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Médias, service public et publicité

Pour ou contre le retour de la publicité sur le service public ? Le débat fait rage et rares sont les politiques qui osent affirmer leur position. Une question qu’il faut pourtant se poser tant l’audiovisuel public se retrouve enfermé dans un état dichotomique, balloté entre deux concepts divergents d’économie des médias. Alors, autant l’annoncer clairement, je penche pour la suppression totale de la publicité sur Radio-France et France-Télévisions. Une position parfois difficile à assumer. Donc avant de me faire ramasser, voici quelques éléments de réponse. Loin des idéologies politiques, il est simplement question ici de remettre en cause le système public audiovisuel en lui-même ; l’opinion d’un simple citoyen sur un débat-média public, donc.

 

Les formes plurielles du tout.

Dans l’univers généralisé des médias de masse, trois secteurs médiatiques cohabitent. Mon premier épouse des structures entrepreneuriales, là où produire de l’information s’axe sur une obligation de rentabilité ; c’est le secteur privé. Mon second représente une sorte de « délégation informationnelle » étatique qui concoure au service général du « faire connaître » ; c’est le modèle public. Mon dernier œuvre dans une mission non lucrative par des subventions ou autres fonds de soutien ; c’est le secteur associatif. Pour illustrer les ramifications de l’arbre médiatique et initier ce contexte polémiste, retournons aux prémices du paysage audiovisuel en comparant deux branches radiophoniques particulièrement représentatives : l’exemple des radios américaines et anglaises.

 

Le modèle Américain est libéral, essentiellement privé. Une culture du média économique qui prend sa source dans les premiers pas du journalisme audiovisuel, car à ce moment, seules les riches entreprises avaient les moyens d’investir dans la technologie de diffusion. La production s’associe donc de fait avec les logiques industrielles de marché et d’audience : une rentabilité assurée par des financements privés et - pour éviter une éventuelle production à perte -, par la publicité. Ici, le média est une entreprise, l’état ne s’investit pas, sauf par quelques organismes publics de contrôle, comme la Federal Communications Commission qui veille au respect des règles de contenus et de concurrence.

De son côté, le schéma anglais s’est développement en suivant les mêmes méthodes jusqu’à ce que finalement, l’État charge les entreprises médiatiques de se réunir dans une union nationale de développement. La BBC devient ainsi rapidement une compagnie publique (dès les débuts des années 1920), la publicité est supprimée, le secteur privé est remercié alors que les dirigeants sont nommés par la couronne - une organisation administrative publique finalement assez commune. Les stations et chaînes de la Broadcasting British Corporation se transforment en une mission nationale censée promouvoir le patrimoine culturel ou les programmes éducatifs. Encore aujourd’hui, la diffusion se fait sans aucune interruption publicitaire.

 Source : Cheval, J.-J., Les radios en France. Histoire, état et enjeux.

 

Confusion et mauvais alliages.

En France, on aime le mélange des genres, ou les modèles particulièrement déconstruits. En fait, nous nous représentons mal l’importance d’une séparation claire entre secteurs publics et privés et floutons les engagements publics dans leurs missions envers la communauté, « la puissance publique ». Car France-Télévisions et Radio-France sont bien des entreprises publiques, dont les objectifs sont sociaux (donc non lucratifs) et se tournent uniquement vers une offre destinée aux publics. Un acte démocratique exempt de toute logique économique : chaque citoyen a le droit d’être informé, à l’État de garantir la mise en œuvre d’un média pour tous. Une action en faveur de l’intérêt général. Point. Cette mission s’ancre alors dans un contrat d’ordre public qui a pour fonction principale d’assurer un service d’information généralisé ; d’autant que ce service, vous le financez avec vos impôts par la redevance audiovisuelle. A cet instant, il me semble qu’à aucun moment, l’administration publique puisse être polluée par des logiques commerciales. Il en va de l’assurance d’une information certes politique, mais non-commerciale (c’est déjà ça).

Loin de moi toutes les idéologies de l’État-providence. Seulement, force est de reconnaître que l’hypothèse d’une suppression totale de la publicité sur le service public apparaît tout à fait défendable. Car d’une manière générale, quand on situe l’action de l’État dans les affaires sociales, on l’affirme sans marier les intérêts publics aux intérêts privés. Et c’est valable pour tout : les organismes publics sont une nécessité et non une source de profits, quels qu’ils soient. Imaginez un instant que votre préfecture soit financée par des entreprises, que l’hôpital public soutienne des campagnes promotionnelles privées ou que l’école de vos enfants introduise des publicités dans ses salles de classe. Une affiche Coca au dessus du tableau noir, une annonce audio Peugeot dans la salle d’attente… Vous trouveriez ça étrange ! Alors, pourquoi le sort des médias publics serait-il différent ?

