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Accueil du site > Actualités > Médias > On achète bien les cerveaux

On achète bien les cerveaux

Les liens des régies publicitaires avec les neurosciences prouvent que la fabrication de « cerveaux humains disponibles » chers à Patrick Le Lay, le président de TF1, est devenue une réalité des médias. Une idéologie est à l’oeuvre : elle vise à nous rendre étrangers à nous-mêmes pour faire de nous des cibles normées en fonction d’intérêts marketing.

Je suis l’auteur d’un livre dont vous n’entendrez probablement jamais parler dans vos journaux, à la télévision ou même à la radio. Son nom ? On achète bien les cerveaux (édition Raisons d’agir, 2007). Il ne s’agit pas d’un opuscule tendancieux ou d’un brûlot d’extrême gauche ou d’extrême droite. Simplement, c’est un livre qui prétend apporter une analyse critique sur un phénomène qui rythme notre quotidien : l’omniprésence massive de la publicité et ses conséquences sur les médias. Le titre fait bien sûr référence à la phrase prononcée en 2004 par Patrick Le Lay, le PDG de TF1, sur le « temps de cerveau humain disponible » que le patron de la chaîne s’enorgueillit de vendre à Coca-Cola. Je suis allée enquêter dans le cœur même de la machinerie publicitaire de la Une. Et ce dont je me suis aperçue, c’est que la commercialisation du cerveau du téléspectateur n’est pas un phantasme ou un abus de langage. C’est le reflet de la plus stricte vérité si l’on en croit les propos de neurologues qui travaillent aujourd’hui pour les principaux médias, dont TF1, sur l’impact de la publicité dans la mémoire.

Le temps n’est plus où l’on se contentait de tests et de post-tests pour prouver l’efficacité des messages publicitaires. Face à des nouveaux médias comme Google ou Yahoo, qui proposent à l’annonceur de payer pour chaque contact transformé en trafic et de suivre le client à la trace, les grands médias cherchent à montrer qu’ils arrivent à pénétrer l’inconscient des consommateurs. A l’instar des grands annonceurs américains, ils ont confié à une société spécialiste des sciences cognitives, Impact Mémoire, le soin d’explorer ce que le cerveau retient dans la communication publicitaire. Pour cela, les « neuromarketers » ont recours à une machine uniquement utilisée jusqu’à présent à des fins médicales, pour détecter les tumeurs par exemple : l’imagerie à résonance magnétique (IRM). Que disent les expériences menées en laboratoires ? Que la zone du cerveau réactive aux images publicitaires, le cortex prefrontal médian, est associée à l’image de soi et à la connaissance intime qu’on a de soi-même (c’est la région cérébrale qui est affectée lorsqu’il y a des troubles de schizophrénie par exemple). En activant le cortex prefrontal médian, les neuromarketers cherchent donc à réussir l’alchimie parfaite : l’opération qui consiste à transformer tout amour de soi en tant que soi - le narcissisme - en amour de soi en tant qu’autre - une cible publicitaire. La publicité vise donc à nous rendre en quelque sorte étrangers à nous-mêmes pour modeler en nous des comportements normatifs qui épousent les intérêts des firmes commerciales.

On le sait depuis Jean Baudrillard et John Kenneth Galbraith, la société de consommation ne peut exister sans son corollaire publicitaire. Car seule la publicité crée dans les têtes une urgence fantasmatique et pavlovienne sans laquelle il n’est pas de tension consumériste : c’est parce que je suis sans cesse sollicité par un univers euphorisant, rempli de symboles de bonheur, que je tends vers la jouissance de l’acquisition matérielle. De cette tension naît un désir structurant dans la mesure où il permet à l’individu d’exister en tant qu’homo consumans. Adhérer aux valeurs de l’imagerie publicitaire - « On vous doit plus que la lumière », « Vous n’irez plus chez nous par hasard », « Parce que je le vaux bien » -, c’est communier aux nouvelles icônes des temps modernes. Il s’agit de prendre corps dans l’espace collectif, de se transfigurer dans une identité à la fois plurielle et, puisqu’elle s’adresse à moi en tant que cible, singulière. L’essayiste François Brune parle d’une « volonté de saisie intégrale de l’individu dans ce qu’il a d’anonyme ». D’où un principe clé de la domestication des esprits : chacun cherche à se ressembler en tant que tribu consommatrice. C’est en effet parce que je renonce à mon appartenance à une identité universelle pour m’inscrire dans une fonctionnalité « tribalisée » que j’abdique de ma citoyenneté au profit d’un label de consommateur tel que l’entend l’ordre marchand. Ce faisant, la publicité permet la mutation d’une société de classes vers autant de cibles qu’il y a d’intérêts et de positions économiques à défendre. Elle vise la reproduction et la permanence de stéréotypes inhérents à tout message établi en fonction d’un statut supposé sur l’échelle sociale.

