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Accueil du site > Actualités > Médias > Presse écrite : muter ou périr ?

Presse écrite : muter ou périr ?

La Belgique est-elle le laboratoire numérique de la presse écrite de demain ? Après l’annonce par le quotidien économique flamand De Tijd du lancement en avril, en collaboration avec Philips, d’une version numérique de son journal sur « papier électronique », c’est au tour du quotidien francophone La Libre Belgique de préparer sa mutation médiatique à l’ère du Web 2.0. Depuis moins d’un mois, le webmaster du site de La Libre Belgique et de La Dernière Heure (deux quotidiens appartenant au groupe de presse belge IPM), qui est également journaliste, tient un blog sobrement intitulé « La presse et son Web ». Renaud Hermal, c’est son nom, y lève progressivement le voile sur ce que nous prépare le quotidien du boulevard Emile Jacqmain sur le front du journalisme multimédia. Car La Libre, qui n’a pas envie que son lectorat s’érode, tente activement de trouver la parade à la désertion qui frappe la presse écrite depuis des années déjà.

Approfondir la convergence

Dans un message sur son blog, Renaud Hermal décrit la récente formation qu’ont suivie certains journalistes du quotidien pour apprendre à publier les mêmes informations sur différents supports et selon différents formats (journal papier, site Web, audiocast et videocast). La semaine dernière, « une équipe de télévision a accompagné quelques journalistes dans leurs déplacements afin de monter un sujet vidéo en complément de l’article paru dans le journal papier », nous explique-t-il. Tout cela pour « approfondir encore plus ce thème de la convergence et voir concrètement comment cela peut s’organiser sur le terrain et dans le futur ». Car le rêve de beaucoup de patrons de presse, rappelle-t-il sans les nommer, « est que le journaliste puisse écrire, filmer, prendre une photo et enregistrer son interview ». Reste à voir comment les journalistes eux-mêmes - et les syndicats qui les défendent ! - réagiront face à une telle ambition que certains leur prêtent... Réaliste, le journaliste-webmaster souligne la difficulté concrète de l’exercice et la créativité formelle qu’il va falloir mettre en œuvre pour ne pas faire « en moins bien » ce que les professionnels de la radio et de la télé font tous les jours. Il insiste également sur la nécessaire révolution interne des structures de fonctionnement des médias traditionnels qu’imposent l’essor et la concurrence des « médias des masses » : « Nous devons trouver l’organisation pour arriver à produire du multiple média : une organisation structurelle, revoir le fonctionnement des rédactions, organiser un partage des connaissances et surtout être conscient que notre métier de journaliste est en train de changer fondamentalement. Et il ajoute : Ne pas vouloir l’admettre est une grave erreur... »

Le papier pour les papys

Le développement actuel du Web 2.0, avec son cortège de blogs , vlogs, wikis, etc., et la création d’AgoraVox, cet espèce d’Indymedia centralisé et pluraliste dont une version anglophone vient de voir le jour, sont au cœur de la révolution pronétarienne - et donc médiatique - en cours. « La presse écrite quotidienne (...) n’est définitivement plus un média qui peut s’adresser à tout le monde », analyse Jeff Mignon, un consultant médias basé à New York, en commentant une toute récente enquête de la société californienne Outsell sur les sources d’information de 2800 Etatsuniens selon leur âge. « La presse écrite en général (quotidiens et magazines) est la source d’infos, en priorité, des plus de 65 ans, et parfois des 18-30 ans (pour les infos nationales et internationales, le cinéma et les loisirs). La télévision touche également un public de plus en plus vieux, majoritairement les plus de 65 ans. Internet est utilisé par toutes les générations, sauf les plus de 65 ans. »

Le Web, seul média « mass-market »

