par Forest Ent
Ingénieur et docteur ès sciences,
j’exerce depuis 25 ans des fonctions d’études, recherche et direction
technique (ou call-girl, je ne sais plus).
Concentration des médias : tâche bientôt achevée
http://les7duquebec.wordpress.com/2009/04/26/ls-foret-des-medias/
Le présent article résume très sommairement l’état de la concentration des médias tels qu’ils peuvent être perçus en France.
Les médias sont résumés ci-dessous par grands domaines.
Le sigle [FF] signifie que le capital appartient majoritairement à
une seule famille, en général éponyme. Le sigle [FI] signifie que le
capital appartient en majorité à des établissements financiers,
c’est-à-dire un peu des banques, et surtout des fonds
d’investissement : mutual funds et private equity.
Production musicale : plus des deux tiers de la production mondiale sont réalisés par 4 sociétés, Universal Music (Vivendi [FI]), BMG (Sony [FI]/Bertelsmann [FF]), EMI [FI] et Warner Music [FI].
Production cinématographique : plus des deux tiers de la production mondiale sont réalisés par 5 sociétés, Disney [FI], Time Warner [FI], Viacom [FI], NBC (General Electric [FI]), Sony [FI].
Télévision : l’Etat
français contrôle une diffusion réalisant 40% de l’audience française,
et 45% sont contrôlés par Bouygues [FI] et Bertelsmann [FF].
Edition de livres : Lagardère [FI] et Editis (Wendel - FI ) réalisent plus des deux tiers de la production littéraire française.
Publicité/marketing/sondages
: toutes les grandes sociétés mondiales (Omnicom, VNU, Publicis,
Havas, Aegis...) appartiennent majoritairement à des établissements
financiers, en petit nombre pour les gros actionnaires.
Journaux quotidiens
nationaux d’information générale : les deux tiers des titres
appartiennent, au moins en grande partie, à des établissements
financiers et un tiers à des groupes familiaux (Dassault, Arnault et
bientôt Bolloré avec « Direct soir »).
Presse magazine :
les deux tiers de la diffusion sont réalisés par 4 sociétés, Lagardère
[FI], Bertelsmann [FF], EMAP (en vente, sera racheté par des fonds ou
Bertelsmann), Dassault [FF].
Agences de presse : il n’y a que trois agences mondiales AP (presse US), Reuters [FI] et AFP (lié à l’Etat français).
Distribution de
livres, musique et films : 40% de la distribution en France est faite
par les groupes Pinault [FF] et Lagardère [FI] ; 40% est faite par les
grandes surfaces (Carrefour, Promodes, ...)
Distribution de journaux : plus des deux tiers faits en France par Lagardere [FI], et Bertelsmann [FF].
Les groupes familiaux restants, à part Bertelsmann qui perd
progressivement le contrôle et commence à devoir revendre, par exemple
actuellement ses parts de BMG, ne sont pas des groupes de presse :
Dassault (marchand de canons), Pinault (distribution, art et luxe), et
Arnault (distribution, art et luxe), Bolloré (transport et exploitation
forestière).
Les établissements financiers qui possèdent le reste sont :
- des banques : BNP Paribas, Crédit suisse, et surtout des banques new-yorkaises comme JP Morgan
- des fonds spéculatifs : Bain, Lee, Providence, Cinven, Wendel, Eurazeo, Carlyle
- des fonds de pension, comme Fidelity, dont la défense à l’OPA sur
VNU montrent qu’ils ne se contentent pas d’un simple rôle de
gestionnaire de portefeuille, et que leurs déclarations de propriété
sont fort peu crédibles.
Il s’agit au moins aux deux tiers d’intérêts US. Cette prise de
contrôle s’est faite à la faveur de plusieurs faillites, dont, en tout
premier lieu, celle de Vivendi, qui a tout acheté puis dû tout revendre.
Tous ces groupes ont des intérêts croisés deux à deux :
administrateurs communs, actionnaires communs... Un grand nombre de
leurs dirigeants proviennent de cabinets ministériels, et
réciproquement.
Aucun des établissements financiers qui contrôlent tout cela n’est
investi uniquement dans les médias. A part Bertelsmann, il n’y a plus
de société de médias qui soit pour son propriétaire une finalité.
Et la concentration n’est pas finie, à en juger, par exemple, par
les mouvements récents sur Dreamworks, Pixar, et les mouvements en
cours sur Vivendi, VNU, Warner, BMG, Aegis, BVA, CSA...
Quelles en sont les conséquences ? Tous ces tuyaux géants déversent
un flux permanent de désinformation à but lucratif. Elles ne fâchent
personne qui compte. On n’y apprendra, par exemple, pas grand chose sur
les activités en Afrique des grands groupes français.
Cela ne veut pas dire qu’une idée qui n’est pas publiée est vraie -
même les miennes. Mais ce niveau de concentration, même s’il y a
toujours eu des liens entre puissances de l’argent, de la presse et
pouvoirs, atteint un degré et une puissance inégalés, qui menace la
démocratie. En effet, le bon fonctionnement d’un système repose sur
l’équilibre des pouvoirs. Or, comment créer des contre-pouvoirs sans
moyens d’information d’une ampleur comparable ?
Comment pourrait-on obtenir une plus grande diversité d’informations ? On ne peut pas.
(NB. Les lecteurs qui douteraient de ces élements ou souhaiteraient plus de détails peuvent les consulter sur mon site http://forestent.free.fr/ )