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Hommage à Louis Dalmas, de Balkans-Infos à Eurasie Express

Eurasie Express

Editorial du n°1/201

Hommage à Louis Dalmas

de Balkans-Infos à Eurasie Express

Coléreux mais d'une grande urbanité, grand seigneur mais sachant se montrer humble, d'une remarquable discrétion, signe d'une riche vie intérieure, ce qui frappait chez Louis Dalmas était cet assemblage paradoxal de traits hétéroclites. Communiste, il était cependant persuadé du rôle des grands hommes dans l'histoire jusqu'à prendre la défense de ceux qui pour s'opposer aux menées d'un mondialisme totalitaire n'en étaient pas pour autant des parangons de démocratie. Trotzkyste, il admirait Staline, dont il me disait encore récemment qu'il "était un saint", anti-impérialiste il trouvait du bon dans le programme d'un Clinton et, athéiste acharné, il avait une foi dans la vie, un amour des hommes et une espérance dans le triomphe de la vérité et de la justice qui dépassaient le règne de la matière.

La main ornée de bagouzes d'un marquis des faubourgs, la chevelure restée épaisse sur un regard d'une intensité remarquable, il a conservé jusqu'aux derniers moments un peu l'allure d'un ancien sportif de haut niveau. Lorsqu'on le rencontrait, l'on avait rarement l'impression de parler avec un nonagénaire, sa jeunesse était étonnante, la jeunesse de ceux qui ont su conserver la flamme de leur révolte, qui le mettait en situation d'égalité avec nombre de jeunes interlocuteurs.

Il menait la vie du journal d'une main de fer, comme s'il s'agissait encore d'un réseau secret. Les comités de rédaction menés au pas de course débutaient immanquablement par l'inventaire de ce qu'il avait glané dans la presse ou sur internet puis, après que Kosta Kristic ait fait l'un de ces brillants exposés longuement médités sur un sujet d'actualité souvent balkanique ou d'histoire de la presse, il enchaînait par un : "Messieurs je vous écoute", pour les quelques propositions d'articles émanant du comité de rédaction vite interrompues par un "Bon, tu m'envoie ça quand ?", pour conclure par un "Messieurs je vous ai assez vus", toujours avec un léger sourire, mais beaucoup plus gravement le 7 juillet dernier, avant de rentrer une dernière fois à l'hôpital Saint-Louis d'où il nous a quittés.

Une riche expérience de journaliste, commencée dans la presse clandestine pendant l'occupation et à la Libération, lui ont permis de traduire avec d'autres l'indignation ressentie face à la propagande de guerre et à la désinformation véhiculées par l'industrie médiatique pendant les guerres yougoslaves de la décennie 90, par la création d'un journal, Balkans-Infos.

Il a su maintenir cet espace de liberté pendant près de vingt ans, jusqu'au n° 200. L'ironie du sort veut que ce chiffre soit le code par lequel les Russes annoncent la mort d'un des leurs au combat. De prestigieux collaborateurs ont accompagné la vie du journal, j'en retiendrai deux pour ma part : Vladmir Volkoff et le général Pierre-Marie Gallois. Ce dernier, père de la dissuasion nucléaire française, était la seule tête véritablement géopolitique dans une France qui depuis la perte de ses possessions américaines ne joue plus qu'un rôle de plus en plus secondaire dans la politique internationale face au monde anglo-saxon. Quant à Vladimir Volkoff, que les imbéciles considèrent comme un "réactionnaire" et un "nostalgique de la Sainte Russie", il a été l'introducteur en France de la notion de désinformation dont il a déconstruit et expliqué les techniques.

C'est cet espace de liberté et ce combat mené par Balkans-Info puis par B.I., que nous sommes un certain nombre à vouloir continuer sous un nouveau titre, le Bulletin International Eurasie Express. Il reflète l'évolution du conflit commencé en Europe dans les Balkans, entre la volonté totalitaire d'instaurer un ordre mondial unipolaire sous hégémonie américaine et l'alternative que représente l'espace eurasiatique et les BRICS, oeuvrant à un ordre mondial multipolaire fondé sur la coopération et le développement, maintenant l'équilibre par la négociation dans des institutions internationales respectueuses du droit. L'intensification de ce conflit, qui se joue actuellement aux marges de l'espace eurasiatique au Moyen-Orient, en Asie centrale, en Ukraine et bientôt en Extrême-Orient, aggrave toujours davantage l'entreprise de décervelage et de formatage des esprits perpétrée par l'industrie médiatique et les discours des responsables politiques occidentaux qui, toutes tendances politiques confondues, répètent à satiété le même récit plaqué sur une réalité qui le contredit la plupart du temps.