Seulement, puis-je réellement me retrouver dans cette incessante musique d’ambiance que je n’ai pas sollicitée ? Comme l’a montré Bernard Stiegler dans De la misère symbolique (éditions Galilée, 2004), « on ne peut s’aimer soi-même qu’à partir du savoir intime que l’on a de sa propre singularité ». Or les techniques marketing, parce qu’elles me donnent à entendre et à voir des sons et des images identiques à celles de mon voisin, me construisent une histoire qui est semblable à celle de mes congénères. Comme tel, c’est bien à un effondrement de la conscience individuelle et à une dissolution du désir que nous conduit l’idéologie publicitaire : « Mon passé étant de moins en moins différent de celui des autres parce que mon passé se constitue de plus en plus dans les images et les sons que les médias déversent dans ma conscience, mais aussi dans les objets et les rapports aux objets que ces images me conduisent à consommer, il perd sa singularité, c’est-à-dire que je me perds comme singularité ».( De la misère symbolique, op. cit. p. 26). Selon Bernard Stiegler, le règne hégémonique du marché entraîne inexorablement la ruine d’un « narcissisme primordial » en ce sens qu’il induit un « conditionnement esthétique » qui est aussi une « misère libidinale et affective ». En s’identifiant à la cible publicitaire à laquelle il est supposé appartenir, le consommateur consent par là même à la dissolution de son désir individuel dans un « nous » artificiel créé pour les besoins d’édification du marché des classes dominantes.

De ce conditionnement va naître une nouvelle socialité phantasmatique qui amène le consommateur à se sentir déterminé beaucoup moins par son groupe de classe, son origine sociale, que par des aspirations collectives véhiculées par les médias. Ce n’est d’ailleurs pas tant des emblèmes statutaires que cherche à promouvoir la publicité que des rapports imaginaires qui permettent à l’individu d’exister virtuellement dans le regard de ses contemporains. Tout est prétendument accessible, y compris le luxe, puisque je ne suis plus prisonnier de mon statut mais libéré par ma consommation. A la vieille division archaïque entre dominants et dominés doivent venir se substituer des communautés de désirs susceptibles de reconstruire un « nous entièrement fabriqué par le produit ou le service » comme dit Stiegler.

L’ homo economicus est en quelque sorte consommé par ce qu’il consomme. Il se jette à corps perdu dans l’addiction consumériste, non pas tant dans une course éperdue à l’avoir, comme on le croit souvent, mais pour être. Car le bonheur publicitaire apporte une forme de plénitude fugace dans une société privée de repères politiques et esthétiques. Après la fin proclamée des idéologies et l’avènement d’une classe moyenne de plus en plus compromise par des tensions inégalitaires, il structure notre être de façon rituelle en permettant la transfiguration d’un « je » devenu anarchique, incontrôlé, en un « nous -cible » standardisé et resocialisé.

Créée en 1836 pour aider les journaux à mieux se vendre aux masses populaires, la publicité s’impose aujourd’hui comme le mode de financement principal, voire exclusif, des médias à l’ère numérique. Le consommateur accepte avec insouciance cette manne providentielle qui lui permet d’accéder à des contenus. Mais en connaît-il vraiment le prix ? Information altérée au profit d’intérêts économiques, positionnements éditoriaux déterminés par les perspectives de recettes des annonceurs, campagnes véhiculant des stéréotypes sociaux... Parce qu’elle structure de façon incontestée notre inconscient collectif, la publicité est devenue un vecteur non plus seulement de revenus mais de sens... Les médias tendent à se transformer en zélés prédateurs d’une clientèle-proie pour le compte de leurs principaux clients. Des neurosciences au travestissement des contenus, tout est mis en place pour parvenir à cet objectif. Ce livre se propose d’étudier comment l’instrument économique d’une démocratisation de l’information s’est peu à peu mué en outil politique d’une domination économique.


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71 réactions à cet article    


  • pépé (---.---.26.36) 6 mars 2007 13:16

    Mouai, une fois le loyer, la nourriture, les vêtements des gosses et l’essence de la bagnole payés je ne sais pas trop combien il reste pour s’offrir ce à quoi nous invite la publicité.


