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Les journalistes face aux critiques

Les faits sont là : la profusion littéraire concernant le milieu journalistique s’ajoute à ce malaise que rencontre la profession face aux critiques récurrentes de l’opinion publique. D’après le rapport de Jean Marie Charon, en juillet 1999, sur la déontologie de l’information, les reproches envers les journalistes sont multiples : l’atteinte à la vie privée et à la présomption d’innocence, la multiplicité des inexactitudes, l’exposition du public à la violence, la recherche du spectaculaire, l’irresponsabilité, et le refus de discuter. Ces reproches mettent en évidence le manque de crédibilité des médias.

Le journaliste apparaît souvent comme un rouage de la démocratie. Comme l’explique Erik Neveu, le mot journaliste rencoie presque inévitablement aux grandes figures du métier : présentateur du JT, éditorialiste de renom. Bref, la plupart des représentations du journaliste émanent de l’image qu’à peine 5% des journalistes en exercice dégagent. C’est pourquoi le journaliste est fragile, comme le constate Dominique Wolton, car il est quotidiennement exposé aux feux de l’histoire et au regard du public. Mais que faire face à des sondages qui confirment la défiance des Français vis-à-vis des médias ?[1] Les journalistes ont mauvaise presse.


Le journaliste n’a plus le statut de producteur attitré de l’information car, comme l’explique Gérard Spitéri, la situation a changé par la multiplication de sources dans la sphère médiatique : « Le canal principal est d’abord occupé par des organes officiels, ceux que Stuart Hall a appelés les définisseurs primaires ».[2] Il ne faut pas omettre que les journalistes subissent des pressions de certains lobbies pour faire passer leurs informations, comme le rappelle Philip Schlesinger. Le journaliste est confronté quotidiennement à une relation de négociation avec ses sources. Deux attitudes se révèlent, face à cette volonté d’autonomie par rapport aux sources, comme le suppose Rémi Rieffel, soit la coopération, soit le conflit. Inondé par les multiples métiers dits de "communication", le journalisme est devenu pluriel. La presse spécialisée, par exemple, est submergée par le "prêt-à-publier" car l’attaché de presse, le relationniste, le "directeur de communication", ont appris la grammaire des médias. Ils sont maintenant "à armes égales" avec le journaliste. Ils savent rédiger comme lui, sont au fait de ses besoins (de sujets, de "factuel", de "couleur"), de ses contraintes (image, éclairage statistique, temps de "bouclage"...). Des décideurs rentrent en stage pour apprendre à maîtriser la technique de l’interview, le micro, le passage à la télé, la rédaction d’un communiqué... La confusion s’installe entre l’exigence de l’information et l’ambiguïté de la communication qui prend part à la "mêlée". Le journaliste sous-payé ne résiste plus aux sirènes de la communication. Il fait "des ménages", dit-on en France, comme animateur de séminaire, comme conseiller en communication... Il se retrouve de plus en plus près de celui sur qui il écrit. Il ne peut prétendre à un "quatrième pouvoir". Dans le marché qu’est l’espace de la communication, il succombe à la suprématie de l’image sur le fait, du message sur l’idée, de la crédibilité sur la vérité. C’est l’abîme entre le réel et le représenté, le règne des apparences. Le citoyen est largué par le journaliste au profit de l’individu spectateur du monde et consommateur des biens et services. Il n’y a plus de primauté de la société sur la profession, seule fonction sociale justifiant une identité à part, propre au journaliste. Le déficit est énorme, concernant ses responsabilités vis-à-vis du citoyen.

De plus, les controverses vis-à-vis du journaliste ne datent pas d’aujourd’hui ; déjà dans Illusions perdues de Balzac ou dans Bel Ami de Maupassant, l’image dépeinte du milieu journalistique est celle du cynisme, de la vénalité et de l’arrivisme. Les journalistes sont souvent accusés de dérives déontologiques, comme l’expriment les nombreux exemples que sont : les faux charniers du Timisoara, la Guerre du Golfe... La déontologie, voilà un terme mythique dans l’exercice professionnel du journaliste, comme le souligne Jacques le Bohec. Denis Ruellan évoque à ce sujet « l’illusion que les journalistes français sont encadrés par une structure qui est garante de leur probité, l’illusion que la démocratie est servie par des journalistes sélectionnés pour leurs qualités déontologiques ». Mais pourquoi les journalistes dérapent-ils ? Nombre d’entre eux disent que la course à l’audience est une des raisons principales des dérapages déontologiques. Mais comment expliquer le fait que les journalistes ne se soustraient pas à ces critiques ? Les nombreux ouvrages comme les émissions de télévision montrent une certaine prise en compte de ces critiques.