Comme un géant titubant, ne sachant plus où donner de la tête pour parachever une domination universelle qu'ils ont échoué à instaurer après la chute de l'URSS, les Etats-Unis multiplient les mensonges et les pas de clerc à propos de la Syrie et de l'Ukraine : que ce soient sur les armes chimiques qu'aurait utilisées Assad à Damas voici un an ou à propos d'une intervention russe dans l'est de l'Ukraine ou bien encore sur la milice populaire du Donbass qui aurait descendu le Boeing de la Malaysia airlines le 17 juillet dernier, ils sont dans une permanente improvisation exhibant leurs pitoyables stratagèmes. Ils obligent l'Union européenne à décider de sanctions contre la Russie qui se retournent contre elle, dans la perspective de la signature en 2015 du Taité de libre-échange transatlantique, prémisse du démantèlement des Etats européens au profit des firmes nord-américaines. Ces efforts désespérés d'un Occident qui refuse de voir la réalité de sa place toujours plus relative dans un monde où s'affirment de nouvelles puissances, se créent de nouvelles solidarités et où s'affirment d'autres valeurs que le post-modernisme, avatar contemporain de l'antique sophistique, dans lequel il a sombré, menacent de conduire à un conflit plus vaste et plus destructeur que les conflits par tiers interposés dans le Donbass ou au Moyen-Orient où l'Occident à déchaîné ces monstres jumeaux que sont les néo-nazis ukrainiens ou les terroristes islamistes qu'il a créés et qui maintenant lui échappent. Comme l'exprime en langage diplomatique le ministre russe des Affaires étrangères Lavrov, "L'Occident cherche à établir une structuration verticale de l'humanité selon ses propres standards qui ne sont pas toujours inoffensifs". Et qui conduisent au génocide des russophones d'Ukraine ou des minorités du Moyen-Orient.

Face à cela, célébrant le rapprochement russo-chinois, favorisé par les sanctions occidentales, à l'occasion du soixante-cinquième anniversaire de la République populaire de Chine, le Président Poutine a déclaré qu'il "renforçait la stabilité et la sécurité dans le monde". Ce qu'un haut responsable américain s'est empressé de traduire de la façon suivante, en une projection devenue systématique dans le discours des Occidentaux en politique internationale : "Il ne fait aucun doute que ces deux pays voudraient modifier certains aspects de l'ordre mondial établi depuis 70 ans", ajoutant que les Etats-Unis devaient veiller à ce que les plans nourris par la Chine et la Russie ne rendent pas nécessaires un recours à la force militaire.

C'est par un heureux hasard qu'Eurasie Express naît au moment où est signé le Traité d'Union économique eurasiatique qui regroupera la Biélorussie, la Russie et le Kazakhstan à partir du 1er janvier 2015. L'on se souvient des déclarations d'une Clinton, qui se promet de briguer la magistrature suprême lors des prochaines présidentielles américaines, prétendant, à propos du processus d'intégration eurasiatique, que les Etats-Unis ne permettront jamais la renaissance de l'URSS. Car c'est en effet à une redéfinition de l'ordre international hérité de la seconde guerre mondiale à quoi l'on assiste actuellement : cela va-t-il déboucher sur un conflit généralisé qui risque de mettre fin à l'humanité ou sur une entente concertée dans le cadre d'un congrès international, comme le propose Yves Egal, pour fonder un espace unifié du continent eurasiatique de Brest à Vladivostok, Pékin, Tokyo et Shangaï ? Où l'Eurasie pourrait être un pont entre l'Europe occidentale et l'Asie, rétablissant l'antique route de la soie avec les moyens de transports modernes, qui concurrenceraient les voies maritimes sur lesquelles ont régné les puissances maritimes anglo-saxonnes.

C'est tout cela qu'Eurasie Express se propose d'observer avec la sagacité acquise dans l'expérience de Balkans Info et de B.I. dans la période qui vient, et d'y entraîner ses lecteurs.

Frédéric Saillot


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7 réactions à cet article    


  • sylvie 17 octobre 2014 17:48

    Un petit lien vers ses articles et son profile sur agoravox


    • sylvie 17 octobre 2014 17:59

      et (malheureusement) merci pour cet hommage à ce Monsieur.


    • cevennevive cevennevive 17 octobre 2014 18:28

      Monsieur Dalmas était un grand Monsieur.


      Merci pour ce bel hommage, et bravo de continuer son oeuvre.

      Cordialement.


      • leypanou 17 octobre 2014 18:34

        Merci pour cet article et il faut espérer que beaucoup de lecteurs viendront soutenir le nouveau BI.
        La disparition de L Dalmas est une grande perte pour la presse non-mainstream et Eurasie Express qui continue son œuvre mérite d’être soutenu.


        • VIP erre 17 octobre 2014 18:46



          Hommage à Louis DALMAS dont les articles manqueront à ses fidèles lecteurs tous azimuts.



          • Renaud Delaporte Renaud Delaporte 17 octobre 2014 19:55

            Louis Dalmas a donné une magistrale leçon de courage intellectuel, d’opiniâtre volonté de ne jamais baisser les bras devant la difficulté d’informer. BI était une marque tangible de la possibilité de se faire entendre dans l’assourdissant concert de klaxons de la presse mainstream.
            Il a certainement été un modèle pour bien d’autres qui mènent le même combat.


            • filo... 17 octobre 2014 22:22

              C’est une très mauvaise nouvelle. D’une tristesse foudroyante.
              J’appréciai énormément M. Dalmas et ses articles d’une rectitude remarquable.

              Quelle perte, quelle perte.

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