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À propos des clivages politiques

Les clivages politiques évoluent au fil du temps en fonction des questions que la population doit résoudre. Le clivage le plus ancien, et qui reste le plus connu est l’opposition entre la gauche et la droite. Selon les historiens, il date du 28 août 1789, où, lors du débat à la Constituante sur le veto royal, ceux qui étaient opposés à la mesure s’installèrent à gauche du président de séance, et ceux qui y étaient favorables à droite. L’affaire était claire : à gauche les opposants à l’Ancien Régime, à droite les royalistes. Plus tard, et par extension, et jusqu’à aujourd’hui, on continue de voir à gauche ceux qui disent soutenir les positions du peuple, et à droite ceux qui les combattent.

Entre-temps, Marx nous a convaincus : « l’histoire de toute société jusqu’à nos jours, n’a été que l’histoire de luttes de classes ». Cela précise un nouveau clivage : il y a les forces politiques qui soutiennent les intérêts du prolétariat, et celles qui soutiennent le capital. Une recomposition met d’un côté les communistes, de l’autre les anticommunistes, et un marais, hésitant. L’appellation « gauche » perdure, mais avec cette précision qui n’est pas anodine, qu’il existe dorénavant une « gauche communiste », et une « gauche non communiste ».

Arrive l’agression allemande de 1939. La France est vaincue, le capital ayant fait « le choix de la défaite », selon la jolie expression d’Annie Lacroix-Riz. Alors, un soi-disant État Français se constitue pour servir les intérêts allemands. On peut voir sa création dans le vote des pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940. Il n’y a plus de députés communistes, démis de leurs mandats, et, pour la plupart, déjà en prison. Sur les 649 parlementaires qui participent au vote, 569 approuvent les pleins pouvoirs, dont 286 de « gauche » (il faut bien mettre des guillemets à cette gauche-là !). 20 s’abstiennent et 80 votent non, dont 73 de gauche. En somme, 80 % de cette gauche non communiste votent les pleins pouvoirs a Pétain, et c’est de leurs rangs que sort le « premier ministre » Pierre Laval : la « deuxième gauche » devient la première droite ! La victoire de l’Allemagne rebat sérieusement les cartes, et nous donne un nouveau clivage politique entre ceux qui organisent la Résistance, et ceux qui organisent la collaboration. Á la Libération, plus aucune force politique ne se réclame de la droite, qui n’a plus de représentation politique directe, balayée par la collaboration (« on ne vous a pas beaucoup vu à Londres », aurait dit le Général de Gaulle à des représentants du patronat en 45) et ses journaux sont confisqués au profit des organisations de la Résistance. Une extrême-droite collaborationniste sommeille, réduite à rien. Les forces politiques sont, pour l’essentiel, le Parti communiste français, la SFIO dont des membres peuvent se prévaloir d’actes de résistance, tout comme le MRP (mouvement catholique) ou des « droites modérés ». Le Général de Gaulle n’organisera ses partisans dans le RPF qu’en 1947, après sa démission du gouvernement.

Le capital, y compris le capital français qui avait vu dans le nazisme une solution pour étouffer la lutte de classe, ne reste pourtant pas inactif. Et il a un programme ! C’est Von Hayek qui l’a écrit dès 44 : « la route de la servitude ». Il s’en dégage un mot d’ordre simple : « moins d’État ». Selon lui, un État, avec son suffrage universel, qui permet l’expression des intérêts du plus grand nombre, conduit à la disparition de la seule « liberté individuelle » qui lui est chère : le droit à l’exploitation !

Pendant les trente ans durant lesquels le capital ne dispose pas d’une réelle représentation politique ouvertement affichée, où personne n’est « de droite » et tout au plus « du centre », ces hommes vont travailler leur projet. Leur but est la disparition de l’État souverain au profit « d’une gouvernance » de leurs fondés de pouvoir. De groupes de réflexion discrets, comme Bilderberg, créé en 1952, en actions sécrètes, comme celles de Jean Monnet pour qui, selon sa notice Wikipédia, « les États souverains doivent disparaître », leur affaire avance.

