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Accueil du site > Actualités > Médias > Rock n’knols : Google vs Wikipédia

Rock n’knols : Google vs Wikipédia

La dernière trouvaille de Google insulte la société de la connaissance.

Chez Google, un "knol" est un morceau de connaissance ("knowledge") exposé sur une page web, l’unité de mesure habituelle de la maison. Les commentaires, publicités AdSense et autres périphériques de Google Labs sont bienvenus.

Chez Google, la connaissance ne se vérifie pas. Le projet Knol ne suit pas une logique de contribution wiki mais une logique de contribution libre et ouverte au sens le plus terrifiant du terme : si vous écrivez que la Terre est plate et qu’elle a été créée il y a 6 000 ans, si vous assurez la promotion de votre secte ou de votre entreprise en nommant un nouveau responsable relations publiques dédié à ce nouveau média, personne ne viendra vous critiquer. En s’empilant à la suite de votre contribution, les commentaires ne feront que lui donner plus de poids et de visibilité dans les moteurs de recherche.

Chez Google, les volumes parlent, et la qualité importe peu.

Soyons clairs : Google Knol est l’anti-encyclopédie, la matrice idéale pour toutes les campagnes de propagande et de désinformation, une insulte à la société de la connaissance. Ce concept de knol insulte le knowledge dont il se réclame.

En présentant son dernier bébé, Big G affirme* sans scrupule : "Google ne servira en aucun cas d’éditeur, et ne cautionnera aucun contenu. Les auteurs assumeront toutes les responsabilités et tous les contrôles éditoriaux. Nous espérons que les knols incluront les opinions et points de vue d’auteurs qui mettront leur réputation en jeu. La compétition des idées est une bonne chose."

Une bonne chose pour le business de Google, sans nul doute.

On a beaucoup dit que Knol devait tuer Wikipédia mais je n’en suis pas sûr : il en renforcera la crédibilité en lui opposant une caricature de modèle économique cynique et intéressé. L’objectif est avant tout de faire en sorte que Wikipédia n’apparaisse plus en haut de page pour la plupart des recherches : au lieu de gâcher son plus bel espace publicitaire pour une oeuvre quasi caritative, Big G va lui donner une nouvelle vie et en démultiplier l’efficacité avec une page à son goût et à ses couleurs. Et le plus beau est qu’il n’y a rien à faire, si ce n’est mettre à disposition la plateforme et les outils.

Clairement, Google ne met pas sa "réputation en jeu"... pour la bonne raison qu’à ce stade il n’y a probablement plus rien à sauver sur ce plan.

* Googleblog.blogspot
NB : retrouvez cet article sur blogules et en VO sur mot-bile.

 


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18 réactions à cet article    


  • stephanemot stephanemot 17 décembre 2007 10:36

    Cette démission éditoriale peut poser des problèmes dans un pays comme la France, où Yahoo ! et consors ont déjà été priés de filtrer ce qui circule sur leur domaine.


    • dedis 17 décembre 2007 17:15

      Il ne faut pas oublier que d’un certain point de vue la qualité (qui est le produit de normes sociales) s’oppose à la liberté (de dire ce que l’on pense, même si l’on s’exprime mal ou qu’on « pense mal ») De nombreux espaces 2.0 (Wikipedia, Agoravox, Forum Futura Science) sont victimes d’une surcharge de modération. L’autocensure des espaces collaboratifs frisent parfois le ridicule (ex : la polémique entre le modérateur dit « manchot » de Wikipedia et Jean-Pierre Petit).

      Les normes et critères qualitatifs de ces espaces deviennent non plus un paradigme profitable au développement d’une connaissance saine, mais une sorte de dogme qui institut de petits modérateurs en manque de pouvoir en véritables inquisiteurs.

      Wikipedia rejette toute forme de débat dans ses pages (sauf, éventuellement dans « discussion », et à condition que les débats restent politiquement corrects). Reprenant le rêve encyclopédique, elle se veut une source de savoir objectif.

      Or, l’objectivité est le fruit d’une méthode. Les paradigmes et les vérités se transforment à travers le temps. La plupart des sciences produisent du débat (particulièrement en sciences humaines). Ainsi, un bon cours d’histoire met en avant les points de vues et les explications opposés sur un même évènement, les élèves de master sont invités à analyser et débattre. Les espaces collaboratifs, eux, prétendent mettre en avant une vérité objective sur ce même évènement.

