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Accueil du site > Actualités > Politique > 2007, année des rendez-vous manqués, réponse d’un citoyen à Jospin (...)

2007, année des rendez-vous manqués, réponse d’un citoyen à Jospin et Villepin

Dominique de Villepin est connu pour afficher une vision claire de l’élection présidentielle décrite comme la rencontre d’un homme et d’un peuple. Néanmoins, si l’on admet que le peuple n’est plus celui d’un Michelet, voire d’un Renan, alors quel sens accorder à cette élection et à cette idée de rencontre ?

L’histoire est riche de héros et d’événements historiques où effectivement un homme a rencontré un peuple. Oui, mais pas dans les meilleures situations, ni avec des desseins louables. Pétain a rencontré le peuple français en 1940, quant aux Allemands, Hitler leur a fait croire qu’ils pouvaient le rencontrer, et si cette rencontre a eu lieu, c’est entre un non-peuple qui s’est cru investi d’un destin de peuple par l’habileté d’une caste de dirigeants sans scrupule, froids, technocrates, copies des nouveaux apparatchiks soviétiques de 1927 si bien croqués par le philosophe Berdiaev. Les nazis on voulu fabriquer un peuple ! Voilà la face sombre. Maintenant, la face moins sombre reste la rencontre entre de Gaulle et les Français à plusieurs occasions, et notamment lors de la naissance de la Ve République. C’est ce vertige historique auquel fait allusion Villepin, vertige inutile à louer, tant les temps ont changé. Comment rencontrer un peuple si celui-ci n’existe plus ? Car telle est la situation. La France, comme toutes les sociétés avancées, est devenue une association d’individus démocratiques peu soucieux du passé national et encore moins de l’avenir. L’histoire n’est pas faite que de ces rencontres entre deux instances, l’un et le multiple. Il y a aussi les idées incarnées, la Nation, l’Esprit d’une époque... Pétain, a-t-on pu dire, a incarné le Peuple sans la France, de Gaulle, la France (éternelle, idéelle) sans le peuple. La plus belle des solutions serait qu’un homme politique puisse incarner à la fois son peuple, sa rencontre, et la nation au sens idéel. Le peuple n’existant plus, il pourrait se tenir auprès des citoyens, comme un maître aux autorités diverses, se réclamant du passé le plus radieux et de l’avenir le plus prometteur. Mais là, c’est une idéalité peu crédible, si on attend qu’elle puisse se réaliser. Villepin se croit dans une superproduction gaullienne, mais les temps ont changé.

 

 

2007. Rien de commun avec 1958, et le contexte qui a vu naître la Ve République à l’instigation du Général qui pensait le peuple suffisamment immature pour lui proposer l’élection au suffrage universel d’un chef suprême. La France a changé. En 2007, la question n’est pas tant celle de la rencontre d’un homme d’Etat (d’histoire) avec le peuple que la rencontre d’un peuple avec lui-même, autrement dit, la naissance d’une connivence citoyenne au lieu d’une superposition d’individus démocratiques centrés sur leurs intérêts et se retrouvant en petits comités si leurs intérêts convergent en vue d’une action commune. Cette connivence se produit parfois, mais c’est hélas temporaire, une campagne sur le TCE étant éphémère comme un Mondial de foot, autre prétexte, moins intellectuel, à une connivence entre individus. Et les grandes idées, l’Esprit d’une époque ?

 

 

Autant nous pouvons espérer une rencontre des citoyens entre eux, autant il faut redouter ce phénomène lorsqu’il se produit en un seul homme qui, ayant des ambitions présidentielles, décide de se rencontrer avec lui-même et avec son destin imaginé (imaginaire). C’est justement ce qui s’est passé avec Lionel Jospin qui, à l’occasion d’une tribune dans Le Monde et d’un passage au JT, s’est enfin rencontré avec lui-même ; mais a-t-il rencontré les citoyens ? A mon avis, partagé certainement, la réponse est non. Jospin est apparu comme une pièce du jeu politique, sorte de tour, ou de fou, venant se placer sur un échiquier incomplet.

