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Accueil du site > Actualités > Médias > Le show du RIARC

Le show du RIARC

 Le RIARC (Réseau des instances africaines de régulation de la communication), à l’occasion de son dixième anniversaire, annonce du 20 au 21 août 2008, à la Fondation Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro, Côte-d’Ivoire, un colloque international sous le triptyque : « Régulation, démocratie et bonne gouvernance ».

Thème alléchant dont on voudrait connaître les sous-thèmes et les conférenciers. Quelques génies de la communication, de la dimension d’un Bill Gates, y seront-ils présents ? Aucune indication du genre sur le colloque. Dans les boulevards de la ville, d’immenses panneaux publicitaires, sur lesquels trône une diva de la chanson ivoirienne, mettent l’accent sur les aspects festifs de la manifestation. Vu le haut patronage, le parrainage et la coprésidence, du président de la République, du Premier ministre, du ministre de la Communication et du ministre de la Réconciliation et des Relations avec les institutions, nous sommes rassurés sur le succès certain de cette affaire dont « le budget prévisionnel de 500 millions de francs CFA, revu à la baisse est d’environ 290 millions. » Le prix d’entrée au gala de clôture est fixé à 25 000 francs par personne. « Bon appétit, Messieurs ! Ô ministres intègres ! … »[1] Dans cette ambiance festive, aux délégués du colloque international, le président de la République de Côte-d’Ivoire, si plein d’humour, « … n’a pas omis de conseiller d’aller à la fameuse rue Princesse de Yopougon[2]. Il leur dira même : « Allez-y, c’est show… chaud ! »[3]. Aucun ingrédient n’a manqué ni l’orchestre de la Garde républicaine ni Monsieur le grand chancelier pour la décoration des pionniers des instances africaines de régulation de la communication.

Tout ce show incite à se poser une question. En dehors de sa propre création, quels actes historiques, le RIARC a-t-il accomplis pour mériter de tels honneurs ? Pour assouvir ma curiosité, je lance sur internet un moteur de recherche. Le résultat est bien maigre.

Le site du Réseau des instances africaines de régulation de la communication est, vous pouvez le vérifier, d’une pauvreté désopilante. http://www.acran.org/index.fr.php.

Faute de réponses satisfaisant nos questions, continuons de cogiter. Le prophète de la communication, Marshall Mc Luhan, n’a-t-il pas écrit : « Le message, c’est le médium ». Qu’est-ce à dire ? Qu’il faille arrêter de chercher un quelconque message en tant que contenu, mais de considérer plutôt le conteneur, le médium lui-même comme le véritable message.

Le conteneur, ici, c’est le show du pouvoir politique à la cérémonie d’ouverture et au gala de clôture qui se déroulent à Abidjan, le contenu, le colloque de réflexion tenu à Yamoussoukro.

Les hommes du pouvoir, si convaincus de la pensée de Mc Luhan, n’ont pas eu besoin d’attendre Yamoussoukro pour déflorer le colloque en étalant sur la place publique leur propre pensée sur la question. Ne sommes-nous pas dans un contexte où le savoir n’a aucun pouvoir, et c’est le pouvoir lui-même, capable de se substituer à tout, qui est le vrai savoir.

Qu’en a-t-il été du colloque, à proprement parler ?

Du point de vue de la réflexion, rien de bien transcendant en dehors des généralités. Au terme de deux jours de travaux (20 et 21 août) à la Fondation Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro, il se dégage des comptes-rendus et des résolutions que les responsables des organes de régulation africains réclament plus de moyens et « … une autonomie financière, gage d’un fonctionnement efficient des instances. »[4] Encore une montagne qui accouche d’une souris. Tant pis pour les rêveurs qui s’attendaient à voir l’esprit souffler. Pouvait-il en être autrement dans ce colloque dominé par le politique et la presse ? La communication est un concept global extrêmement riche et dont le rayonnement dépasse la presse. Malheureusement, nous constatons que les journalistes, à l’image de leur souteneur (le politique), se sont accaparés du mot communication pour en faire leur affaire exclusive. La confusion entre presse et communication est une approche réductrice et dommageable à la pensée. Il n’est pas du tout certain que les journalistes soient les mieux outillés pour mener à bien une réflexion sur la communication. Dans ces conditions, comment pourraient-ils être les régulateurs d’un concept dont ils n’ont ni la connaissance ni la maîtrise ? 

Yrom

[1] La fameuse tirade de Ruy Blas de Victor Hugo, 1838 Paris

[2] Un quartier de plaisirs équivalent de Barbes à Paris ou Kabukicho à Tokyo.

[3] Fraternité Matin (quotidien ivoirien) du mardi 19 août 2008. "À la découverte du show chaud !",  Remi Coulibaly.

[4] "Les Responsables réclament plus de moyens", Nord-Sud (quotidien ivoirien) du 25 août 2008 Issa T. Yéo


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