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2017, la politique semble dans l’impasse ; le système se consume dans la technique

En observant la campagne présidentielle de 2017, on décèle des caractères inédits conférant à cet épisode de la vie politique française un côté surréaliste. D’abord les personnalités en présence. Puis le champ de bataille verbale avec une violence sans précédent et des coups partant dans toutes les directions. Sont visés les juges, les médias, les journalistes, la finance, le système, l’Europe. Les attaques personnelles dominent une campagne entrecoupée de moments conçus comme solennels lors de débats télévisés organisés à la Plaine Saint-Denis, naguère lieu de tournage de l’émission Secret Story. L’ambiance de la campagne est teintée d’animosité, d’agressivité, non sans quelques ressorts nihilistes et chez certains une jubilation à peine cachée de voir s’effondrer les deux partis ayant occupé le pouvoir depuis 1981. Les phrases tombent et ça condamne et ça dénonce et ça fustige dans tous les sens. Et quelque fois, les moqueries sont utilisées.

La philosophie cherche une explication à ces événements en essayant de sonder la réalité au-delà des apparences et des phénomènes de surface. La philosophie ne doit pas juger mais comprendre et expliquer. Les causes doivent souvent s’inverser. L’opinion croit que le caractère délétère de cette campagne est due à une situation dans laquelle les partis se sont trouvés impuissants avec en plus un soupçon sur la classe politique dans son ensemble. En vérité, cette élection fait émerger des comportements et des personnalités qui sont le résultat d’une situation globale plus large et qui ne se résume pas à l’action politique des dernières décennies. La présence des chaînes de la TNT ajoutée aux réseaux sociaux permet une diffusion amplifiée d’une parole pas toujours raisonnée et bien souvent dictée par les émotions. Beaucoup de bruits mais bien peu d’idées novatrices sur le monde qui arrive.

La campagne électorale devrait être guidée par la vision d’un monde souhaité par les membres d’une communauté politique capable de débattre et donner du sens à l’existence personnelle et collective. Elle ne prend pas ce tournant et se réduit à des discussions technocratiques entrecoupées d’attaques personnelles entre candidats. S’ajoute à ce tableau le danger de l’illusion narcissique assez facile à percevoir et expliciter. On entend souvent les sympathisants louer Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen parce que ces deux là, ils parlent des français, des problèmes. Quant à Emmanuel Macron, il affiche une bienveillance sous forme d’une déclaration d’amour. Il n’y a rien de mal sauf que c’est une illusion de croire que le discours en miroir sur les Français garantit une gouvernance capable de solutionner les problèmes exprimés dans le pays érigé en voix du peuple dont la clameur sera récompensée par le pouvoir qui lui sera rendu.

Mais le peuple, pas plus que les élites, ne dispose du pouvoir politique. Car l’homme ne vit plus que par la science et pour la technique. La politique s’est transformée en organisation des productions. Ce processus s’est déroulé dans tous les pays avancés, Union soviétique incluse, pendant le second 20ème siècle. Le général de Gaulle a parfaitement compris la place de la science et l’appui de l’Etat pour le développement des dispositifs technique. La plupart des grands programmes industriels réalisés de Pompidou à Mitterrand ont été installés par les cadres de la gouvernance de Gaulle. Ce basculement de la politique a été parfaitement analysé par Habermas et Heidegger dans des textes écrits à la fin des années 60.

Le 21ème siècle prolonge le précédent en accentuant la domination de la technique avec l’avènement du numérique. Les objets connectés représentent ce que Heidegger avait nommé Ge-stell, dispositif, rassemblement avec l’essence comme Arraisonnement. L’homme est en quelque sorte devenu le jouet de la technique. Le nationalisme technique avait été anticipé par Heidegger (séminaires du Thor). Il est présent chez nombre de candidats et dans beaucoup de pays. Ce contexte amène une nouvelle figure métaphysique qui complète celle du travailleur, la déborde, et qui est celle du joueur. L’homme du système technicien est le jouet qui joue sans déjouer la ruse de la technique. D’où cette étrange intuition d’un homme qui perd l’humaine splendeur du sujet moderne en route (vers quel destin ?) pour s’infantiliser en animal technicien en déroute, guidé par ses émotions, ses affects, et le destin assigné par le produire et l’Arraisonnement. Même en vacance, l’animal technicien produit, non pas des objets mais des divertissements, des loisirs. Comment occuper ses enfants ? Telle est la logique du produire estival chez les parents.

Tous les secteurs de l’existence sont maintenant placés sous la domination de l’arraisonnement techniciens et sous le contrôle de la science et des inspections destinées à évaluer et disposer les moyens conformément à un programme d’opérations et de mesures. Les secteurs comme la culture et la santé n’échappent pas à ce processus qui inclut la communication, l’éducation, l’alimentation, la gestion du mode de vie, l’équipement des ménages, la sécurité. L’emploi est régi par la technique et un nombre croissant de travailleurs sont employés pour utiliser des techniques sans qu’une finalité déterminées par l’essence humaine ne les justifie.

