Sarkozy et Royal : deux « hospitaliers » circassiens dans le vortex de Noël
On ne l’avait peut-être pas remarqué, mais la campagne de l’élection présidentielle se poursuit durant les fêtes. Juste avant de partir en Egypte pour quelques jours de vacances, le président de la République Nicolas Sarkozy a rendu visite à de jeunes malades, à l’hôpital Necker, tandis que l’ex-candidate Ségolène Royal est venue au chevet de pensionnaires d’un centre d’hébergement social, à Paris. Accidentés du corps vs accidentés de la vie ? Commentaire d’images.
A Noël, les Français adorent
contempler de belles images. Alors que Nicolas Sarkozy vient de
rejoindre le sol Egyptien à bord d’un Falcon 900, fabriqué
amoureusement par M. Dassault à l’intention de M. Bolloré (son heureux
propriétaire), on découvre peu à peu les Saintes représentations de
piété et de bonté qu’a laissé au bon peuple de France la présidence -
et toutes les diverses entités qui fonctionnent en « système » avec
l’Elysée : le Premier ministre, les ministres et l’opposition.
Pour
les frères « Hospitaliers » médiévaux, la visite aux malades et aux
pauvres était strictement codifiée. Selon la règle de Raymond du Puy,
lors de la visite aux malades, le frère hospitalier devait être vêtu de
blanc et porter religieusement la communion. Il devait être accompagné
d’un acolyte portant une lanterne et un goupillon d’eau bénite. C’était
un autre temps...
Point d’acolyte ou
de goupillon pour Nicolas Sarkozy lorsqu’il se rend à l’hôpital Necker,
spécialisé dans les enfants malades. Alors que les médecins urgentistes
sont en grève, le soir même du réveillon, le président Sarkozy promet
des moyens supplémentaires pour les hôpitaux. Cash. Il déclare aux
journalistes : "Je suis venu pour encourager les équipes qui
travaillent un jour de fête, pour rencontrer les familles qui sont dans
la douleur parce que leurs enfants sont malades, et rencontrer le
personnel médical et paramédical qui fait un travail formidable".
Nicolas Sarkozy à l’hôpital Necker
Accompagnant
la longue procession présidentielle, dans les couloirs de l’hôpital
Necker, le photo-journaliste de l’AFP Antoine Gyori nous gratifie d’un
cliché fort instructif, qui permet de ranger la visite guindée des
hospitaliers médiévaux au magasin des accessoires. Elégant, beau (« on
est beau quand on est amoureux » m’a dit ma concierge !), détendu, et
souriant, le président de la République semble badiner gaiement avec
les journalistes. Emane de cette image un sentiment de profond
bien-être. Devant quatre jeunes et jolies infirmières, et une belle
maman avec son bébé, le président plastronne un peu, il frime. Si l’on
prend pour acquis que les bébés habillés en rose sont des filles, le
président apparaît à l’image auprès de non moins de cinq femmes et une
autre en devenir. L’hôpital serait donc une histoire de filles ? Aucune
trace des vieux docteurs-barbons à lunettes, avec leurs badges
phalliques, marqués « Professeur » ; aucune trace des vieux médecins
moliéresques en habits traditionnels, aucune trace de la gravité propre
au lieu. Aucun mec, quoi. Nous ne sommes pas, là, dans la froideur et
la gravité technique de la salle d’opération, ou de la salle de réveil,
mais dans la bonne humeur et l’esprit « carabin ». Le Père Noël s’est
même invité sous les traits ravissants d’une infirmière blonde, dont le
minois timide semble trahir le plus grand moment d’émotion de toute sa
vie... et, pardonnez-moi, mais... l’on entend pouffer les anges sur cette
photo.
C’est
à tel point festif, comme image, que la jeune et jolie maman, à droite
du cadre, n’a pas l’air bouleversée. Son bébé est-il malade ? On ne
sait pas. On est pourtant à Necker. Ce n’est d’ailleurs le problème de
personne sur ce cliché. Le bébé : on s’en fout. Tout le monde regarde
Nicolas Sarkozy, tandis que la petite fille, elle, nous regarde... « Il
est né le divin enfant (en rose) », vous avez dit ?
On
ne l’avait peut-être pas remarqué, mais la campagne de l’élection
présidentielle se poursuit durant les fêtes. Alors que Nicolas Sarkozy
jouait au « coq », à l’hôpital Necker, l’ex-candidate socialiste, «
bécassine » auto-proclamée, a également rendu sa visite de Noël aux
malheureux, aux damnés de la terre. Ce fut également à Paris, mais dans
un centre d’hébergement et de réinsertion sociale du Secours catholique, à la Cité Saint-Martin. Ségolène Royal a déclaré aux
journalistes : "Le jour de Noël, c’est là sans doute qu’on prend
conscience de la façon la plus aiguë des inégalités criantes, qui loin
de se réduire s’aggravent".
