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Racolage humanitaire

Le film Sans frontière raconte une histoire édifiante :

Au cours d’une soirée mondaine, organisée sous le prétexte de venir en aide aux Ethiopiens - davantage organisée à des fins politiques qu’humanitaires -, Sarah Jordan (Angelina Jolie) s’amourache de Nick Callahan (Clive Owen), un baroudeur de l’humanitaire. Ce dernier, habitué des coups d’éclats médiatiques, bouleverse la réception en débitant un discours bien rôdé sur le manque de financements et de ressources. Sarah, jeune mariée, est subjuguée et prend alors l’initiative d’aller porter elle-même de la nourriture dans un camp éthiopien.

De retour à Londres, elle s’implique au sein du HCR (Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés) et garde le contact avec Nick. Les années passent, et lorsque Nick lui demande d’user de son influence au sein du HCR pour l’aider au Cambodge où elle le rejoindra.

Elle le rejoindra une dernière fois en Tchétchénie pour mourir... en marchant sur une mine antipersonnelle. Lui quittera son battledress humanitaire et retournera en Angleterre pour voir la fille... qu’ils ont conçue au Cambodge.

CAMPBELL Martin, Sans frontière (Beyond Borders), 2003 [AlloCiné - IMDb - IMDb Video - Wikipédia].

Angelina Jolie incarne parfaitement la petite-bourgeoise, un peu conne mais toujours bien maquillée et propre sur elle (vêtue d’un blanc virginal dans la première partie) à l’image d’une Bécassine moderne, qui s’offre quelques frissons dans les bras de Clive Owen, le médecin-baroudeur de l’humanitaire à l’image de notre Monsieur Sac de riz [1].

Ce film, au-delà des clichés romanesques bien lourdingues, est un éloge complaisant à l’adultère petit-bougeois pour la bonne cause humanitaire. Le scénario est construit sur le modèle des films de recrutement pour l’armée. Si l’humanitaire rime avec militaire, le réalisateur mêle astucieusement les styles Rambo (pour les hommes) et fleur bleue (pour les femmes). Aux hommes il vend l’aventure virile aux quatre coins du monde sous les projecteurs des caméras qui est récompensée par le repos du guerrier ; aux femmes l’aventure sentimentalo-humanitaire qui autorise toutes les transgressions sociales.

Ce film, construit entre sensiblerie putassière et dramatisation de l’action, nous vend en prime l’idéologie humanitaire : néo-colonialiste (les scènes en Ethiopie), anticommuniste (les scènes au Cambodge et en Tchétchénie) et collaborationniste avec les trafiquants de drogue et d’armes.

Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• 12/05/2010, Les petits soldats de l’humanitaire, Monde en Question.
• 25/01/2010, Le colonialisme humanitaire, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Aide humanitaire - Colonialisme humanitaire, Monde en Question.


[1] La Bécassine moderne, mithridatisée par les prescriptions publicitaires des médias, « n’hésite plus à coucher dès le premier rendez-vous et ses accessoires féminins, du talon aiguille à la guêpière en passant par la culotte fendue sont aujourd’hui autant d’étendards fièrement levés à la gloire du féminisme conquérant »... pour la bonne cause humanitaire.
MAILLARD Agnès, Coïtum Triste, Le Monolecte, 06/07/2010.
Lire aussi :
• LEFORT Serge, La haine du poil, Monde en Question, 07/07/2010.
• LEFORT Serge, Monsieur Sac de riz et Chanoine de Latran, Monde en Question, 31/07/2009.


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9 réactions à cet article    


  • Odal GOLD Odal GOLD 15 juillet 2010 12:22

    Les professionnels de l’aide ont quelque chose d’hysté­rique, et d’intéressé : c’est toujours en sous-entendu. L’opinion publique le comprend ainsi, et la plupart se reconnaissent dans ce genre de chantages inesthétiques – pas chers, pas risqués, et qui peuvent rapporter gros, et même le paradis (!).

     

     Dans le « charité business » il y a aussi les riches qui cachent et justifient ainsi leur bonheur : ils ont peur de tout. Il y a des manières de voler qui sont belles, comme il y a des manières de donner qui sont monstrueuses.


    • voxagora voxagora 15 juillet 2010 14:19

      Très bonne critique, merci à l’auteur.

      à Odal GOLD et accessoirement , si vous repassez par là :
      en quoi l’« hystérie’ » caractérise-t-elle les « professionnels de l’aide ? »
      La réponse m’interesse beaucoup.


