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Accueil du site > Actualités > Médias > Reste-t-il encore une place pour les quotidiens payants ?

Reste-t-il encore une place pour les quotidiens payants ?

Le groupe Bolloré va lancer son « gratuit » du soir qui devrait être, selon ses propos sur Europe 1, un journal de l’actualité politique et people rempli de photos plus agréables à consulter que de textes de fond. Ce journal sera domicilié à la tour Bolloré.

Ce journal sera domicilié à la tour Bolloré, à Puteaux, en région parisienne. Le tirage de Direct Soir est fixé à 250 000 exemplaires en Ile-de-France et autant en régions. Le mode de distribution privilégiée est le colportage.

A la lumière de cette nouvelle expérience de presse gratuite, il est grand temps de se poser la question de la valeur de l’actualité, et de sa diversité.

Beaucoup d’internautes ont eu la surprise de découvrir que les informations de l’AFP et de REUTER disponibles entre autres sur YAHOO ! sont les mêmes que celles distillées (parfois sans aucun commentaire additionnel) par la presse écrite et audio-visuelle. Il en sera de même pour le nouveau-né édité par le groupe Bolloré.

Selon Le Figaro : « Les équipes sont constituées. Vincent Bolloré, le propriétaire du titre, s’implique lui-même dans les réunions du nouveau titre. Il est secondé par Philippe Labro et Paul Giannoli, conseiller éditorial, ancien patron de Télé 7 Jours et du JDD. Les équipes rédactionnelles du quotidien ont vocation à se rapprocher de celles de la télévision, Direct 8, chaîne de la TNT, également propriété de l’industriel, tout comme les équipes commerciales des deux médias devraient travailler de concert. »

Quel est le problème qui va se poser à terme ?

Insinuer dans l’esprit des gens que payer pour quelque chose que l’on peut avoir gratuitement est un non-sens économique.

Si le groupe Bolloré a les moyens de dépenser 20 millions d’euros et d’attendre sept ans pour obtenir la moindre rentabilité, cela n’a rien de philanthropique. L’objectif déclaré est d’offrir une version de plus des dépêches accessibles à l’internaute moyen.

Alors qu’on demande chaque jour aux Français de sortir de leur routine et d’être inventifs et créateurs, on leur propose de plus en plus de médias routiniers et sans imagination.

Reste-t-il encore une place pour les quotidiens payants ?

En l’état, on peut légitimement se poser la question. Il est vrai que la presse écrite est au bord du gouffre, et que seules des injections de capitaux régulières permettent à Libération, au Figaro, au Monde ou à L’Humanité de ne pas cesser de paraître. Les récents déboires sans fin de France Soir ne plaident pas non plus en faveur des titres payants.

Alors, pourquoi cette désaffection au profit de condensés gratuits ? Tout simplement parce que les plus grands titres de la presse écrite ont abusé de la technique de « copier/coller » utilisée par les gratuits. Il est certain que l’affaiblissement du Parti communiste français a entraîné L’Huma dans des profondeurs insondables, et que les prises de position des directeurs du Monde et de Libération ont fini par lasser ou offusquer des lecteurs fidèles.

La presse écrite s’est longtemps prise pour une institution que le lecteur se devait de ne jamais critiquer. L’investigation, qui est coûteuse, a été reléguée et remplacée par des témoignages recueillis par des correspondants disposant de peu de temps et de petits budgets.

Impressionnés par les résultats de certains quotidiens régionaux, la presse nationale s’est mise à faire du chien écrasé, du portait du dernier sabotier du Haut-Jura et du « bonheur dans le pré ».

En fin de compte, il n’existe quasiment plus de presse d’opinion, et le débat de société s’est déplacé vers les nombreux sites Web que les quotidiens ont été obligés de mettre en place pour continuer à capter l’attention des populations. Or, le site Web est une réponse gratuite à un problème de survie. Alors, pourquoi, en ce cas, payer pour son quotidien du matin ?

La rédaction d’un quotidien coûte cher, et avoir des journalistes de qualité également. La presse quotidienne nationale ne peut s’appuyer sur les perfusions financières et la publicité pour avoir un avenir.