      L’initiative de Google me semble donc être bonne. Certes, elle ouvre la place à un relativisme qui a des travers. Mais elle aura au moins l’avantage d’obliger les espaces Web 2.0 à modérer leurs modérateurs, à redonner un peu de liberté d’expression à un Web 2.0 qui croulait de plus en plus sous le poids de la censure et du politiquement correct.


      • stephanemot stephanemot 17 décembre 2007 19:20

        Sur Wikipedia, la censure / modération est transparente, le débat est transparent, les contributeurs ont les mêmes droits. Sur chaque sujet, les controverses sont présentées comme telles avec les différents points de vue. Les différentes versions sont consultables à tout moment dans une grande transparence. La méthode met en évidence les trous dans la raquette et regroupe efficacement, facilite la prise de connaissance et l’ouverture.

        Chaque sujet est abordé de façon comprehensive (au sens anglais) sur une seule page claire, ce qui ne sera pas le cas de Google knowls. La multiplication des pages et des entrées homonymes va à l’encontre de la démarche encyclopédique.

        Google a une démarche pervasive - son outil proposera peut-être plus d’information, mais moins de connaissance. Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas des contributions de qualité, mais que les démarches n’ont pas les mêmes objectifs ni les mêmes ambitions.


      • dedis 18 décembre 2007 06:00

        Je suis heureux d’apprendre que tu n’as jamais vu d’excès de modération ici ou là sur le web. C’est vrai. Les modérations sont toujours parfaites, les modérateurs éclairés, et le monde merveilleux.

        « La multiplication des pages et des entrées homonymes va à l’encontre de la démarche encyclopédique. » La démarche encyclopédique date du XVIIème. Au 17ème, on croyait que le monde était constitué d’objets et on pensait qu’il y avait des énoncés vrai ou faux sur ces objets... Que de progrès depuis ! De Saussure à Thomas Khun, en passant par Niels Bohr ; l’encyclopédie du 21ème sera-t-elle multidimensionnelle ?

        En tout cas, le modèle 1 entrée | 1 définition risque d’être mis à mal par le dynamisme de l’Internet.

        Le langage bouge, évolue, se transforme ; les points de vue s’assemblent, s’affrontent, sans réussir à s’éliminer ; si tout cela fini par respecter un modèle neo-darwinien par la mise en concurrence : à mes yeux, cela est parfait. D’ailleurs, cela fait belle lurette que « LES articles » ont remplacés « L’encyclopédie » dans la vie scientifique... Or , il y a toujours de très nombreux articles sur un même sujet.

        « L’encyclopédie » est avant tout un objet de vulgarisation destiné à l’étudiant ou au gentilhomme. Elle fait croire que « il y a des choses dont on est sûr », en figeant la science à un moment donné de son évolution, en donnant raison aux courants dominants de ce moment précis. Elle est nécessaire et pratique, mais par nature insuffisante et dogmatique.

        Je pense que Google ne fera pas concurence à Wikipedia (laissée aux étudiants et aux modérateurs « transparents »). Google avec Knol développe un modèle économique sein et rémunérateur pour l’édition d’articles scientifiques en ligne. En effet, aujourd’hui la majorité des articles scientifiques sont accessibles via des éditeurs privés HORS DE PRIX(plein d’exemples ici :http://www.bu.univ-paris5.fr/spip.php ?article671). Knol devrait permettre l’édition d’articles scientifiques dans le cadre d’un modèle économique un peu plus sein.


      • stephanemot stephanemot 18 décembre 2007 09:06

        @dedis,

        je ne dis pas que c’est parfait (je suis loin d’être satisfait de Wikipedia) mais c’est transparent. si censure il y a, on en garde la trace. on ne fait pas disparaître une contribution en un coup de baguette magique et on suit les interventions des uns et des autres, avec parfois possibilité d’identification via adresse IP (cf « contributions » de la CIA, des Scientologues...).

        knols a pour principale vertu de stimuler la production et la mise en ligne d’information au sens large, wikipedia de faciliter le partage de connaissance (qui inclut aussi son lot d’infos et d’intox). ce n’est pas sur le même plan et à mon avis les deux sont très complémentaires - simplement, que Google ne nous vende pas ce projet comme une démarche encyclopédique, qui par définition entend une ambition éditoriale.

        bien cordialement


      • Jean-P. 20 décembre 2007 17:03

        Stéphanemot : « Sur Wikipedia, la censure / modération est transparente, le débat est transparent, les contributeurs ont les mêmes droits. »

        C’est de l’humour, n’est-ce pas ?

