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Tout va bien, la publicité française n’exclut ni les noir/e/s ni les gros/ses !

C’est du moins ce que semble affirmer le JDP (Jury de déontologie publicitaire), présidé par un conseiller d’État. Déni de réalité ou aveuglement intéressé ?

 Début 2011, une campagne publicitaire réalisée par Young & Rubicam pour « L’Étudiant » est affichée dans les stations de la RATP. Ses trois volets montrent un cheval ayant couvert d’excréments un mur qui porte la trace d’une personne projetée par l’expulsion, un/e spationaute ayant vomi dans son casque puis un pompier hésitant à sauver une victime qui incarne le stéréotype du « rappeur nègre et obèse à pitbull ».
 
 Excréments = vomi = nègre obèse
 
 Cette campagne conforte l’amalgame entre rejets humains (excréments, vomi) et humains rejetés (personnes noires, obèses). Le cheval a déféqué, le spationaute vomi, le nègre obèse va brûler qui se trouve en haut d’un immeuble rappelant ces hôtels parisiens dont les incendies avaient, en 2005, fait 52 victimes africaines (notre illustration). Le 2 mars, le collectif « Non à Guerlain ! Non à la négrophobie ! », fondé après les propos du parfumeur en 2010, saisit le JDP.
 
JPEG - 142 ko
Comparaison d’une publicité réalisée par Young & Rubicam pour le magazine « L’Étudiant », diffusée en février 2011 dans les couloirs de la RATP et montrant un nègre obèse menacé par les flammes au sommet d’un immeuble typiquement parisien, avec une photographie réalisée dans la nuit du 25 au 26 août 2005 lors de l’incendie d’un hôtel parisien du boulevard Vincent-Auriol ayant fait 17 mort/e/s d’origine africaine
 
 Le 8 juin, la présidente de cette instance de sanction rejette sa plainte avant examen en séance, estimant que l’affiche au nègre obèse « ne met pas en cause [sa] couleur de peau » (laquelle serait donc visible mais pas importante). Marie-Dominique Hagelsteen oserait-elle cet argument si la personne à (ne pas) sauver des flammes était - autre stéréotype - un « juif à papillotes » ? Elle ajoute que « le support affichage ne permet pas de distinguer la couleur de peau » -qui serait donc, désormais, importante mais pas visible : que choisir ?
 
 « Le support affichage ne permet pas de distinguer la couleur de peau »...
 
 Cette conseillère d’État sait-elle que dans le métro, les affiches « 4x3 », on a le nez dessus ? Et d’où lui vient cette idée saugrenue que l’insulte en arrière-plan cesserait d’être insulte ? Serait-ce de cette pratique « nationale » de relégation des minorités dans les banlieues ou les placards ? Nous voyons à l’œuvre, inconsciente d’elle-même, une idéologie républicaine française qui légitime l’eugénisme social.
 
 Cette décision, selon laquelle représenter une personne noire et obèse en danger de mort n’a aucune connotation discriminatoire tant qu’elle est « vue de loin », occulte un amalgame choquant pour les personnes concernées, dont les plus jeunes n’ont pas les moyens de se protéger. Avec des associations de personnes obèses (comme Allegro Fortissimo ou Le Poids des Mots à la Réunion) et de lutte contre les discriminations (comme Total Respect ou le Collectifdom), « Non à Guerlain ! » a interjeté appel.
 
 Racisme social
 
 Installé en 2008, le JDP n’a jamais sanctionné une publicité raciste ou « grossophobe » (terme forgé par l’association Allegro Fortissimo) et n’aurait jamais été saisi à ces titres. En réalité, 83% des plaintes qu’il reçoit sont rejetées par sa présidente comme « irrecevables » ou « infondées » avant d’être étudiées en séance et n’apparaissent pas dans sa jurisprudence : de l’art de transformer les dépôts de plainte en absences de plainte.
 
Le JDP autorise la stigmatisation des personnes noires ou obèses... vues de loin !
 
 Existe-t-il une « déontologie publicitaire » ? Que vient faire un conseiller d’État dans cette galère, si ce n’est émarger en propageant un universalisme à la française qui écrase les minorités visibles ? Le problème de la représentation de ces dernières demeure : les mettre en scène de façon dégradante pour en tirer profit relève de l’irresponsabilité ou ici de la négrophobie et de la grossophobie. Concerné/e ou solidaire, rejoignez-nous : le 7 juillet, deux de nos représentant/e/s ont remis le mémoire en appel au siège de l’ARPP (notre photographie). Son directeur général nous a garanti que nous pourrions nous exprimer en séance devant le JDP. À supposer cet engagement tenu, combien serons-nous alors ?
 
David Auerbach Chiffrin,
porte-parole du collectif « Non à Guerlain ! Non à la négrophobie ! » et président de la fédération Total Respect
 
Béatrix de Lambertye,
présidente d’Allegro Fortissimo et d’Omeave (Obésités mode d’emploi : apprendre à vivre ensemble)
 
Christian Lacoste,
acteur de la campagne SMM (Stop Murder Music) au Canada
 
Sandrine Grynberg Diaz,
secrétaire générale d’Allegro Fortissimo
 
PDF - 1.9 Mo
Rapport 2010 de l’ARPP


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