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Too big to fail, la série à la gloire de Wall Street et de Henry Paulson

Vous allez me dire : Encore un film sur la crise financière de 2008 ! Sauf que Too big to fail vaut vraiment le détour tant il est « remarquable » aussi bien sur le fond que sur la forme. L’histoire est simple ; le naufrage de la banque d’affaire Lehman Brothers et sa tentative de sauvetage.

Je n’ai pas fait d’école de cinéma mais je crois savoir qu’un film réussi c’est d’abord un scénario avec un bon suspens. La difficulté avec les films historiques ou qui relatent des événements récents, qu’on a tous plus ou moins en mémoire, est qu’on connait la fin avant même d’avoir vu le début, à moins de faire de l’uchronie. Mais qu’importe, Curtis Hanson, le réalisateur qui bénéficie du financement de la puissante chaine câblée HBO, va s’appuyer sur une brochette d’acteurs aussi bons que ressemblants physiquement aux personnages qui interprètent (au prix de quelques tonsures ou à l’aide de peroxyde d’hydrogène s’il le faut pour aider dame nature). Et pour faire encore plus vrai, les noms des banquiers et des membres du gouvernement ne sont même pas modifiés, toute ressemblance avec des évènements actuels ou récentsn’a rien de fortuit.

Le film ne connait pas de longueur grâce à la pléthore d’acteurs et les nombreuses scènes filmées qui s’enchainent de manière judicieuse. Tous les grands banquiers américians, quelques financiers et des hommes politiques de premier plan sont représentés ; de Ben Bernamke, le patron de la FED à Llyod Blankfein, le CEO de Goldman Sachs (GS), en passant par « l’homme le plus riche au monde », Warren Buffet. Même « notre » Christine Lagarde et son collier de perle de culture ont droit à une scène de 10 secondes. Celui qui n’a pas le privilège d’être représenté, c’est qu’il compte pour du beurre (comme le président W). Le revers de la médaille est que les personnages manquent de profondeurs ; il est vrai que caser deux personnages principaux et une quinzaine de personnages secondaires en 98 minutes est mission impossible et puis de toutes les manières le réalisateur se focalise sur les faits, enfin plutôt la manière qu’il les perçoit ou qu’on lui a demandé de les percevoir. C’est là que la bât blesse.

Cirage de pompe : formule grand luxe avec brossage et huile imperméabilisante

Quand on connait un peu la finance ou qu’on a suivi d’assez près la crise financière que nous trainons encore aujourd’hui, on ne peut, pendant tout le long du film, qu’avoir le sentiment de se faire bourrer le crâne avec un film de propagande commandé par l‘American Bankers Association ou mieux Henry Paulson, le Secrétaire américain au Trésor, himself.

Première surprise, le film ne pose pas la question de l’origine de la crise bancaire, il fait juste un constat, la crise est tombée sur le système financier en général et sur la banque Lehman Brothers, en particulier, comme une merde d’oiseaux vient s’écraser sur la belle veste que vous venez d’acheter. Vous pestez mais vous n’aller chercher le pigeon coupable de cet affront. Cet angle d’attaque osé permet à tous les banquiers représentés dans le film de passer pour des pompiers patriotes qui cherchent une solution à un problème qui va jeter dans la misère des millions d’Américains et pas à des pyromanes égoïstes et âpres au gain comme les médias les présentent souvent. Par la même cela évite au réalisateurs et à la chaine de télé de se faire des ennemis puissants et rancuniers et des procès en diffamation couteux.

Henry Paulson, humain…trop humain ?

Henry Paulson, le personnage principal joué par William Hurt, est l’objet d’un traitement particulier ; il est humanisé, présenté comme intègre et toujours soucieux de l’intérêt général et surtout rendu proche du peuple, enfin au moins de la classe moyenne américaine (ceux qui ont les moyens de s’abonner à HBO).

Tous les signes extérieurs de richesse, selon la formule consacrée, sont bannis du film, dés lors que Henry est présent. Les déjeuner-meettings avec le patron de la FED sont certes pris dans le cadre agréable d’une salle de son ministère mais on est plus proche du presbytère d’un temple protestant que des ors des salons de la République française. Pas de vin à 200 dollars sur la table mais une simple carafe remplie de jus d’orange (sûrement de Floride). On ne le voit jamais dans un véhicule, à croire que Monsieur est un adepte de la marche à pied même quand s’agit de faire un aller-retour Washington D.C. – New York.