Il lui faut retrouver ses racines, et un ton qui passe par la diversité des opinions et la qualité de ses enquêtes et investigations. Le journalisme citoyen qui se développe sur le Web apporte la preuve du dynamisme de la pensée et du goût immodéré des Français pour le débat. L’avenir de la presse écrite nationale passe par un travail au moins équivalent.

A vous de jouer, messieurs les directeurs et patrons de presse


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11 réactions à cet article    


  • Palma (---.---.56.36) 6 juin 2006 15:27

    Article intéressant mais dont je ne partage pas du tout les conclusions.

    Le rédacteur semble s’effrayer du déclin des journaux de presse d’opinion comme d’autres s’effrayaient de la disparition des équidés face à l’arrivée du cheval vapeur.

    La réalité est que le citoyen est de mieux en mieux informé grâce à Internet qui lui offre une multiplicité et une grande variété de lectures.

    Fini le temps où l’on achetait son quotidien six jours par semaine pour y lire les mêmes refrains orientés années après années.

    La presse écrite elle aussi devra s’adapter au monde nouveau.

    Les journaux gratuits comme Direct Soir correspondent à un besoin (voir la réussite de l’équivalent londonien Métro). Une demi-heure de métro pour se rendre au travail, juste le temps de s’informer de se qui se passe dans le monde en lisant des articles courts et concis avec une encre qui ne salit pas les doigts.

    La plupart des journaux de 40 pages dont on ne lit que 10 pour cent ne servent qu’à remplir les poubelles.

    Et puis je vois dans ces nouveaux développements une avancée de taille, la fin de la main mise du syndicat du livre CGT sur la presse écrite.

    Vive le nouveau monde.


    • Nicolas Voisin (---.---.99.157) 6 juin 2006 15:35

      Malgré le « goût immodéré des Français pour le débat » celui-ci n’a pas pris ici. L’article est complet, pose les questions et tente d’y répondre. Il n’est pas provocateur, n’a pas nécessité d’investigation, il sonne juste mais ressasse une évidence à la lumière d’une seule info : le géant de la feuille à rouler avance. Tant et si bien que Direct8 (TV et webTV) ferait déjà 1% d’audience (source « imedias »)

      En cela, cette situation illustre le propos de l’article : un billet intelligent et exhaustif sur une question lambda n’émeut pas les foules. Une information qui n’apporte pas « d’inédit » (j’évite la notion de « scoop », qui n’est pas dans nos dicos) et ne prend pas de parti (l’expression d’une opinion, comme vous le soulignez est le gage de la crédibilité - ou de la satisfaction du lectorat - tout autant que la fiabilité de l’info)...

      Alors l’avenir des médias d’opinion ? Le web pronétaire ?!

      L’avenir de la presse nationale (non gratuite) ? L’expression d’avis explicites et l’investigation ?

      Ou un pas plus loin : attendons-nous des médias du type Libe-Le Monde & co qu’ils communiquent l’info (ce qui fut le cas par le passé) qu’ils la valide (ce qui semble être aujourd’hui le cas) ou qu’ils la mettent en perspective ?

      Je ne suis pas sûr que le soucis premier vienne de la gratuité (d’autres business model existent - et ceux-ci semblent viables) mais bien de l’attente insatisfaite des lecteurs-consommateurs-citoyens : les amener à se forger une opinion, à exciter leur envie de l’exprimer et à dépasser (systématiquement) les copier-coller AFP-AP-Reuters & co...

      ceci pour justement animer ce débat ;)

      « le débat de société s’est déplacé vers les nombreux sites Web » > Oui, mais gagne-t-on en qualité des propos ?! Trop d’info tue l’info...


      • Jean Claude BENARD Jean Claude BENARD 6 juin 2006 18:57

        @ Palma,

        « Le rédacteur semble s’effrayer du déclin des journaux de presse d’opinion comme d’autres s’effrayaient de la disparition des équidés face à l’arrivée du cheval vapeur »

        Compte tenu de mon métier et de mes activités sur le Web, il est assez amusant de recevoir ce type de reproche.

