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Matthieu Boivineau, un homme libre.

Matthieu Boivineau aime les histoires. Les lire- il est fou cinglé des romans graphiques nord américains, un genre entre la bande-dessinée et le roman « entre quatre et cinq heures de lecture ». 
Matthieu aime les écrire, les vivre et les réaliser. "En allant à l’université, j’aperçois un homme devant une boulangerie d’Angoulême, un canette de soda à la main, son vélo posé contre le trottoir. Ce faux baroudeur semblait porter toute sa vie sur son porte-bagages de fortune, fait de ficelles et de sacs plastiques.
Forcément, il allait quelque part, sûrement pas chez lui, comme s’il venait d’emménager sur la route.
C’était sûrement pas un baroudeur, tout penaud, il n’avait pas de carte, en avait-il vraiment besoin, préférant peut-être se laisser porter par le vent et l’envie ?

Il était libre.

J’y étais, en plein cinoche, une vraie scène, l’émotion, l’histoire, le protagoniste, tout était là. Tout le monde aurait pu voir un type qui boit une canette de soda, tout bêtement. Mais moi j’y ai vu un homme complètement libre d’aller où il veut, sans attache ni obligation.
Ce n’était pas Denis, mais il m’a ouvert les portes de mon histoire, il en était probablement la clé. Alors, j’ai acheté le vieux pc de mon voisin, pour trente euros. J’ai passé les six mois qui suivaient à découvrir d’où venait cet inconnu à la canette de soda, où il allait, juste essayer de savoir qui il était, laissant mon imagination m’emporter dans ce fantastique voyage.
Et si c’était ça la vie. Partir, découvrir les choses. Il n’y a rien de plus humain, il faut juste du courage, un vélo ou un solex. Se détacher des choses pour retrouver les vraies choses. Décider de partir. Partir vers tout ce qui se passe, tout ce qui nous entoure, tout ce qu’on peut vivre.
Toujours vivre." nous prévient le jeune réalisateur dans sa note d’intention

Alors Matthieu s’est souvenu. Souvenu de son enfance pas très lointaine, où ses parents, éducateurs, l’emmenaient en vacances, un quinzaine de jours en été dans les Pyrénées. Pas n’importe quelles Pyrénées. Ses Pyrénées.

Alors, son personnage, Denis, il l’a fait arriver jusque là, devant la montagne, majestueuse, cette montagne dont les hommes qui en vivent savent qu’elle ne pardonne pas et que d’y vivre y est difficile. Denis le Film est un oeuvre surprenante par sa simplicité. L’histoire qui est racontée est simple, quoique chargée, et ses personnages sont encore plus simples. Denis le film est angoissant, le film dérange. Toutes les approximations sont voulues, la chronologie des lieux, pour qui connait l’Ouest, n’est pas respectée. On est perdus et Boivineau a gagné son pari.
Par le rythme d’abord, volontairement lent, le temps s’étire, on attend que cela s’énerve, mais non. A l’heure où l’on va au bout de la Terre en quelques heures, Denis se rendra à quelques centaines de kilomètres en une semaine. Et en Solex !
Denis, paumé, la trentaine, louvoyant entre un mal de vivre et les velleïtés de faire, sans le pouvoir, sans le vouloir vraiment. Un homme roulé en boule, employé d’une compagnie d’assurances, ayant fait comme études « le truc normal » .

Denis revient à son enfance, sans nulle cesse, seul moyen de s’échapper, ses jeux d’enfant, seul, sa chambre déjà promise à voyager, le globe rapiécé, le planeur en Balza au mur, ses courses folles dans les taillis, les fougères hautes, et Pan ! et Pan !...T’es mort...« Denis ! », le claquement sec de la voix maternelle qui arrête en plein élan le jeu. On ne reverra pas la mère, on ne sait rien d’elle. Peu importe. Devenu adulte. S’en suit le rapport au père. Denis est soumis depuis toujours, sujet aux brimades de son père « Mon pauvre petit » Et plus son père avance en âge, plus il prend conscience que le temps qu’il leur reste s’amenuise, plus Denis veut lui dire qu’il aime.
Et plus il multiplie les maladresses.
Il offre à son père cloué au lit d’hôpital un magnétoscope sans cassette, il téléphone lui télephone chaque jour. Pour ne rien dire.
La mort du père et la lettre telle une dernière promesse de se rendre aux granges de Vétisir du coté de Tramseygues dans les Hautes-Pyrénées, rendre visite à un ancien ami de son père, auront raison de lui. C’est décidé ! Il part ! Après quelques tentatives c’est le grand départ. Lui qui n’était jamais allé plus loin que ces quelques blocs de béton qui font son quotidien. La liberté !
Le réalisateur nous offre là quelques trop belles images d’un coucher de soleil au bord d’un lac où Denis s’y osera, immergé au beau milieu des eaux. Profondes.
Mais la liberté, Denis va apprendre à l’acquérir. Il veut être seul. S’en sortir seul. Mais a besoin des autres. Perdu dès lors que son solex tombe en panne, il reproche au vieil homme rencontré de l’avoir conduit la moitié du chemin en voiture. Denis veut faire son chemin. A son rythme. Solex et sac à dos. Une tente, un camping-gaz et une carte routière. En savourer chaque moment. Mais Denis n’est pas habitué au bonheur.

"Denis est loin d’être un aventurier, il n’ose même pas parler aux filles. Ila plein de rêves oubliés au fond de son esprit perdu dans le brouillard de la vie urbaine.

Denis est un film sur les petites choses. C’est un film sur un homme, un homme qui a peur."

Matthieu Boivineau a eu l’intelligence de ne pas camper de personnages trop marqués, de leur donner ni tic, ni toc auxquels le spectateurs aiment tellement s’identifier, s’approprier la proximité de vie. Des personnages passent, le représentant qui à pris Denis en stop sans qu’il ne le demande et qui le plaquera lors d’un arrêt, emmenant les derniers biens matériels de Denis. La femme qui pareillement croisera son chemin sur une aire de repos et qui l’emmènera. A laquelle il risquera les questions banales et imbéciles. Il lui proposera même de boire un café. Elle acceptera. Plus loin, le berger rencontré à flanc de montagne, c’est Denis qui est venu l’aborder, les quelques mots et le partage d’un casse-croûte.
Denis n’a jamais autant échangé.

Denis est un coeur simple. Denis est un coeur pur.
Sa quête, il ne l’atteindra pas, ce qui allait chercher, il ne le trouvera pas. N’importe.
Cet homme aura juste appris un peu de le la liberté et que grandir est mal aisé.
Théo Chavannes, Denis enfant est étonnant dan son rôle d’enfant et tout étonné de se voir sur ce grand écran. Jacques Philippe est juste du début à la fin de ce voyage. Matthieu Boivineau qui a cherché un peu partout un acteur pour le rôle de Denis à fait là rencontre d’un vrai acteur. Jacques Philippe a trouvé en Boivineau un remarquable raconteur d’histoire.

Matthieu Boivineau aurait pu nous livrer une roman dessiné dont l’univers s’y prête bien. Il a choisi nous en mettre plein les yeux avec un film.
Pourvu qu’il récidive.

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