 

Les répercussions d’un tel modèle médiatique disharmonieux sont lourdes de conséquences. D’abord, la confusion des schémas est telle que l’idéologie de médias pluriels s’efface. Le système est désorganisé, voire inégal ; il réclame des statuts clairs et particulièrement transparents - ce qui, dans l’état actuel des médias publics, n’est pas le cas. La redevance, contribution des citoyens au développement de leur support d’information, cette fiscalité imposée à tous les français n’a plus de sens si les ressources des chaînes et stations publiques sont dégagées en externe. Indirectement, c’est aussi le problème de la concurrence qui se pose. Comment les autres chaines, y compris les dernières arrivées de la TNT, pourront rivaliser sur le terrain des programmes quand certains de leurs concurrents bénéficient de surcroît d’une aide publique ? Admettez que le concept soit un peu déloyal.

Et pardon, mais il faut bien démolir l’argument de l’émancipation financière, car tout journaliste a le devoir de dégager son exercice des contraintes économiques du support médiatique pour lequel il officie. L’indépendance de la profession n’est plus à prouver : malgré des financements publics, l’amalgame monopolistique du service public est menteur, au même titre que le Ministère de l’Information n’existe plus. Dans toutes les rédactions, les professionnels savent se dédouaner et négocier avec les propriétaires de leurs groupes, épaulés par une hiérarchie, des syndicats et des sociétés de rédacteurs, soutenus également par une législation qui a depuis longtemps fixé l’autonomie de leurs statuts.

 

Différencions toujours et encore la vente de la vocation, et le commerce du service public. Les deux ne peuvent plus cohabiter, nous risquerions trop de court-circuiter à terme l’équilibre du système social des médias, déjà pas mal affaibli ces dernières années. Pour sauver l’audiovisuel public français, je crois que nous devons redéfinir les frontières médiatiques : entre les recettes privées et la redevance, entre le public et les entreprises, il va bien falloir choisir. Voilà, je suis favorable à un paysage médiatique français pluriel et cohérent. Efficace, en somme. Sans omettre les difficultés de Radio France ou France-Télévisions à subvenir à leurs besoins sur le simple budget accordé par l’État, il reste néanmoins important de questionner les modes de subvention comme ses dépenses. En majeur partie, ce travail consistera à re-centraliser les ressources des médias publics, quitte à se séparer de France 3, chaîne la moins populaire du PAF et pourtant la plus couteuse. Une opinion peut-être tranchée, mais qui se positionne finalement pour un réajustement des valeurs du service public audiovisuel.


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4 réactions à cet article    


  • Pierre Régnier Pierre Régnier 26 septembre 2012 10:16

    Il paraît que le grand classique de François Brune sur la publicité, LE BONHEUR CONFORME, édité je crois en 1985 chez Gallimard, sera bientôt réédité.


    François Brune est cet écrivain qui, dans Le Monde Diplomatique, a publié bien souvent des réflexions sur ce qu’il appelle - à juste titre selon moi - « l’impérialisme publicitaire ». 

    • médy... médy... 26 septembre 2012 12:06

      Chère étudiante en communication, premièrement vous vous exprimez très bien, ce qui est un bon début ! J’ai analysé des milliers de campagnes publicitaires apparaissant soit dans l’espace public, soit dans l’espace médiatique. Vous devez connaître le site de Stratégies qui est fort utile grâce à la diffusion des campagnes en ligne.

      Je vous renvoie à TV Lobotomie de Michel Desmurget pour une ample description des effets de ce que vous semblez percevoir comme une activité normale, alors qu’elle a tendance aujourd’hui à remplacer la vie familiale ou celle de quartier. Vous semblez attacher une certaine importance à l’éducation ainsi qu’à la citoyenneté. Que penser alors de l’usage de ces milliers d’heures par an, 17 ans au cours d’une vie en moyenne à scruter la petite lucarne alors qu’on pourrait employer ce temps précieux à la construction de projets collectifs ?

      Je ne sais pas quel âge vous avez, mais peut-être avez vous constaté que l’essor vertigineux des TICs de cette dernière décennie va de pair avec une sorte d’abêtissement ambiant particulièrement visible chez les jeunes, en terme de langage, de capacité d’imagination ou de projection. Je crois que je vais m’intéresser de près cette année à ce qu’on étudie en Communication. Peut-être vous enseigne t-on la communication à sens unique, privant ainsi peu à peu la population de son libre-arbitre et de son inventivité dans le domaine.