        « La réalité est que le citoyen est de mieux en mieux informé grâce à Internet qui lui offre une multiplicité et une grande variété de lectures »

        GRATUITES !!! Travaillez vous gratuitement ? Votre propos me rapelle un dessin de Wolinski dans Charlie Hebdo sur la torture. Deux hommes dont un serrant le doigt d’un autre avec une tenaille, l’un disant pour et l’autre contre.

        « Les journaux gratuits comme Direct Soir correspondent à un besoin (voir la réussite de l’équivalent londonien Métro). Une demi-heure de métro pour se rendre au travail, juste le temps de s’informer de se qui se passe dans le monde en lisant des articles courts et concis avec une encre qui ne salit pas les doigts »

        Où est le modèle économique ?


        • Palma (---.---.56.36) 6 juin 2006 20:53

          @ Jean Claude BENARD

          ou encore


          • Palma (---.---.56.36) 6 juin 2006 20:59

            Je ne sais pas ou est passé ma première réponse au rédacteur Jean Claude BENARD

            Je disais que METRO vit très bien de ses recettes publicitaires.


            • Fabrice Trochet (---.---.156.212) 6 juin 2006 21:43

              J’ai eu l’occasion de lire les journaux gratuits et j’ai pu constater de leurs qualités. Grace à l’AFP, on peut lire une multitude d’infos que d’autres journaux ne veulent pas diffuser. Plus il y a de journaux plus la diversité est présente, plus la démocratie est gagnante.

              Et lorsque l’on sait que la plupart des journaux sont subventionnés par l’Etat, il est préférable qu’il existe aussi des journaux privés. http://www.legraindesable.com


              • Asp Explorer (---.---.82.42) 6 juin 2006 23:16

                Puisque le titre de cet article est une question, je pense qu’on peut apporter une réponse : non. Si l’on considère la chose selon l’angle purement économique (et en oubliant la mythologie du Grand Quotidien Citoyen de Référence, et autres bla-blas vides de sens), on s’en convainc rapidement. Il suffit de se poser la seule question qui vaille : quelle plus-value ai-je donc en achetant un quotidien, plutôt qu’en me contentant de l’information gratuite à ma disposition ?

                La réponse varie d’un pays à l’autre. Dans les pays normaux, on a effectivement une plus-value en prenant l’information payante. Le travail d’éclairage, de réflection, de synthèse du journaliste a une certaine valeur. Il permet de mettre les informations en perspective, de se faire une opinion, bref, d’être un citoyen. Mais en France, il n’en est rien, pour une multitude de raisons tenant à la sociologie de la population journalistique, à sa connivence avec les pouvoirs en place et à sa soumission aveugle audit pouvoir (si vous avez réussi à science-po, vous faites l’ENA, sinon, vous faites journaliste). Ailleurs, on devient journaliste, c’est un accomplissement, une vocation, un métier dont on se fait une haute idée. En France, on finit journaliste quand on a échoué au jeu de l’élitisme républicain. Comment s’étonner, dans ces conditions, de la médiocrité de cette corporation ?

                En outre, dans notre beau pays, la liberté d’expression n’est défendue par personne, voire, est toujours vaguement suspecte, d’où une législation qui dans les fait, interdit à quiconque d’émettre une opinion différente de ce qu’il est autorisé (par qui ?) de dire. En France, il faut le dire, la loi réprime la liberté d’expression, il suffit de voir pour le croire le risible rush d’internautes français sur le site de la Tribune de Genève à chaque élection pour avoir les résultats avant les 20h fatidiques, et accéder aux mêmes infos que les états-majors politiques ont sous les yeux depuis des heures.