La génération des petites poucettes s’imagine trouver le paradis dans le co-working collaboratif tels les princes créatifs du numérique nourrissant l’économie participative et prêts à consommer des gadgets produits à coût marginal mais quelques uns sont revenus des start-up en rapportant un vécu plus proche de l’enfer et du burn-out. L’homme croit s’émanciper dans la consommation mais il se carbonise dans la consumation ! Dans le système les techniques sont disponibles puis les hommes se forment pour les employer. Les cadres de l’organisation cherchent des justifications pour l’usage des techniques. Le système marche mieux s’il est la tête à l’envers. Souvent, des thérapies sont découvertes et le corps médical cherche alors quelles sont les maladies qui pourraient en bénéficier.

Le CNRS a été instrumentalisé comme agence de moyens scientifiques. La société française semble considérée comme une agence de moyens humains au service de la politique de l’Etat technicien. C’est pour cette raison en partie que les électeurs se détournent du duo Hamon et Fillon et sont séduits par le duo démagogique Mélenchon et Le Pen dont les discours parlent à des gens en évoquant leur vie au lieu d’égrener une notice de montage technocratique. Hélas, ce duo n’a pas de solution autre que technique pour les problèmes des Français. D’ailleurs, personne n’a de solution, juste des mesures et des aménagements. Les projets des candidats sérieux sont tous adossés à la technique. Que ce soit le projet des entrepreneurs de Fillon, le projet technocratique du socialisme d’Etat ou les enjeux du développement durable et de la transition énergétique qui sont des programmes techniques plaçant la planète et l’énergie au-dessus des hommes. Macron semble légèrement inspiré mais il est lui aussi dépendant des enjeux techniques.

En vérité, le politique organise les machines et les objets mais n’a plus de souci ni de prise pour un monde de sujets partageant des valeurs et des reconnaissances authentiques. Le narcissisme des réseaux sociaux est étranger au dessein humain, il est le résultat de machines affectives qui se mesurent les une aux autres. Se jaugent. Bref, la science des envieux. Il n’y a rien à espérer du gouvernement élu en 2017. Pour amorcer un authentique tournant, il faudrait une conversion des regards. Cette possibilité n’est pas à l’ordre du jour. Le deviendra-t-elle un jour ?

Par les temps qui courent, il n’est guère passionnant de partager la réflexion philosophique. Pensez à lire Heidegger ou Habermas. C’était un conseil pour se guérir des illusions politiques de 2017.


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7 réactions à cet article    


  • Sparker Sparker 4 avril 12:51

    C’est pas encore aujourd’hui qu’on verra demain, avec vous. !!
    Je m’achète un fauteuil, des livres de philo et on en reparle en 2022 ou 2027.


    • Le421 Le421 5 avril 09:11

      @Sparker
       ???

      Il me semble, encore faut-il prendre le temps de se renseigner ou d’écouter, que le programme L’Avenir en Commun parle précisément du contexte technique et technologique actuel et montre comment le progrès doit être une source d’émancipation et non de contrainte...

      Mais bon.
      On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif, hein !!


    • JL JL 4 avril 13:23

       Quelle bouillie : un patchwork d’idées reçues ou faussement dissidentes, et tout ça sans aucune structuration de la pensée.

       
       Et cerise sur le gloubi-boulga, un style d’une médiocrité affligeante.
       
       Bref, encore une vessie que son auteur voudrait nous vendre pour une lanterne, lui qui a déclaré, je n’invente rien : ’’A l’époque de la société du spectacle, le burlesque sait se faire passer pour du sérieux !’’

      • zygzornifle zygzornifle 4 avril 13:31

        le problème c’est qu’il faut faire plaisir a tatie Merkel et son Europe dictatoriale et autoritaire , donc le citoyen français n’est pas prioritaire , il passe aux abonnés absent .......


        • rogal 4 avril 13:34

          La Technique, oui, en effet. Et l’Argent ?


          • troletbuse troletbuse 5 avril 07:48

            L’auteur n’est-il pas franc-macron ?  smiley


            • beo111 beo111 5 avril 08:13

              "La campagne électorale devrait être guidée par la vision d’un monde souhaité par les membres d’une communauté politique capable de débattre et donner du sens à l’existence personnelle et collective.« 

              Ouh là, l’expression  »donner du sens à l’existence personnelle«  me dérange. Dans un contexte politique cela s’apparente à du totalitarisme.

              La politique c’est le champ de l’action collective. Mais des questions comme »quelle est le sens de la vie" (la mienne, pas celles des autres), relèvent de la sphère privée je pense, de la vie spirituelle.

              Pourquoi tout mélanger ? La laïcité vous dérange ?

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