Quel malheur pour un homme de lettres de mourir la première quinzaine du mois d'août ! Je ne sais plus quel écrivain remarquait que le comble de l’horreur pour la postérité, c’est de tirer sa révérence quand les journalistes font trempette sur la plage…
Je l’imagine une pipe à la main, son gilet un peu négligé sur les épaules, l’air bonhomme avec la cravate d’une personne qui ne met pas de cravate, la moustache encore conservée, les lunettes au bout du nez, se tenir devant saint Pierre ou même devant Dieu, dans les nuages, et lui vendre une nouvelle émission pour distraire et égayer un peu les cieux. Il engagerait Reiser, Effel ou même Faizant, pourquoi pas ? pour faire des dessins humoristiques en éternité réelle.
Michel Polac est arrivé dans les lieux, à ces cieux, le mardi 7 août 2012. Le visage déjà bien buriné et malade par les 82 ans d’une existence qui l’a conduit à l’écriture, au journalisme et au cinéma. Neveu par alliance d’André Malraux, épaulé par Jean Paulhan et Albert Camus, il sortit son premier roman à 26 ans. L’année précédente, il avait commencé sa première émission dans l’audiovisuel, avec "Le Masque et la Plume" encore diffusée sur France Inter.
En tout, dix-sept romans et essais et treize films ou téléfilms, dont un documentaire réalisé en 1969 sur Céline qui a été rediffusé récemment sur une chaîne câblée.
Il a acquis une grande notoriété en animant l’émission "Droit de réponse" sur TF1 d’avant la privatisation, tous les samedis soirs. C’était une émission tardive, le premier talk show à la française. La première émission a eu lieu le samedi 12 décembre 1981 et Michel Polac est même parvenu à la préserver après la privatisation de la chaîne mais l’émission n’a pas duré à cause d’une de ses provocations contre son nouveau patron, Francis Bouygues, en septembre 1987.

Et justement, je n’aimais pas trop ses émissions qui cultivait trop facilement la provocation, qui clivait méchamment et sans justification, parfois avec arbitraire et gratuité. Une émission où l’on pouvait fumer allègrement jusqu’à empester le téléspectateur. J’ai souvenir de provocations mutuelles sans intérêt avec des invités comme Jean-Edern Hallier (mis sur écoute par l’Élysée). Parmi les invités réguliers, il y a eu notamment les journalistes Dominique Jamet et Noël Copin.
Mais il faut reconnaître qu’il y avait de bonnes émissions, qui dépendaient surtout de sujets moins polémiques et d’invités plus consensuels. Je me rappelle Edgar Morin (qui fut parmi les invités de sa première émission) qui parlait étonnamment de physique quantique pour le grand public (c’était vers 1985 et j’étais surpris de voir un philosophe sociologue prendre en compte les nouveaux enjeux intellectuels résultant de la physique quantique).
Frédéric Taddeï est probablement celui qui a le mieux continué dans cette veine, avec "Ce soir (ou jamais !)", diffusée depuis le 25 septembre 2006, émission à mon goût un peu trop franchouillarde et boboïsante, parfois très agaçante mais sans tabac désormais.
Les dernières interventions télévisées régulières de Michel Polac furent dans l’émission de Laurent Ruquier "On n’est pas couché" du 16 septembre 2006 au 9 juin 2007 où il jouait le rôle de chroniqueur aux côtés d’Éric Zemmour.
Enfin, pour être complet, Michel Polac avait écrit en 2000 un récit titré "Journal" qu’il aurait "honoré" un jeune garçon d’une dizaine d’années dans un lit de chambre d’hôtel. Vrai ou faux ? Peut-être vrai mais pas forcément tant la part de fiction dans un écrit personnel peut prêter à discussion, surtout lorsque son auteur est un polémiste professionnel. C’est le genre de confidences littéraires dont la réalité exacte des faits n’est pas vraiment établie même si elle est revendiquée, un peu comme ce fut le cas pour Frédéric Mitterrand et la polémique qui suivit bien après la publication (qui avait à peine fait réagir) parce qu’il était devenu ministre.
Le seul fait d’avoir écrit des faits dans un roman ne constitue pas en l’espèce la preuve d’un délit ou d’un crime, d’autant plus qu’il n’y a jamais eu aucune plainte ni aucune précision sur l’identité de l’éventuelle victime (la police a déjà eu beaucoup de cas où certains innocents s’autoproclamaient coupables ; ce n’était pas suffisant pour les condamner). Par ailleurs, s’ils étaient avérés, les faits seraient déjà prescrits puisqu’il évoquait ses 40 ans (il y a donc quarante-deux ans).


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