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Accueil du site > Actualités > Médias > Une bonne histoire et puis dodo !

Une bonne histoire et puis dodo !

L’info continue à la TV, ça aurait pu être plus d’info, plus de pluralisme, plus de décryptage… Le problème du traitement des grandes manifs parisiennes, par exemple, confirme à nouveau que l’écran s’agrandissant, c’est l’optique qui rétrécit ! 

Hollande l’Africain, Frigide Barjot, la passionaria de la « manif pour tous », l’arrivée « imminente » du Vendée Globe : sur les chaines d’info continue, on n’a évidemment pas pris la leçon de l’affaire Mérah en mars 2012, quand on réussissait l’exploit de consacrer 22 h consécutives de direct à l’attente de la mort du tueur ! 22 h de cette alchimie particulière visant à inventer la pierre philosophale du journalisme télévisuel : l’immédiateté transmutée en émotion captive, l’image banale transfigurée par l’attente de l’évènement, par l’impatience imaginative du spectateur et du journaliste réunis dans le même instant et au même endroit, le réel en direct, sans recul, sans décryptage, recomposé par le storytelling appliqué désormais au sein même du métier d’informer. Il faut faire parler ces volets clos, il faut que ces cars de policiers alignés les uns derrière autres soient porteurs du drame qu’on attend -qu’on espère-, il faut maintenir le spectateur dans cet état de sidération qui retardera le plus longtemps possible le geste fatidique d’éteindre l’écran de la TV.

Alors pourquoi continuer à invoquer la déontologie, par exemple pour demander que le traitement médiatique de la manifestation du 27 janvier pour le mariage pour tous, soit identique à celui de la « manif pour tous » des opposants à l’égalité de droits du 13 janvier ? Pour ce dernier événement, on avait un personnage, l’agitée et opportuniste Frigide Barjot , on avait une préparation par tous les médias confondus, de la radio à la presse écrite en passant par les TV, de ce qui pouvait s’ annoncer comme une nouvelle mobilisation exceptionnelle de la France de droite après les grandes manifs de l’école libre du temps de Savary. Le compte à rebours avait été bien orchestré : comment les futurs manifestants avaient appris à mettre sur pied un service d’ordre, comment dans les foyers et en famille, on avait préparé la montée à Paris, comment on avait affrété les cars… Le jour dit, entre les directs manif et les « spécialistes » qui se partageaient entre BFMTV et I-Télé, on pouvait s’embarquer pour un direct s’étalant de la fin de la matinée jusque dans la soirée. Quitte à gonfler l’événement en reprenant les chiffres qui le ferait historique et à multiplier par deux ou trois la mobilisation pour atteindre aux références de 1984 !

Pas raconter la même histoire ! 

Recommencer 15 jours plus tard ? Le directeur de BFMTV, l’a bien promis et on a mis en place les moyens du direct, invité quelques spécialistes sur les plateaux. Mais c’était quand même un peu la même histoire. D’autant que le 16 décembre, les partisans de la loi avaient déjà un peu défilé. D’autant que ceux-là, ils défilent souvent et pour plein de raisons, il n’y a pas cette fraicheur des manifs de droite qui ne sortent que pour les grandes occasions, quand il s’agit de freiner un progrès, de contraindre une liberté ! Et puis il y avait l’arrivée du Vendée Globe : là, on tenait une histoire, avec un héros, avec une aventure ! Alors tant pis, quitte à dire pendant 3 h 30 que le vainqueur allait arriver « dans quelques instants », on allait décommander les spécialistes plateau et on allait se porter sur la voile. La manif, ce serait pour les journaux du soir.

On aurait pu penser avec la multiplicité des chaines, avec l’apparition des chaines d’info continue que l’on pourrait, enfin, étendre le champ de couverture de l’information aux sujets sacrifiés, aux sujets oubliés ; qu’on allait varier les angles, les éclairages, bref que le spectateur citoyen allait gagner en intelligence du monde. On aurait rêvé ! Toute entière soumise au désir de monter un spectacle susceptible de retenir le plus longtemps possible l’attention du public, la presse télévisuelle, si l’on n’y prend garde et si on n’imagine pas un moyen de remettre à plat des règles de traitement pluraliste et démocratique de l’information, va définitivement sombrer dans la recherche pure de l’émotion. Expliquer le monde, l’interroger pour le mettre en questions dans le débat citoyen ? Les patrons de chaines sont désormais très éloignés de ces préoccupations : ce qui compte, c’est bien la prochaine histoire que l’on va pouvoir raconter avant de faire dodo. 


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2 réactions à cet article    


  • subliminette subliminette 7 février 2013 10:44

    Vous pourriez rajouter le choix de l’ordre éditorial dans les journaux de 20H : en pleine guerre du Mali 15 mn à l’ouverture des journaux sur la neige tombée à Vivette-les-Deux-Clochers en plein hiver !
    Quant au gagnant du Vendée, j’avais fait le pari qu’il arriverait pile-poile à l’heure du journal . C’est l’intérêt bien compris de la presse et du sponsor. La vérité sportive tout le monde s’en fiche.

    La presse me semble éviter depuis quelques temps tous les sujets susceptibles de réveiller le bon peuple. Il me semble, mais je n’ai pas d’instruments de mesure pour ça, que c’est encore pire que sous Sarko.
    Ou alors, en cinq ans ils n’ont appris à chanter que des berceuses et à jouer du violon et sont incapables de changer de répertoire ?


    • ecolittoral ecolittoral 10 février 2013 18:25

      Et les documentaires, les soirées thémas, les émissions d’enquête et d’investigation ?

      Disponibles à toute heure sur internet, vous n’en parlez pas ?
      « si on n’imagine pas un moyen de remettre à plat des règles de traitement pluraliste et démocratique de l’information, » à votre sauce démocratique, évidemment.
      Des partisans qui veulent remettre à plat, on sait ou ça mène.
      Les citoyens pèchent leurs informations comme ils l’entendent et là ou ils le veulent.
      Tous les moyens d’information existants suffisent à chacun.
      Ils ont leurs qualités et leurs défauts comme toutes activités humaine.

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