Récemment invité de l’émission Avant Premières sur France 2, Stéphane Guillon s’est vu opposé au philosophe François L’Yvonnet, auteur du livre Homo-comicus ou l’intégrisme de la rigolade.
Dans ce livre, il dénonce l’humour pseudo-subversif, tant répandu aujourd’hui, qui sert le pouvoir et permet de tourner tout et n’importe quoi au dérisoire. Si Guillon, évoqué dans le livre, en est l’illustration parfaite, il a largement pu le démontrer ce soir-là, poussant la caricature jusqu’au grotesque.
Lors de ce débat, l’humoriste n’a eu de cesse d’éviter les discussions de fond par un brin d’humour, de laisser ses petites blagues prendre la valeur d’un argumentaire, pour le plus grand plaisir d’un public acquis à sa cause se contentant de rire benoîtement. Refusant d’admettre qu’il faisait entièrement partie du système et ne dérangeait en rien les puissants, le chroniqueur proche du Parti Socialiste (grand parti anti-système…) a préféré vanner son contradicteur en se faisant passer pour le mec cool qui s’amuse avec le grand frustré qui lui porte une critique.
« Vous êtes très nerveux » lui a-t-il lancé à plusieurs reprises, se voyant justement rétorquer que le moment n’était pas à la rigolade et que des questions sérieuses étaient posées… rien n’y fut. Il est très difficile de débattre avec un comique, parfaitement apte à « mettre les rieurs de son côté ».
François L’Yvonnet a pourtant bien mis le pseudo-subversif face à son imposture. « Votre prétention à la subversion est absolument dérisoire » lui a-t-il fait remarquer, précisant qu’il participait d’une critique parfaitement intégrée au système. « Vous faites partie du système, vous êtes dans le pouvoir. À la lecture on a l’impression d’avoir une chronique de cour. On est à la cour, exactement comme au XVIIIème siècle, une cour un peu décadente d’ailleurs où on se soucie de savoir qui est marié avec un tel, quelles sont les relations d’un tel avec un tel… il n’y a rien d’offensif, rien de radical » a précisé le philosophe.
Et ce dernier de poursuivre : « Vous ne vous en prenez pas aux puissants. Vous vous en prenez à qui ? À un ministre ? Mais les ministres ce ne sont pas les puissants. Les puissants ce sont les financiers, les banquiers, ceux qui vous payent. » Face à cela, Stéphane Guillon ne s’est contenté que de rire, de balancer quelques vannes, et de justifier son statut de martyr en évoquant son licenciement de France Inter.
Face à cet argument victimaire, L’Yvonnet a rappellé qu’il « n’a pas été viré du système, il a été viré d’une radio », tout en précisant que l’humoriste disposait d’une solution de repli confortable nommée Canal +. « Quand on est salarié et qu’on est viré d’une entreprise, on est à la rue. Quand on est viré de France Inter et qu’on a une solution de repli, on n’est pas viré du système » a-t-il fait remarquer avant de rajouter que Guillon n’était « pas dérangeant pour le système puisqu’il continue à prospérer. »
Malgré cet argumentaire bien rodé, le théoricien de l’homo-comicus n’est pas parvenu à se faire entendre de l’humoriste, retranché derrière ses blagues salvatrices. Ainsi, Guillon n’a été que la caricature de ce qui lui est reproché dans le livre : un amuseur public qui tourne tout au dérisoire et empêche donc la réflexion et le débat de fond, un bouffon de la cour qui fait régner l’intégrisme de la rigolade.
Pour finir, une petite définition qui a elle-seule suffira à résumer la situation : Bouffon : Personne qui cherche à amuser par ses plaisanteries. Les rois avaient leur bouffon attitré, seul personnage pouvant se moquer du souverain sans conséquences.
Comprenne qui voudra.
Christopher Lings ( Le bréviaire des patriotes )

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