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Accueil du site > Actualités > Médias > Philippe Alexandre, profession éditorialiste

Philippe Alexandre, profession éditorialiste

A l’occasion de sa venue à Nantes pour une conférence sur le thème du métier d’éditorialiste, Philippe Alexandre, observateur éclairé de la vie politique depuis plus de vingt-cinq ans, a livré au public son sentiment sur l’actualité, les présidentielles, le métier de journaliste, le tout parsemé d’anecdotes. Rencontre.

Philippe Alexandre c’est avant tout un éditorialiste de talent, qui a marqué RTL, ou il est resté de 1969 à 1996. La station, qui a fêté l’an passé ses quarante ans, servait donc de tribune matinale à cet éditorialiste avisé. « Vous savez, j’ai passé vingt-sept ans à RTL, et un jour, le directeur m’a dit : “Je n’arrive pas à deviner pour qui vous votez”. Je trouve que c’est un beau compliment ». Evidemment au centre du débat, qui se tenait au CCO, l’éviction récente de Duhamel de RTL et de France Télévisions, pour avoir soutenu Bayrou. « Est-ce normal de le sanctionner ? Je veux juste faire une remarque. .Le service public a sanctionné Alain mais pas Jean-Luc Delarue. Je pense que pour l’image de la station, Jean Luc Delarue est bien plus coupable que Duhamel... Je crois que quand on s’adresse à un média très grand public, où il y a des sensibilités diverses, il faut entretenir un devoir de réserve. Je ne me serais jamais permis de dire pour qui je vote. Il faut laisser les uns et les autres se faire leur opinion. La sanction était-elle justifiée ? Je ne sais pas. Quand on est au Figaro, il n’est pas choquant de dire que l’on vote Sarkozy, et quand on est à L’Humanité ou Libération, il n’est pas choquant de dire que l’on vote pour Ségolène Royal. Mais, dans de grands médias, qui plus est de service public, il y a un devoir de réserve. »

Devoir de réserve qui avait été mis en doute en 2002 déjà pour Duhamel, car pour ceux qui ne s’en souviendraient pas, il avait déjà été privé de campagne, cette fois-là pour avoir écrit un livre avec Lionel Jospin. Le débat sur la prise de positions des journalistes/éditorialistes fait débat, en témoigne la récente déclaration de Philippe Meyer sur France Culture : « En ce qui me concerne, je dois bien avoir dit du bien ou du mal (et quelquefois les deux, selon le moment) de tous les candidats connus à l’élection d’avril prochain.
Le meilleur moyen -et sans doute le seul- d’empêcher cette situation est que chaque journaliste chargé de suivre les affaires publiques déclare sans haine et sans crainte pour quel candidat il penche. Il est fort possible que les lecteurs, les auditeurs et les téléspectateurs y trouvent leur compte et en acquièrent une plus grande confiance (ou une moins grande méfiance) dans les médias, eux qui se sont plaints, lors du référendum sur le projet de traité constitutionnel, de l’absence de mesure de beaucoup de journalistes favorables au
oui et qui se montrent choqués, aujourd’hui, que telle rédaction paraisse rouler à visage masqué pour la candidate socialiste ou que telle autre fasse feu de n’importe quel bois pour appuyer le candidat de l’UMP. »

Philippe Alexandre n’a pas pu s’empêcher, et on le comprend, de raconter des anecdotes aux sujets des hommes politiques qu’il a côtoyés. Normal, me direz-vous, pour un éditorialiste qui a démarré à RTL le 27 avril 1969, jour de référendum perdu pour de Gaulle. Car Philippe Alexandre a « pratiqué » Pompidou, Giscard, Mitterrand et Chirac. « Pompidou considérait que la presse écrite lui était hostile, et il voulait contrôler les médias audiovisuels. C’était un maître d’école, il corrigeait nos copies. Il disait, M., vous avez dit ceci, ou cela... il commentait nos papiers. » Ses relations avec Giscard ne seront guère plus amicales. « Lors de mes éditoriaux, pendant la campagne de 81, un jour j’ai parlé des diamants de Giscard. Il a boudé la station et n’est jamais venu (ce qui n’a pu que lui nuire car RTL était à l’époque leader des généralistes). Il a boycotté la radio... Un jour, une fois les élections passées, nous nous sommes revus. Il est venu, c’était une réunion, et le directeur lui a demandé, pourquoi n’êtes vous pas venu chez nous pendant la campagne ? Giscard s’est tourné vers son attachée de presse et a dit : Je ne suis pas venu à RTL ? ». Des anecdotes qui évoquent le livre magnifique de Michel Bassi, Cinq présidents à armes égales, où les souvenirs, des débuts de Chirac aux meeting de de Gaulle sont légion.

Philippe Alexandre sera aussi sous la pression de Mitterrand qui demandera clairement son départ (son exil pour les Etats-Unis). C’est Jacques Rigaud, alors président administrateur délégué, qui avait « essayé » de convaincre Alexandre. Mais ce dernier a raconté toute l’histoire dans la presse, aux Nouvelles littéraires, ce qui a eu pour effet de stopper ces pressions.

