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Accueil du site > Actualités > Médias > Qui présidera Radio France en mai 2014 ?

Qui présidera Radio France en mai 2014 ?

Effervescence dans le monde de l’audiovisuel public.



Le mandat de cinq ans de Jean-Luc Hees à la présidence de Radio France s’achèvera le 12 mai 2014. La procédure de nomination des patrons de l’audiovisuel public a été de nouveau réformée par la nouvelle majorité. C’est au seul Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) qu’incombera désormais cette responsabilité.

Créée le 6 janvier 1975 et employant aujourd’hui quatre mille trois cents collaborateurs permanents, Radio France est une société anonyme particulière à un seul actionnaire, l’État, et a un budget d'environ 650 millions d’euros (en 2013) essentiellement financé (mais pas uniquement) par la redevance.


La procédure

L’agenda a été défini par le CSA lui-même en décembre 2013 : la désignation se fera officiellement le 7 mars 2014 pour une prise de fonction deux mois plus tard. Le vendredi 24 janvier 2014 était le dernier délai pour déposer sa candidature à cette fonction et le 12 février 2014 sera publiée par le CSA la "short list" (désolé pour l’anglicisme), à savoir, la présélection des candidatures sérieuses, celles qui sont vraiment dans la "course".


Dans un communiqué à la presse, le CSA a annoncé le 29 janvier 2014 qu’il avait reçu douze candidatures. La "short list" est entendue ainsi : « Le collège établira, mercredi 12 février 2014, à la majorité des membres qui le composent et à bulletins secrets, la liste des candidats qu’il entendra et la rendra publique. ». Le 7 mars 2014, les membres du CSA désigneront le futur président à bulletins secrets aussi, après avoir "auditionné" à huis clos les candidats présélectionnés (au cours de la seconde quinzaine de février).

Selon certains proches, le président du CSA, Olivier Schrameck, ancien directeur de cabinet de Lionel Jospin à Matignon et nommé à la tête du CSA par François Hollande le 23 janvier 2013 (non non, les nominations du Président de la République ne sont pas politisées, comme promis), ne verrait pas d’un mauvais œil que la personne désignée soit une femme.

À part Marie-Christine Saragosse et Véronique Cayla, il y a en effet peu de responsables femmes dans l’audiovisuel français, mais Radio France a eu un début remarquable à cet égard, puisque son premier président était une présidente, Jacqueline Baudrier, à qui succéda une autre femme, Michèle Cotta. Même si la direction générale et le secrétariat général sont occupés aujourd’hui par des femmes à Radio France, les directeurs des stations, en particulier des quarantaines antennes locales du réseau France Bleu, sont aujourd’hui quasiment tous des hommes.


Les candidats

Pour l’instant, seulement quelques-unes des candidatures ont été rendues publiques (par les candidats eux-mêmes) et le reste est véhiculé par des rumeurs plus ou moins crédibles.

Il faut bien comprendre que pour un candidat à ce poste, probablement déjà dans des fonctions de responsabilité dans l’audiovisuel, il y a un véritable risque à révéler à son employeur actuel qu’il cherche à le quitter. C’est en effet souvent une partie de poker, quitte ou double : ou le candidat est désigné, ce qui correspond à ses attentes, ou il n’est pas choisi (ce sera le cas pour onze des douze candidats) et il aura du mal à rester dans une fonction qu’il voulait ouvertement quitter. Sauf s’il se met d’accord avec son employeur d’origine (ce qui est le cas pour certains candidats).

Par conséquent, je me bornerai juste à évoquer ce que la presse a déjà évoqué à ce jour, sans en dire plus pour ne gêner personne. Seules, cinq des douze candidatures sont connues publiquement.

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La première candidature connue, et qui ne pose pas de problème d’ailleurs par rapport à ce que j’évoquais plus haut, c’est celle de Jean-Luc Hees lui-même. Au début de son mandat, à cause de la procédure, il a eu beaucoup de mal à faire comprendre que ce n’était pas parce qu’il avait été nommé directement par le Président Nicolas Sarkozy qu’il s’était soumis aux diktats de l’Élysée. Journaliste, il a aussi sa fierté d’indépendance.