 

 

Moins métaphorique mais plus allégorique serait une comparaison de la venue de Lionel à la tâche d’un chef d’entreprise venu communiquer pour régler une situation de crise. C’est ce qui s’est passé récemment à l’occasion de la commercialisation d’un lot de steaks hachés avariés, et Michel-Edouard Leclerc de se montrer face aux caméras et médias pour garantir que la situation est en main. Jospin est dans une position similaire ou presque, se présentant devant les caméras et se positionnant en gestionnaire d’une crise, ou du moins en candidat à l’investiture pour la plus haute fonction dans l’ordre des gestionnaires de crise, étant entendu que, selon les termes de l’intéressé, la France n’est pas en déclin mais en crise, à l’instar des centres Leclerc, en crise mais nullement au bord du dépôt de bilan. Bon courage, Lionel, si tu penses que les individus sont des actionnaires et des consommateurs de politique, lance-toi comme tes concurrents, Dominique, Djack, Ségolène, Martine, François, Laurent, quoique, Lolo, il puisse se réclamer d’une légitimité particulière, après sa prise de position sur le TCE !

 

 

Cela dit, il nous faut quand même constater que les individus démocratiques sont plus des consommateurs de politique que des acteurs. En lisant l’édito de Jospin, on sera étonné, mais pas surpris, du style et du contenu. A aucun moment il n’est question de faire appel à l’action des citoyens, à une complicité entre la société civile et les gouvernants, à une synergie entre le politique et les individus. Jospin est une pièce dans un jeu à haut rang de chaises musicales. Comme les autres, mais grâce à son intervention de pièce rapportée, il dévoile l’essence de ces prochaines élections où, en fin de compte, le trait dominant sera l’absence de rencontre, si bien que 2007 se prépare déjà à se positionner comme l’année des rendez-vous manqués. On en reparlera dans un an.

 

 

Le facteur sonne deux fois, l’électeur t’a sonné deux fois Lionel, alors, pourquoi un pari inutile ? Paris vaut bien une messe, la France ne mérite pas un pari. Il n’y a pas de crise française, mais une crise de civilisation à l’échelle mondiale. A quoi bon te présenter comme le PDG providentiel d’une société en crise, si ce n’est pour ajuster la crise nationale à la crise internationale ? La France, avec son passé, et son génie pas encore enseveli, a pour mission d’inventer, avec d’autres peuples, d’autres nations, d’autres citoyens, un avenir inédit, au lieu de faire du suivisme dans les champs technologique, économique, financier. La véritable alternative sera entre un politique qui s’alignera sur les évolutions matérialistes associées aux diktats des classes bourgeoises et un visionnaire qui saura catalyser des énergies nouvelles, solidaires mais pas collectivistes, créatives mais pas opportunistes, généreuses avec tempérance. Le concept que je propose, ce n’est pas le développement durable, mais le développement admirable !

 

 

 


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11 réactions à cet article    


  • Marsupilami (---.---.191.62) 30 juin 2006 11:04

    Ouaf !

    « Le concept que je propose, ce n’est pas le développement durable mais le développement admirable ! »

     ???

    Retour d’acide après ton dernier papier sur le rock des seventies ?

    Houba houba !


    • dombadil (---.---.43.236) 30 juin 2006 11:50

      article brillant, concis et parfaitement clair sur les vrais enjeux politiques actuels.


      • RAMZY (---.---.80.17) 30 juin 2006 13:36

        d accord avec l idee du visonnaire, meme si le peuple serai (tres) mefiant.

        au passage, la rime finale est nullissime, et les acides devaient etre (tres) puissants...


        • jcm (---.---.100.8) 30 juin 2006 14:05

          Churchill, nommé Premier ministre le 10 mai 1940, avait-il « rencontré les citoyens » ?

          Fût-il pour autant le pire des premiers ministres que la Grande Bretagne aurait pu avoir en cette occasion ?

          Qu’il DOIVE y avoir une communauté de vue entre une personne qui envisage une prise de responsabilité politique et son électorat est une évidence : son élection n’aurait pas lieu sans cette communauté de vue.

          Mais comment s’établit-elle, et y-a-t-il une seule voie pour y parvenir ?

          J’en citerais 2, celle de S. Royal qui consulte avant de parler, et celle de L. Jospin qui parle avant de consulter, c’est à dire qu’il cadre le type de dialogue dans lequel il envisagerait de s’investir.

          Autrement dit la voie aval contre la voie amont, pour laquelle la rencontre (si elle a lieu) suivra une déclaration préalable.