        Suite à une étude pertinente d’étudiants (en 5ème année à Science PO et sous la direction de l’écrivain Pierre Assouline) sur le fonctionnement de wikipédia, les « administrateurs » de wikipédia ont bloqué l’accès à wikipédia à toute personne se connectant depuis un ordinateur de Science Po Paris.

        Je vous invite à lire également les analyses de Daniel Schneidermann, un spécialiste de « Arrêt sur image » mais aussi de « Arrêt sur wikipédia ».


      • Jean-P. 20 décembre 2007 17:24

        Stéphanemot : « si censure il y a, on en garde la trace. »

        C’est faux. Quand un « adminitrateur » anonyme diffame de manière manifeste (cela arrive très souvent), sa contribution est supprimée de la page en question au bout de quelques jours (parfois plusieurs semaines) et l’historique est ensuite purgé. Il n’y a alors plus aucune trace et l’administrateur-délinquant peut alors s’attaquer à d’autres internautes. Les internautes ne sont pas égaux en droit sur wikipédia. Il n’y a sur wikipédia ni droit ni politique éditoriale, c’est le royaume de petits cyber-shérifs anonymes (une centaine d’étudiants et lycéens) qui confondent projet encyclopédique et jeu vidéo en ligne et qui exploitent (afin de maintenir leur terrain de jeu) des milliers d’internautes qui sont attirés par la culture et piègés dans cette toile wikipédia. Tous ceux qui tiennent à la qualité des articles quittent très rapidement wikipédia.

        Le concept d’encyclopédie collaborative en ligne est superbe mais la gestion actuelle de l’équipe d’administrateurs est très perverse. Le bouclier « nous sommes une encyclopédie gratuite, généreuse » ne doit pas faire oublier cette triste réalité.

        Enfin, on peut s’interroger sur la manière dont son gèrés les dons destinés à wikimédia : http://www.informaticien.be/news_item-4133-La_COO_de_Wikimedia_etait_une_criminelle_en_puissance.html

        Le projet Knol de Google est très bienvenu.


      • stephanemot stephanemot 20 décembre 2007 18:03

        @Jean-P

        Merci. Si ces dérives sont vraies, elles marquent effectivement une évolution regrettable.

        Je ne me suis jamais fait d’illusion sur les belles utopies ayant fleuri sur la toile, mais cela me fait de la peine à chaque fois qu’un Wikipedia ou un ODP affiche des signaux de faiblesse.

        PS : comme avec la numérisation des livres rares, la démarche de Google a naturellement des vertus - et une fois de plus j’utiliserai knols. ce qui m’attriste, c’est la démission éthique.


      • donino30 donino30 18 décembre 2007 10:35

        Je suis plutôt d’accord avec Dida.

        A mon avis Wikipedia et Knol ne vont pas rentrer en concurrence frontale, ce sont deux outils différents. Quand j’ai besoin d’une définition, je n’ai pas envie de perdre mon temps à lire de multiples points de vue sur la chose, j’utilise Wikipedia.

        Quand j’ai du temps à perdre et sur des sujets bien précis, j’irais lire Knol. Par contre, il est vrai que l’aspect financier entrainera de manière quasi certaine une migration des auteurs Wikipedia, et là... Wiki n’aura certainement pas d’autre choix, si il veut survivre et si c’est possible, de riposter sur l’aspect publicitaire.

        A mon avis, les rubriques du type « Tribunes libres » (voire plus...) de médias comme AgoraVox vont être littéralement anéanties par ce projet. A moins que les auteurs prennent l’habitude de publier en double à chaque fois... A cela il n’est rien à faire, le combat est trop inégal.


        • stephanemot stephanemot 19 décembre 2007 07:54

          @donino30,

          clairement, knol prolonge Google plus qu’il n’attaque Wikipedia et lui sera complémentaire.

          quoi qu’en dise Big G sur ses ambitions éditoriales, ces knols constitueront un media et un vecteur d’opinions. Moins directement lié à l’actualité qu’un AV, mais concurrent.