Du reste, cette nomination avait dû passer par les commissions parlementaires et le CSA pour avis et Jean-Luc Hees est revenu régulièrement devant les commissions parlementaires (une ou deux fois chaque année) pour rendre compte de l’évolution de Radio France. Ces auditions étaient d’ailleurs publiques, diffusées sur la Chaîne parlementaire et sur les sites Internet de l’Assemblée Nationale et du Sénat, et tous les citoyens intéressés ont pu ainsi l’écouter.

Sa candidature pour la reconduction de ses responsabilités n’était pas vraiment une surprise et a été expliquée à l’ensemble du personnel de Radio France. Il a mené notamment le long et difficile projet de réhabilitation de la Maison de Radio France (dont il a fêté les cinquante ans le 17 décembre 2013 en présence même du Président François Hollande), le plus grand chantier de la région parisienne (480 millions d’euros), ainsi que la mise en place de la numérisation (le site Internet de Radio France est parmi les plus fréquentés pour les téléchargements d’émissions), et cela plutôt dans un climat de stagnation budgétaire imposée.

En 2012, Radio France avait gagné 480 000 auditeurs par rapport à 2011, rassemblant 14,1 millions de personnes. L’audience cumulée s’était établie à 26,8% (+0,8%) et la part d’audience du groupe s’était élevée à 23,5%, soit la meilleure depuis 2003. Par ailleurs, une direction des achats a été mise en place dans le but de faire des économies d’échelle.

Le choix de la reconduction du président sortant aurait une conséquence institutionnelle : âgé de 62 ans, Jean-Luc Hees ne pourrait pas rester au-delà de 65 ans et devrait donc démissionner le 10 août 2016 (la loi sur les responsabilités publiques est ainsi, pas très cohérente puisqu’il est aussi interdit de refuser le maintien d’un salarié jusqu’à l’âge de 70 ans s’il le désire, sauf si l’employeur choisit de le licencier). Cela signifierait que le CSA aurait à nommer un nouveau président de Radio France quelques mois avant l’année électorale 2017.

Parmi les autres candidats déclarés publiquement, il y a l’humoriste et comédien Stéphane Guillon (50 ans). Il est probable que sa candidature ne franchisse pas la date du 12 février 2014. Il a annoncé sa candidature le 22 janvier 2014 sur son compte Twitter. Très exposé médiatiquement grâce à sa chronique matinale sur France Inter (rappelons que c’est le premier qui avait évoqué avec beaucoup d’échos les propensions sexuelles de Dominique Strauss-Kahn), il avait été renvoyé le 23 juin 2010 de son employeur après de très nombreuses provocations où il insultait régulièrement son patron. Cette candidature semble être son ultime provocation.

S’il avait pu obtenir de très juteuses indemnités par la suite, c’est pour des raisons très administratives, et qui concernent beaucoup de métiers dans l’audiovisuel, les chroniqueurs étant en général payés en cachets mais comme c’est régulier, la justice reconvertit généralement ces contrats en CDI, c’est ce qu’il se passe régulièrement chaque fois qu’une chroniqueur est "remercié" d’une station de radio ou d’une chaîne de télévision, ce qui lui permet d’avoir le beurre (les cachets sont supérieurs au salaire qu’il aurait pu recevoir) et l’argent du beurre (les indemnités de licenciement dues à un CDI), en revanche quand même pas la crémière (l’employeur ne le rappelle pas).

Il semblerait que Stéphane Guillon soit un peu moins exposé médiatiquement maintenant, lui qui devait sa notoriété à France Inter (et par la suite Canal Plus), et qu’il cherche, par sa candidature, comme par ses récentes déclarations anti-Dieudonné, à refaire parler de lui d’une manière ou d’une autre (l’oubli étant la punition la plus terrible pour un humoriste). Cela risque de ne pas faire long feu. Sa candidature est probablement l’expression d’une certaine amertume sinon d’une certaine rancœur sur un bras de fer qu’il a finalement perdu il y a quatre ans.