Comme ses lecteurs - plutôt âgés -, la presse écrite quotidienne est-elle en voie de disparition ? Il est sans doute un peu naïf de le penser (elle n’a pas dit son dernier mot) et de toutes façons beaucoup trop tôt pour l’affirmer. Que révélerait en effet une telle enquête si elle était réalisée en Europe, où le taux de pénétration d’Internet dans la population est presque deux fois moindre qu’en Amérique du Nord ? Ce qui est clair en tout cas pour Mignon, « c’est que seul Internet est en train de devenir un média mass-market. Les autres devront faire des choix ou prendre le risque de ne satisfaire personne. » En octobre dernier, dans un entretien accordé au Figaro, Bill Gates estimait que « dans cinq ans, on peut penser que 40 à 50% des gens liront la presse en ligne », jugeant « cruciale » pour les journaux la qualité de leur site Internet. Une prédiction qui vaut ce qu’elle vaut, bien sûr. Mais la jeune génération, biberonnée à l’Internet, aux blogs et aux podcast, se tournera-t-elle vers le papier quand viendra l’âge de la pension ? Seuls ceux qui n’anticipent pas les changements à venir semblent encore y croire.


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3 réactions à cet article    


  • Christophe Gérard (---.---.135.60) 11 mars 2006 11:17

    je me demande si les journaux français préparent aussi cette « convergence »... C’est le volet « interne » (au sein des rédactions) de la convergence, axé sur la diversification des médias de diffusion (la forme médiatique que les journalistes choisissent pour s’exprimer : texte, son ou image). J’ai lu sur le blog du webmestre susmentionné qu’ils allaient aussi se lancer dans le podcasting d’émissions radio, prochainement disponibles sur Yahoo ! et iTune... Le volet « externe » (hors des rédactions) de la convergence, lui, concerne le contenu. C’est la convergence probable, dans une certaine mesure, des rédactionnels journalistiques et de ceux issus de la blogosphère. C’est l’intégration dans leurs productions médiatiques par les journalistes (de Business Week, notamment, selon de Rosnay) d’informations ou de rédactionnel amené par les blogueurs. Ensuite, ces deux volets se croiseront sans doute partiellement, et on se retrouvera alors face à des journalistes de presse écrite, par exemple, qui diffuseront dans une émission radio podcastée des extraits sonores recueillis par des bloggueurs sur une caméra numérique. Le rôle des journalistes dans les années à venir sera sans doute de plus en plus celui de « sélectionneur » d’infos pertinentes et de « recoupeur » de celles-ci, et de moins en moins celui de « recueilleur » d’infos brutes (c’est d’ailleurs déjà le cas aujourd’hui pour tous ceux qui se contentent de réécrire des dépêches d’agence... souvent des pigistes mal payés qui doivent travailler dans l’urgence...)


    • Jacques P. (---.---.178.229) 12 mars 2006 01:49

      le volet « externe » comme vous dites, c’est le point de vue des synergistes développés ici : http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=7781


    • David Leloup David Leloup 20 mars 2006 09:28

      A Christophe : Oui, bien sûr, sur la convergence que vous qualifiez d’"interne", Libération et Le Monde proposent des extraits audios (et vidéos pour Libé) d’interviews réalisées par les journalistes de la rédaction pour les articles du journal papier.

      Une démarche à ne pas confondre avec les vidéos proposées par Le Figaro ou, outre-Quiévrain, par La Libre Belgique et Le Soir, qui ne sont pour l’instant pas réalisées par les journalistes de ces quotidiens mais directement achetées à Zoom.In, une petite société hollandaise basée à Amsterdam. Celle-ci, en attendant l’avènement du grand marché de l’UMTS (téléphonie 3G), fait son beurre en vendant à une série de quotidiens hollandais (De Telegraaf, De Volkskrant...), belges et français, ainsi qu’à une floppée de portails Internet, des news en vidéo en piochant dans le flux vidéo continu et les archives de l’agence Reuters (pour l’international) et de télés régionales pour l’info locale (TV Brussel en ce qui concerne Le Soir et La Libre). Un modèle déclinable dans le monde entier - la "convergence" est un business comme un autre !

      Ne pas confondre également la démarche "interne" de Libé et du Monde avec la webradio lancée par le mensuel français Technikart qui ne diffuse que de la musique sélectionnée par les journalistes de la rédaction, même si ces derniers semblent se lancer très timidement sur le front de la vidéo.

      En ce qui concerne la convergence "externe" (synergie blogueurs-journalistes), elle suit son cours, lentement mais sûrement semble-t-il. Je vous renvoie vers les récents billets de Didier Durand publiés sur son blog.

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