          Le modèle économique est malin : comme avec AdSense, tout le monde peut être rémunéré sans se compliquer la vie. En réalité, le premier employeur privé n’est pas Wal-Mart mais Google.

          avec zero syndiques, bien sur


        • dedis 20 décembre 2007 15:11

          Bon, je veux bien qu’une opinion évolue. Mais entre :

          « Soyons clairs : Google Knol est l’anti-encyclopédie, la matrice idéale pour toutes les campagnes de propagande et de désinformation, une insulte à la société de la connaissance. »

          Et : "clairement, knol prolonge Google plus qu’il n’attaque Wikipedia et lui sera complémentaire.[...] Le modèle économique est malin : comme avec AdSense, tout le monde peut être rémunéré sans se compliquer la vie. "

          Il y a quand même un monde !  smiley


        • stephanemot stephanemot 20 décembre 2007 17:26

          Vous pouvez également ajouter « On a beaucoup dit que Knol devait tuer Wikipédia mais je n’en suis pas sûr ».

          Ces trois propositions sont cohérentes : knol ne suit pas une logique encyclopédique mais une démarche opposée, elle ne peut donc pas concurrencer frontalement Wikipedia. Si Google vient provoquer Wikipedia, ce n’est pas en frontal, et il serait malhonnête de qualifier son ambition d’encyclopédique.

          Je le concède, le terme « anti-encyclopédie » peut prêter à confusion. Je ne l’employais pas au sens « ennemi / destructeur de l’encyclopédie » mais à celui de « concept opposé à la démarche encyclopédique ». Plus on charge la barque sur knols, plus on s’éloigne d’un projet encyclopédique.

          On a bien besoin des deux : dans l’univers, matière et anti-matière sont supposés s’équilibrer smiley. Wiki apportera peut-être une meilleure vision synthétique de l’état de la connaissance de cet univers, là où knols mentionnera certainement plus d’étoiles (y compris au rayon de celles qui n’existent pas).

          Je vois plus knols comme un « sur-Google » qu’un « sous-Wikipedia ». Et j’utiliserai comme aujourd’hui les deux.

          PS : vous préférez « non-encyclopédie » ?

           smiley


        • dedis (---.---.141.80) 3 janvier 2008 01:35

          Il est vrai que si le terme « anti-encyclopédique » est entendu dans le sens que vous venez de lui donner la contradiction disparaît.

          En tout cas, bravo pour votre article ! Je ne peux que m’incliner devant le travail important que vous fournissez pour enrichir régulièrement le web de vos articles et de vos points de vues.

          Si votre article est ici un peu trop « anti-google » (dans le sens généralement entendu de « anti » smiley ), il a le mérite d’être claire et de présenter les enjeux véritables.

          Une dernière petite remarque toute fois : La matière et l’anti-matière ne s’équilibre pas. Notre Univers (en tout cas, l’Univers tel que nous le voyons et connaissons aujourd’hui) est constitué uniquement de matière. Or, la théorie du Big-bang veut que matière et anti-matière fussent en quantité égale « au début ». C’est un des plus grand mystère de la physique contemporaine. Je ne suis pas sûr, mais je crois que si les deux étaient en quantité égale, elles s’annihileraient... Google et Wikipedia, dans un équilibre parfait de leur force, nous mèneront-ils à la fin du monde ? smiley

          http://fr.wikipedia.org/wiki/Antimati%C3%A8re#Le_probl.C3.A8me_de_la_disparition_de_l.27antimati.C3.A8re

          (Y-a rien à dire, c’est bien pratique quand même ! smiley )


        • Jean-P. 20 décembre 2007 16:44

          Observatoire de Wikipédia : http://wikipedia.un.mythe.over-blog.com


          • Jean-P. 21 décembre 2007 03:11

            Pour une wikipédia responsable

            La LCEN distingue trois statuts : les fournisseurs d’accès à l’internet (comme par exemple wanadoo), les hébergeurs (qui sont propriétaires du ou des serveurs où sont stockées les données et qui ne sont pas tenu de vérifier le contenu de ces données, sauf s’ils sont mis en demeure de le faire) et les éditeurs de site (les blogueurs sont par exemple responsables de tous les commentaires postés sur leur blog. Les éditeurs sont : « des personnes qui éditent un service de communication au public en ligne »). A chaque statut correspond des responsabilités spécifiques. Et on peut être à la fois hébergeur et éditeur (Voir Arrêt du 7 juin 2006 de la Cour d’appel de Paris a ce sujet) et donc avoir à la fois les responsabilités des deux statuts.