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Parmi les candidatures potentiellement très solides, il y a aussi celle de Martin Ajdari (45 ans), l’actuel secrétaire général de France Télévisions et directeur général délégué aux ressources, qui a pris sa décision au dernier moment le 24 janvier 2014 et qui l’a officiellement annoncée à ses collaborateurs dans un email (rapporté par la presse le 29 janvier 2014).

Directeur général de Radio France sous la présidence de Jean-Paul Cluzel de 2004 à 2009, et après un passage à l’Opéra de Paris, il a un parcours de douze ans dans le service public de la culture et de l’audiovisuel et avait assez bien marqué Radio France dans une rationalisation de la gestion : « C’est une entreprise que je connais donc bien et à laquelle j’ai gardé un attachement assez fort pour avoir envie de contribuer à son développement. ».

Il a par ailleurs précisé que sa candidature a été faite en accord avec le président de France Télévisions, Rémi Pflimlin, lui-même dont le mandat s’achève en 2015. Le handicap supposé de Martin Ajdari serait d’ailleurs qu’il est considéré comme un homme-clef de France Télévisions.

Deux femmes semblent également être des candidates de poids dans la course.

Anne Brucy (56 ans), ancienne directrice de France Bleu (jusqu’au 27 juillet 2012), ancienne directrice de la communication du groupe Havas et ancienne directrice de France 3 Nord-Pas-de-Calais-Picardie, est actuellement chargée de mission auprès d’Aurélie Filippetti, la Ministre de la Culture et de la Communication, sur l’avenir de l’offre régionale et locale de France 3, un rapport qu’elle doit rendre en avril 2014, juste avant mai.

L’autre candidate est l’actuelle directrice générale d’Arte (depuis le 23 mars 2011), Anne Durupty (59 ans), qui fut directrice générale du CSA, et avant, directrice de cabinet de Hervé Bourges lorsqu’il présidait le CSA, et elle a été également directrice au Ministère de la Communication. Anne Durupty a envoyé un email à ses collaborateurs pour expliquer sa candidature faite en plein accord avec Véronique Cayla, la présidente d’Arte : « J’ai beaucoup de plaisir et d’intérêt dans mes fonctions à Arte et apprécie autant sa mission culturelle que sa nature franco-allemande. Mais, à ce stade de ma vie professionnelle, la présidence de Radio France représenterait une nouvelle et passionnante étape, que je souhaite tenter. ».

Pour les sept autres candidatures à l’heure actuelle non connues, la question est de savoir s’il y en a de solides qui peuvent concurrencer les quatre sérieuses évoquées plus haut (je néglige celle de Stéphane Guillon).

Les critères de choix vont être multiples, peut-être déjà entre le maintien ou le remerciement du président sortant, Jean-Luc Hees, ou encore le critère féminin (il est néanmoins à espérer que ce critère ne sera pas le principal et que seront appréciées en premier lieu les compétences pour ce poste), ou encore un critère politique : quelle sera l’influence (forcément existante) de l’Élysée, et de son conseiller culturel, Denis Kessler, ancien directeur de France Culture ?


Les non candidats

Parmi les personnes qui ne seraient pas candidates alors que leurs noms étaient régulièrement cités depuis plusieurs semaines, il y aurait : Bruno Patino, ancien directeur de France Culture, ancien directeur au journal "Le Monde" et actuel directeur général délégué aux programmes de France Télévisions, Marie-Christine Saragosse, actuelle présidente de France Médias Monde (réunion de France 24 et RFI, Radio France Internationale), Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire "Le Nouvel Observateur", Mathieu Gallet, président de l’INA (Institut national de l’audiovisuel), Emmanuel Hoog, ancien président de l’INA et actuel président de l’AFP (Agence France Presse), Olivier Poivre d’Arvor, le directeur de France Culture, ou encore Louis Dreyfus, président du directoire du journal "Le Monde".


