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Un documentaire pirate

Un documentaire retraçant le procès des fondateurs du site de partage piratebay.org a été projeté à la Berlinale et diffusé simultanément sur internet. En plus de remettre au goût du jour les questions liées au partage de fichiers, de liberté d’expression sur internet, et du comportement des internautes, ce documentaire met en exergue les rapports délicats entre les fondateurs de l’un des plus fameux site de partage du monde et les pressions exercées par les grands majors lors du procès.

Le site internet piratebay.org est l’une des plus fameuses plateformes de téléchargement sur internet. Initialement développé par une organisation suédoise du nom de Piratbyrån (le Bureau Pirate) en 2001, le site est rapidement devenu une référence incontournable dans la pratique du téléchargement. Perquisitionnés en 2008 par la police, ses trois créateurs, Fredrik Neij, Gottfrid Svartholm Warg et Peter Sunde, ont dû faire face à la justice suédoise pour incitation et violation du droit d’auteur. Condamnés à payer une amende de trois millions d’euros et à une année de prison, les développeurs de la plateforme seront finalement déclarés insolvables. En appel, les accusés feront valoir l’argument que le juge n’était pas impartial, et une enquête établira effectivement un lien étroit entre le juge et les représentants des majors présents au procès. Le deuxième jugement reverra la somme et la durée d’internement à la baisse, mais confirmera leurs peines.

L’enjeu de est de taille : l’industrie du cinéma réclamait, au départ, plus de douze millions d’euros de dédommagement aux trois développeurs. Véritable poison pour l’industrie des loisirs télévisuels, le cas piratebay aura été l’occasion de voir à quel point la fronde des grands groupes médiatiques est indivisible lorsqu’il s’agit de défendre leur mode de distribution. 

Toujours fonctionnel, le concept du site internet est le suivant : piratebay.org est conçu comme une base de référence commune sur laquelle des utilisateurs peuvent partager des liens (torrent). Ces liens renvoient à du contenu informatique chez des utilisateurs particuliers. Un logiciel permet de mettre en commun les fichiers présents sur ces ordinateurs, et de se partager des fichiers via un logiciel. Il se base sur une relation de peer-to-peer, d’utilisateur à utilisateur. Aucun contenu informatique n’est par conséquent hébergé par piratebay.org. Le site ne fait que la mise en commun des ressources informatiques présentes sur les ordinateurs qui y participent. Il est aujourd’hui hébergé en Suède et possède une bande passante mise à disposition par le parti pirate suédois.

Pourtant, l’idée n’est pas nouvelle : napster et son logiciel de partage musical avait été le précurseur en la matière. Si d’autres acteurs du téléchargement, à l’image du défunt megaupload, se sont imposés par la suite, la particularité de piratebay.org a été sa résistance aux tentatives de fermeture, sa longévité et sa disponibilité sur la toile. Plus qu’un portail internet, piratebay.org incarne une mouvance, un comportement numérique qui a fait ses adeptes : il a servi d’inspiration aux nombreux partis politiques pirates ayant essaimé ces dernières années au sein de l’Europe.

Plusieurs fois mis sous pression, le site a toujours tenu bon. Au point de fasciner Simon Klose, un réalisateur suédois, qui a suivi durant quatre ans les principaux protagonistes de la plateforme pirate. Mais la réussite du film ne tient pas seulement dans un reportage de qualité, car il n’a pas emprunté le circuit habituel de distribution. Il l’a mis à disposition sur internet : «  Le mettre en ligne gratuitement est en quelque sorte ma manière de pirater l’industrie du film », et d’ajouter, sur un ton plus léger, que son « but était également, en tant que producteur, que son film puisse atteindre une plus grande audience  ».

Opération réussie pour le réalisateur, dont le film a été projeté le 8 février 2013 à la Berlinale, le Festival International du film de Berlin dans la section Dokumente et mis en ligne simultanément sur youtube. Le documentaire, monté et réalisé grâce à un site de crowdfunding, remporte un énorme succès : le film totalise, au moment d’écrire ces lignes, 1'267'760 vues en sept jours. Véritable pied-de-nez à l’industrie du cinéma, Simon Klose démontre qu’il est possible d’emprunter d’autres canaux que les circuits de distribution habituels, et souvent liés aux grands majors. De par sa réalisation, sa distribution et son thème, ce documentaire fait plus que traiter le sujet dont il parle : il l’incarne.

TPB AFK : The Pirate Bay Away From Keyboard est un documentaire au sujet d’une aventure, d’une péripétie numérique qui plonge ses principaux protagonistes autant que son spectateur dans une formidable épopée humaine : celle de l’utopie, de l’internet, du partage et de l’amitié. Un projet virtuel qui bouleverse bel et bien le réel.

 

 


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4 réactions à cet article    


  • deep31 Jo 23 février 2013 10:39

    Bonjour,

    Malheureusement, il n’existe pas de traduction française pour le moment. Cependant, une version sous-titrée a entretemps été réalisée. Elle est disponible ici : http://www.youtube.com/watch?v=qZ5sDr7-Q4c
    Meilleures salutations,

    Jo


  • Jagermaster Jagermaster 23 février 2013 12:28

    Bravo, beau travail et merci pour ce lien


  • Ruut Ruut 22 février 2013 16:47

    Si un serveur se trouve dans les eaux internationales, il est soumis a quels droits ?


    • deep31 Jo 23 février 2013 10:51

      Bonjour,

      Les eaux
      internationales ne sont pas un concept véritablement défini. Bien sûr, vous trouverez des avocats pour vous montrer où se situent les frontières exactes frontières des "eaux internationales". Dans ce genre de dispute, ou procès, tout dépend de quel est le véritable enjeu qui se cache derrière. Honnêtement, je dois dire je n’ai pas les connaissances nécessaires et valables pour formuler une réponse adéquate en termes de droit international.

      Cependant, vous soulevez une question extrêmement intéressante : celle de la propriété « géographique » des données. Elles dépendent toujours du droit étatique. Certaines conventions, plus régionales ou globales, essaient de se dessiner des cartes de propriétés. Mais la plupart des états n’ont pas d’accord spécifique en la matière. Il y a une grande con
      troverse au sujet du stockage de données : beaucoup de gigabits sont actuellement stockés dans des pays extérieurs. Facebook a également inauguré un data center à Luela, en Suède. Les centres de stockage de Google sont aussi situés dans des endroits stratégiques. Il s’agit d’économiser des coûts électriques. Le refroidissement des différents périphériques informatiques est onéreux.

      Toutes les îles sont aujourd’hui soumises à la loi d’un quelconque état. Difficile de lancer un site « eaux territoriales ». Les serveurs ont leur base physique dans un état. Certaines juridictions sont moins sévères, à l’image de la Suède, qui propose une législation souple.  A ma connaissance, pas de « serveur dans les eaux internationales ». Mais votre réflexion pourrait aboutir sur d’autres standards : un bateau-serveur, un web-avion, etc...

      Si votre intérêt subsiste encore, je ne peux que vous encourager à vous tourner vers des spécialistes du droit informatique.

      Merci pour la remarque et la question, meilleures salutations,

      Jo

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