            La fondation Wikimédia est-elle uniquement un hébergeur ? Sa responsabilité se limite-elle à héberger matériellement wikipédia sur ses serveurs ? Sa responsabilité est elle uniquement engagée quand elle est mise en demeure par une victime de retirer du site wikipédia un contenu ne respectant pas, par exemple, la vie privée (responsabilité civile) ou un contenu diffamatoire (responsabilité pénale) ? Du fait des pouvoirs qui leur sont conférés par la fondation wikimédia et dont ils abusent largement (possibilité de blocages des internautes, modification ou suppression de contenus, etc.), les « administrateurs » de wikipédia sont clairement des éditeurs de contenu et sont donc responsables de l’intégralité de ce qui est publié sur le site wikipédia.

            Si la fondation wikimédia était uniquement un hébergeur, elle n’interviendrait pas en confiant des pouvoirs de modération à ses administrateurs-éditeurs pour faire respecter une ligne éditoriale. Donc, soit les administrateurs-éditeurs disparaissent et alors wikimédia est uniquement un hébergeur, soit il est clairement reconnu que des responsabilités éditoriales sont confiées aux administrateurs et alors ils sont responsables de l’intégralité du contenu du site. On ne peut pas à la fois jouer au cyber-éditeur-flic et ne pas assumer ses responsabilités de cyber-éditeur-flic. Wikimédia et ses collaborateurs-administrateurs est éditeur d’un service de communication publique en ligne. La loi de la presse de 1881 doit s’appliquer. Pour le moment, il n’y pas encore eu de jugement sur le fond à propos de ces responsabilités civiles et pénales mais uniquement des jugements dans le cadre de procédures en référé. Ces administrateurs-éditeurs (ainsi que la fondation wikimédia qui leur confère des pouvoirs d’édition) sont responsables de l’intégralité des atteintes à la vie privée et des propos diffamatoires publiés sur le site wikipédia. En fait, à l’heure actuelle, ils n’ont pas conscience de ces responsabilités (si c’était le cas la majorité d’entre-eux auraient abandonné depuis longtemps leurs mission d’« administrateur ») mais cela va faire très mal quand une plainte va être déposée en bonne et due forme (ce qui n’a pas été le cas avec la plainte relative à la diffusion sur wikipédia d’informations concernant les orientation sexuelles de trois personnes).

            La stratégie de la fondation wikipédia et des administrateurs qui travaillent pour elle est à l’heure actuelle particulièrement confuse : ils cherchent à se faire passer pour de simples hébergeurs pour se dégager des responsabilités d’éditeurs ceci alors qu’ils ont clairement comme projet de construire une « encyclopédie », donc de partager publiquement du contenu. Encore plus confus, les administrateurs peuvent actuellement aussi intervenir comme de simples contributeurs (et donc publier du contenu), mais avec leur pseudo d’administrateur...La confusion (volontaire) est totale.

            Quelles sont les issues pour l’équipe éditoriale wikipédia ? Comment devenir (enfin !) responsable et donc pouvoir s’inscrire dans une perspective culturelle et éducative ? :

            > Une possibilité est de modèrer les contributions anonymes, c’est à dire de ne les publier uniquement qu’après validation et contrôle du contenu par des personnes non anonymes et compétentes. Si l’objectif réel de fondateurs de wikipédia était de diffuser des informations sûres dans un objectif éducatif, cela fait longtemps qu’ils auraient mis en place ce système. Le système actuel contribue à la gonflette culturelle ; ce qui est recherché c’est le quantitatif (nombre d’articles, nombre de contributeurs, etc.), pas le qualitatif.

            > Une autre possibilité est le système qui va être mis en place par Google avec Knol : les contributeurs seront clairement identifiés (et donc directement responsables de leurs actes) et Google qui aura le statut d’éditeur compte-tenu des publicités qui seront placées sur les pages. Les auteurs étant identifiés, leurs noms, prénom, métier étant disponibles au lecteur, ce dernier a donc la possibilité d’évaluer la crédibilité de l’article en question et d’autre part de porter plainte contre l’auteur s’il pense que cela est justifié. Internet n’est pas une zone de non-droit.

            Dans la cadre d’une Ordonnance de référé du Tribunal de Grande Instance de Paris du 22 juin 2007, le site Myspace a été considéré comme un éditeur de contenu, notamment car les responsables de myspace imposent une structure de présentation par cadres et placent des publicités, deux éléments qui sont, chacun séparément, la manifestation d’une activité éditoriale. L’activité éditoriale concernant wikipédia est encore plus largement manifeste. Précisons que le fonctionnement actuel de wikipédia conduit à une situation d’impasse au niveau financements : l’ajout de publicité sur les pages du site wikipédia conduirait ipso facto à considèrer wikimédia comme un éditeur de contenu (voir la jurisprudence en la matière). Sinon, ne nous méprenons pas, ils l’auraient fait depuis longtemps. Le statut d’éditeur implique des responsabilités que les responsables actuels de wikipédia ne veulent pas assumer.

