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Accueil du site > Actualités > Médias > Liberté, égalité, fraternité : twittez !

Liberté, égalité, fraternité : twittez !

Excitante, cette expérience de quelques journalistes francophones enfermés dans un gite du Périgord durant cinq jours et censés s’informer seulement via les réseaux sociaux comme Twitter et Facebook.
 
 J’avoue m’être rapidement prise au jeu du voyeurisme de ce « Loft » inversé, car, somme toute, les chroniqueurs étaient là pour regarder le monde à travers le prisme émacié de nos portails d’information, filtrés par des milliers d’égos. Et leur aventure devint rapidement celle de l’arroseur arrosé : nous fûmes des milliers à nous connecter avec eux, à devenir leurs « followers » pour leur twitter de l’info et/ou à « devenir fans » de leur page Facebook, pour plongeant dans cet aquarium périgourdin en regardant la mise en forme de nos vies observées…
 
Oui, « Huis clos sur le Net » ou l’info devenue structure en abyme, avec ces journalistes enfermés dans ce palais des glaces, errant dans le labyrinthe des miroirs sans tain de la parole d’internaute, puisqu’ils ne devaient pas cliquer des liens et vraiment jouer le jeu, et relayant nos mots au lieu de nous imbiber des leurs.
 
Intelligente, cette idée de l’information comme haïku, distillée par nos réseaux sociaux au cas par cas et revisitée par un groupe de pros, mixée, délivrée du pensum de l’AFP et des diktats de quelques rédacteurs en chef omnipotents et eux-mêmes peoplelisés à l’extrême. Cette semaine, nous, les Facebook girls, nous étions toutes des Claire Chazal, et les followers, des Harry Roselmack.
 
Car ce huis clos a paradoxalement démontré la nouvelle liberté de parole des internautes créateurs de l’info, même si les « buzz » sont souvent fallacieux ; un exemple parfait en a été le « big bang » lillois, aussitôt relayé par des centaines de twitts prétendant qui une explosion-Al Quaïda chez les Ch’tis ? »- qui un effondrement d’immeuble, alors que ce n’était qu’un pilote ayant maladroitement passé le mur du son, et, par extension, une info truquée…
 
Dans ce mini Guantanamo journalistique, au cœur de la Dordogne, entre foie gras et connections, il a fallu faire le tri en lisant le monde au compte-goutte, et non plus se noyer dans des revues de presse et des centaines de télex. Dépossédés de leur fonction première d’informateurs, nos cobayes médiatisés sont devenus les victimes consentantes du stream of consciousness collectif, saisissant ainsi pour une fois ce que nous, les auditeurs, spectateurs et lecteurs, noyés dans les diffusions polychromes et permanentes de l’info, ressentons en permanence, réceptacles passifs de l’info brute et/ou analysée, déversée par des milliards de canaux.
 
Innovant, ce concept du flambeau de l’info, relayé par des milliers de clics, à l’image de notre monde où chacun se veut être le maître de sa vie, paradoxalement englué dans ces nouveaux automatismes qui peuvent vite devenir addictions-j’avoue moi-même être devenue une véritable aficionada de Livre Visage- mais libre de diffuser en toute impunité des idées et des valeurs, des envies, des folies…
 
Ainsi, mon texte « I had a muezzin dream », écrit un soir, à la va-vite, sur le thème des minarets suisses et évoquant gentiment, respectueusement, notre burqa nationale, est en train de « buzzer » sur le web : pas un jour sans que je ne le retrouve quelque blog, étonnée ou agacée, heureuse lorsque les auteurs me demandent l’autorisation de l’utiliser, très en colère lorsque je constate que mes mots ont été mal compris et que je suis démarchée par quelque VRP fascisants de nouvelles organisations patriotiques…
 
Libératrice, cette idée que le monde a changé grâce aux réseaux sociaux, et que du fin fond d’une geôle russe, un homme arrêté mais ayant gardé son I Phone puisse twitter à nos journalistes les conditions de sa détention-sic. Tout comme la récente révolution iranienne s’est construite au fil des twitts et des rendez-vous avec le destin de ces milliers d’étudiants et de femmes cliquant vers leur liberté.
 
Et l’idée de Facebook comme un Big Brother menaçant, objet des déviances de nos dirigeants qui nous « fliqueraient » via ces nouveaux réseaux me fait sourire.
 
Tout comme je trouve ridicules les empêcheurs de twitter en rond. Car nos mots sont en marche, surtout lorsque, comme moi, l’on se retrouve engluée dans un huis clos social particulièrement mortifère, puisque je suis prisonnière à la fois d’un accident juridique et d’une terre où le rugby est roi : ma seule véritable liberté demeure celle de la libre-expression. Grâce à internet, je peux lire le monde ; grâce aux réseaux sociaux et, par extension, à de nouveaux médias, du fin fond de mes prisons, je peux DIRE le monde.
 
Cette expérience fera date, j’en suis certaine, car la presse et les médias arrivent aujourd’hui à une nouvelle période de leur histoire, aussi passionnante que celle des gazettes ou que celle du télégraphe. L’information est à nouveau en marche, libérée du ronron des dépêches AFP et du rythme de croisière des rédactions. Le petit peuple a repris le pouvoir en réclamant du pain sur des médias tels que « Le Post » ou « Rue 89 », la Bastille du 20 heures est tombée, et chaque twitt ou page Facebook peut devenir un Arbre de la Liberté. Alors bien sûr, méfions-nous des Danton et autres Robespierre, évitons les guillotines, mais courons au Varennes de Facebook :
 
Liberté, égalité, fraternité : twittez !
 

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6 réactions à cet article    


  • LeLionDeJudas LeLionDeJudas 13 mars 2010 13:57

    Sinon, comme c’est bientôt le printemps, vous pourriez faire comme Thoreau dont vous vous réclamez, vous lever et respirer un bon coup au cours d’une belle balade de plusieurs années au coeur de la nature et loin des trompettes, puis revenir vous asseoir.


    • LeLionDeJudas LeLionDeJudas 13 mars 2010 14:25

      N’y voyez rien de personnel et bienvenue !  :->


    • Rosam31 Rosam31 13 mars 2010 14:58

      Merci, enfin, dites, ça met des mois, ici, pour qu’un article soit posté...Bien évidemment, il date !!
      Regardez un peu mieux mes traces dans l’infini du wee, vous verrez que je suis loin des trompettes, et vraiment au coeur de la nature, c’est même fortuitement passé au 20 h de TF1, reportage sur les régions où je dis qu’« ici » c’est « horribement enclavé » !!!

      Je vous conseille « God save the Gers »-figaro.fr, Le Post, ou mon site, ou « Tous les matins du monde », ou encore « Je n’aime pas les Hollandais. »

      Merci de votre accueil !

      Sab.
      www.sabineaussenac.com


      • zelectron zelectron 13 mars 2010 16:03

        @rosam31
        J’ai failli ne pas laisser de commentaire si ce n’est un plussage. Mais l’éructation de l’ahuri ci-dessus doublée d’un mauvais français m’a fait bondir. Je vous souhaite de tenir bon et de continuer d’exercer ce métier de fou qu’est le journalisme tiraillé entre la nécessité de plaire et celle de dire la vérité sans y perdre son âme. Schönsten Sache...für tausen Jahre


        • zelectron zelectron 13 mars 2010 16:12

          tausend (zu eilig)


        • voxagora voxagora 13 mars 2010 17:18

          +++++++++++++++

          Merci pour cet article.
          J’ai écouté ce matin, à la gloire d’internet :
          vidéo : Serge Soudoplatoff : « Les vraies ruptures d’Internet »

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