La détention de la carte de presse ne garantit pas une fonction moralisatrice. La crise d’identité de cette profession est liée à ce problème, ou ce manque de sanction reconnue.

Le métier de journaliste a besoin d’une éthique pour construire sa déontologie. Les trois concepts : morale, éthique et déontologie se mêlent dans la pratique quotidienne des journalistes. À la fois professionnel et salarié, le journaliste est constamment en train de s’interroger sur ses actes : entre le devoir professionnel, éthique mais également l’exigence commerciale, le journaliste est dans le flou perpétuel quant à sa volonté d’informer. Son métier consiste à exprimer une libre expression, par conséquent, est-ce vraiment utile d’établir des règles qui nécessiteraient des interdits dans une profession qui ne doit pas en avoir ?

Les journalistes usent de cette liberté d’expression pour justifier une certaine irresponsabilité. Être journaliste, c’est respecter le public : voilà la principale règle que doit respecter chaque journaliste quand il informe. Régulièrement, les journalistes sont accusés de déformer la réalité. L’information transmise devient une désinformation. Nombre d’exemples de désinformation sont à repérer dans le lot quotidien des journaux. En période de guerre, elle devient, avec la propagande, un des outils de la guerre médiatique. Un des exemples les plus célèbres est le faux charnier de Timisoara, en 1989. Cette mise en scène macabre, dans cette ville de Roumanie, fut une manipulation qui demeure encore aujourd’hui dans les mémoires.

La désinformation désigne également la surinformation, comme le remarquent Ignacio Ramonet et d’autres. Nous sommes dans une période de profusion d’informations, rendue accessibles à tous. Or, cette surabondance produit une asphyxie, et pose du coup le problème de la désinformation. Ramonet parle donc de censure démocratique. La désinformation se mêle à l’information, on ne distingue plus le vrai du faux. L’affaire Allègre a montré que l’important n’était pas l’information en elle-même, mais le spectacle d’une information, mensongère, où les témoignages ne sont plus les garants d’une vérité.

Finalement, comme le remarque Philippe Breton,« la désinformation est la technique de communication qui corrompt le plus sûrement la cause qu’elle entend défendre ». La désinformation peut être acceptée, comme le prouve le maintien PPDA à l’antenne, malgré sa fausse interview de Fidel Castro.

Les thèses bourdieusiennes étayent l’idée que les journalistes sont des marionnettes sous l’emprise de la logique du marché. Serge Halimi ajoute que le journaliste a perdu de son aura en devenant un journalisme de révélation, voire de connivence, qui se transforme « en machine de propagande de la pensée du marché ». Ces idées ne sont pas du goût des journalistes ; les critiques concernant leur milieu sont d’autant plus mal digérées qu’elles viennent des milieux intellectuels et universitaires. Un mécanisme de défense se déclenche. Le milieu juge inefficace un regard extérieur sur sa façon de travailler. « Un point de vue critique n’est autorisé que s’il provient du sérail, toute observation extérieure à la profession étant automatiquement dévaluée, sauf si son analyse produite conforte tout ou partie des mythes professionnels »[3], évoque Jacques Le Bohec. Le métier de journaliste a toujours suscité de vives réactions, à la différence des autres environnements professionnels. La critique du journalisme est née avec le journalisme, explique Cyril Lemieux.

Mais cet univers clos pose problème dans une profession dont le travail se traduit par la médiatisation de tous les champs de la société. Les journalistes, ont conscience de leur rôle, qui consiste à « saisir au jour le jour le fil du temps, distinguer l’important du secondaire, tenter d’expliquer à des publics invisibles ».[4] La principale raison, pour beaucoup d’auteurs, de cet engouement dans la critique du journalisme est « la difficulté de saisir ce qui fonde son pouvoir de s’exprimer ». Dans Le savant et le politique, Max Weber ajoute : « Le journaliste appartient à une sorte de caste de parias que la société juge toujours socialement d’après le comportement de ses représentants les plus indignes du point de vue de la moralité. C’est pourquoi l’on colporte couramment les idées les plus saugrenues sur les journalistes et leur métier ».