          Rien de criticable dans cette démarche.

          Que L. Jospin fasse un diagnostic de crise n’a probablement étonné personne et n’est pas la preuve d’une quelconque originalité : presque tout le monde s’entend sur ce diagnostic.

          Mais un tel diagnostic n’implique aucun parallèle avec l’entreprise, et ne fait pas du citoyen « des actionnaires et des consommateurs de politique », car s’il y avait une implication incontestable de ce type cela signifierait que seule l’entreprise est susceptible d’être le lieu d’une crise.

          Je trouve donc très peu de signification à votre paragraphe sur l’entreprise, d’autant plus que de mon point de vue l’entreprise est très antinomique à la démocratie (Entreprises, anti-démocratie, facteur d’instabilité.

          « Et les grandes idées... ? » demandez_vous ?

          Je ne sais pas ce que vous appelez « grandes idées » et il nous suffirait seulement d’un certain nombre d’idées d’un très haut niveau de pertinence pour améliorer l’état du pays : exit pour moi les « grandes » idées, car cette dénomination m’apparaît comme un fourre tout très incertain, où la nécessité de pertinence n’est pas indiquée mais d’où n’importe quelle flamboyance gratuite n’est pas exclue.

          « Et ... l’Esprit d’une époque ? » demandez_vous ?

          Eh bien relisez le texte de L. Jospin : La “feuille de route“ de Jospin et vous y trouverez le souci clairement affiché de conférer à notre époque un esprit plus propre à notre plus grand bien commun : « Alors renaîtront peut-être dans notre pays la conscience d’un destin collectif et l’espoir d’avenirs individuels... ».

          Phrase dans laquelle je note que l’individu et la collectivité ne sont pas mis en opposition : l’exigence d’un bien-être à la fois collectif et individuel.

          «  La véritable alternative sera entre un politique qui s’alignera sur les évolutions matérialistes associées aux diktats des classes bourgeoises et un visionnaire qui saura catalyser... ».

          Relisez bien toutes les propositions de programme pour 2007 actuellement disponibles, en tenant compte qu’un visionnaire devrait savoir proposer un programme qui nous permettrait de nous diriger dans une direction beaucoup plus proche de l’idéal que ce qui fait notre ordinaire, mais dans un régime de transition qui serait supportable par tous et ne provoquerait donc pas en chemin de désastres individuels ou collectifs.

          De toutes ces propositions celle de L. Jospin me semble être celle qui présente le plus de qualités.

          Relisez car ce n’est pas dans ce que l’on suppose de la psychologie ou des intentions de la personne que l’on juge de la valeur de ses dires ou de ses écrits : c’est le texte qui doit ici faire référence.

          Un texte qui apporterait, s’il était mis en oeuvre, un certain nombre d’améliorations probablement notables mais que l’on pourrait souhaiter promoteur d’autres changements, ou d’évolutions différentes dans certains domaines : il n’est et ne sera parfait aux yeux de personne mais trace une voie intéressante.

          Peut-être y manquerait-il en particulier ceci : Allocation d’existence : une politique économique et sociale forte ?


          • Bloggy Bag (---.---.152.115) 30 juin 2006 14:06

            J’ai la nette impression que pour l’heure, la société en crise qui fait sortir Jospin du bois, c’est d’abord le PS, 2007 étant encore trop loin pour l’heure. Que voit-on ? Un nombre peu raisonnable de prétendants qui surtout couvrent un spectre politique pour le moins étonnant et peu cohérent : de la gauche teintée de communisme à la droite catholique autoritaire. Quelle idéologie peut-elle réunir l’orthodoxie d’Emmanuelli, le réformisme institutionnel de Montebourg, le réformisme économique de Strauss-Kahn et le conservatisme musclé de Royal ?

            Il y a bel et bien péril dans la maison PS : beaucoup d’énergie et de volonté de changer, de construire, mais pas d’architecte, pas de chef, pas de ligne claire.


            • Sam (---.---.192.67) 30 juin 2006 16:06

              La véritable alternative sera entre un politique qui s’alignera sur les évolutions matérialistes associées aux diktats des classes bourgeoises et un visionnaire qui saura catalyser des énergies nouvelles, solidaires mais pas collectivistes

              On se calme un petit peu...Pour les prophéties c’est au fond du couloir à droite et pour les visionnaires ont a déjà eu l’illuminé qui voyait son Reich tenir mille ans.