      • Odal GOLD Odal GOLD 19 juillet 2010 00:22

        @ voxagora

        Appels trop aiguë aux sentiments, quelque chose de théâtral et de faux
        Gestes des pleureuses et des professionnels mendiants, et toutes ces ficelles de la Cour des miracles modernes.
        Donc hystérie dans les sentiments affichés, dans la voix, dans les postures : en général ces gens là - telles les dames patronnesses - ne sont là que pour mettre de la charité plein les yeux. Ils et « Elles » veulent ainsi faire oublier toute notion de solidarité organisée.

        Par exemple :toutes ces aides pour l’Afrique.
        Le Pékin moyen français, sollicité, aide soi-disant pour les populations misérables. Dans les faits, cela fait juste oublier les sommes colossales détournées par les multinationales (voir certains partis politiques français) et les dirigeants corrompus dans ces pays là. Et ceux-là, on ne les attaquera jamais, ils font partie de l’arnaque de la cour des miracles.

        Donc partout les professionnels de l’aide et la charité ne sont là que pour faire jouir un certain type humain : plein d’argent et qui a besoins de la misère pour mieux en jouir.

        Et je précise qu’il y a des riches qui valent mieux que beaucoup de pauvres, c’est plutôt une question de type humain très répandu dans toutes les classes sociales...
        ...type humain de la cour des miracles, riche ou pauvre, toujours religieuse, méchante et infantile, toujours « hystérique »)


      • antonio 15 juillet 2010 19:09

        Je n’ai pas vu le film.
        La critique me paraît fort intéressante.
        Finalement, si j’ai bien compris, le « filon humanitaire » permet le renouvellement du genre du western plus ou moins tombé en désuétude : la jeune femme sage séduite par le héros très viril, les dangers encourus ensemble pour « la bonne cause », une ou deux scènes amoureuses un peu plus osées que dans les films de cow-boy traditionnels, avec en prime « l ’exotisme » des paysages et des populations...
        Il est, j’en suis sûre, des humanitaires « sincères », de bonne foi.
        Il en est d’autres, en revanche, pour qui c’est le dernier terrain « d’aventures » pour ressentir des sensations et s’éclater " Pour ces derniers, finalement, la misère a du bon...


        • antonio 15 juillet 2010 21:37

          @ M. Yang,
          Merci de ce rappel : c’est un des premiers articles de vous que j’avais commenté et je l’avais fort apprécié.Il avait entres qualités celle de démystifier l’univers « bisounours » de l’humanitaire si abondamment répandu par les médias et la pitié bêlante ( oh ! qu’il est bien d’adopter un petit Haïtien !).
          Angelina Jolie d’ailleurs est une star de l’humanitaire puisqu’elle expose avec elle des enfants colorés de diverses origines, style « United colours of Bénetton ». C’est si « tendance » de montrer ainsi son grand coeur ( Madonna et le Malawi) !
          Je suis sûre que ce film va beaucoup plaire...


          • sunjixav 16 juillet 2010 00:02

            Merci à l’auteur pour cette critique réaliste ... , je ne rajouterai qu’une chose qui m’avait interpellé à l’époque mais qui ne m’étonne plus du tout maintenant  : de plus en plus d’écoles de commerce ont une « option » humanitaire / association ...ou d’une appellation équivalente .. ca ne choque personne ?


            • Annie 16 juillet 2010 10:46

              Mr Villach aurait appelé cela le leurre humanitaire. Mais comme avec tout leurre, il y a aussi des gens qui ont les yeux ouverts, qui comprennent et critiquent le système, et ils sont nombreux. A s’attacher uniquement aux dysfonctionnements et aux excès de l’action humanitaire, on néglige de comprendre par quoi elle est aujourd’hui motivée, l’idéologie qui la soutient et l’argent qui la finance au niveau institutionnel. Les stéréotypes véhiculés dans ce film devraient être le cadet de nos soucis. 


              • Serge LEFORT Serge LEFORT 16 juillet 2010 16:39

                En cherchant des infos sur le film Beyond Borders, j’ai trouvé, petit détail troublant, que c’est le nom d’une ONG contre l’exploitation sexuelle des enfants, d’une ONG évangéliste pour la promotion de l’éducation et d’une association évangéliste implantée notamment en Afrique, au Cambodge et en Russie - les trois pays où se déroulent les aventures entre Angelina Jolie et Clive Owen.


                Sur l’injonction compassionnelle de l’humanitaire voir mon commentaire et la sélection bibliographique dans Timisoara-Och, la dictature de l’émotion.
                Sur les origines de de l’humanitaire voir Rue89, agent de propagande I et Faire l’histoire de l’humanitaire.

                En bref, l’humanitaire est lié au religieux (idéologie), au militaire (méthodes) et, comme le rappelle Annie, c’est un business très rentable... avec l’argent des pauvres.

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