Dominique Wolton constate que les journalistes sont les grands bénéficiaires de la victoire de l’information et de la communication, tout en en étant les victimes. Ils sont soumis à des contraintes économiques, techniques et politiques. Ils sont devenus les “ petits maillons au bout de la chaîne industrielle ”,[5] continue Dominique Augey. Les multiples mutations dans les secteurs des médias bouleversent le rôle des journalistes. Ils sont souvent assujettis à la logique commerciale. Un journalisme de marché se crée, l’information est devenue un bien consommable. Les journalistes se sont incarnés en “ chair à information ”, le taylorisme conditionne le travail des journalistes. Ryskard Kapuscinski témoigne de l’attention excessive accordée aux problèmes techniques, aux lois du marché, à la concurrence, aux innovations et à l’audience par les médias. Ce phénomène de l’information régie par la loi du marché se traduit par une nouvelle terminologie, par l’expression de media worker, qui supplante celle de journaliste.

Va-t-on vers une fin du journalisme ? Comme l’appréhende Ignacio Ramonet : « Le système n’a plus besoin de journalistes. Les journalistes ont perdu leur spécificité. Il faut se fermer les yeux pour ne pas le voir. Entre 1850 et la fin du XIXe siècle, c’était la seule profession qui avait le monopole de l’information de masse. Cette spécificité a disparu. »[6] Les progrès techniques virent au cauchemar pour cette profession qui n’arrive plus à suivre la vitesse de l’information sans commettre d’erreurs. Le journaliste de révélation s’est substitué à un journaliste d’investigation. Deux types de pratiques journalistiques se révèlent. La distinction entre les journalistes debout et les journalistes assis renvoie ainsi à la division des tâches. Erik Neveu reprend la distinction de Tunstall, qui définit les gatherers comme ceux qui « ont pour première fonction la collecte de l’information, la fréquentation du terrain d’où ils ramènent la matière première de l’information ». De leur côté, les « processors sont davantage affectés au traitement d’une matière informationnelle qu’ils n’ont pas produite. »[7] Les nouvelles technologies de l’information ont renforcé cette tendance, dans les rédactions, à une amplification du nombre des journalistes assis. Les journalistes sont prisonniers de l’évènement, ils sont conditionnés à devenir des «  fast-thinkers, des penseurs qui pensent plus vite que leur ombre »[8].

Dans son roman Illusions perdues, Balzac, sous les traits du personnage Lucien Chardon, dit : « Le journalisme est un enfer, un abîme d’iniquités, de mensonges, de trahisons, que l’on peut traverser et d’où l’on ne peut sortir pur... »[9]. Peut-être faut-il comprendre ainsi le travail des journalistes ? Cyril Lemieux prend ses distances face à ces critiques qu’il juge excessives ; il reproche à la critique externe de méconnaître « le type de contraintes pratiques et de normes de fonctionnement qui encadrent l’activité qu’elle vise. Elle tend par conséquent à être entendue par les intéressés comme le signe que le critiqueur a mauvaise connaissance des règles effectives du métier. De ce fait, elle les conduit à faire jouer entre des formes de solidarité et de connivence professionnelles qui leur permettent de résister aisément à ce qu’on leur reproche. »[10]

Selon Dominique Wolton, les journalistes doivent parler de leurs conditions de travail, et ne pas sous-estimer l’intelligence du public. C’est grâce au public que les journalistes existent. Leur rôle « consiste à simplifier les problèmes pour les rendre compréhensibles par le plus grand nombre. »[11] Le défi du journalisme pour retrouver la confiance du public est d’être également ouvert à la critique pour avoir un certain “ esprit critique ”.


[1] Année par année, le baromètre mis en place par La Croix et Télérama confirme la défiance des Français vis-à-vis des médias.


[2] Gérard Spitéri, Le journaliste et ses pouvoirs, Paris, PUF, 2004


[3] Jacques le Bohec, Les mythes professionnels des journalistes, Paris, L’Harmattan, 2000


[4] Dominique Wolton, Penser la communication, Flammarion, 1997


[5] Dominique Augey, Les journalistes : petits maillons au bout de la chaîne industrielle, Hermès n35, 2003.


[6] Ignacio Ramonet, La tyrannie de la communication, Paris, Galilée, 1999


[7] Erik Neveu, Sociologie du journalisme, Paris, La découverte, 2001


[8] Pierre Bourdieu, Sur la télévision, Paris, Liber Raisons d’Agir, 1996


[9] Honoré de Balzac, Illusions perdues, Paris, Livre de Poche, 1972.