Un peu de prospective aussi, car il fut question d’Internet et de son intrusion dans le monde des médias « classiques ». Au cœur du débat, cette nouvelle tribune, qui a pris son importance lors du non au référendum sur la constitution. « Les médias traditionnels étaient majoritairement pour le oui, et les blogs, les sites relayaient le non. » Preuve une nouvelle fois que les médias ne font pas une élection. Mais si Philippe Alexandre parle de l’Internet qui est la raison de ce non au référendum, on peut aussi y ajouter une raison plus « sociologique » de rejet de l’opinion dominante. Beaucoup de votants, non internautes, ont réalisé un vote contestataire, c’est mon opinion, et Internet n’est pas le seul responsable de ce non. Au sujet de la régulation de cet espace nouveau qu’est Internet, Philippe Alexandre cite Churchill : « Dans toute extension des libertés démocratiques, il y a, comme disait Churchill, le meilleur et le pire. Je préfère les abus qui sont consécutifs à un excès de liberté, aux abus consécutifs à un excès de dictature. »

Une conférence passionnate pour les auditeurs, venus nombreux (les murs ont été poussés). A suivre dans le cycle de l’Observatoire des médias, Valérie Toranian, directrice de la rédaction de Elle, le 13 mars.


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4 réactions à cet article    


  • Zety Pasbossa (---.---.92.8) 28 février 2007 10:49

    Alexandre s’est surtout illustré en piochant bien profond dans les caniveaux, particulièrement dans ses livres révélant forces anecdoctes plus ou moins croustillantes sur la vie privée de nos hommes politiques. Le pire est que cela était toujours fait au nom de la morale ! Quant à ne pas savoir pour qui il votait, je n’en sais rien. Il n’était en revanche pas difficile de savoir pour qui il ne votait pas. Et l’extrême gauche qui fait peur commençait pour lui du côté de Bayrou !

    A vrai dire, je croyais que ce type était à la retraite (et peut-être mort) depuis longtemps ! Il est des résurrections inattendues mais guère réjouissantes pour autant !


    • Reinette (---.---.149.92) 1er mars 2007 17:23

      Intermittents : Philippe Alexandre, auxiliaire du maintien de l’ordre

      Dans un éditorial du Bien Public de Dijon, daté du 20 octobre 2003, intitulé « Les irréductibles », Philippe Alexandre nous offre un bien bel exemple de journalisme de maintien de l’ordre.

      Le sermon commence par une interrogation pathétique, suivie par une déclaration de tendresse destinée à Jacques Chirac :

      « Comment ramener à la simple raison des groupes, généralement minoritaires, qui usent de tous les moyens violents pour légitimer, si l’on ose dire, leur action ? Les pouvoirs publics n’ont toujours pas trouvé la réponse à cette question qui constitue une vraie torture pour la République. Jacques Chirac s’obstine à déclarer que, pour un pays normalement civilisé et plutôt bien éduqué, tous les conflits doivent toujours être résolus par le dialogue, la concertation c’est-à-dire la sagesse. Malheureusement, en dépit d’une bonne volonté qu’il ne cesse de manifester, ceux-là mêmes auxquels il s’adresse ne veulent rien entendre et usent de la violence de plus belle. »

      « Les cons, ça ose tout, c’est à ça qu’on les reconnaît ». Audiard


      • @jean @jean 4 mars 2007 21:50

        bonsoir il y a des idees que l’on trouve bien à première vue à savoir que chaque journaliste dise pour qui il va voter . A la réflexion ,en pratique ,cela donnerait trop « je ne sais pas encore » « j’attends pour me prononcer »

        ou tout simplement qu’a ce moment là,l’intéressé n’a pas encore fait de choix donc pour moi une fausse bonne idée


        • Yves (---.---.15.118) 9 mars 2007 12:42

          Je trouve assez stupéfiante la capacité qu’ont certains lecteurs citoyens d’Agoravox de pratiquer souvent l’amalgame avec u n déficit d’informations stupéfiant. L’affaire Duhamel et celle de Delarue n’ont absolument rien à voir. L’éviction de Duhamel s’appuie sur la non observance de la charte de France Télévisions par ce brillant chroniqueur éditorialiste.... qui fait explicitement référence aux rapports des collaborateurs de France Télévisions avec les partis politiques ! http://charte.francetelevisions.fr Par contre, il serait inadmissible que Duhamel ait été le seul à trinquer puisqu’il y a d’autres « masques » de France Télévisions qui se sont à leurs tours prononcés pour tel ou tel candidat -on peut d’ailleurs remarquer que les seuls qui se prononcent appartiennent tous au seul service public et qu’ils sont, d’une façon ou d’une autre payés par la redevance- sauf si l’ineffable Patrick Sébastien, le sémillant Ruqier et le mannequin Steevy ne soient pas considérés, de par leur statut d’animateurs, comme des « personnels de France Télévisions » : ce que personnellement je crois ! Les amuseurs publics sont tout juste des clowns... et rien d’autres. Dans les siècles précédents on disait des bouffons ! Delarue en « pelotant » -parait il- les footballeuses algériennes ne s’est inféodé à personne ! Quant à Philippe Meyer, je ne connais pas exactement ni son statut sur France Culture, ni la charte de Radio France !

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