            Compte-tenu de l’importance de wikipédia au niveau audience, notamment chez les jeunes, il convient de forcer les responsables de Wikipédia à assumer leurs responsabilités. C’est un devoir pour toute ceux pour qui la protection de la personne (vie privée etc.) n’est pas une option mais une obligation. C’est également un devoir pour tous ceux qui souhaitent que soient diffusées à destination des jeunes des informations de qualité, c’est à dire des informations fiables et validées par des personnes compétentes, responsables et donc non anonymes.


            • stephanemot stephanemot 21 décembre 2007 09:23

              on retrouve la même frilosité partout, en particulier en France où les droits à l’image sont relativement bien défendus et où la loi punit les révisionnistes.

              Rappelons-le, AgoraVox a la même difficulté à assumer ses obligations éditoriales.

              Knols ne pourra pas y couper en France.

              Par ailleurs, pas simple de garantir l’identité du contributeur.


            • dedis (---.---.141.80) 3 janvier 2008 02:07

              1. « On ne peut pas à la fois jouer au cyber-éditeur-flic et ne pas assumer ses responsabilités de cyber-éditeur-flic » looooooooooool (comme on dit en langage SMS )

              2. Quelques questions existencielles : Le fait de mettre à disposition un serveur FTP publique en lecture et écriture donne-t-il le statut d’« hébergeur » ou bien d’« éditeur » ? A-t-on le droit en France de proposer un tel serveur et est-on alors responsable de son contenu ? Est-il encore possible de nos jours de créer un forum 100% libre et publique, sans aucune forme de censure ? Si « non », pourquoi peut-on dire librement ce qu’on pense alors qu’on ne peut pas l’écrire ?

              Big Bredren est-il déjà une réalité ?


            • Jean-P. 21 décembre 2007 16:42

              Oui Stéphane, mais à la différence de l’équipe wikipédia, l’équipe AgoraVox assume ses responsabilités éditoriales.

              A propos des responsabilités de l’équipe wikipédia-wikimédia, voici des réflexions d’avocats :

              Extrait d’un article pertinent de Legalis.net :

              (...) les juges ont précisé que les parties avaient convenu entre elles que Wikipédia était assignée en tant qu’hébergeur. Il n’y a donc pas eu de discussion sur le statut de l’encyclopédie en ligne alors que la qualité d’hébergeur ne va pas de soi. Si Wikipédia n’est pas éditeur, c’est l’auteur qui le devient. Or, l’hébergeur qui n’est pas responsable du contenu reste néanmoins tenu à une obligation de détention et de conservation des données d’identification de la personne qui a contribué à la création d’un contenu, selon l’article 6 II de la LCEN. Wikipedia qui se contente d’enregistrer l’adresse IP utilisée par l’auteur respecte-t-elle les obligations liées au statut d’hébergeur ? Le tribunal se contente d’indiquer « qu’il n’est en revanche nullement démontré que la fondation Wikimedia Foundation dispose d’autre données que celles affichées sur la pièce communiquée », sans en tirer les conséquences (...) http://www.legalis.net/article.php3?id_article=2073

              Sur Marianne2.fr :

              ...Contrairement à ce que laisse à penser le satisfecit « wikipédien », rien n’empêche les plaignants de renouveler leur démarche auprès d’un autre juge, cette fois-ci « au fond ». La procédure serait beaucoup plus longue, mais comme cela s’est déjà produit dans des cas semblables, Wikipédia pourrait fort bien être tenue responsable des propos diffamants qui sont apparus sur le site. « Si le procès au fond avait lieu, il n’est pas exclu que Wikipédia se fasse débouter » juge Matthieu Bourgeois. Le constat est encore plus radical pour Emmanuel Pierrat, spécialiste en droit de la propriété intellectuelle : « Wikipédia présente comme un triomphe ce qui n’est en réalité qu’une demi-victoire, qui risque en plus de n’être que de courte durée ». ...Jusqu’à la prochaine plainte de victimes du site ? http://www.marianne2.fr/Wikipedia-crie-victoire-un-peu-vite_a80839.html

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