[10] Cyril Lemieux, Mauvaise presse. Une sociologie compréhensive du travail journalistique et de ses critiques, Métaillé. 2000


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7 réactions à cet article    


  • paslyon (---.---.138.191) 13 janvier 2006 12:28

    sans aller aussi loin, je suis certaine que les journalistes doivent revenir à la base de leur métier. C’est à dire arrêter de reprendre des infos que tt le monde peut avoir n’importe où (merci reuters, afp et ap) mais de se bouger les fesses et essayer d’aller là où le citoyen lambda n’a ni les moyens, ni le temps d’aller. Et cela dans le but de mieux comprendre le monde et de partager cette connaissance. La base du métier reste la curiosité et bien sûr la déontologie.


    • (---.---.181.223) 13 janvier 2006 13:52

      le phénomène des blogs va leur sauter à la figure.

      Ces journaleux n’ont qu’à bien se tenir, parce qu’ils sont de plus en plus decrédibilisés, j’en ai marre que ce soit les premiers à crier au loup alors que maintenant pour savoir ce qui se passe réellement en France, il faut lire la presse étrangère.

      Les premiers à racketter pour monter leurs maisons d’audiovisuel en pompant l’argent de la redevance. Ou encore en cooptant leurs almis, en épousant des politiques, en allant au mariage de la fille d’un grand magnat financier, en s’acquoquinant avec les politiques.....

      Il n’y a qu’à regader ce qu’on apelle Journal Télévisé, Pathétique !!!

      Je ne parle même pas de l’auto censure qui règne actuellement dans une certaine presse ou de la dissimulation ou déformation d’informations, ne respectant que les intérèts privés de quelques grands groupes.


    • Paulo (---.---.35.85) 13 janvier 2006 13:08

      Suite à l’émission de Marc-Olivier Fogiel sur France 3 les réactions n’ont pas cessé et la censure non plus. Outrés par les propos de Pascal Sevran sur le tourisme sexuel et la prostitution (à laquelle il lui arrive d’avoir recours), les internautes ont essayé de manifester leurs colères et leurs indignations. Le salut vient d’ailleurs et la dénonciation du crime qui est en l’occurrence pour la loi Française un délit voit le jour sur les rotatives de la presse Belge. Pourquoi les plus proches voisins de la France décèlent avant les journalistes Français, pourtant bien imprégnés par une pratique célèbre celle qui est le fait du prince, le malaise d’une multitude de gens ne demandant que d’être écoutés ? Et bien probablement parce que le journalisme en France n’est plus ce qu’il était ! Le travail d’un journaliste est de réagir au plus près de l’actualité, d’être instinctif et inébranlable. Ce ne sont plus les caractéristiques de nos journalistes en France. De chroniqueur à rédacteur, de pigiste à critique, d’éditorialiste à éditeur, il n’y a plus la flamme, le courage, la liberté et la poigne dans les médias français. Par contre nous avons la peur, la mollesse, l’indifférence, le culte de l’argent, le culte du pouvoir, le culte de soi-même. Comment être efficace, indépendant et professionnel dans ces conditions ? Je pose encore la question car il n’y pas de réponse. En fin de compte la seule réplique que l’on peut apporter c’est celle qui vient de l’étranger. Une belle remise en question doit être faite sur le comportement de la presse en France et de ses relations auprès des médias, des politiques et des financiers.

      C’est une joie de constater que la presse Belge est plus compétente, plus libre et plus inquiète de l’immoralité croissante qui inonde notre chère France.

      Il est temps maintenant que nos journaux français sortent aussi un papier.

      Comme d’habitude après la bataille et le manque de bravoure vient l’opportunisme...


      • (---.---.161.29) 15 janvier 2006 08:09

        « C’est une joie de constater que la presse Belge est plus... » Hélàs non, l’herbe n’est pas plus verte dans la prairie d’à côté ! Je vous l’assure....


      • Yuca de Taillefer (---.---.213.100) 14 janvier 2006 00:45

        Le manque de journalisme des « Journaux Français » dans les Régions de France, et le traitement même dans les rédactions régionales montrent encore un dédain pour les Régions Françaises hors Paris.

        Le probleme, c’est que la citoyenneté en Régions est presque nulle, il n’y a pas de débat citoyen sur de vrais enjeux d’aménagement par exemple, et souvent les informations sont transmises sous le manteau ou sur les blogs !