    • L’Observateur (---.---.129.110) 6 mars 2007 15:00

      Il reste tout de même encore MALHEUREUSEMENR assez à certains pour se payer un abonnement INTERNET leur permettant ainsi d’écrire des commentaires idiots ...


    • ZJP (---.---.32.107) 6 mars 2007 18:37

      Ouais. Visiblement en plus de les acheter ILS les...achèvent aussi smiley


    • Emmanuel (---.---.87.194) 6 mars 2007 13:53

      Paul Ariès parle de béquille identitaire...

      Si un génie surgissait demain pour nous permettre un voeu et un seul pour changer le monde et le sauver des catastrophes annocées, l’interdiction de la publicité pourrait bien être la killer-application (comme ils disent en marketing) les autres pistes étant le plafonnement des écarts de revenus et l’interdiction de la concurrence pour la remplacer par la collaboration.

      Car ce qu’on oublie trop souvent c’est que :

      - La publicité est le 1er budget mondial devant l’armée (1200 milliards d’euros contre 1 100 milliards en 2004). En même temps qu’on nous explique que l’éducation, la culture, la santé et le lien social coûtent trop cher, des millions de personnes consacrent donc leur énergie, leur temps et leur intelligence avec des budgets colossaux pour asservir leurs semblables.

      - La publicité est financée exclusivement par le consommateur. Son coût est de 1200€ par foyer et par an ce qui reviens à dire que ce qu’on croit être gratuit grace à la publicité ne l’est pas et que les producteurs de publicité facturent aux consommateurs leur propre asservissement.


      • romi (---.---.168.151) 9 mars 2007 14:10

        ou la disparition de la TV !


      • Enki (---.---.236.139) 9 mars 2007 20:29

        La société de consommation est bien devenue une société de la dépendance, produisant et consommant ses propres aliénations.


      • Enki (---.---.236.139) 9 mars 2007 22:28

        Les techniques d’influence ne sont pas justiciables pour ce qu’elles sont, mais pour l’intention qui les gouverne.

        La vocation du marketing et de ses outils opérationnels sert une finalité mercantile. Il s’agit de ne pas l’oublier.

        L’enjeu est donc stratégique pour les entreprises commerciales, et l’investissement lourd sur les meilleures techniques, initialement développés dans un but clinique, ne fait aucun doute.

        Quant au jugement de valeur sur la chose, il revient au jugement de valeur sur la société et l’époque dans lesquelles nous vivons. C’est le votre, et votre attitude comme votre posture face à l’influence reçue ou employée en dépend.


      • arthur (---.---.43.22) 6 mars 2007 14:25

        Très bon article, hélas ses destinataires sont probablement vautrés devant la tv à l’heure qu’il est. Ou sont au boulot, pensant au moment de l’affalement sur le canapé ce soir.


        • le mave 6 mars 2007 19:08

          Vautré devant la télé ou devant ton micro quelle différence ? Bon pseudo Arthur ,bien adapté ,ça me rappele quelqu’un...


        • Mr.BrYcE 19 avril 2007 11:41

          l ordinateur n est pas un outil de diffusion massive. il permet une certaine interactivite, et une selection de contenu plus riche.


        • (---.---.37.71) 6 mars 2007 14:57

          Vous ne voulez plus de pub à la télé ? Facile, suffit de Tripler ou quadrupler la redevance. Sinon, aller vous faire foutre. Car les droit de l’homme garantisse le droit à la libre communication, donc garantissent la publicité.


          • -noID- (---.---.80.97) 6 mars 2007 15:31

            Bonjour à tous,

            @ IP:xxx.x75.37.71 : L’échelle à laquelle l’auteure raisonne dépasse, et de loin, le niveau de ton entendement... Alors laisse les « grandes personnes » entre elles...

            PS : Si quelqu’un dans le business des cerveaux sait où l’on peut trouver des cerveaux de musaraigne pas cher, soyez assuré qu’avec IP:xxx.x75.37.71 vous avez un bon client smiley


          • (---.---.37.71) 6 mars 2007 15:37

            « L’échelle à laquelle l’auteure raisonne dépasse, et de loin, le niveau de ton entendement... »

            Mais oui, la dame à le cerveau tellement moue fragile et vide qu’elle à peur d’être manipuler par la pub, j’ai bien compris.

            Normal, c’est une femme.


          • (---.---.91.251) 6 mars 2007 20:45

            adolfos le retour ?? un peu violent le post...


          • rdu (---.---.209.117) 7 mars 2007 01:47

            Si tu avais des couilles tu saurais que c est pas dans celles cique ce trouve le cerveau !

