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Accueil du site > Actualités > Médias > Radio France : le choix (étonnant) de Mathieu Gallet

Radio France : le choix (étonnant) de Mathieu Gallet

Le CSA a choisi la vision à horizon 2020 qui l'a le plus convaincu pour la présidence de la radio publique, dans un contexte de grande qualité des principaux candidats.

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La décision a été rendue publique à Paris ce jeudi 27 février 2014 à 14h.30. L’actuel président de l’INA (Institut national de l’audiovisuel) Mathieu Gallet a été nommé président de Radio France par le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) et son mandat de cinq ans commencera le 12 mai 2014. Il est ainsi le dixième président de Radio France en quarante ans, successeur (entre autres) de Jacqueline Baudrier, Michèle Cotta, Jean-Noël Jeanneney, Jean-Marie Cavada, Jean-Paul Cluzel et Jean-Luc Hees.


Mathieu Gallet

Il est d’ailleurs le plus jeune président de Radio France, puisqu’il vient d’avoir 37 ans et son arrivée à la tête de la radio publique a donc étonné ses futurs collaborateurs. Après un diplôme de l’Institut d’études politiques de Bordeaux (1999) et un DEA d’analyse économique des décisions publiques à la Sorbonne, il a commencé sa carrière à Erato Disques, à Pathé, puis dans le groupe Canal Plus, dans le marketing, le contrôle de gestion et les relations institutionnelles.

En 2006, Mathieu Gallet a quitté le secteur privé en intégrant en tant que conseiller technique chargé de l’audiovisuel et des nouvelles technologies le cabinet du Ministre délégué à l’Industrie François Loos. En 2007, il a poursuivi sa carrière dans les cabinets ministériels au sein du Ministère de la Culture, d’abord sous la ministre Christine Albanel puis sous son successeur Frédéric Mitterrand qui, dans son dernier livre ("La Récréation"), a évoqué ainsi sa rencontre le 26 juin 2009 avec le conseiller : « Mathieu Gallet, sitôt vu, sitôt nommé directeur de cabinet adjoint. ».

Mathieu Gallet fut ensuite nommé le 26 mai 2010 président de l’INA pour succéder à Emmanuel Hoog. Parmi ses réalisations, des négociations réussies avec les syndicats qui ont abouti à un nouvel accord collectif signé le 9 novembre 2012 (alors que c’était l’un point faible de Jean-Luc Hees à Radio France), l’ouverture de l’INA vers l’extérieur et le grand public, notamment en proposant des vidéos de l’INA à Dailymotion et Youtube, et dans les musées.


La décision du CSA

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel est composé de neuf membres (bientôt sept avec la nouvelle loi) nommés pour six ans, dont cinq femmes : son président Olivier Schrameck (nommé par François Hollande le 23 janvier 2013), Françoise Laborde (nommée par Nicolas Sarkozy le 24 janvier 2009), Christine Kelly (nommée par Gérard Larcher le 24 janvier 2009), Emmanuel Gabla (nommé par Bernard Accoyer le 24 janvier 2009), Francine Mariani-Ducray (nommée par Nicolas Sarkozy le 24 janvier 2011), Nicolas About (nommé par Gérard Larcher le 24 janvier 2011), Patrice Gélinet (nommé par Bernard Accoyer le 24 janvier 2011), Memona Hintermann (nommée par Jean-Pierre Bel le 23 janvier 2013) et Sylvie Pierre-Brossolette (nommée par Claude Bartolone le 23 janvier 2013).



Sa décision n°2014-60 du 27 février 2014 portant nomination du président de Radio France a été fondée par l’article 47-4 de la loi du 30 septembre 1986. Et le choix de Mathieu Gallet par le CSA a été motivé par plusieurs éléments.

D’une part, son projet stratégique a semblé au CSA « le mieux à même de préparer Radio France à résoudre les questions auxquelles elle sera confrontée au cours des cinq années à venir » en citant notamment l’élargissement et le renouvellement de l’audience et la convergence numérique. « Le Conseil a été particulièrement sensible à sa conception d’un service global combinant, autour d’antennes dotées d’identités fortes, des programmes, des contenus enrichis et des services associés, et à sa volonté d’aller au-devant de nouveaux publics en déployant l’offre de Radio France sur tous les supports disponibles et en développant une politique volontariste de partenariat. » (ce qu’avait pratiqué Mathieu Gallet à l’INA avec succès).

