Il a franchi le Rubicon. A ses risques et périls. Richard Labévière, ancien rédacteur en chef à RFI, licencié par la nouvelle direction du holding France Monde, s’en est pris avec véhémence au "lobby sioniste" pour expliquer sa mise à l’écart. Etat des lieux d’une bataille politico-médiatique permanente.
Journaliste arabisant reconnu , auteur estimé pour l’originalité de ses enquêtes, expert militaire de sensibilté gaulliste et compagnon d’une diplomate anti-Kouchner : Richard Labévière était nécessairement dans la ligne de mire des nouvelles équipes dirigeantes au Quai d’Orsay et dans l’audiovisuel extérieur.
Sans revenir sur la genèse de ’l’affaire Labévière", il est néanmoins judicieux de s’y arrêter en cette veille de rentrée générale. La polémique relative à son licenciement, qui fut initialement discrète et seulement repérée par les connaisseurs attentifs à la couverture médiatique du Moyen Orient, va sans doute prendre une autre ampleur dans les prochains jours.
Entre la visite de Nicolas Sarkozy en Syrie, début septembre, et l’examen aux prud’hommes, à la fin du mois, des conditions juridiques de l’éviction de Labévière, le débat rebondira dans les éditos des journaux et les forums du Net.
La cause du regain d’intérêt ? La conférence de presse tenue par le journaliste à Beyrouth, ce mardi 26 août. Déjà révolté lors de sa première vidéo accusatoire, au lendemain du licenciement, Labévière enfonce le clou, avec colère : il réitère sa dénonciation d’un "lobby sioniste, néo-conservateur et atlantiste" qui serait à l’origine de son éviction. Il va encore plus loin en accusant formellement certains responsables et autres confrères de France Monde de "faux témoignages" à son encontre. Cerise sur le gâteau, il souligne l’obstruction, selon lui, par l’Agence France Presse, dirigée par l’ex-balladurien Pierre Louette, d’informations faisant état du soutien de syndicats de journalistes dont il bénéficie.
Un nouvel adhérent du "club des pestiférés"
Dans le ton général de sa conférence, il ressort que Labévière déplore avec vigueur l’absence de la liberté d’expression, en France, sur les questions relatives au Moyen Orient, et plus spécifiquement au fameux et sempiternel "conflit" israélo-palestinien. Il va même jusqu’à prétendre que cette liberté d’expression est plus grande au Liban qu’à Paris. Evidemment, des internautes et journalistes tel Luc Rozensweig, proches de la ligne BHL, se sont empressés de s’emparer de cette phrase discutable pour attaquer Labévière, son "antisionisme et son américanophobie obsessionnelles" ainsi que sa "victimisation autoproclamée". La ligne de partage semble claire sur la polémique : d’un côté, de sites altermondialistes ou critiques des médias, plutôt favorables à Labévière ; de l’autre, des sites "anti-communautaristes" tels le Causeur d’Elizabeth Lévy ou Marianne2, plutôt sarcastiques à son encontre ; enfin, à côté ou au dessus, les mass media, silenceux au profil bas.
Une chose est désormais certaine : l’homme qui fut régulièrement l’invité d’émissions TV pour son expertise géopolitique, comme "C dans l’air" d’Yves Calvi, rique de se retrouver purement et simplement tricard. Qui se souvient qu’il était l’un des rares spécialistes à mettre en lumière les liens de connivence entre le terrorisme islamiste et les Etats-Unis ou à affirmer à l’antenne que le "réseau" Al-Qaeda n’existait pas ?
Quelque soit le bien fondé ou la pertinence de son accusation principale - l’occultation planifiée et contrôlée par les responsables médiatiques français de tout élément d’information susceptible de nuire à l’image d’Israël et, dans une moindre mesure, à celle des Etats-Unis-, le chercheur, jusqu’alors reconnu et respecté, va rejoindre la cohorte des "excommuniés" du paysage audiovisuel hexagonal. Sans qu’il y ait d’équivalence dans leur carrière ou leur personnalité, ces hommes partagent le même lot : celui des pestiférés contraints de s’exiler ou de s’exprimer essentiellement à travers le Web pour continuer leur travail. Ils sont légion : Dieudonné, Soral, Nabe, Meyssan, Ramadan, Ménargues, Siné et d’innombrables anonymes des sphères artistiques, politiques, médiatiques, militaires et universitaires.
Bienvenue au club, Richard.

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