            Pardon pour la vulgarité mais etre aussi con et insultant est pathétique.

            Je tiens a signaler que je ne suis pas une féministe hystérique mais un homme


          • (---.---.37.71) 7 mars 2007 06:18

            Mais oui ma grande : faison comme les NAZI, brulons tout ce qui dérange nos couilles.


          • (---.---.16.29) 2 avril 2007 02:28

            On garantie la liberté d’expression. On n’interdit pas d’interdire la mercantilisation de ce « droit à l’expression ».


          • Kiri (---.---.239.44) 6 mars 2007 15:02

            Beaucoup de « phantasmes » dans cet article, qui paraît plus reposer sur des bases psychanalytiques que sur des éléments scientifiques : l’IRM est loin d’en être à ce stade ! Ou alors : ça fait partie du copmlot ? Et précisons au passage, pour ceux qui ne font pas la différence (tout le monde a-t-il un cerveau à vendre ? Moi c’est ce qui me fait vivre donc je ne me plains pas qu’on veuille me l’acheter !) que la pub n’est pas payée par les foyers français - mais uniquement par ceux qui sont assez bêtes/intéressés/ séduits pour acheter le produit qu’elle vend. Si je n’achète pas de Nutella (en fait si mais c’est pour l’exemple) je ne paye pas sa pub ! En revanche si je ne regarde pas de foot ni n’en pratique (ça c’est vrai) comme je suis assez bête pour payer des impôts, c’est moi qui paye !

            Kiri


            •  :-| (---.---.74.185) 7 mars 2007 01:35

              *** Beaucoup de « phantasmes » dans cet article, qui paraît plus reposer sur des bases psychanalytiques que sur des éléments scientifiques : l’IRM est loin d’en être à ce stade ! ***

              Fais une ou deux recherche avant de faire des commentaires péremptoires.

              par exemple à propos du P. Read Montague.

              et aussi ce reportage sur le neuromarketing :

              Le neuromarketing une réalité


            • Kiri (---.---.183.220) 7 mars 2007 10:13

              Persiste et signe : justement, je suis chercheur dans ce domaine, donc je parle en connaissance de cause.

              Le « neuromarketing » est une appellation... marketée, c’est à dire abusive pour se vendre (ce qui est de bonne guerre).

              Il n’y a pas plus de percée neurologique dans le marketing qu’il n’y a de neurologie scientifique, ni de linguistique, dans la PNL (programmation neuro-linguistique, longtemps et souvent vendue comme formation dans les entreprises pour ceux qui n’avaient pas de bases dans ces domaines)

              C’est tout le problème du marketing et de la pub en général : il s’applique à lui même ses propres lois, donc il ne fait pas croire tout ce qu’on vous dit !

              Kiri


            • romi (---.---.168.151) 9 mars 2007 14:15

              c’est bien ça : le but des marketeux est bien de vendre du vent !


            • dapoya (---.---.33.56) 2 avril 2007 08:23

              sauf que la grande distribution s’y est mise aussi.et là tt le monde paye. argument suivant stp


            • ZEN zen 6 mars 2007 15:04

              @ L’auteur

              Excellente synthèse, qui donne envie de lire votre livre.

              @ Emmanuel

              Trés judicieux commentaire.


              • (---.---.109.12) 6 mars 2007 16:13

                Tiens j’ai relu le Manuel d’Epictète hier soir. Il y dit :

                ’’On est toujours le maître d’un homme, quand on a le pouvoir de lui donner ou de lui ôter ce qu’il veut ou ce qu’il ne veut pas. Si l’on veut être libre, qu’on n’ait ni désir ni aversion pour rien de ce qui dépend d’autrui ; sinon, il faut être esclave.’’

                La publicité est-elle donc le bras armé de nos maîtres, elle qui nous dit quoi vouloir ?


                • (---.---.229.197) 7 mars 2007 01:11

                  La publicité est-elle donc le bras armé de nos maîtres, elle qui nous dit quoi vouloir ?

                  Non seulement la publicité nous dit quoi vouloir mais plus implicitement elle nous « dit » quoi savoir. La partie consacrée à l’influence de la publicité d’un article de wikipédia (que j’ai collé ci dessous) le montre bien.