Parmi les points stratégiques, il y a « ses engagements en faveur d’une forte exigence pluraliste, tant en matière d’information indépendant, dynamisée et rigoureuse, que d’offre culturelle riche et diversifiée, particulièrement dans le domaine musical ».

D’autre part, le CSA a été convaincu par sa capacité de mettre en œuvre son projet par « une vision claire de la gouvernance de l’entreprise, de la politique de ressources humaines et du dialogue social », avec une « organisation mieux coordonnée », une « direction resserrée », des « dirigeants de proximité responsabilisés » ainsi que « l’attention portée à la diversité des origines et des compétences, à la parité entre les femmes et les hommes, fondée sur la reconnaissance de l’effort et du mérite ».

Enfin, le CSA a tenu compte de « l’expérience acquise » dans le secteur de la culture et des médias audiovisuels, de sa « compétence managériale » et des « résultats de son action » comme président de l’INA, constatant que « l’essentiel des objectifs chiffrés définis dans le contrat d’objectifs et de moyens 2010-2014 de l’INA avaient été atteints ».


Le projet de Mathieu Gallet

Une synthèse de quatre pages du projet que Mathieu Gallet avait présenté au CSA lors de son audition du 25 février 2014 a été rendue publique par le CSA lui-même. La radio BFM Business s’était par ailleurs procuré son dossier de candidature de quinze pages. Le projet de Mathieu Gallet reste dans la voie tracée également par son prédécesseur.

Il repose sur le constat que la radio est en concurrence avec la télévision et l’Internet, avec la démultiplication des écrans et des réseaux sociaux et qu’il faut qu’elle renforce ses atouts qui sont la mobilité, la multi-activité et la fidélité, dans sa triple mission : informer, éduquer, divertir.

Pour lui, il y a nécessité de généraliser la radio filmée : « On doit pouvoir regarder la radio ! » en développant un « service global » incluant du son, de la vidéo, des textes, des réseaux sociaux et des services comme la météo, l’emploi, le covoiturage, le trafic sur les routes etc.

Parmi les mesures proposées, une gouvernance moins verticale et décloisonnée (ce qui a commencé à se faire), un dialogue social renforcé avec à la clef un accord d’entreprise (Mathieu Gallet propose aussi que les musiciens soient encore plus impliqués dans les décisions concernant leurs activités : « davantage consultés sur les choix de répertoires, de chefs invités, de compositeurs en résidence »), et la possibilité de rendre payants les podcasts (téléchargements des programmes diffusés) : « Les contenus enrichis et les nouveaux usages pourront faire l’objet d’une valorisation. L’écoute différée implique un coût d’archivage, d’éditorialisation et de distribution pouvant justifier l’acquittement d’une contrepartie, même modeste. ».

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Il souhaite également déployer « une offre numérique riche et diverse » tout en veillant « à ne pas perdre la dimension intime de la radio, le mystère transmis par le son, l’imaginaire porté par la voix ».

Il suggère de renforcer l’offre créative de Radio France en encourageant « les commandes à de jeunes écrivains et dramaturges », et en développant la création musicale. « Il est indispensable de renouveler l’offre musicale du groupe, en clarifiant les missions respectives des deux orchestres et en réformant l’organisation de la direction de la musique. ».

Il imagine de renforcer l’identité des radios « pour fédérer l’audience la plus large », en accentuant « la place de l’autopromotion des programmes sur les antennes ».

Pour Le Mouv’, il envisage carrément un changement de nom et un renouvellement profond pour « parler à toute la jeunesse, notamment les publics oubliés des médias nationaux » et « retrouver pleinement une place de découvreur de talents ». Parmi les idées, des partenariats avec des salles de concert.

Pour France Info, il veut éviter le plus possible le préenregistré (« le direct sera la règle ») et y favoriser le journalisme d’investigation et l’information sportive. Il veut l’inclure dans une « fédération numérique » avec France Télévisions, France Médias Monde et l’INA.