Mais c’est dans les scènes de la vie privée qu’on atteint des sommets. La maison est bourgeoise, rien à voir avec ce qu’on peut imaginer pour un homme devenu multimillionnaire chez Goldman. Pas de piscine, ni de personnel de maison (mais où sont donc passés la cuisinière afro-américaine et le jardinier mexicain attachés au service de tout bobo californien, cela ressemble diablement à la mise en scène de DSK et Anne à Washington se faisant cuir un steak avant la relation inappropriée) ni même de chauffeur ou de gardes du corps. Qui donc pourrait vouloir du mal à un homme si bon et aimé ? Madame Paulson n’est pas particulièrement belle, pas moche non plus, elle ressemble à nos épouse ou nos mères en somme. Mais surtout, elle a le bon goût de n’arborer ni robe de couturier ni diamant ; sûrement un problème d’allergie.

Même en s’appelant Majax, impossible de cacher aux téléspectateurs que le Secrétaire au Trésor est un ancien de Goldman Sachs. Alors on atténue, on gomme, on relative. On voit Henry Paulson traiter tous les banquiers qu’il rencontre de la même manière et GS ne bénéficie ni de passe-droit ni même d’un accès privilégié au ministère des finances alors qu’on sait très bien que beaucoup d’anciens de la compagnie y travaillent. Il n’invite jamais ses anciens potes de bureau à casser la croute avec la carte bleue de la société comme moi je le fais. Un mec droit comme un i ce Henry.

Mais le tour de force consiste à ne pas dire que Lehman Brothers est le principal concurrent de son ancien employeur et que la chute de celui-ci l’arrangerait beaucoup, d’après de nombreux observateurs.

Notre héros chauve a tellement à cœur de réussir sa mission qu’il en devient malade. Heureusement, un de ses collaborateurs (un ancien de Goldman encore, mais c’est un détail) lui propose un médoc pour qu’il tienne le coup. Le médoc finit au chiotte ; Henry est un bon Christian Scientist et même dans les moments les plus difficiles, il ne doit pas céder à la tentation du diable. Faut toujours une référence à la bible dans un film U.S.

Même le pire enfant de salaud a droit à un avocat

Si on devait reconnaitre une qualité à ce film ce serait de présenter le point de vu du gouvernement Bush jr. sur la manière dont il a géré la crise bancaire. Lehman Brothers a été lâché pour deux raisons : il faillait qu’un coupable paie pour ses fautes (le fameux aléa moral) mais surtout parce que cette banque ne disposait plus d’actifs à proposer en garanties en échange d’une intervention financière du gouvernement fédéral. Paradoxalement, les seuls « méchants » du film sont les Britanniques, avec qui pourtant les Américains entretiennent une « relation très spéciale » selon l’expression prêtée à Churchill. On leur reproche d’avoir roulé dans la farine Washington en leur faisant croire que la Barclays voulait reprendre Lehmman.

Si on fait le bilan des films et des reportages (Debtocracy ou Margin call) qui sont sorties sur ce sujet, force est de constater que la quasi totalité sont à charge contre les banquiers et les gouvernements Clinton et surtout Bush Junior. Le mérite de ce film, bien construit d’un point de vu cinématographique, est donc d’apporter la contradiction car tout le monde a droit à un avocat même celui que la foule veut lyncher.


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6 réactions à cet article    


  • easy easy 13 décembre 2012 22:35

    ***** « Il n’y a que deux noblesses, celle de l’épée et celle du travail ; le bourgeois, l’homme de boutique, de négoce, de banque, d’agio et de bourse, le marchand, l’intermédiaire, et son compère, l’intellectuel, un intermédiaire lui aussi, tous deux étrangers au monde de l’armée comme au monde du travail, sont condamnés à une platitude irrémédiable de pensée et de cœur » Edouard Berth. ******


    Le concept de noblesse étant une invention, une transcendance, il n’existe que si on le place. Comme tous les concepts, la noblesse (d’âme) n’existe et n’est visée (comme objectif) que si elle est chantée régulièrement.

    Il me semble possible que ce concept (comme bien d’autres sans doute) conduise à des perversions.

    Mais ici, je la considérerai forfaitairement comme étant valable.

    En ce cas, à quoi ou à quelle attitude l’appliquer ?

    Au soldat ?
    Au forgeron ?
    Ainsi que l’affirme Berth ?
     