                  « Dans la mesure où les grands médias généralistes dépendent de manière majeure des revenus de la publicité pour survivre, le modèle suggère que l’intérêt des publicitaires prévaut sur le récit de l’information. Chomsky et Herman considèrent que, comme toute entreprise, un journal représente un produit pour lequel il est soumis à la concurrence au travers de son audience, prise au sens large : les lecteurs qui l’achètent ; parmi eux la partie de la population qui représente l’élite décisionnaire et éduquée ; mais aussi faisant corps avec cette audience les entreprises qui assurent la promotion de leurs produits dans les colonnes du journal. De sorte qu’un filtre apparaît entre ces colonnes, le média lui-même jouant finalement le rôle de »rabatteur" pour amener les lecteurs au profil choisi au contact des publicités, qui constituent au final le contenu le plus important pour l’entreprise de presse.

                  En conséquence, les thèmes abordés dans le reste du contenu, s’ils s’avèrent à contrepoint par rapport aux intérêts des sponsors et divergent par rapport à leur vision du Monde, sont à écarter. Selon cette théorie, le renversement est tel que le public achetant le journal s’avère être le produit final que l’entreprise de presse vend, par son tirage et la segmentation de son lectorat, aux entreprises qui achètent des espaces publicitaires : l’information ne joue qu’un rôle superficiel dans cet ensemble.

                  Cette théorie de Chomsky trouve sa concrétisation dans les propos cyniques et pragmatiques tenus par Patrick Le Lay en juillet 2004 .

                  « Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective ’business’, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. [...] Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. » Patrick Le Lay, propos tirés du livre Les Dirigeants français et le changement, éditions du Huitième jour.«  »

                  Article complet : http://fr.wikipedia.org/wiki/Mod%C3%A8le_de_propagande

                  Concernant Noam Chomsky, il s’est particulièrement intéressé aux médias ; qui les possèdent, leur rôle et l’influence qu’ils peuvent avoir en démocratie dans le documentaire Manufacturing Consent : Noam Chomsky and the Media sorti en 1992. J’en cite un court passage qui trouve un écho tout particulier à la citation de Patrick Le Lay :

                  « L’endoctrinement n’est nullement incompatible avec la démocratie. Il est plutôt, comme certains l’ont remarqué, son essence même. C’est que, dans un État militaire, féodal, ou comme on dit aujourd’hui un État totalitaire, ce que les gens pensent importe peu. Une matraque est là pour les contrôler. Si l’État perd son bâton, si la force n’opère plus et si le peuple lève la voix alors apparaît ce problème : les gens deviennent si curieux et si arrogants qu’ils refusent de se soumettre à l’autorité civile. Il faut alors contrôler leurs pensées. Pour ce faire, on a recours à la propagande, à la fabrication du consentement, à la création d’illusions nécessaires. Diverses façons de marginaliser les gens, de les réduire à l’apathie. »

                  A méditer ....


                • JL (---.---.73.200) 3 avril 2007 12:04

                  à IP:xxx.x8.229.197 : oui, l’endoctrinement est à la « démocratie de spectacle » ce que la matraque est aux dictatures.

                  A ce sujet, tout a des limites : l’introduction des ordinateurs à voter dans les élections permettra peut-être aux populistes de mettre un bémol à leurs discours, et de paraître plus fréquentables.


                • Yaarg (---.---.69.243) 6 mars 2007 16:15

                  Et allez, un article de plus pour taper sur la pub !

                  Un article de plus qui dénonce sans proposer de solution.

                  Au lieu d’expliquer des choses que tout le monde sait déjà (on sait très bien que tout est mis en oeuvre pour « optimiser » le message publicitaire ; psychologie, neurologie, statistiques, etc.) l’auteure qui se sert d’ailleurs de son article pour faire de la pub (hé oui) pour son livre aurait pu apporter plus de constructivité en rappelant qu’il existe une lutte organisée contre la pub.

                  Au lieu de faire de l’allarmisme primaire, ce qui est négatif, j’aurais préféré un peu d’optimisme en montrant que tout le monde n’est pas le mouton de Panurge dont rêvent les publicistes.

                  Il existe en France deux mouvements actifs depuis des années, constitués par des gens comme moi (j’en fais partie) qui refuser de vendre ou de se faire voler « leur temps libre de cerveau » et qui boycottent la publicité :

                  - RAP (Résistance à l’Agression Publicitaire) http://antipub.net/
                  - Casseurs de pub http://www.casseursdepub.org/

                  La seule réponse globale que l’on peut donner à la pub, c’est d’être alterconsommateur :
                  - boycotter les produits qui font de la pub
                  - ne pas consommer ce qui est inutile
                  - ne pas avoir de télévision, machine à abrutir-abêtir les masses

                  La pub n’existe que pour ceux qui veulent bien la subir. Moi je la refuse. Mon navigateur bloque tout (popup, pub flash, spam)...

