Forte participation à la primaire "citoyenne", mandat impérieux de faire gagner la gauche, sondages au rendez-vous de l’histoire… Certains peuvent prendre leurs rêves qu’ils réenchantent pour des réalités. Le réveil risque de leur être douloureux.
L’année 2012 sera-t-elle l’année de la rupture ou l’année de la continuation ?
2007 comme 1974 ?
Beaucoup d’observateurs avaient émis l’analogie entre la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007 et celle de Valéry Giscard d’Estaing en 1974. À la fois en continuation et en rupture avec leurs prédécesseurs, ils avaient été élus dès leur première candidature à une élection présidentielle et à un âge relativement jeune (48 ans pour Valéry Giscard d’Estaing, 52 ans pour Nicolas Sarkozy).
Rupture de génération, mais aussi, rupture de style, qui tendait à se rapprocher de leurs citoyens, très maladroitement pour les deux jusqu’à parfois tomber dans la condescendance pour le premier et la vulgarité pour le second.
À l’ego fort (comme les autres) et accélérant la présidentialisation du régime (à savoir, l’implication présidentielle à la moindre décision gouvernementale), ils ont secoué la fonction présidentielle par leur style très personnel au point, pour le premier, d’avoir accéléré jusqu’au rythme de l’hymne national.
Leur personnalité très forte, qui a su imposer leur candidature à leur camp malgré leur marginalisation d’origine, a été bien sûr l’une de leurs grandes qualités, puis, une fois exerçant leur mandat, leur principal défaut. Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy semble détesté plus pour sa personnalité propre que pour son action (ou inaction) dans les différents domaines de la politique nationale.
Le climat des affaires se rajoute aussi dans l’analogie même si Nicolas Sarkozy reste pour l’instant hors d’atteinte et que l’affaire des diamants de Bokassa a été pour Valéry Giscard d’Estaing plus un exemple de mauvaise communication (par orgueil) qu’un véritable scandale (les diamants ne valaient pas très cher et ont été revendus au profit d’œuvres humanitaires).
2012 comme 1981 ?
C’est donc assez logique que 2012 pourrait se mettre en parallèle avec 1981. C’est d’ailleurs les socialistes qui insistent le plus dans l’analogie, histoire de se redonner de l’optimisme après tant d’échecs.

(Le Premier Ministre François Fillon était l'invité du journal de 20h00 du lundi 17 octobre 2011 sur France 2.)
Si l’on écarte De Gaulle dont la légitimité historique était telle que cette exception ne peut être analysée avec des critères de politique ordinaire, 2012 sera la seule élection présidentielle, avec 1981, qui verra le Président de la République sortant demander (probablement pour Nicolas Sarkozy) le renouvellement de son mandat hors de période de cohabitation.
Ces périodes de cohabitation avaient d’ailleurs déclenché mécaniquement la candidature du Premier Ministre en exercice (Jacques Chirac, Édouard Balladur, Lionel Jospin) avec le succès que l’on sait.
Comme en 1981, le Premier Ministre en exercice sera d’ailleurs dans l’impossibilité politique de se présenter à l’élection présidentielle de 2012, car il devra être au contraire le garant de l’unité de la majorité.

De toutes ces considérations, les socialistes, en vogue avec leur primaire dont ils ont assuré un niveau satisfaisant de participation, sont convaincus que 2012 sera leur tour. Mais déjà en 2007, ils en étaient convaincu. À l’époque, ni Président de la République sortant, ni Premier Ministre en exercice, ni même ancien Premier Ministre n’avait sollicité les suffrages des Français.
Pourtant, tout le monde devrait rester très prudent dans les projections pour 2012. En effet, l’histoire a montré que les projections ont toujours été assez fumeuses.
Le gagnant… n’est jamais donné d’avance
1969 et 1974 ayant été des élections présidentielles à campagne ultracourte (un mois) en raison de la démission de Charles De Gaulle et de la mort de Georges Pompidou, les seules échéances comparables dans les sondages sont à regarder à partir de 1981.



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