Quelques enjeux

Les enjeux pour le prochain mandat sont nombreux.

Il y a bien sûr la concurrence avec Internet qui fait que les gens utilisent maintenant la radio différemment. Après l’abandon de la radio numérique terrestre (justifiée par les réseaux 4G), la question est de savoir si une radio présente sur Internet doit ou pas mettre des images (comme les chaînes de télévision). Au contraire d’une télévision, une radio ne peut pas se permettre de silence, en revanche, elle peut se permettre de mettre des images différentes, comme de simples informations repères qui ne nécessitent pas d’être regardées pendant tout le temps d’une émission.

Un autre chantier très sensible serait probablement d’harmoniser la politique de la musique. Radio France emploie deux orchestres de très grande importance internationale, l’Orchestre Philharmonique de Radio France et l’Orchestre National de France, dont les programmations sont à la discrétion de chacun des deux directeurs (de prestigieux chefs d’orchestres, respectivement Myung-Whun Chung et Daniele Gatti) qui peuvent ne pas être en cohérence ou être tout simplement redondantes, car décidées sans concertation.

Enfin, le nouvel auditorium qui sera bientôt disponible à la Maison de Radio France (prévu en automne 2014) et qui fera déserter les orchestres de la (très agréable) Salle Pleyel et du Théâtre du Châtelet fera partie des équipements accessibles au grand public. Certaines parties de la Maison de Radio France deviendront en effet publiques comme c’est le cas pour une bibliothèque ou un centre culturel.

Par ailleurs, la question qui pourrait rester dans les esprits, c’est l’évocation, plus par une boutade que par une remarque très réfléchie, de la réunion de Radio France et France Télévisions par le Président de la République François Hollande. Ce retour à l’ancien ORTF ne semblerait toutefois pas du tout envisagé, et cela ne concernerait de toute façon pas le mandat du futur président de Radio France. Cela concernerait avant tout la majorité parlementaire, car ce genre de transformation (pas prévue a priori) devrait passer par une loi.

Rendez-vous donc le mercredi 12 février 2014 pour la liste des "nominés" et le vendredi 7 mars 2014 pour le choix final.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (6 février 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Hollande.
Humour présidentiel à la Maison de la Radio.
François Hollande fête les 50 ans de la Maison de la Radio (17 décembre 2013).

Jean-Luc Hees.
Philippe Val.
Jean-Paul Cluzel.
Jacqueline Baudrier.
Stéphane Guillon.
Martin Ajdari.


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5 réactions à cet article    


  • howahkan Buddha Hotah 6 février 2014 10:57

     nethanyaou, lieberman........ ???


    • zygzornifle zygzornifle 6 février 2014 14:20

      J’aurais bien pensé à Dieudonné mais il parait qu’il est en disgrâce....donc ce sera un pote à Hollande, Ayrault ou Valls ....


      • norbert gabriel norbert gabriel 6 février 2014 15:15

        Moi je vois bien Anne Durupty, une femme expérimentée 69 ans donc l’âge pour un mandat ; elle a pas mal d’atouts, n’empêche que Hees a fait du bon travail, et dans ce domaine, la barrière de 65 ans est un peu inappropriée. Pourquoi ne pas l’appliquer aussi aux élus ?


        • Germain de Colandon 6 février 2014 19:07

          Qui présidera Radio France en mai 2014 ?

          Le CRIF, la LICRA et autres fallacieux...


          • Qaspard Delanuit Qaspard Delanuit 7 février 2014 01:25

            Exemple de journalisme blablateur parfaitement inutile. Pour savoir qui sera nommé machin truc, il suffit d’attendre sa nomination.

            Qu’est-ce que ça peut apporter de savoir ça à l’avance ??

            Il y a des paris clandestins ?

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