                  La résistance s’organise alors, si vous n’aimez pas la pub, venez nous rejoindre, agissez au lieu de vous lamenter. Un jour viendra où il sera dit que la pub aura été un crime contre l’humanité !


                  • (---.---.42.49) 6 mars 2007 21:35

                    >La seule réponse globale que l’on peut donner à la pub, c’est d’être alterconsommateur :

                    > boycotter les produits qui font de la pub

                    > ne pas consommer ce qui est inutile

                    > ne pas avoir de télévision, machine à abrutir-abêtir les masses

                    Or,

                    1. Comment puis-je faire la différence entre les produits qui font de la pub et ceux qui n’en font pas ... si ce n’est en regardant la publicité ?

                    2. Or, un objectif majeur de la publicité n’est-il pas de convaincre de l’utilité d’un produit ?

                    3. Et, sans avoir de télé, comment puis-je regarder la pub, qui me permet de déduire quels sont les produits qui ne font de pas de pub ?

                    Ce n’est sans doute pas aussi simple que je le dis, mais ce n’est certainement pas aussi simple que vous le dites.


                  • Kiri (---.---.183.220) 7 mars 2007 10:17

                    Merci pour votre commentaire

                    IL est rassurant : à force de voir des gens qui dénoncent la pub, je finis par me demander si quelqu’un se souvient que la pub n’est pas armée... ET qu’on a le droit d’exercer sa liberté de penser en France !

                    Finalement, les dénonciateurs de la société de consommation/ des sondages / de la pub semblent tous dire que personne n’a « le pouvoir » de résister - ni celui de réfléchir par lui même.

                    Qu’est-ce que cela ? Une projection ?

                    Kiri


                  • Fred68 (---.---.64.1) 6 mars 2007 17:09

                    Je ne suis pas assez intelligent pour expliquer cela plus en détail mais j’ai vu récemment un reportage sur I-télé qui expliquait cela même si on en est encore apparement pas à la mise en pratique. Quoiqu’il en soit tout cela sera mit en place dès qu’ils le pourront. Mais quoi qu’il arrive, la publicité ne contraint que ceux qui le veulent bien.


                  • Marie Bénilde (---.---.52.239) 6 mars 2007 17:38

                    Cher Monsieur,

                    Puisque vous êtes chercheur, je ne doute pas que vous allez vous empresser d’aller sur le lien ci-joint. Vous y découvrirez que les liens entre les neurosciences et le monde de la publicité sont loin d’être un phantasme. Cela ne signifie en rien qu’ils soient pertinents. Je me borne à décrire un phénomène de récupération sans me prononcer, vous le constaterez, sur sa validité scientifique. Pendant que vous riez du haut de votre magistère, les affaires continuent...

                    http://www.homme-moderne.org/societe/media/benilde/cerveaux/extraits1.html


                  • ExSam (---.---.54.53) 6 mars 2007 21:43

                    Tall

                    N’empêche que le lien qu’elle propose prouve à l’évidence que « ils ne sont absolument nulle part du point de vue que vous évoquez ( IRM etc.. » est faux. Ils y sont peu ou prou. Même pour les chercheurs en IA dont tu déclares faire partie. En toute simplicité, comme dirait l’autre bleu.


                  • Arthur (---.---.132.8) 7 mars 2007 06:20

                    Ca tombe bien. Moi aussi je suis dans les sciences cognitives. On n’a pas du lire les mêmes auteurs mon ami de l’IA... Ou alors pas durant le même millénaire...

                    http://www.amazon.com/Functional-Neuroimaging-Cognition-Cognitive-Neuroscience/dp/0262033445/ref=pd_bbs_3/103-1162373-3600647?ie=UTF8&s=books&qid=1173244440&sr=8-3

                    http://www.amazon.com/Cognitive-Psychology-Edward-E-Smith/dp/0131825089/ref=pd_bbs_sr_1/103-1162373-3600647?ie=UTF8&s=books&qid=1173244603&sr=8-1

                    et bien entendu le site de l’unité de neuroimagerie cognitive de l’INSERM CEA, une des meilleures équipes du monde sur le sujet et française de surcroit (ce que je ne suis pas).

                    http://www.unicog.org/main/


                  • Kiri (---.---.183.220) 7 mars 2007 10:24

                    TALL,

                    Merci de votre intervention.

                    Ce qui est étrange sur AVox - mais c’est très répandu dans la société française d’après des études sociologiques que j’ai mené - est que le « savant » n’est pas censé en savoir plus que ceux qui n’ont pas de bases sur un sujet.