              Par ailleurs, moi je trouve très bien que les énergies soient collectivistes. Le collectivisme, si j’en crois mon dico, c’est un socialisme non étatique et non centralisateur, qui croit à l’action et à la force de la collectivité pour gérer la société. C’est aussi une belle définition du communisme. Le communisme qui est encore la plus belle idée, la plus novatrice et la plus rebelle qu’on ait eu pour dire que c’est la France d’en bas qui fait le monde.

              C’est pas parce que le vieux facho au pouvoir et ses ouailles, anciennes et nouvelles, qui s’engraissent notre dos, ont dit que « communisme, collectivisme, administration, etc.. » étaient des mots sales, qu’il faut les croire et leur obéir.

              Regardez bien tous les mots qu’on n’emploie plus aujourd’hui. Vous verrez qu’il y en a pas mal qui sont un poil sulfureux, pour ne pas dire subversifs.


              • pingouin perplexe (---.---.29.228) 30 juin 2006 16:13

                Eh bien ! Des articles comme le votre auraient au moins cette vertu « anti-décliniste » qui dispose à vouloir donner la primeur à un véritable débat d’idées républicain. Vous dénoncez au passage une logique de consommation effrénée dans laquelle on peut bien percevoir que le nihilisme désigne aussi une attitude par laquelle citoyens, personnes, et « représentants » basculeraient à l’excès du coté des produits, en se vendant comme tels. Vous concluez que le concept que vous proposez, ce n’est pas le développement durable, mais le développement admirable !

                Souhaitons qu’il s’agisse ici de toute autre chose qu’un produit, même conceptuel et bien emballé, et que l’on entende bien un développement qui mette à l’ordre du jour les notions de personne, de sujet, et de citoyen...

                Le pingouin


                • Professeur Couillon (---.---.234.94) 1er juillet 2006 04:05

                  « la société en crise qui fait sortir Jospin du bois, c’est d’abord le PS »

                  Je n’en suis pas aussi sûr que vous. Il y a plusieurs candidats à l’investiture ? Tant mieux ! Ils sont très différents, à la fois par leurs tempéraments et par les propositions qu’ils font pour améliorer le très consensuel projet du parti ? Encore tant mieux ! Ça ressemble à ça, la démocratie... Sinon, il y a l’autre possibilité, celle d’un parti qui décourage les ambitions personnelles et bride les talents, si ceux-ci ne sont pas au service exclusif de la candidature du chef. Personnellement, ça me convient moins.


                  • Vilain petit canard Vilain Petit Canard 5 juillet 2006 15:07

                    Article tout à fait pertinent, merci, Bernard.


                    • bernard29 candidat 007 9 juillet 2006 00:43

                      ce qui m’a surpris c’est votre accolement par deux fois des mots « individus et démocratiques ».

                      1)La France, comme toutes les sociétés avancées, est devenue une association « d’individus démocratiques »

                      2) la naissance d’une connivence citoyenne au lieu d’une superposition « ’individus démocratiques ».

                      sinon, c’était bien parti,(questionnement sur la rencontre d’un homme et du peuple) mais je ne sais pas où c’est arrivé, (le matérialiste contre le visionnaire ??).

                      Je suis un peu déçu, parce que vous auriez du faire un effort pour expliquer le « développement admirable » que vous souhaitez. A moins que ce soit l’épanouissement harmonieux de tous les individus dans une démocratie retrouvée ou renouvelée. C’est pas mal ça.


                      • boudiba (---.---.68.204) 14 juillet 2006 22:19

                        je pense que les politiques et intellectuels’ journalistes contribuent à fausser le débats tendance aux sophisme et à l’élitisme mais le peuple n’est pas si dupe, croyez en lui et il croira en vous, un enfant est en mesure de comprendre la philosophie mais les philosophes se flattent dans les salons le peuple ne peut etre uni parce que toutes les classes pensent avoir des interets divergents, alors le foot devient plus fédérateur que le politique parcequ’une victoire symbolique est plus saine qu’une victoire économique ou militaire qui fait plus de dégat pour les perdants et dans sa grande sagesse, le peuple ressent cette subtilité

                        cela dit j’aime votre idée de développement admirable ou révolution propre et classe

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