      Maintenant, est-ce que le retrait de la publicité du service public changerait quelque chose aux problèmes abordés précédemment ? Malheureusement trop peu : on continuera de vous manipuler au JT, les émissions de « santé » et les spots gouvernementaux feront toujours la propagande des laboratoires pharmaceutiques, les plateaux de stars, d’experts ou de comiques vous soumettront aux idéaux des marchés dominants, les jeux et les télé-réalités.. je n’en parle même pas, et les émissions pour enfants continueront d’asservir et de violer les esprits fragiles. Seuls les documentaires diffusés sur France 5 ou Arte présentent une utilité éducative et informative.

      Un dernier point : je voudrais connaître votre opinion sur la publicité. Pensez-vous qu’il existe des méthodes ou des tendances, dues à l’importance du marché de la publicité, qui pourraient porter préjudice aux individus et à la société, et qui par conséquent rendraient nécessaire l’existence d’un débat citoyen sur la communication publicitaire actuelle ?

      Un exemple récent : http://fr.onething.com/?tc=oa-moonwalk-lc-fr-gdn-rotation-di-person-300

      Cordialement.


      • MarianneAuteur MarianneAuteur 26 septembre 2012 14:07

        Merci pour votre message, très intéressant et riche de sens ! Vous avez entièrement raison, mon discours est un peu biaisé. Je considère les pratiques médiatiques comme une activité normale... parce que je suis doctorante en info-com (3ème année de thèse), et que je travaille chaque jour sur les médias et les nouveaux médias ! Alors ma normalité peut en effet sembler anormale :) Mais j’ai cru reconnaître votre plume universitaire, donc je me sens comprise !

        J’adhère à votre discours sur la manipulation de l’information, regrette l’aspect « divertissement » ou reality show des programmes, la frénésie médiatique de masse et toute la médiocrité des contenus. Mais j’ai 25 ans et je crois naïvement que nous pouvons encore produire mieux. Une utopie justement alimentée par les nouvelles technologies, toujours plus performantes et interactives. Le récepteur est revalorisé : il s’exprime, télécharge, échange librement, capte seul des événements, renverse les logiques des grandes industries culturelles. Nous ne sommes plus des moutons scotchés devant une télévision ; notre ère est à l’édition numérique, à l’autonomie, au web participatif et sémantique...

        Les nouveaux médias ont mis à mal l’univers du journalisme en se positionnant dès leur création comme une communication alternative, dont le schéma ne transitait plus par les canaux de masse. Le fameux one to one. Du coup, les règles médiatiques ont changé. J’aime beaucoup Francis Balle (et sa bible : médias et société) qui décrit très bien la chute du système de masse au profit d’une vision personnelle de l’information. J’espère que les médias sauront s’adapter à ces nouvelles demandes et se configurer selon les codes dictés par la société de la connaissance.

        Pour terminer sur votre dernière question... Je suis favorable à la communication et à la publicité. Seulement, c’est la guérilla du marketing qui, à mes yeux, peut représenter un lourd préjudice pour le citoyen. Je pense surtout à la promotion sociale et matérielle (voiture, alimentation, vêtements, schéma de la famille, représentation de la femme). C’est un diktat qui véhicule un mode de vie stéréotypé, avec tous ses excès et ses frustrations. Voilà, je suis pour une moralisation des médias et du discours médiatique. Encore une fois, c’est très utopique...


      • médy... médy... 27 septembre 2012 00:42

        Très aimable Marianne, je suis un jeune étudiant, comme toi smiley , mais mon domaine c’est la sociologie. J’aime échanger avec les autres disciplines car ça me donne toujours des idées nouvelles, et je n’ai pas la science infuse. Merci pour ta référence à Francis Balle, que je ne connaissais pas. Je visionne en ce moment une interview de monsieur, datant de 2010, intitulée « les médias vont changer le monde ! » vue à partir de http://www.youtube.com/watch?v=TzsjCAs_pOs . Je retranscris quelque lignes du discours de Francis Balle pour un bref commentaire :

        - P(résentateur) : mais est-ce que par exemple les télévisions prennent parti dans les élections, on dit parfois, TF1 est plutôt du côté de la droite..