                    Au delà du sujet traité ici, cela me semble être un problème national et politique : on a une doxa qui veut que toutes les opinions se valent sur tous les sujets. Du coup, tout le monde décide de tout - et bien sûr sans consulter des experts à qui on ne reconnaît aucune connaissance supérieure à la sienne, même si celle-ci est inexistante.

                    Mais bien sûr, comme l’a fait remarquer quelqu’un plus haut, ça permet de faire vendre : l’auteure qui place son livre et qui, sans « complot neuromarketing », n’aurait rien à placer.

                    « Vous le valez bien » étendu au monde des idées en somme...

                    Kiri


                  • Arthur (---.---.127.98) 7 mars 2007 18:37

                    Hein ? J’y connais rien ? Et pourquoi donc ? Un bouquin comme « Handbook of Functional Neuroimaging of Cognition » (une des meilleures synthèses actuelles) montre à quel point l’imagerie fonctionnelle a incroyablement progressé ces 5 dernières années. Elle sert de plus en plus à évaluer et parfois valider les modèles classiques établis en psychologie cognitive ou neuropsychologie cognitive par des voies purement expérimentales ou par l’analyse de cas. Ces techniques permettent de déterminer avec une plausibilité très supérieure à ce qui se faisait par le passé quels sont les processus cognitifs en jeu dans la réalisation de tâches plus ou moins complexes, et incidemment les zones et structures du cerveau qui sont impliquées. Ce sont exactement les mêmes techniques qui sont utilisées pour les études dont parle l’article. Je vois donc pas en quoi je ne connais pas de quoi je parle... L’auteur de cette remarque pourrait-il nous en dire plus ? Nous édifier sur ce qu’est et n’est pas l’imagerie fonctionnelle et en quoi elle ne concerne pas le sujet de l’article ? Je serai heureux de vous lire sur la question.


                  • Arthur (---.---.210.105) 7 mars 2007 22:36

                    Quel copier-coller ??? J’ai rédigé ce texte tout seul comme un grand... Désolé si je parle comme un livre. Tapez des segments de mon texte dans Google si cela vous chante... Vous verrez que vous ne trouverez rien qui ressemble à ce que j’ai écrit. Et des paragraphes comme ceux là je vous en écris quand vous voulez. C’est mon domaine d’activité professionnelle, je ne fais qu’exprimer ce que je sais (et ai d’ailleurs lu très récemment. Cfr. le handbook de Psychologie Cognitive de Eysenck... dont le premier chapitre présente en gros les idées que j’ai énoncées).

                    Bon, votre prose, la façon dont vous formulez vos phrases, cette question du moi, etc... me laisse penser que vous n’êtes qu’un charlatan, sans aucune compétence réelle sur les neurosciences. Figurez-vous que moi aussi je vis en Belgique et je connais relativement bien les chercheurs professionnels actifs dans le domaine des sciences cognitives en général dans notre pays (et donc y compris l’intelligence artificielle que vous prétendez pratiquer depuis 1973. J’ai de gros doutes sur le fait que vous exerciez effectivement sur ces sujets dans un cadre professionnel). Votre ton agressif, péremptoire et sans justification et preuve ne ressemble pas à la façon dont procéderai un professionnel du domaine. Impression que confirme la lecture de certaines de vos autres contributions à Agoravox, souvent rédigées de façon cryptique, si pas ésotérique. Sachez par ailleurs que la cybernétique n’est plus vraiment un domaine de recherche universitaire majeur. Il s’agit d’un courant qui a séduit - beaucoup - dans les années 60 et 70, mais qui a depuis connu une baisse de vitesse notable, étant remplacée ou complétée par d’autres domaines plus spécifiques (tel que l’Intelligence Artificielle, Artificial Life, les considérations de Prygogine, Maturana, Varela, et autres, les systèmes multi-agents, les sciences cognitives en général). Donc arrêter d’accuser les autres (moi) d’être ce que vous êtes, un fantoche. Je travaille quant à moi depuis une quinzaine d’années dans ces champs, comme chercheur professionnel pendant une dizaine d’années et dans l’industrie pour le reste. Et il est clair bien entendu pour conclure que les techniques de neuroimagerie sont d’un grand intérêt pour les publicitaires, de toute évidence (même si je le déplore).


                  • Arthur (---.---.117.160) 8 mars 2007 22:00

                    Merci pour cette réponse. Au moins un message constructif et pas dénigrant. Non, pas de réponse pour la représentation. Et on en est loin... ! Raison de plus pour continuer à chercher.