    Soldat, je ne l’ai pas été (Je n’ai fait que mon SN en France)
    Forgeron, menuisier, plombier, toussa, je l’ai été.
    Il me semble n’avoir jamais ressenti de noblesse en mon métier et en tous cas pas en comparaison avec un autre (ou alors seulement en jouant à croire Berth, quelques secondes)
    Ce que j’ai ressenti assez nettement c’était du courage et de la simplicité en ce que je faisais(quelques fois ça frôlait l’humilité mais il y avait alors inversion orgueilleuse si j’y pensais)

    Et cela alors que j’étais très souvent aux côtés de toutes sortes d’autres professionnels (Traders, profs, médecins, avocats, marchands...).
    Jamais je ne me suis vu être plus dans l’honneur que les autres.


    Ce n’est que quand je considérais ma manière de faire, ma manière de respecter l’autre, quel qu’il soit, client, salarié, associé ou fournisseur, que je voyais ce qui aurait pu me mettre à l’honneur à leurs yeux.

    J’ai vu de l’honneur dans certaines attitudes de toutes sortes de gens

    Pour moi,
    Il est hors de question de déclarer que tout travailleur et tout soldat sont d’honneur.
    Il est hors de question de considérer qu’une personne est constamment dans l’honneur.
    Il est hors de question d’exclure du champ d’honneur, un chirurgien, un écrivain, un musicien, un banquier, une pute, un déserteur, un enfant, un tétraplégique, un acteur, une divorcée, un bénévole, un bandit.

    Et là, je ne parle pas d’un honneur qu’on s’attribuerait. Je parle bien d’un honneur attribué par autrui. Mais il s’agit d’un honneur examiné à la loupe et au cas par cas.



    Selon son affirmation, Berth m’apparaît castiste.



  • easy easy 14 décembre 2012 00:01

    Votre thèse n’est pas inverse de la mienne mais complémentaire.

    Là-dessus, quand on gagne beaucoup, ce qui crée une situation d’indécence permanente, on ne peut plus se retrouver en situation d’honneur. (Et tous les pauvres qui foncent jouer au Loto visent cette situation)
    Mais le ban n’est pas fermé pour autant. Il arrive que des riches inversent la vapeur et lâchent leur fortune. Parfois en mileu de parcours, sinon en sa fin. 
    (Odon Vallet -et son fils- ont convenu de lâcher un héritage de 120 millions pour se contenter de leur salaire suffisant à leur yeux) 

    Quand on n’accorde pas aux gens qu’ils puissent être d’honneur, ils ne s’efforcent pas de l’être.


  • ET SI LES PRESIDENTS US ET FRANCAIS AVAIENT DES COJONES....au lieu de mettre plein

    DE policiers autour de chaque elu national ex ministres et députés et sénateurs

    SI ILS REFLECHISSAIENT un peu on mettrait un policier....ou un crs devant chaque ecole
    ...
    les affaires genre merah ou us n’auraient pas eu lieu... COMBIEN DE VIES EPARGNEES,,, ??

    OBAMA EN A .............MAIS HOLLANDE C EST A VERIFIER.............

    OBAMA VA CASSER LE LOBBY DES ARMES AUX USA ........... HE CAN..................


  • Pyrathome Pyrathome 14 décembre 2012 14:58

    Il y a des mains invisibles qui se perdent sur la frimousse des lèche-bottes.....pour sûr !!!


    • Yanick Toutain Yanick Toutain 6 mai 2013 12:04

      Il est bien votre article ! Pourquoi tant de contre ?
      Je viens même d’en faire la publicité sur Mediapart

      06/05/2013, 11:34 Par Yanick Toutain
      en réponse au commentaire de MBOTO le 06/05/2013 à 10:35

      Un politique qui se mèle de gérer l’économie ?
      On rêve !!!
      On croirait entendre Henry Paulson en train de DONNER L’ORDRE à Lehman Brother de FAIRE FAILLITE !!
      (La scène est très drôle dans le film Too Big To Fail)
      Si les larbins français de la bourgeoisie capitaliste se mettent à IMITER leurs jumeaux LARBINS du capitalisme US, où va-t-on ?
      Le LIBERALEGALITARISTE que je suis est choqué !
      Après la révolution, les REPRESENTANTS DU PEUPLE seront REVOCABLES mais ils n’auront PLUS la CLE DU COFFRE !
      L’investissement, ce sera le CITOYEN qui en sera le gestionnaire : 300 euros par mois SANS RIBA !

      La critique faite ici du caractère pro-Paulson du film est tout à fait juste. C’est encore pire : les MAGOUILLEURS qui jouaient Lehman Brothers à la BAISSE sont quasi blanchis..... Ils font passer le PDG de Lehman pour un demi-paranoique qui imagine des extraterrestres baissiers !

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