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Accueil du site > Actualités > Médias > “Les médias nourrissent-ils vraiment la crise ?”

“Les médias nourrissent-ils vraiment la crise ?”

Les médias pyromanes, voilà bien un sujet sans cesse rebattu dès qu’une difficulté économique ou sociale se fait sentir. En période de crise, le thème atteint son paroxysme. Ainsi, les médias joueraient bien un rôle significatif -mais négatif- dans les difficultés sociales et économiques que subit, de manière cyclique, un pays. Affirmé tel un postulat, ceci n’a pourtant rien d’une évidence. D’où nous vient cette certitude ?

 

La perception qu’ont les acteurs de la crise a forcément un impact sur l’étendue de celle-ci ; on ne reviendra pas sur les effets réels sur l’économie produits par les bulles spéculatives, et la perception qu’ont les acteurs des valeurs boursières : particulièrement bien mis en lumière par la métaphore du concours de beauté développée par Keynes, l’information financière subit le même sort : plus les médias la relaient, plus elle devient “vraie” et produit des effets sur la société. 

Dès lors la discussion porte sur l’effet négatif, pervers, qu’auraient systématiquement les médias sur l’économie réelle. Pourquoi les médias sont-ils aujourd’hui fustigés pour avoir accéléré ou facilité la crise ? A priori, seuls deux phénomènes sont en cause : la légitimité, et la qualité des informations fournies par les journalistes. Ces deux aspects semblent conjuguer à eux seuls la crédibilité des médias, de l’information économique et sont sûrement à l’origine de leurs plus fervents contempteurs.

Le problème porte alors plus sur la qualité de l’information économique véhiculée par le média qui devient soit “bonne”, soit “mauvaise”. D’une part, on considère les journalistes “mauvais” ; d’autre part, on considère qu’ils ne remplissent pas leur rôle de simples “rendant-compte” de la réalité.

A nouveau, deux choses : les journalistes économiques bénéficient à ce jour d’une vraie compétence technique. Ils ont plus que jamais accès à de multiples sources, toutes plus sûres les unes que les autres, et bénéficient le plus souvent d’une vraie formation économique. Ainsi, que l’on lise Libération ou Le Figaro, ce n’est pas dans la qualité et la crédibilité des informations traitées qu’il faut s’interroger ; mais plus sur la prise de position du journaliste dans le traitement du sujet. Cependant, si l’on choisit un journal plutôt qu’un autre, c’est aussi que nos opinions sont plus en adéquation avec telle ou telle ligne éditoriale. Dès lors, qualifier une information de “bonne” ou mauvaise”, alors qu’elle n’est qu’une affaire d’opinion, constitue un faux débat.

Le deuxième élément est la vraie pomme de discorde : il remet en cause le rôle du journaliste, dans une société devenue hyperinformative. Si, traditionnellement, leur rôle ne pouvait se limiter à une description pure et simple des phénomènes, réductrice, il semble aujourd’hui que le journaliste émancipé, décrypteur, fomenteur d’opinions et interprète, trouve ses limites. Le journaliste est-il bien là pour donner une opinion ?

En effet, dans un contexte de crise, il est devenu malaisé, même pour un économiste, de parler d’avenir. Le journaliste ne peut plus se le permettre. A contrario, s’il se borne à décrire les éléments présents, il se retrouve à mi chemin entre la réalité, qui peut se transformer demain, et les discours politiques, qui, démagogues aujourd’hui, peuvent pourtant trouver leur sens demain. L’information devient donc fragile, rapidement obsolète, le crédit du journaliste facilement remis en cause. Par ailleurs, dans une société où l’information est immédiate, mais porte sur des événements à venir, lorsque le journaliste ne se borne plus à décrire les éléments présents, mais bien à anticiper l’avenir, il devient très facile pour lui, bien qu’en étant de bonne foi, de tomber dans la désinformation. En période d’embellie économique, on ne lui en tiendra pas rigueur ; mais c’est en période de dépression qu’on ne le lui pardonnera pas. Et donc voilà : si un journaliste défend le verre à moitié vide quand tout va bien, on s’en amusera ; qu’il adopte la même attitude en période de crise, on criera à l’hallali. C’est ainsi que l’on dira que les médias nourrissent la crise.

Sans tomber dans une allégorie gargantuesque, tout consiste à résoudre une aporie : les médias, qui ont un rôle d’information mais qui doivent également s’assurer une certaine rentabilité, répondent à une demande, celle du citoyen-électeur-lecteur-consommateur. Qui, lui-même, va jouer le rôle d’agent économique. Conciliez cela à la nécessaire liberté de la presse au nom du droit de ces mêmes citoyens à être correctement informés, et je vous laisse trouver vous-mêmes le chemin permettant de limiter les effets pervers des médias dans la sphère macroéconomique.

 

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