                  • JL (---.---.73.200) 3 avril 2007 12:51

                    A Kiri, (et tall) vous dites : «  » on a une doxa qui veut que toutes les opinions se valent sur tous les sujets. Du coup, tout le monde décide de tout - et bien sûr sans consulter des experts à qui on ne reconnaît aucune connaissance supérieure à la sienne, même si celle-ci est inexistante.«  »

                    Mais ce sont précisément les médias qui, en donnant sur tous les sujets, la parole aux people aussi bien qu’en demandant tout et n’importe quoi aux politiques vous amènent dire ces choses là. Les réponses candidats à la présidentielle, qui ont un égo aussi démesuré que TALL (avec des majuscules SVP) lequel nous donne un échantillon de sa fatuité en s’excusant ici d’être ’compétent’, ces réponses pitoyables pourtant, vous donnent à penser qu’une assemblée nationale, un sénat, etc, ça ne sert à rien !

                    Par ailleurs, ce que vous dites au sujet des experts est archi faux. Ce sont les experts des lobbies qui vous font avaler toutes ces fadaises que l’auteur dénonce ici.

                    « On ne voit jamais en quoi que ce soit, davantage que ce que l’on est soi-même ».

                    Ce TALL qui se dit free lance, imbu de sa compétence professionnelle, se permet des jugements lapidaires sur tous les articles au travers de son prisme personnel.

                    Des jugements sans appel que l’on devrait admettre parce que monsieur se prend pour Pic de la Mirandole ?

                    Ce monsieur qui s’esquive lamentablement dès qu’il rencontre quelqu’un qui lui répond sur son terrain ? («  »On s’est donc pris pour 2 faux, alors qu’on est 2 vrais. Ca peut arriver sur Avox, c’est pas grave«  »).

                    Quel mépris pour les autre ! Croyez-vous que tout le monde ici a besoin de montrer des médailles en chocolat pour faire avaler des discours obscurantistes ?


                  • Mathias Demain Mathias 6 mars 2007 19:42

                    Excellent article, merci.

                    Les politiques nous parlent souvent de remettre l’homme au centre. Cela signifie bien sûr qu’il n’y est plus depuis un moment... qu’a donc pris la place de l’homme ?

                    L’économie et ses valeurs bien sûr. Ainsi nous pouvons réduire nos céréales en carburant pour nos voitures et laisser dans le même temps des humains mourir de faim ou aller au resto du coeur.

                    Pour parvenir à cette abération il faut un bon lavage de cerveau qui fasse accepter que « celui qui n’a pas » meurt en toute légalité, alors que « d’autres qui possèdent » vivent une sur-abondance tout aussi légale et qui n’a aucun sens.

                    Les valeurs sont là, implicites, économiques et incroyablement démocratique.

                    La publicité est là pour entretenir l’illusion de valeurs inhumaines et déshumanisantes.

                    Il y a un effet hypnotique à montrer des produits comme seul avenir à notre devenir...

                    La pub nous parle de la vie, mais ne fait qu’en parler. Elle remplace la vie véritable par des images de la vie... Elle leurre les esprits qui n’ont aucune autres références que d’autres leurres plus anciens et moins tendances. La pub piège ceux qui sont déjà piégés et qui effectivement oublient qui ils sont, noyez dans une conscience fabriquée par d’autres et qui n’a qu’un seul but : le profit.

                    Vive la singularité et la vie réelle sans les images détournées. Et puis au passage, vive le monde diplo smiley

                    Mathias


                    • pingouin perplexe (---.---.9.18) 6 mars 2007 20:34

                      Très bon article critique ! A voir aussi certainement dans la rubrique « retenir les leçons de l’Histoire afin de prévenir les dérives ». Ou encore : affirmation de la vitalité de la veille citoyenne même par rapport aux relations entre marketing et spécialités en sciences cognitives. Un mésusage en ce domaine serait à comprendre comme potentialité de conditionnement et d’asservissement, même si, fort heureusement, il n’y en a pas des masses qui soient partants pour un remake de « Matrix ». smiley Ce que l’article pointe concerne à mon avis la notion d’autonomie de la personne, et il serait pour le moins déplacé d’en inscrire les choix dans le schéma stimulus-réponse. Des publicitaires peu scrupuleux pourraient ils alors, avec le concours de quelque spécialité dite scientifique, agir comme le feraient des dresseurs de cirque ? Au début du siècle dernier, l’aliéniste V.Tausk décrivait le caractère pathologique de fantasmes d’« appareils à influencer ». Est-il totalement exclu que des gusses encore moins clairs réalisent techniquement ces vieux fantasmes patho ? smiley

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