lire quelqu’un qui se moque d’être compris. Vous êtes ainsi méprisant pour vos lecteurs et donc méprisable.

      Et ne vous croyez pas obligé d’être mon féal en me répondant, restez plutôt dans votre posture de petit prétentieux qui se la joue façon intello.

    • Copas (---.---.---.91) 25 mars 2006 14:14

      « ..../...Vous êtes juste des censeurs qui s’ignorent..../... »

      Injuste, .... plutôt des a-censeurs... T’es à l’ouest DG....

    • Copas (---.---.---.91) 25 mars 2006 14:52

      Freennet semble en effet très interessant mais il y a une question que je pose ici :

      Si Freenet paraît un danger pour certains, (état, police, politiques, interets privés, etc) peut-on envisager que (plutôt que les attaques se fassent en vue du décryptage , de l’essai de contrôle et de censure) il y ait des attaques virales ciblées sur ce type de système ?

      Ma question est-elle stupide (plutôt que de contrôler, une réponse destructrice maligne) ?

    • On_s_en_mele (---.---.---.91) 26 mars 2006 23:35

      « des thunderBoltWalls ou veryVerifiés » Pouvez-vous traduire s’il vous plaît ? Nous n’avons pas vos codes !

    • Hikaru (---.---.---.85) 27 mars 2006 01:00

      @Copas :

      On peut sans doute créer un virus qui s’attaque aux ordinateurs du réseau freenet. Il pourrait être diffusé par freenet comme par n’importe quel autre mécanisme.

    • citoyen digital (---.---.---.12) 29 mars 2006 06:36

      @ M. West, Sa pédante Suffisance,

      Vous avez des problèmes de syntaxe et ne maîtrisez pas l’usage de la virgule.

      Commencez par aligner un sujet, un verbe et un complément.

      Une fois que vous maîtriserez l’utilisation de la phrase simple, vous pourrez envisager d’ajouter une proposition supplémentaire à vos phrases.

    • juxjux (---.---.---.157) 31 mars 2006 00:26

      J’utilise Freenet depuis ces débuts - c’est à dire 2002. Très prometteur mais surtout très balbutiant- franchement hors de portée - 4 heures pour récupérer une page !. Mais ton propos est juste. Freenet ou pas, faut vraimment prendre le genre humain pour peu de chose que de vouloir contrôler, espionner, limiter....Reste que le téléchargement demeure souvent un vol (et oui, j’en conviens alors que grand adepte) - sachons distinguer le téléchargement. Un download/upload d’un Pink Floyd = domaine public / télécharger le dernier Placebo en vente depuis 1 semaine (voire 2 mois avant sa sortie....) = c’est du vol.

  • éric (---.---.---.202) 22 mars 2006 11:38

    Le cryptage certes ! Mais la loi française n’autorise pas tous les types de crytage et c’est là que pourront s’effectuer les poursuites contre ceux qui utilisent des procédés illégaux afin de les obliger à fournir les clés de décryptage. Par ailleurs l’Internet fait transiter des informations sur du matériel, des serveurs DNS et autres, il est toujours possible de remonter le « fil » et de trouver l’auteur d’une information.

    • Hakim I. (---.---.---.75) 22 mars 2006 16:51

      Les informations ne « transitent » pas par un serveur DNS. Un serveur DNS est simplement l’outil qui permet à votre machine de traduire une URL(www.xxxxx.com) en adresse IP, c’est tout.

      De plus, le principe de cryptage permet le fait que meme si les signaux passent par un matériel, il faudrait le décrypter avant de pouvoir le lire. Décrypter du 4096... Chapeau !

      Si la loi interdit certains types de cryptage, il faudra, pour l’appliquer, voter une nouvelle loi de type « Patriot Act » qui permettra de « sniffer » tout ce qui sort du client d’un fournisseur d’accès, c’est à dire nous...

      Le jour où on en sera là, la liberté ne sera devenue qu’un rève ...

    • Stabbquadd (---.---.---.223) 22 mars 2006 18:10
      Stabbquadd

      Et je voudrais ajouter à ce qu’à dit Hakim que l’unique moyen pour quelqu’un de prouver que vous récoltez ou envoyez des informations sur freenet serait de prendre possession de tous les noeuds auxquels vous êtes connecté. Ce qui est non seulement matériellement impossible, il faudrait des centaines voir des miliers d’ordinateurs sous contrôle pour pourvoir espérer contrôler tous les noeuds voisin d’une personne, mais également techniquement impossible, car les connexion aux autres noeuds sont constamment mis à jour et variantes.

      Et une fois ceci fait, il est possible, en étant bigrement doué, de récupérer les informations destinées aux autres noauds.

      Dernière étape, comme disait Hakim, le décodage d’une information encryptée par une clé 4096 bits, soit huit fois plus que ce qu’on envisage peut-être de savoir bientôt décoder...

      Unique solution pour passer à travers la dernière étape, toujours en contrôlant tous les noeuds voisins d’un client, demander soi-même des informations au client, et en tester une quantité incroyable jusqu’à trouver celles que le client possible. Puis, il faut réussir à prouver que le client était juridiquement responsable du contenu de son cache Freenet, alors que personne n’est capable de savoir ce qu’il contient. Sans compter le fait qu’un fichier n’est jamais stocké en entier chez un même client...

      Bref, les Freenautes sont tranquilles, et certains devraient parler de ce qu’ils comprennent un minimum ;)

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