Il est très probable que Mathieu Gallet ait conçu ce programme très ambitieux avec la précieuse aide de son numéro trois à l’INA, Frédéric Schlesinger, ancien directeur de France Inter que Jean-Luc Hees avait remplacé le 18 juin 2009 par Philippe Val lors de son retour à Radio France. Frédéric Schlesinger était entré à Radio France comme directeur du Mouv’ (2003-2006) nommé par Jean-Marie Cavada.


Les autres candidats

Parmi tous les candidats, il y avait au moins cinq personnalités de grande qualité pour occuper le poste : le président sortant, Jean-Luc Hees, le secrétaire général de France Télévisions Martin Ajdari, la directrice générale d’Arte Anne Durupty et l’ancienne directrice du réseau France Bleu Anne Brucy, ainsi que Mathieu Gallet.

C’est ce qu’a expliqué avec satisfaction le CSA dans ses motivations : « Le Conseil tient à saluer la qualité des candidatures reçues et celle des échanges avec les candidats auditionnés. Il y voit une preuve de l’attrait que Radio France, média de référence, exerce sur des personnalités expérimentées et compétentes. (…) Le Conseil a été particulièrement sensible a la grande motivation, au sens élevé du service public et à l’attachement à ses valeurs et à ses missions dont ils ont témoigné, dans leurs projets stratégiques comme lors de leurs auditions. ».

Face à une telle offre, le CSA a donc eu beaucoup de mal à départager les candidats et leur projet, ce qui a évidemment suscité des déceptions.

Déception pour Jean-Luc Hees qui se sentait ne pas avoir démérité dans l’exercice de ses fonctions sur les cinq années qui viennent de s’écouler.

Déception aussi pour Martin Ajdari qui s’est beaucoup impliqué dans cette candidature et que certains journaux considéraient comme favori, comme "Télérama" (n°2245 du 19 février 2014) : « Réputé pour son souci de l’argent public, l’ancien directeur général délégué de Radio France (…) y a laissé de bons souvenirs, y compris auprès des syndicats. Pour beaucoup, il fait figure de favori. ».

Les deux candidates peuvent être elles aussi déçues que le choix du CSA (composé pourtant de plus de femmes que d’hommes) ne se soit pas fait en faveur d’une femme, mais le sexe ne devait heureusement pas être le seul critère. La même édition de "Télérama" indiquait qu’Anne Durupty « est celle que, dit-on, le CSA est allé chercher pour étoffer son éventail des possibles ». L’institution indépendante la connaissait très bien puisqu’elle y avait travaillé de nombreuses années (comme directrice générale notamment).

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Le choix de Mathieu Gallet peut s’expliquer par le dynamisme dont son expérience a fait preuve et par la focalisation sur le développement du numérique pour faire de Radio France un "média global" visant à intégrer systématiquement la radio dans un triptyque son, vidéo, web et pour lui permettre d’occuper « une place centrale dans le paysage médiatique et culturel français ».


Un mot sur la procédure

Dans un précédent article, j’avais évoqué quelques remarques sur la procédure de nomination décidée par le CSA, notamment sur le manque de transparence par des auditions à huis clos. Je voudrais aujourd’hui pointer une contradiction d’objectifs.

En fait, la question qui se pose est la suivante : quelles devraient être les procédures les plus pertinentes pour nommer les principaux responsables des entreprises de l’État ?

L’État a deux types de représentants légitimes : le Président de la République, et les parlementaires, tous élus au suffrage universel, direct sauf pour les sénateurs, indirect. La légitimité du CSA est plus faible puisqu’il émane de ces trois légitimités populaires mais indirectement (avec parfois trois intermédiaires, lors qu le membre est nommé par le Président du Sénat). C’est d’ailleurs le principe même du CSA et de nombre d’institutions indépendantes : nommer des personnalités libres et indépendantes pour certaines décisions sensibles, hors de portée du gouvernement (pourtant démocratiquement élu).