Ce sera le libre-échange mondialisé, la déréglementation, l’Europe, destructrice des États souverains, la démocratie sanctifiée, et par là-même vidée de son contenu, les « droits de l’homme » limités aux droits du commerce.

Le nouveau clivage divise alors ceux qui soutiennent l’Europe, et approuvent la disparition de l’État souverain au profit de la liberté du commerce, et ceux qui désapprouvent, souhaitent le maintien de l’État et la réglementation du commerce. Ils sont, pour l’instant, peu nombreux !

On peut fixer à l’élection de Giscard d’Estaing le début de cette nouvelle période. Le RPR va y être englouti, dévoré par une UMP de la « droite décomplexée ». Le PS au pouvoir sera enthousiaste à privatiser et déréglementer à tour de bras. Les dirigeants du PCF vont s’y dissoudre, pour y disparaître dans un Front de Gauche européiste.

Le mouvement est dévastateur, la victoire du capital est patente, l’opposition à ce mouvement réactionnaire réduite à pas grand-chose.

La pertinence du clivage gauche/droite s’estompe, puisque les formations politiques « de gauche » comme le PS, et de droite comme l’UMP, sont finalement dans le même mauvais camp, celui de cette soi-disant « construction européenne », qui porte la stratégie du « moins d’État », en transférant les compétences des États souverains vers une « commission européenne », qui est le lobby du capital.

Cela va apparaître clairement en 2005, à l’occasion du référendum sur le TCE. L’UMP et le PS font campagne commune pour le oui, le camp du non rassemblant quelques personnalités socialistes aux intentions souvent obscures et qui n’auront pas de suite, des associations progressistes et formations politiques marginales, de gauche et de droite, qui, ultérieurement, ne donneront pas de structure politique significative. La seule structure politique du camp du non qui conservera ensuite une assise politique réelle est le FN !

C’est la douloureuse situation actuelle.

Ainsi, tout se passe comme si la bourgeoisie, armée de sa presse, faisait la chasse à tout ce qui pourrait s’opposer à sa politique de destruction de l’État souverain, c'est-à-dire à tout ce qui pourrait s’opposer à l’Union Européenne.

Sachant que le peuple français est farouchement opposé à l’idée de l’Europe, destructrice de ses conditions de vie, au libre-échange destructeur d’emploi à la mondialisation, il n’y a aucune formation politique affirmant ces positions.

On l’a vu lors de l’élection présidentielle : ce n’étaient pas les deux principaux candidats, l’un de droite, l’autre de gauche, qui avaient fait une campagne commune pour le oui au TCE, qui ont posé un vote commun pour l’approbation du Traité de Lisbonne, qui pouvaient porter ces aspirations populaires.

Ce n’était pas le candidat du Front de Gauche, qui a clairement exposé ses engagements favorables à l’Europe.

Le soi-disant centriste affirme son européisme avec une imbécile fierté ! Les Verts se proclament aussi sottement qu’aveuglément européens.

Hostilité ou soutien à l’Europe ne sont pas des positions idéologiques, mais au contraire très pragmatiques. La population comprend bien que la construction européenne est la destruction des États souverains, éloignant ainsi le centre des décisions des aspirations populaires. La population comprend bien que tout ce qui se dit sur la dette, la crise, et tous ces pleurs hypocrites sur une soi-disant situation difficile, ne sont que des arguments pour lui faire admettre une baisse de ses revenus, des pensions, une destruction des services publics pouvant aller jusqu’à la faillite des États, afin que le capital engrange des bénéfices chaque année plus colossaux. La population, dans sa sagesse, par son expérience, sait bien qu’il y a là un lien de cause à effet.

C’est le nouveau clivage politique.

Avec, du coté du capital, sa presse, ses télés, ses experts, ses sondeurs, pratiquement l’ensemble du personnel politique et des partis, ses finances, ses banques, sa police, son armée, ses tribunaux ; et de l’autre côté, c’est-à-dire du côté du peuple, à peu près rien, à part quelques petites voix comme la nôtre !

Mais le dire, même avec une petite voix, c’est déjà agir pour que ça change !

D.R.

http://www.resistance-politique.fr/...




par Résistance (son site) mardi 10 juillet 2012 - 16 réactions
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