        • goyard (---.---.43.71) 20 janvier 2006 22:22

          Bonjour, J’ai apprécié le tour d’horizon de votre article (dissertation universitaire ?). Je me permet d’intervenir sur quelques points. 1°Attention, à l’utilisation LES journalistes, la généralisation ne rend pas compte de la diversité des situations professionnelles(pigiste, titulaire, cadre de la rédaction) et de la divesité des médias. Quels sont ceux qui embauchent, qui et à quel salaire. On serait étonné de voir que la précarité ( et donc les pressions) se généralisent, que les salaires varient énormément selon les médias et les statuts. 2° Le moule qui fabrique de plus en plus de journalistes est de plus en plus le même. Je ne pense pas que ce soit une garantie de diversité, de qualité. Je suis très étonné de constater que souvent ceux qui enseignent dans ces écoles (journalistes « reconnus par la profession ») ou bien ceux qui en sortent, ne respectent pas des principes élementaires comme donner des points de vue contradictoires. Appliquez cette régle de base à tous les sujets que vous voyez ,écoutez, lisez, vous serez stupéfaits. 3° Est ce que le journalisme peut se passer des journalistes et être remplacé par les blogueurs ? Pour l’instant j’en doute fort. La lecture de quelques discussions (oui c’est le terme ce sont des discussions) n’est pas souvent très informatives si ce n’est sur l’état de celui qui l’emet. C’est autre chose qui se met en place, et qui a son intérêt, mais attention de ne pas faire pire(vérification de l’info, respect de la personne par ex). À quelle déontologie, cette pratique répond-elle ?


          • Bertrand C. Bellaigue Bertrand C. Bellaigue 28 janvier 2006 11:41

            Chers confrères,

            J’ai entendu ce matin un débat sur RCF qui traitait du rôle et des obligations des médias.

            L’entretien auquel participaient quelques rédacteurs ou directeur de médias catholiques insistaient sur le besoin d’attirer le lecteur et de lui laie par des sujets sortant de l’ordinaire tout en affirmant ses convictions. Venant de cette catégorie de média on ne peut ni s’en étonner ni critiquer le sentiment q’ils expriment.

            J’ai lu ce soir le commentaire de Cyril Sauvenay

            J’ai vu ce matin, avec retard, votre longue analyse qui ne manque pas d’intérêt.

            Que nous ne soyons pas populaires, que l’opinion se méfie de nous , tout en enviant la liberté dont nous prétendons jouir, quelles que soient les critiques à notre égard, les regles fondamantale de notre métier subsistent. Ma spécialité d’agencier international m’incite à cette rigueur et à cette obligation d’inspirer confiance.

            Ce fut en tout cas - ma préoccupation dominante pendant tout le temps ou j’ai été chef de bureaux de l’AFP à l’étranger. Celle de quelque deux milliers de confrères qui participent à cette mission quotidienne.

            Les règles sont simples. En plaisantant nous disons parfois qu’elle sont monacales :

            « Nous n’avons pas à être animés par le désir de plaire et de racoler des lecteurs mais d’être au service de l’information c’est à dire des faits et évènements de toutes natures qui se produisaient dans tous les pays ou l’on se trouve en poste en qualité d’envoyé spécial ou de correspondant de guerre. Bien que nous soyons »encartés« nous ne sommes pas pas, nous ne devrions pas être des »gourfandines".

            Les obligations sont sans équivoques :

            Signaler l’évènement, en être le témoin, le décrire, l’expliquer et le mettre en situation avec un strict souci d’honnêteté, d’objectivité, d’exactitude et de rapidité. En fait, répondre aux questions qui forment la colonne vertébrale de notre métier :

            Qui, Quoi, Où, Pourquoi, Comment, Pourquoi.

            Le commentaire n’est pas du ressort d’un reporter lambda mais d’un éditorialiste ou d’un rédacteur en chef, militants

            Le militantisme n’est pas l’objectif de mon métier.

            Le journaliste n’est pas un accusateur, ni un policier, ni un juge, ni un pasteur ou un prêtre et certainement pas frère prêcheur. Seulement un témoin de son temps qui doit s’inspirer de l’art de l’entomologiste maniant sa loupe avec froideur, avec le le sang froid d’une homme de science.

            Exercer cet art avec clarté, précision, exactitude, en étant à tout moment disponible et sans passion.

            Ces règles s’appliquent aussi bien avec Gutenberg que sans lui. Elles doivent s’imposer aussi bien à l’audio visuel, à la presse écrite quotidienne ou périodique et naturellement et avec encore plus de rigueur - en raison de l’instantanéité introduite dans le métier par la télématique - par la « presse cybernétique » diffusée dans le Net à la vitesse de la lumière.

            Une fois lancé dans Internet une information n’est plus rattrapable..

            Bertrand C. Bellaigue

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