        - F.B. : Ecoutez, pourquoi se poser toujours cette question, ça c’est une question très française, quand vous regardez un journal - quand les Américains lisent un journal ils se demandent ce qu’il y a dedans. Et, ils ne se demandent pas qui est derrière. Si ya des arrières pensées. Or quand on est interrogé par un journaliste ou quand on lit un article d’un journaliste, ou quand on regarde une émission à la télévision, on se demande de qui le journaliste est le porte-voix, alors que au fond, le journalisme est l’art de n’être le porte-voix de..de personne !

        Dans cette première « réponse », au delà des généralités émises (les Américains-ci, les Français-ça) Francis Balle contourne la question pour se réfugier dans un beau monde rose tout plein de journalistes consciencieux et indépendants.. mouarf ! Comme tu es intelligente, je ne fais que souligner les passages qui selon moi, soulèvent une interrogation quand à la lucidité ou à l’objectivité de Francis Balle, qui est tout de même un universitaire « gradé ». D’habitude je fais des commentaires plus exhaustifs.

        Plus loin :

        - F.B. : (...) S’ils (les internautes communiquants) n’ont rien à dire, les journalistes n’en tiennent pas compte, mais incontestablement, s’ils révèlent des choses, et on sait très bien que, le scandale par exemple aux Etats-Unis concernant Bill Clinton a d’abord été révélé par un blog, par un blog de San Diego qui a été repris quatre jours après parce que concrètement, les grands médias les ténors, News Week en l’occurrence, le Washington Post.. ne pouvaient pas faire autrement que d’en-parler, tout-le-monde-en-parlait.. mais personne ne le disait. Les grands médias ne -

        Les journalistes peuvent donc surveiller et analyser des milliards de communications quotidiennes, qu’ils sont capables de filtrer pour relayer l’« info », la vraie. Incontestablement, vous dis-je. Alors qu’en fait, il le dit lui-même, ils ne publient une info gênante (mais il n’y a pas d’info gênante pour le journaliste mainstream, n’est-ce pas Francis Balle ?) que lorsqu’ils ne peuvent pas faire autrement !! On attend toujours pour le.. non rien.

        (...)

        - F.B. : (...) (Internet) C’est pas une zone de non-droit, vous êtes ou dans une relation de communication, heu, uni-directionnelle, comme on est ici, quelques personnes s’adressent à une multitude, ou bien vous êtes dans le cadre d’une communication privée, dans le cas d’une communication privée, évidemment..

        - P : mais, Francis Balle -

        - F.B. : J’ai l’droit d’vous insulter dans une communication privée, j’ai pas le droit d’vous injurier dans une communication publique.

        - P : j’espère (il le prend sur le ton de la rigolade, le pauvre).

        Erreur Mr.Balle : la seule différence de suites entre une injure privée et une injure publique c’est le type de tribunal ou vous serez traduit, et encore heureux !

        S’ensuit un passage intéressant, où j’ai presque cru qu’on tomberait d’accord.. Le mot de la fin résume bien l’idée :

        - F.B. : (...) si ya pas débat d’abord, parmi ceux qui sont censé nourrir ce débat.. (sur le ton de la fatalité) évidemment, les médias seront uniformes..

        Moi j’ai une thèse plus réaliste, le débat existe dans toutes les disciplines mais les intérêts de ceux qui possèdent les médias, propriétaires, actionnaires ou publicitaires, sont quand à eux très uniformes.

        Le journaliste gai-luron (j’l’aime bien) clôt l’interview avec ton sujet Marianne, la place de la publicité sur le service public.

        Bon, Marianne, je ne voulais pas partir là dessus, mais j’ai voulu comprendre Francis Balle et il faut dire que cette interview ne l’a pas mis en valeur ! ça va donc être à nous, les jeunes encore indépendants (j’espère) de faire le travail...

        En fait, je voulais au départ réagir sur votre description de l’émergence d’un mode de communication « One to one », qui selon moi serait une sorte de leurre de bonne intention, nécessitant au passage une sorte de Big Brother qui stockerait toutes les infos personnelles.. tiens ça existe déjà, on est dessus.. Je vous laisse le lien vers le meilleur documentaire sur la communication de masse que j’ai vu, qui suit les interventions de Noam Chomsky (qu’on ne voit pas souvent à la télé d’ailleurs..)

        http://www.youtube.com/watch?v=Nv-yxNt5-EA

        A diffuser dans toutes les classes !

        Ma pensée est que les nouveaux moyens de com’ personnalisés activeront les circuits les plus primaires du désir... sexe et violence. D’ailleurs on a un EXCELLENT exemple de cette transition avec la campagne de pub Wolkswagen dont j’ai mis le lien dans mon précédent commentaire.

        Salut Marianne !

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