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Nadine Morano sauvée par le Net ?

Hier, Nadine Morano était dans la tourmente. Ses propos tenus lundi soir lors d’un débat sur l’identité nationale avaient créé un tollé dans la classe politique. La secrétaire d’Etat à la famille avait en effet assimilé la mauvaise intégration de certains musulmans à leur port de la casquette à l’envers et à leur pratique du verlan. Clichés intolérables, stigmatisation honteuse, bêtise crasse ! Que n’a-t-on pas entendu pour tenter de déstabiliser la grande gueule de l’UMP, jusqu’aux jeunes socialistes, à l’indignation facile, qui réclamèrent sa tête et sa démission immédiate.
 
Ce matin, la situation semble se retourner. Grâce à Internet... que nos politiques, en particulier lorsqu’ils sont proches de la majorité présidentielle, ont pourtant tendance à qualifier d’invention du Diable. Une vidéo vient en effet d’être mise en ligne par Nadine Morano, qui nous permet de visionner son intervention complète, longue de près de 10 minutes, suite à la question d’un jeune homme. Les propos controversés sont soudain replacés dans leur contexte.
 
 
On constate que, sur le moment, personne n’est indigné par les propos de Miss Morano. D’ailleurs, hier déjà, Amed Bellal, membre du Conseil régional du culte musulman de Lorraine, présent lundi soir au débat, déclarait que Nadine Morano n’avait "absolument pas stigmatisé la religion musulmane". "Si elle l’avait fait, croyez-moi j’étais là et j’aurai réagi tout de suite", avait-il confié à l’AFP.
 
Il ne s’agit pas ici pour moi de décider si la mise en contexte des propos de Morano leur retire leur caractère choquant. L’important est plutôt dans l’attitude de Morano, qui a anticipé la possible polémique et décidé de filmer toute la réunion pour parer à toute manipulation de la part des médias. "J’avais pris la précaution de faire filmer tout ce débat, qui a duré 3 heures, qui sera intégralement en ligne", a-t-elle dit ce matin sur Europe 1. Nadine Morano a même déclaré qu’elle attendait les excuses de la correspondante de l’AFP qui a, selon elle, dénaturé ses propos, et dont elle a dénoncé la "malhonnêteté intellectuelle".
 
 
Cette défiance envers les médias était déjà connue chez les citoyens lambda, comme par exemple les membres du collectif ReOpen911, qui avaient filmé l’intégralité de leur rencontre avec l’équipe de Complément d’enquête, et qui avaient publié ce film sur le Net suite à la diffusion de l’émission sur France 2, où ils avaient découvert, effarés, un montage profondément manipulateur. Ce n’est qu’un exemple, il y en a d’autres. Désormais, les politiques eux-mêmes se protègent d’éventuelles manipulations, de raccourcis trompeurs.
 
Guy Birenbaum, ce matin sur le Post, a bien résumé la situation, suite à la parution de cette vidéo : "À observer la scène, il me semble donc - mais ce n’est que mon avis - que si la vidéo était sortie, la polémique n’aurait probablement pas pris cette ampleur, ni enflé, ni flambé. Nous verrons bien si la diffusion de cette vidéo éteint le "débat" ou le ranime. (...) La captation et la diffusion sur le web des images ’brutes" de ce genre de réunions pourrait bien devenir LA solution pour les politiques qui craignent, de plus en plus, que ne fuitent, ensuite, des petites phrases "hors contexte". En particulier, lorsqu’ils s’expriment loin des médias traditionnels et, surtout, sur une durée que les journaux télévisés ne peuvent absolument pas "assimiler". Une analyse qu’il faut, cependant, pondérer, parce que si, hier soir, les chaînes d’information en continu et les journaux télévisés ont bien "récupéré" la vidéo, en ne diffusant que l’extrait qui fait polémique, lémédias© n’ont pas particulièrement contribué à éclairer le débat. Bref, ce que montre cette séquence "brute", c’est que rien ne remplace un document complet pour que chacun se forge une opinion en son âme et conscience. Et l’excellente nouvelle c’est que seul internet autorise et autorisera la diffusion de ce genre de formats ! Il y a peut-être là de quoi faire - enfin ! - réfléchir les politiques, si portés à vilipender le net, ses buzz, ses raccourcis et ses dérives. Et si plutôt que de craindre le web, les politiques comprenaient enfin qu’il peuvent aussi l’utiliser (au sens noble du terme) ?"
 