Ségolène Royal au Secours catholique
Le
photo-journaliste de l’AFP Olivier Laban-Mattei a pris une image
également assez significative. Ségolène Royal, plus souriante et
rayonnante que jamais, est entourée exclusivement de femmes. Et, comme
sur le cliché de l’AFP concernant la visite de Nicolas Sarkozy à
Necker, un enfant focalise l’attention. « Il est né le divin enfant (en rouge) », vous avez dit ? C’est Noël. Il faut entendre chanter les
anges, que nous le voulions, ou non...
Mais
à la différence du cliché sarkozien, la photo ségoliste est plus
brouillonne. Un sentiment de désordre et d’évidente désorganisation
s’en dégage. Là où la structure de l’image était claire chez Sarkozy (l’œil va de gauche à droite, du président à la jeune maman, en passant
par ces médiatrices - rieuses - que sont les soignantes) ; on ne
comprend pas bien ce qui se passe chez Ségolène. L’ex-candidate
socialiste bavarde soit avec des travailleuses sociales, soit avec des
femmes en situation de précarité. C’est un peu le bordel... osons le dire
en ces termes. Une bien charitable, et longue, dame brune, à l’arrière
plan, semble même essayer de faire un peu la police (parmi les
journalistes ?), en disant « Ecartez-vous ! », pour donner à cette
visite davantage de solennité. Il fait un peu sombre. On est loin de la
blancheur immaculée de la chambre d’hôpital de Nicolas Sarkozy. On est
dans l’opposition, en somme...
En
attendant, les visites des autres « hospitaliers » qui fonctionnent en
« système » avec l’Elysée sont passées inaperçues... Il n’y a guère que
la très exhaustive AFP pour rapporter que François Fillon est allé, le
soir de Noël, à la rencontre de "gens qui souffrent", en visitant des
familles dont l’immeuble s’est effondré samedi à Noisy-le-Sec après une
explosion due au gaz. Seule l’AFP a rapporté que le fringuant locataire
de Matignon s’est ensuite rendu sur la "Péniche du cœur" gérée par les
Restos du cœur dans le 5e arrondissement, en présence de Véronique
Colucci, veuve de Coluche. Seule l’AFP a rapporté que la ministre de la
Santé, Roselyne Bachelot, a visité les urgences de l’hôpital
Saint-Antoine à Paris. Seule l’AFP a rapporté que la ministre du Logement, Christine Boutin, s’est rendue à l’église Saint-Leu-Saint-Gilles,
près des Halles, à Paris, pour assister à une célébration de Noël avec
des personnes démunies ou sans-abri. Seule l’AFP a rapporté que le
ministre du Travail, Xavier Bertrand, s’est rendu dans une résidence
pour personnes âgées à Bry-sur-Marne...
Mais il est évident pour l’ensemble des Français que toutes ces
escapades hospitalières sont moins « glamour » que celle de Nicolas
Sarkozy auprès de ses infirmières conquises, ou que celle de Ségolène
auprès de ses femmes « dans la dèche », mais si sympathiques en leur
confusion...
Les Français, qui adorent contempler de belles images, remercieront
certainement nos amis les politiques, et le Père Noël, pour tous ces
clichés si finement signifiants et si subtilement moraux... qui
démontrent bien que le si festif « circus
» politique contemporain n’a aucune raison de s’arrêter durant les
fêtes. Face à un tel déchaînement de « belles images », on se dit que
si une fonctionnalité, disponible sur les appareils professionnels des
photographes d’agence, n’est pas prête de tomber dans l’obsolescence,
c’est bien la rafale... On attend avec impatience, et gourmandise, les
belles images du nouvel an, et les « bonnes résolutions » médiatiques
circassiennes de nos dirigeants politiques...
Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.
Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.
Au nom de qui et de quoi Ségolène Royal prétend etre représentatif des citoyens de gauche ?(dont certains n’ont pas été voter pour elle)
Il est temps que la gauche mette en place une élection primaire à l’italienne pour avoir un vrai ou une vraie candidate de gauche avec un vrai programme et non un vulgaire produit de marketing.
De plus ,la gauche se doit de nettoyer ses écuries afin de
se débarasser des JP HUCHON,reconnu coupable de "prise illégale d’intéret" et de demander des comptes à Ségolène ROYAL sur le milliardaire qui met à sa "disposition" un superbe appartement boulevard St Germain.
Circassien : de "cirque".
Vortex : tourbillon, etc.
Le titre ne jargonne pas, c’est au second degré. L’article ne jargonne pas trop d’ailleurs. L’idée était de montrer que les deux ex-candidats à l’élection présidentielle jouent aux "hospitaliers" médiévaux, dans le cirque médiatique des fêtes de Noël... Pour circassien c’était au second degré aussi : vous n’êtes jamais tombé sur ces prétentieux articles sur le "nouveau cirque" qui évoquent les "arts circassiens" ? C’est un mot que j’adore