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On marche sur la tête

Les cénacles médiatico-politiques subodorent depuis plusieurs semaines le succès de la manifestation du 29 janvier 2009. Depuis, les précepteurs de soumission à usage collectif font ce qu’ils peuvent pour rendre la lisibilité du mouvement la plus nébuleuse possible.

Le terrain médiatique est fortement travaillé en amont. La semaine précédant les mouvements sociaux et grèves, un pilonnage en règle de poncifs s’abat sur les plateaux. On invite des syndicalistes plutôt coopérants (au hasard la CFDT)• pour deviser sur la modernité et le bon usage du débrayage. On truffe le débat de “caqueteurs” omniprésents pour donner corps et sérieux à la causerie. Très prisée dans cet exercice, la rédactrice en chef du périodique ornemental pour cadres “m’as-tu-vu”, Challenges. Infatigablement invitée par ses lecteurs, G.Ottenheimer jacte son couplet sur le manque de dialogue, le consensus et le nécessaire repositionnement des organisations syndicales. À droite, cela va sans dire. L’enfilage de perles se poursuit généralement par les modèles nordiques et la représentativité. On se gausse de l’incapacité des syndicats français à obtenir des accords, arcboutés qu’ils sont sur leurs privilèges. Des conservateurs patentés, affirme-t-on. Et seuls les fonctionnaires, ce corps aristocratique de la république peut se payer le luxe obscène de sacrifier une journée de sain(t) labeur pour brailler sur les boulevards°. Ensuite, chacun rentre chez soi, le sentiment du devoir accompli. F.Chérèque retourne à la réforme et la flexibilisation du marché du travail. G.Ottenheimer et ses semblables regagnent le confort des rédactions plus concernées par les records financiers que par la vie des gens.

La réalité est pourtant têtue. La CGT, syndicat crispé honni pour son archaïsme, signe 80% des accords négociés dans les entreprises. On “oublie” que le syndicalisme de masse est un engagement d’intérêts. Ce modèle d’organisation fait bénéficier ses adhérents des avantages d’accords signés, ou prodigue des assurances ou des cautions. À ses membres seulement. En France, 8% des salariés s’engagent, paient une cotisation sans en tirer une quelconque contrepartie “utile”. Combien des 80% de syndiqués scandinaves le resteraient dans les conditions de désintéressement de l’hexagone ? Les bavards se gardent bien de fournir des hypothèses.

Vient le moment des interprétations. La tentation est bien trop forte, même pour les médias sérieux comme Marianne, de se lancer dans le décryptage des mots d’ordre et des plates-formes de revendications. À quelques détails près tous les éditoriaux convergent. Les foules ne sont pas contentes (voire très en colère). Pour Le Figaro naturellement elles grognent. Elles n’ont pas de message audible et clair. Conclusion, il faut donc continuer les “réformes”. “Le gouvernement n’est pas rejeté“, coutumier du ridicule ces dernières semaines, c’est ce que déclare (encore) l’ex d’Arthur Andersen•• E. Woerth, aujourd’hui ministre de l’austérité.

Paradoxalement, on est discernable lorsque l’on est une multitude. En même temps il faut s’exprimer d’une même voie. Strictement.

La multitude qui a donné les brides du pouvoir à l’UMP avait-elle la même aspiration ? Strictement ? Voulait-elle, et la rafle des enfants, et le paquet fiscal, et le redimensionnement des services publics ? On peut rétorquer que cela relève du sacro-saint suffrage universel. Néanmoins, quand il faut élire un candidat gâté des médias et des milieux d’affaires on ergote beaucoup moins sur la vox populi et ses objectifs. Il en va de même concernant les sondages. Soubassements solides issus d’un échantillon de 1 500 personnes sur lesquels le gouvernement s’appuie pour infliger ses impérities. Par contre, l’exaspération due à une politique économique inepte nécessite, elle, bien plus d’efforts, de sacrifices et de mobilisations. En substance, 2 000 000 de citoyens.

Dépolitiser la politique est l’objectif. Le pragmatisme, le bon sens et la “raffarinade” sont le pain quotidien de la gouvernance en France. L’inverse du syndicalisme. Un engagement au sens premier du terme. Concept qui échappe semble-t-il à certains précepteurs d’opinions et politiciens. Ils abordent les luttes sociales en les pliant à leurs propres désirs. Le manifestant doit être un réformateur citadin lisant une presse tiédasse et acceptant de se faire tondre sur la base d’un consensus asymétrique. On marche sur la tête.

•Yves Calvi qui invite un dirigeant ancien et un actuel de la CFDT lors du même plateau.

°La manifestation du 29 janvier comporte une forte proportion de travailleurs du privé. Voir les photos.
••Maison dont on connaît la légendaire fiabilité


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1 réactions à cet article    


  • Pourquoi ??? 17 février 2009 09:19

    On a effectivement entendu le mot "inquiétude". Du style, les pauvres petits ont peur de la tempête qui s’annonce vu qu’ils n’y connaisent rien en météo....

    Mais j’ai rarement entendu le mot "colère" sur les médias classiques.

    Il y a des choses sur lesquelles il est prudent de choisir ses mots :l’inquiétude peut se calmer avec quelques bonnes paroles bien lénifiantes. Pour la colère, c’est plus compliqué.

    D’où l’intéret des médias à minimiser pour plaire en haut-lieu...

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vogelsong

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