                Il résulte de tout ceci que l’information officielle est révérente, uniforme et sans intérêt pratique pour le lecteur. Il suffit de s’en convaincre de se retourner sur l’exemple consternant que nous a donné notre presse lors du référendum, et au propos duquel je ne reviendrai pas, nous l’avons tous en mémoire. Les Français ont compris depuis longtemps que s’ils veulent être informés décemment, ils ne pouvaient pas compter sur leur presse, et qu’ils devaient aller à la pêche aux infos eux-mêmes, en privilégiant les sources étrangères. Du coup, à quoi bon payer ? Pourtant, ce n’est pas le goût de la lecture qui nous manque, comme en témoignent les chiffres de vente de l’industrie du livre, les tirages de la presse magazine ou les abonnements de la presse régionale. Mais c’est vrai, du point de vue du lecteur, la presse quotidienne nationale coûte cher et ne sert pas à grand chose.


                • Antoine Diederick (---.---.24.188) 6 juin 2006 23:51

                  Excellent article, question de fond et surtout quid du traitement de l’info qui est le vrai boulot du journaliste, mettre en perspective, aller plus loin, relier les éléments de l’info, synthétiser et compléter les vides, le parcellaire qui n’apparait pas ds les dépêches de presse toutes livrées de l’instant.

                  Le syndrome télévisuel du populisme va-t-il atteindre les journaux dit sérieux ?


                  • nono (---.---.94.25) 7 juin 2006 10:30

                    Bhein en espérant que ce ne soit pas comme la chaine de télé direct 8 -> UN CONCENTRE DE BLONDE A FORTE POITRINE et de présenteur genre Morandini entouré d’éphebes siliconé des lévres (supérieures c’est des garçons pour les blondes je suis pas allez voir en bas smiley


                    • Palma (---.---.62.240) 7 juin 2006 11:53

                      « Traitement de l’info qui est le vrai boulot du journaliste. »

                      Je ne vais pas me faire beaucoup d’amis sur AV, lieu privilégié du journaliste aspirant, mais peu m’importe il faut tout de même le dire.

                      Qu’on arrête un peu de mettre les journalistes sur un piédestal. J’en ai assez cotoyé pour connaître leur manière de travailler.

                      Le journaliste lambda c’est un mouton de Panurge. Il lit les articles de ses confrères sur un sujet donné puis régurgite la même info en essayant de trouver un angle un peu différent pour faire original.

                      Mais je ne leur jette pas la pierre, il faut bien faire bouillir la marmite.

                      Bien sùr il y a comme partout quelques exceptions brillantes mais de grâce ne confondons pas l’exception avec la règle.


                      • Sam (---.---.209.123) 8 juin 2006 00:42

                        J’apprécie la réflexion proposée ; elle est essentielle au vu de l’importance que revet la presse dans la formation de l’opinion et on ne peut souhaiter qu’une presse libre, pertinente, informante et analyste.

                        Encore faut-il le vouloir...Les journalistes ont des patrons de presse, qui ont eux-mêmes des banques qui les soutinnent (ou pas)et des pubicitaires qui s’affichent (ou pas)dans les pages de la presse.

                        La sélection par l’argent est essentielle. L’argent fait durer les journaux qui le confortent. Quelque soit l’organe de presse, il se trouver confronté,tôt ou tard, à cette réalité. Avant même d’avoir conquis un lectorat par la qualité de son information.

                        Alors, grande diffusion obtenue et soumission partielle au pouvoir de l’argent ou diffusion confidentielle et subsistance précaire.

                        Devant cette difficulté l’Etat peut et doit intervenir, me semble-t-il. Aux journalistes et aux politiques de trouver des modalités qui donnent soutien aux organes de qualité, en fonction de leur tirage, de leur personnel journalistiques et tout autres paramètres qui signent la qualité comme l’indépendance d’un journal.

                        Ce type d’aide, évidemment, doit se différencier de ce qui existe pour ne pas laisser prise à une main-mise que l’on constate trop souvent.

                        Elle pourrait éviter la sélection par l’argent, qu’il soit publicitaire, industriel ou autre, qui gangrène la presse payante actuelle.

                        Ce problème ne date pas d’hier, hier pourtant il paraissait déjà très important, comme en témoigne la volonté des résistants au sortir de la guerre de recréer une presse libre dans notre pays. Aujourd’hui, il est crucial, en regard du développement médiatique et des enjeux citoyens corrélatifs.

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