Cependant, peut-on dire que le CSA soit le véritable représentant de l’État ? Là, c’est moins évident. Un point par exemple essentiel : l’État, aujourd’hui, essaie de réaliser des économies partout où il peut pour réduire les déficits publics. Est-ce dans les préoccupations du CSA ? Certainement pas, où au contraire, il veille scrupuleusement sur le respect des cahiers des charges, sur la qualité des programmes etc.

On voit ainsi un malaise : plus un établissement peut dépenser, plus il est capable de remplir ses objectifs définis avec le CSA. Mais son unique actionnaire (la tutelle), l’État, n’est pas forcément dans ce même objectif puisque son rôle aujourd’hui est de limité les dépenses.

On pourra toujours estimer que dans le choix d’un patron de l’audiovisuel public, le CSA prend également comme critère la capacité d’être compatible avec les choix de l’État. C’est un principe de responsabilité des membres du CSA que je me garde donc bien de remettre en cause.


Épilogue

Mathieu Gallet a pu "profiter" de sa position de président de l’INA pour réaliser une petite rétrospective des neufs premiers présidents de Radio France (1975 à 2014), qu’il est possible de lire et regarder à ce lien. La page a été éditée le 27 février 2014 à 12h55 (avant l’annonce de sa nomination) et modifiée à 15h02 (pour indiquer sa nomination).

Autre nouveauté de la procédure : Jean-Luc Hees va se retrouver pendant deux mois président et en même futur ex-président à l'autorité moins établie. C'est la première fois qu'une si longue période est donnée entre l'annonce du nom du successeur et la fin d'un mandat.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 février 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rétrospective de l'INA des présidents de Radio France (1975-2014).
Nomination de Mathieu Gallet (27 février 2014).
Deux surprises avant la décision finale.
Qui présidera Radio France en mai 2014 ?
Communiqué du CSA du 12 février 2014.
François Hollande.
Aurélie Filippetti.
Humour présidentiel à la Maison de la Radio.
François Hollande fête les 50 ans de la Maison de la Radio (17 décembre 2013).

Jean-Luc Hees.
Philippe Val.
Jean-Paul Cluzel.
Jacqueline Baudrier.
Stéphane Guillon.
Martin Ajdari.

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6 réactions à cet article    


  • wesson wesson 28 février 2014 15:32

    bonjour l’auteur,

    ce choix n’est en fait pas du tout étonnant ... dans le contexte d’un gouvernement ultralibéral comme c’est le cas aujourd’hui. M. Gallet doit semble-il son élection à la volonté de rendre payant les podcast des émissions du groupe.

    Pour le dire autrement, il veut faire payer ce qui a déjà été payé par la redevance.

    Dans ces conditions là et avec nos élites que nous avons actuellement, il était tout à fait naturel que ce soit lui qui fut nommé à ce poste.


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 28 février 2014 16:41

      Oui ,adieu la gratuité des podcasts (pour moi quelques émissions de France Culture) . smiley
      Tant pis ,payerais pas .


    • périscope 28 février 2014 16:12

      Eclairez moi !
       J’ai lu, je ne sais plus où, qu’il était, surtout, le candidat rèvé du lobby LGBT qui lui, c’est sûr, est bien en cour depuis 2 ans.


      • PhilVite PhilVite 28 février 2014 17:05

         « ... d’abord sous la ministre Christine Albanel puis sous son successeur Frédéric Mitterrand »

        D’abord sous Albanel et après sous Frédéric Mitterrand... ??! 
        Damned, il est vraiment prêt à tout !


        • foufouille foufouille 28 février 2014 17:17

          surtout que FM préfère être dessous .......
           smiley


        • mmbbb 28 février 2014 20:44

          « on doit pouvoir regarder la radio » je suis un beotien mais cela s’appelle la television reinventee Lorsque j’ecoute la radio c’est justement pour ne pas subir l’image, le monde sonore est un monde a part Les mots prennent tous leurs sens nous ne sommes pas distrait par le decor l’image etc Il y eut sur France Inter par exemple l’emission 2000 ans d’histoire Alors franchement ce concept me parait des plus douteux pourquoi ne pas inventer une radio realite couplee a l ’image 

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