L’an passé, Nadine Morano lançait à un journaliste de Rue89 : « Ah, Internet, je déteste, c’est le temple des rumeurs et de la caricature. » Aujourd’hui, Internet va peut-être l’aider à sortir de la caricature des médias traditionnels... Celle qui s’était faite une spécialité de parler d’Internet comme d’un outil dangereux pourrait bien être sauvée par lui à présent. Ironique, non ?
 
 



par William Castel mercredi 16 décembre 2009 - 50 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Sylvain Reboul (---.---.---.106) 16 décembre 2009 14:36
    Sylvain Reboul

    Le propos de N. Moreno sont typiques d’une réaction de mépris quasi insultant à l’égard des jeunes de banlieues, assez stupides, selon elle, pour ne pas distinguer entre s’habiller et parler pour s’intégrer à la bande de copains et pour se présenter à un employeur.

    Le contexte de ses propos ne fait que déplacer ses propos d’un racisme anti-immigrés supposé à une aversion anti-jeunes des quartiers populaires avérée. Qu’est ce qu’elle sait de la manière dont ces jeunes se conduisent dans une entreprise , sinon de croire qu’il suffit de les voir dans la rue pour les apprécier dans leur aptitudes professionnelles ? Et, du reste, on peut être un excellent vendeur ou mécanicien ou rappeur et se promener dans la rue avec un casquette à l’envers comme les basketteurs .

    Parler verlan ne signifie en rien que l’on soit incapable de parler un français conventionnel , bien au contraire.

    Son attitude n’ est rien d’autre que celle du mépris de classe. Est-ce cela être sauvée ?

  • Par Voris (---.---.---.178) 16 décembre 2009 14:18

    Jourbon ! Nadine Morano pourrait dire « cimer » au Net.

    N’empêche qu’elle a quand même opéré une classification entre les bons et les mauvais français, les seconds étant les jeunes musulmans qui ne travaillent pas, qui parlent verlan et mettent leur casquette à l’envers.

    Alors, madame la ministre, trouvez donc des emplois pour tous ces jeunes plus durement frappés par le chômage que la moyenne !

    Et que les politiques cessent de retourner leur veste ! Après seulement on verra pour les casquettes.

  • Par Yohan (---.---.---.103) 16 décembre 2009 14:43
    Yohan

    Euh Sylvain Reboul

    M’occupant de ces jeunes là, je peux témoigner qu’ils viennent aux recrutements le plus souvent avec la casquette sur la tête, l’oreille vissée aux portable et avec le MP3 ouvert à fond dans les oreilles. Je ne sais pas ce qu’on leur apprend à l’école, mais apparemment ça n’imprime pas ;

    Je ne vois pas de mépris à rappeler aux jeunes certains usages auxquels même le récalcitrant que j’étais à leur âge, se conformait pour trouver du boulot.

    C’est plutôt votre discours, neu neu, mou du gland, qui est consternant.

  • Par Sylvain Reboul (---.---.---.106) 16 décembre 2009 16:16
    Sylvain Reboul

    Je m’occupe moi-même d’une entreprise en Allemagne, pays où les manières des jeunes ne sont si différentes qu’en France, je n’ai jamais vu un jeune prétendant (ein Bewerber) se conduire avec moi comme s’il était avec des copains. Il faut dire qu’en Allemagne les convenances vestimentaires sont largement plus souples qu’en France et la distance sociale symbolique bien moindre.

    De plus et surtout il y a, dans les entreprises allemandes, un tout autre esprit en vue de l’intégration des jeunes : les employeurs savent qu’ils ont à les former y compris dans leur manière de se présenter aux clients et les jeunes se mettent très vite au pli.

    Vouloir qu’un jeune soit immédiatement adapté à un comportement type est absurde comme l’est celui de vouloir qu’un jeune sorti de l’école soit déjà expérimenté. Ce n’est pas principalement le rôle de l’école d’apprendre aux jeunes à s’intégrer dans telle ou telle entreprise. Chacun sont rôle et le rôle de l’entreprise est aussi de former chacun à son rôle.

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